Calvet, Yves - Pic, Marielle (dir.): Failaka, fouilles françaises 1984-1988, matériel céramique du temple-tour et épigraphie, 206 p., TMO 48, ISBN 978-2-903264-98-7, 2008, 30 €
(Services des Publications, Maison de l’Orient et de la Méditerranée – Jean Pouilloux, Lyon 2008)
 
Compte rendu par Virginia Verardi, Université Catholique de Louvain
(virginia.verardi@free.fr)

 
Nombre de mots : 1905 mots
Publié en ligne le 2011-07-13
Citation: Histara les comptes rendus (ISSN 2100-0700).
Lien: http://histara.sorbonne.fr/cr.php?cr=1001
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         Cet ouvrage de 205 pages est entièrement bilingue français-anglais. Il comporte de nombreuses illustrations (photos noir et blanc et dessins insérés dans le texte, ainsi qu’en fin de chapitre), à la fois du matériel céramique et des tablettes cunéiformes trouvées à Failaka. Il est également accompagné de différentes cartes et plans. Dans l’introduction O. Callot, directeur de la mission, met en évidence le fait que ce quatrième volume des Fouilles Françaises de Failaka n’est pas une reprise mais un complément aux travaux antérieurs de l’équipe, après une période d’interruption due aux événements de 1989. Les articles se concentrent sur la période de Dilmun (IIIe et IIe millénaires).

 

          Le livre est divisé en trois parties. Un premier article, par Yves Calvet (avec la collaboration de Marielle Pic) a pour but de replacer le temple-tour de Failaka dans un contexte plus large, celui du Proche-Orient à l’époque d’Uruk. Dans ce chapitre, les auteurs décrivent le temple-tour et donnent les arguments ayant permis l’identification du type de bâtiment : épaisseur des fondations inutiles pour un monument bas, pièces allongées peu fonctionnelles pour le local situé contre le mur ouest. De plus, l’adjonction à l’époque paléo-babylonienne d’énormes contreforts n’ayant pas un but fonctionnel rendait l’accès malaisé. Les temples-tours sont des types de monuments qui se retrouvent dans de nombreux sites de Failaka à la côte méditerranéenne, on en trouve à Ugarit, Alalakh, Mari etc. durant tout l’âge du bronze moyen, jusque vers le XIIe s. av. J.-C. Les auteurs étudient ensuite l’origine et la répartition des monuments de ce type dans le Proche-Orient ancien. Une première remarque importante porte sur le fait que certains monuments (comme par exemple à Eridu) et certains édifices sont considérés comme des temples alors que ni l’analyse architecturale ni les objets qui ont été découverts ne prouvent cette hypothèse. Le ’temple’ daté de 5000 av. J.-C. pourrait n’être qu’une petite maison avec une niche, sans rôle religieux associé. Ce n’est qu’avec les premiers édifices à terrasses de la fin du IVe millénaire que l’on peut vraiment parler de temples, comme par exemple pour le temple blanc d’Uruk, situé sur une terrasse simple, puis au IIIe millénaire avec les temples "ovales" d’Obeid, Khafadjé ou al-Hibba pour aboutir aux ziggourats de l’époque d’Ur III, qui sont l’exemple le plus spectaculaire de bâtiments surélevés. À l’âge du Bronze moyen et récent (IIe millénaire av. J.-C.) apparaissent d’autres types de monuments, les temples-tours. Les contacts entre Mésopotamie et Golfe, attestés depuis le Ve millénaire, s’intensifient dans le courant du IIe millénaire et le plus proche parallèle pour le temple-tour de Failaka se trouve même sur la côte méditerranéenne : il s’agit du temple d’Ugarit en Syrie (temples de Ba’al et de Dagan). Les temples-tour de Failaka et Ugarit ont comme caractéristique commune le fait d’être placés à un endroit où ils dominent la côte et ils peuvent servir de point de repère aux marins.

 

          Un deuxième article de Marielle Pic est dédié à la céramique du bâtiment dit F6 (un temple-tour). Cette céramique est celle récoltée lors des campagnes de 1984 à 1988 (tell 6) qui suivaient celles faites par une mission danoise (qui s’était concentrée sur le bâtiment civil). Un petit aperçu des phases d’occupation est présenté au début de cette contribution. Sur le site F6 (celui concerné par la présente étude, cinq niveaux principaux ont été détectés (numérotés de I à V). Le niveau I est caractérisé par une période d’abandon prolongé et la présence de nombreuses fosses, datant de la seconde moitié du Ier millénaire av. J.-C. Le niveau II recouvre le Ier millénaire : le niveau IIa étant la période hellénistique et le niveau IIb l’âge du fer. Ces deux sous-périodes ont été regroupées par la suite car il était difficile de distinguer les niveaux achéménides de ceux proprement de l’âge du fer. Le matériel céramique découvert, de type hellénistique est fort semblable à celui retrouvé dans la forteresse voisine. C’est à l’époque achéménide que Failaka apparaît dans l’histoire. Après la transformation en colonie séleucide (après la mort d’Alexandre), l’île prend le nom d’Ikaros. La dernière phase d’occupation se situe entre le milieu du IIe s. avant J.-C. et l’archipel de Bahreïn prend le nom de Tylos, probablement une transcription du nom sémitique TLMN (Dilmun). Le niveau III a été interprété comme une phase intermédiaire, phase d’abandon à situer entre l’époque cassite et la fin du IIe-début du Ier millénaire. La période suivant celle de Dilmun reste inconnue pour Failaka : il y a un grand vide entre les XIVe-XIIe s. et les VIe-Ve s. avant J.-C. Le niveau IV voit la restructuration du bâtiment datant de la période précédente (V), marquée par un rehaussement des sols, une réorganisation de l’édifice. Une phase d’occupation cassite est détectable par la présence de la céramique très caractéristique de l’époque à l’extérieur du bâtiment. D’après P. Lombard, au moment du grand incendie de Qal’at al-Bahreïn, vers le début du XIVe s. av. J.-C., le siège de l’administration s’est installé à Failaka. La période la plus ancienne du site F6 a été trouvée dans le niveau V. Il n’existe aucune marque d’occupation antérieure au IIIe millénaire. Les Dilmunites s’installent à Failaka aux alentours de 2000 av. J.-C. C’est de cette époque que date le grand bâtiment étudié par Yves Calvet. Trois sous-phases ont été identifiées : Va, période la plus récente, qui voit une amélioration du bâtiment; Vb, marquée par une couche cendreuse très riche en sceaux dilmunites et en céramique de la même époque (premiers siècles du IIe millénaires, correspondant à la période d’Isin-Larsa pour la Mésopotamie). Le niveau Vc est le niveau de construction originel, dont il ne subsiste qu’un sol dallé, daté par la céramique de la fin de la période d’Ur III (= Qal’at al-Bahreïn II b-c et Failaka 1 et 2A). Suit une description de la céramique elle-même. Le catalogue a été classé par niveau et par type de céramique. La typologie a été établie par des parallèles avec celles de Failaka, de Qal’at Bahreïn et de Saar. Des références fréquentes sont faites à la publication de Flemming Høljund et Hellmuth Andersen sur les temples de Barbar et à celle de Robert Killick et Jane Moon sur le chantier de Saar. La céramique hellénistique a été divisée en trois grands groupes : la céramique commune, la céramique à glaçure et la céramique de type "eggshell". La céramique cassite comporte des vases fermés, des vases ouverts, des gobelets, des coupes et des "faïences". Enfin, l’auteur examine les céramiques de l’âge du bronze récoltées et sélectionnées sur le site F6, dans l’environnement du temple-tour. La question de l’existence d’ateliers de potier sur l’île de Failaka a été débattue. Les archéologues danois ont dégagé deux fours de potier dans le sud du site, ce qui suppose que dès l’installation de structures d’habitation, religieuses ou administratives, ont également été établies des installations artisanales de poterie, métallurgie, travail de la pierre et du bitume. Il est probable que la plupart de la céramique trouvée sur place ait été une production locale. La céramique de l’âge du  Bronze a été divisée en céramique de tradition mésopotamienne (A), composée de vases fermés, de gobelets et filtres, coupes, grandes jarres, bases de céramiques diverses et faïences, et celle de tradition Barbar, comportant des jarres côtelées ou "portable jars", des jarres sans col (côtelées ou non), marmites ou "cooking pots", vases fermés et à goulot, vases fermés de petites dimensions, gobelets et filtres, coupes ou bols, grandes jarres, grandes cuvettes et grands bols, bases de céramiques diverses, grands plats, plaques à pain et divers. Une dernière partie concerne les décors des céramiques de tradition mésopotamienne ou Barbar. Deux tableaux très pratiques sont proposés par l’auteur : le premier (p. 63) nous présente des chronologies comparées entre la Mésopotamie, Failaka (fouilles danoises), Failaka (fouilles françaises), Barbar, Qal’at Bahreïn et Saar et le second (p. 65 ss.) nous donne le tableau des Loci du site F6, qui nous permet de connaître le niveau, le numéro du locus concerné, la situation sur le lieu de fouille, les caractéristiques du locus (sol, fosse, tombe etc.) et enfin le type de céramique. À partir de la page 79, le catalogue de la céramique reprend niveau par niveau les tessons ou les vases entiers qui ont servi pour établir la typologie, en nous donnant en regard la description du tesson ou du vase (type, caractéristiques, pâte, contexte, dimensions, etc.), la bibliographie et en face le dessin (parfois également la photo). Si le vase a été trouvé en contexte funéraire, sur la page de description physique a également été incluse la photo de l’inhumation avec le vase en place. Dans le cas d’une inhumation dans une jarre, le vase a été dessiné également avec le squelette à l’intérieur. La céramique peinte du niveau V (de l’époque de Dilmun) ainsi que les décors incisés de la poterie de type mésopotamien du même niveau ont fait l’objet d’une section complémentaire. L’article se termine par deux pages de bibliographie.

 

          Enfin un troisième article, par Jean-Jacques Glassner, se concentre sur le matériel épigraphique constitué de tablettes écrites en écriture cunéiforme. Les objets inscrits de Failaka proviennent des fouilles danoises dirigées par P.V. Glob et T.G. Bibby, des fouilles américaines dirigées par Th. Howard-Carter et des fouilles françaises dirigées par J.-F. Salles, ainsi que de découvertes fortuites.

Les textes se répartissent pour la plus grande partie entre les époques d’Ur III, paléo et médio-babyloniennes, mais il y a également quelques inscriptions datant de Nabuchodonosor II de Babylone. L’île de Failaka, province du Pays de Dilmun, était une étape importante dans le commerce du cuivre d’Oman (elle portait alors le nom d’Akarum), la population semble être très majoritairement sémitophone. Les objets étudiés se divisent en : cachets (a. de type de Dilmun, b. à deux faces plates, p. 172 ss.) ; sceaux-cylindres (p. 175 ss.) ; vaisselle en stéatite (p. 184 ss.); vaisselle en bronze (p. 190) ; vaisselle en céramique (p. 191) ; les tablettes (p. 192-193) et la pierre de taille (p. 193). Pour chacune de ces catégories, l’auteur donne une description et des dimensions, une datation, une bibliographie spécifique, ainsi que la transcription et la traduction du texte. Une bibliographie générale est présentée en fin de chapitre (p.194) ainsi que de nombreuses photos (parfois accompagnées d’un dessin dans le cas de sceaux ou d’une copie pour une inscription).

 

          En conclusion nous pouvons dire que cet ouvrage, publié vingt ans après la fin des fouilles (il est paru en 2008), nous fournit une étude raisonnée des structures fouillées (un temple-tour dont O. Callot nous propose une restitution graphique à la p. 29) avec l’origine, la distribution de ce type de bâtiment au Proche-Orient et sa fonction (et une comparaison avec le site d’Ugarit en Syrie), ainsi qu’une publication exhaustive de la céramique (malgré les difficultés rencontrées à cause du conflit armé de 1990 qui n’a pas permis d’étudier tous les tessons prévus) et du matériel épigraphique.

 

 

Sommaire:

 

Avant-propos d’Olivier Callot, directeur de la mission archéologique française au Koweït, p.13


Yves Calvet, avec la collaboration de Marielle Pic

Le temple-tour de Failaka dans son contexte proche-oriental, p.15

 

Marielle Pic

La céramique du tell F6, fouilles françaises de 1984 à 1988, p.33

 

Jean-Jacques Glassner

Textes cunéiformes, p.171