Lochman, Tomas - Späth, Thomas - Stähli, Adrian (Hgg.): Antike im Kino. Auf dem Weg zu einer Kulturgeschichte des Antikenfilms. 268 S., ISBN 978-3-905057-25-6, CHF 48,00
(Verlag der Skulpturhalle Basel, Basel 2008)
 
Compte rendu par David Colling, Université Catholique de Louvain
(david.colling@uclouvain.be)

 
Nombre de mots : 1822 mots
Publié en ligne le 2011-12-13
Citation: Histara les comptes rendus (ISSN 2100-0700).
Lien: http://histara.sorbonne.fr/cr.php?cr=1023
 
 

 

          Parmi les thèmes de prédilection des réalisateurs de films américains et européens, les sujets relatifs à l’Antiquité gréco-romaine ont occupé une grande place, depuis les origines du cinéma jusqu’à l’heure actuelle. Cet intérêt connut de nombreuses phases en intensité, en variété et en qualité. Mais à chaque fois, plusieurs thèmes de prédilection se retrouvaient immanquablement dépeints dans une mise en scène plus ou moins coûteuse et prestigieuse : les jeux du cirque, les hauts faits des militaires et leur sens de l’honneur, la légèreté de mœurs, les récits fabuleux des mythologies antiques, des événements romancés ou théâtralisés, etc.

 

          Comme Thomas Lochman le suggère dans son introduction, les péplums ont ceci d’intéressant qu’ils permettent de diffuser largement, via un art parmi les plus populaires au XXe siècle, des épisodes majeurs de l’histoire de l’humanité. Bien entendu, un film ayant pour sujet un événement historique, n’est pas une source ni un livre d’histoire : c’est d’abord et avant tout une œuvre artistique. Néanmoins, on note souvent dans l’esprit du réalisateur un désir – plus ou moins bien concrétisé – de suivre scrupuleusement la réalité historique connue par les textes. En ce sens, le cinéma constitue une porte d’accès privilégiée vers l’Antiquité pour le grand public.

 

          Cet ouvrage collectif fut publié dans le cadre de l’exposition « L’Antiquité au cinéma », qui s’était tenue à la Skulpturhalle de Bâle durant l’automne 2008. Elle proposait de nombreuses photos, affiches et projections vidéo présentant notamment des fonds d’archives de la cinémathèque suisse de Lausanne. Si l’exposition était bilingue français-allemand, l’ouvrage présenté ici donne très majoritairement la priorité à la langue de Goethe, ne proposant que trois contributions en français. Mais ce constat n’est guère étonnant : en règle générale, peu d’études ont été réalisées du côté francophone sur le sujet. Et si nous saluons la publication – rapidement épuisée – en 2009 de l’ouvrage d’Hervé Doumont intitulé simplement « L’Antiquité au cinéma », force est de constater que la plupart des études portant sur les péplums sont publiées dans d’autres langues. La première partie de l’ouvrage se rapporte au contenu de l’exposition de Bâle et fait office de longue section introductive. La seconde partie présente les actes du colloque « Antike im Kino » ayant eu lieu à Augst du 20 au 22 septembre 2005.

 

          Dans la partie introductive, Thomas Lochman commence par dresser un aperçu de l’évolution chronologique des péplums, depuis le tout premier essai du genre en 1896 jusqu’aux dernières sorties des années 2000. Il y distingue une première phase regroupant tous les films muets entre 1896 et 1927, une phase de transition après cette date avant d’arriver dans l’âge d’or des péplums entre 1949 et 1965. Le succès de cet âge d’or ouvre ensuite la voie à des excès en tous genres, dans les domaines des parodies et des films érotiques et pornographiques. Il faudra attendre le début des années 2000 et le succès du film « Gladiator » pour redonner au péplum ses lettres de noblesse et un peu de considération auprès des critiques. À partir de là, plusieurs réalisateurs investiront de nouveau largement dans les costumes et effets spéciaux, motivés par un regain d’intérêt de la part du public et des moyens techniques modernes. Ensuite, le même auteur, aidé par Adrian Stähli et Mireille Studerus, présente brièvement les principaux thèmes récurrents des péplums. Au niveau des sujets historiques, quelques personnages furent plusieurs fois portés à l’écran : Alexandre le Grand, Cléopâtre, Jules César et Néron font partie des plus sollicités. Mais les sujets mythologiques ne sont pas en reste, et les dieux, héros et autres amazones, retinrent plus d’une fois l’attention des réalisateurs. Certains films sont par ailleurs tout entiers dédiés à une œuvre littéraire antique en particulier, comme l’Iliade et l’Odyssée, l’Énéide ou les tragédies d’Euripide, par exemple ; d’autres sont adaptés d’une œuvre littéraire moderne, comme ce fut le cas pour « Quo Vadis », « Les derniers jours de Pompéi » ou « Ben Hur ». Dans tous ces genres, les auteurs notent souvent une même constance esthétique : la tentative de retranscrire en images le culte du corps et de la beauté physique perceptibles dans les œuvres d’art que l’Antiquité nous a léguées. De même, la violence des mœurs n’a pas attendu la série « Rome » dans les années 2000 pour être exprimée au cinéma. Un mot est enfin dit sur les performances des responsables des décors qui, dans certains films, ont fait montre de véritables talents pour reconstituer des ensembles architecturaux parfois complexes.

 

          Après cette partie introductive relativement longue (environ 80 pages) se rapportant à l’exposition de Bâle, s’ensuivent les actes du colloque « Antike im Kino ». Après le mot d’introduction au colloque de Thomas Späth, Pierre Sorlin présente en français les deux périodes antiquisantes du cinéma italien : entre 1908 et 1914 d’une part et 1958 et 1964 d’autre part, l’Italie a développé une production massive de respectivement 89 et 123 œuvres du genre. Irmbert Schenk continue dans cette évocation du péplum péninsulaire en l’analysant par rapport au contexte sociopolitique italien du XXe siècle. Et à ce propos, Adrian Stähli offre un angle d’approche particulier, évoquant une interprétation fasciste de l’Antiquité dans certains films des années 1930, mais pas uniquement. Klaus Kreimeier concentre ensuite son attention sur un titre en particulier : « Wege zu Kraft und Schönheit ». Dans ce film muet, l’auteur présente, images à l’appui, comment les corps étaient représentés à la façon antique, tout en mouvement, dans la nudité ou dans le drapé. Thomas Lochman poursuit l’étude de la représentation physique, en rapprochant le jeu des acteurs des sculptures antiques, montrant par là combien les réalisateurs ont été influencés par la statuaire pour théâtraliser les expressions des acteurs. Les trois contributions suivantes sont consacrées aux transpositions cinématographiques de trois personnages abondamment portés à l’écran : Hélène de Troie (par Anja Wieber), Cléopâtre (par Diana Wenzel) et Spartacus (par Thomas Späth et Margrit Tröhler). Natacha Aubert, quant à elle, évoque un petit film italien sans prétention ayant rassemblé notamment Roger Moore et Francis Blanche et intitulé « L’enlèvement des Sabines » ; l’auteur cherche dans Tite-Live, Plutarque et Denys d’Halicarnasse les sources qui ont pu inspirer le scénariste. Michèle Lagny a profité de la sortie récente des films « Alexandre » et « Troie » pour évoquer Achille et Alexandre, deux personnages également souvent interprétés à l’écran. L’importance de ces deux films dans l’histoire du genre est également appuyée par Christoph Schneider qui les évoque dans un article aux côtés du célèbre film « Gladiator ». Les gladiateurs sont d’ailleurs dépeints plus ou moins précisément dans bon nombre de péplums ; Hannes Veraguth est parti d’un article de presse de 2004, présentant des soldats américains en Irak sous les traits de gladiateurs, pour se poser la question de savoir quelle pouvait être notre représentation collective du gladiateur, et en quoi le cinéma était responsable de cette image.

 

          Toutes les contributions précédentes concernent des films qui relèvent de la catégorie qu’en français nous appelons péplum. Au sens restreint, le terme désigne les films italiens à faibles moyens des années 1950-1960, ayant pour thème l’Antiquité romaine ou grecque. Mais au sens large, il désigne toute production cinématographique traitant de l’Antiquité, romaine, grecque ou orientale, qu’elle renvoie à l’histoire ou à la mythologie, à l’Antiquité païenne ou biblique. Le mot péplum est utilisé uniquement dans la langue française. Dans le présent ouvrage comme ailleurs, le terme allemand associé est Antikenfilme. La question est donc de savoir si, comme Martin Korenjak le fait en allemand, nous pouvons associer les films concernant la Chine ancienne sous l’appellation péplum. Car si ces films peuvent entrer dans la catégorie des Antikenfilme, en va-t-il de même pour la catégorie des péplums ? Enfin, Angelika Meier et Tatjana Timoschenko présentent un projet de réalisation d’un DVD didactique à destination des écoles sur le thème de la rencontre entre Rome et les Germains, avec notamment pour trame de fond la bataille du Teutoburg. L’ouvrage se termine par une filmographie, une bibliographie, un index des personnes et la mention des crédits photographiques.

 

          Un des grands attraits de cet ouvrage réside dans le grand nombre d’illustrations proposées. Quoi de mieux évidemment que l’image pour renvoyer vers le cinéma ? Les quelque 229 photos de tournage et affiches de films replongent le lecteur dans ses souvenirs ou offrent des instantanés peu connus, voire inédits. À ce niveau, notons d’ailleurs qu’un très grand nombre d’affiches présentées au fil des contributions évoquent les adaptations française et allemande des films ; cela renvoie évidemment vers l’exposition « L’Antiquité au cinéma » que ce catalogue accompagnait, et qui était bilingue. Il convient également de saluer la présence de la filmographie à la suite des différentes contributions. Cette filmographie ne se prétend pas exhaustive mais s’étend tout de même de la page 248 à la page 257 en partant de « Néron essayant des poisons sur un esclave » (1896) et allant jusqu’à « Astérix aux jeux olympiques » et « Meet the Spartans » (2008). Le cinéphile trouvera ici un bel ouvrage qui assouvira certainement sa passion de collectionneur et de curieux. L’historien de l’époque contemporaine bénéficiera d’un riche outil pour l’étude de l’histoire du cinéma. Et l’historien de l’Antiquité sera sans doute heureux de constater tout ce que l’objet de ses études peut avoir comme répercussion à l’heure actuelle, dans l’art populaire que s’avère être le cinéma.

 

 

TABLE DES MATIÈRES

 

LOCHMAN Thomas, Antike im Kino – Eine Einleitung, p. 10-18

 

I. Begleittexte zur Sonderausstellung „Antike im Kino“ der Skulpturhalle Basel

– LOCHMAN Thomas, Der Antikenfilm und seine Phasen, p. 20-33

* Stummfilmzeit 1896-1927, p. 20

* Übergangszeit ca. 1927 – ca. 1935, p. 22

* Die „Golden Ages“ des Sandalenfilms 1949-1965, p. 24

* Die Zwischenphase 1965-2000, p. 27

* Die neue Generation von Antikenfilm seit 2000, p. 28

*Technische Neuerungen, p. 28

* Länderspezifisches, p. 29

* Filmplakate, p. 30

– LOCHMAN Thomas, STÄHLI Adrian, STUDERUS Mireille, Der Antikenfilm und seine Themen, p. 34-82

* Geschichte, p. 34

* Mythologie, p. 40

* Literatur I : Antike Autoren, p. 44

* Literatur II : Moderne Vorlagen, p. 50

* Typologie, p. 54

* Körperwelten, p. 67

* Ausstattungen, p. 74

 

II. Akten zum Kolloquium „Antike im Kino“ auf Castelen / Augst bei Basel, 20.-22. September 2005

Späth Thomas, Einleitung: Unterwegs zu einer Kulturgeschichte des Antikenfilms, p. 84-87

Sorlin Pierre, Les deux périodes antiquisantes du cinéma italien, p. 88-97

Schenk Irmbert, Der italienische « Peplum ». Nationale Mythologie und internationale Schaulust, p. 98-105

Stähli Adrian, Die faschistische Antike im Film, p. 106-119

Kreimeier Klaus, Prekäre Moderne. Antikisierende Körperbilder im Ufa-Film Wege zu Kraft und Schönheit, p. 120-127

Lochman Thomas, „Versteinerte Akteure“ und „lebende Statuen“: Antike Skulpturen als Bedeutungsträger im Film, p. 128-141

Wieber Anja, Hauptsache schön? Zur cineastischen Inszenierung Helenas, p. 142-157

Wenzel Diana, „Her infinite variety“. 1001 Kleopatra-Konstruktion, p. 158-169

Späth Thomas, Tröhler Margrit, Spartacus – Männermuskeln, Heldenbilder oder: die Befreiung der Moral, p. 170-193

Aubert Natacha, Roger Moore en Romulus. Tite-Live lu par Cinecittà (L’enlèvement des Sabines, Richard Pottier, 1961), p. 194-201

Lagny Michèle, Dans les pas d’Achille et d’Alexandre, p. 202-209

Schneider Christoph, Troy, Alexander, Gladiator und das Strömen der heißen Luft, p. 210-215

Veraguth, Hannes, Gladiatoren vor Falludscha. Eine Bildbeschreibung, p. 216-227

Korenjak Martin, Antikenfilme ohne klassische Antike? Das Beispiel China, p. 228-237

Meier Angelika, Timoschenko Tatjana, Historiker schaffen antike Bilder für den Einsatz in der Schule, p. 238-247

 

III. Anhang

Wollmann Therese, Filmographie (Auswahl), p. 248-257

Bibliographie, p. 258-261

Personenregister, p. 262-265

Bildnachweise, p. 266-267