Spillemaecker, Chantal (dir.): Jongkind. Des Pays-Bas au Dauphiné (édité à l’occasion de l’exposition organisée au musée Hector-Berlioz, La-Côte-Saint-André, du 21 juin 2009 au 31 décembre 2009), 126 pages, 170 illustrations noir et blanc et couleurs, 22 x 27, ISBN 978-2-917659-02-1, 25 euros.
(Éditions Libel, Lyon 2009)
 
Compte rendu par Adriana van de Lindt, Université de Bourgogne et Université d’Utrecht (Pays-Bas)
(riavandelindt@hotmail.fr)

 
Nombre de mots : 1292 mots
Publié en ligne le 2015-03-27
Citation: Histara les comptes rendus (ISSN 2100-0700).
Lien: http://histara.sorbonne.fr/cr.php?cr=1038
Lien pour commander ce livre
 
 

 

          Johan Barthold Jongkind (Latrop, aux Pays-Bas, 1819- La Côte Saint André 1891), considéré comme l’un des précurseurs de l’Impressionnisme, a bénéficié, ces dernières années en France, de plusieurs expositions : en 2004 au Musée d’Orsay et à l’Institut Néerlandais à Paris, en 2006 à Nevers, et en 2009 au Musée Hector-Berlioz sur La Côte-Saint-André. Tout récemment, l’œuvre de Jongkind était visible à l’exposition du Musée de Quimper "De Turner à Monet" (du 1er avril au 4 septembre 2011).

 

         Jongkind est né en 1819 à Latrop dans l’Est des Pays-Bas ; mais, alors qu’il est très jeune, sa famille déménage près de Rotterdam. Après le décès de son père en 1836, il s’oriente vers la peinture avec l’approbation de sa mère et devient élève dans l’atelier d’Andreas Schelfhout (1787-1870) à La Haye, peintre alors très en vue. Celui-ci était admiré pour ses paysages romantiques, inspirés du XVIIe siècle hollandais : horizon bas, ciel spectaculaire et nuageux, paysages peuplés par quelques petits personnages.

 

         Dans son enseignement, Schelfhout insiste sur l’importance de l'exécution des dessins ou des aquarelles sur le motif, avant de composer les tableaux dans l’atelier. Il amenait souvent ses élèves peindre la plage et la mer de Scheveningen et était un admirateur fervent du peintre français Eugène Isabey (1803-1886) dont il possédait les Vues de Dieppe. En 1845, il fit la connaissance d’Isabey quand celui-ci vint à La Haye pour l’inauguration de la statue de Guillaume le Taciturne, par le comte Emilien de Nieuwerkerke (1811-1892), le futur surintendant des Beaux-Arts sous Napoléon III. Jongkind, présent à l’inauguration, l’y rencontre aussi et quelques mois plus tard, il part à Paris pour étudier dans l’atelier du peintre français, bénéficiant d’une pension du futur roi de Hollande.

 

         Bien intégré dans la vie artistique parisienne – il connaît Corot, Ziem, Doré, Rousseau -, Jongkind peint de nombreuses vues de Paris, souvent depuis les berges de la Seine, ou des scènes de la vie urbaine moderne. Il s’intéresse plus particulièrement aux effets de lumière. Il visite également la Normandie et la Bretagne avec Isabey. Quelques succès sont à remarquer : en 1852 il reçoit une médaille de troisième classe au Salon de 1852 ; il expose à l’Exposition Universelle de 1855 dans la section française. Mais Jongkind est un buveur invétéré, souffre de délires de persécution et contracte de nombreuses dettes. Il retourne en Hollande en 1855, où il reste quelques années, avant de revenir en 1860 à Paris, après que ses amis ont organisé une vente de leurs tableaux, destinée à éponger les dettes du peintre. Là, il rencontre Joséphine Borrhée–Fesser, (Namur 1819- La Côte saint André 1891), professeur de dessin dans une institution de jeunes filles, qui va s’occuper de lui. Elle met de l’ordre dans ses affaires financières, essaie de l’éloigner de ses amis et surtout des débits de boisson. Elle va apporter une grande stabilité dans la vie du peintre. Tous deux exposent au « Salon des Réprouvés » de 1863 et, ensemble toujours, font quelques voyages en Normandie où ils rencontrent entre autres Eugène Boudin (1824-1898) et Claude Monet (1840-1926). Ce dernier dira de Jongkind « C’est à lui que je dois l’éducation définitive de mon œil ». Jongkind et Mme Fesser retournent plusieurs fois en Hollande (une dernière fois en 1869), et ils visitent également le Nivernais où habite le mari de Joséphine. Plus tard, le fils Fesser s’installe dans le Dauphiné, achète une maison sur La Côte Saint André et y aménage un atelier pour sa mère ainsi que l’ami de celle-ci. Jongkind et Mme Fesser partagent alors leur temps entre Paris et le Dauphiné, tout en faisant quelques voyages dans le Sud de France et en Suisse. Jongkind meurt en 1891 après un court séjour en hôpital psychiatrique près de La Côte Saint André ; Joséphine Fesser ne lui survivra que de quelques mois.

 

         C’est surtout pour ses paysages, ses marines et ses quelques vues urbaines que Jongkind est connu. Ses paysages sont calmes et sereins, peu détaillés, l’horizon est bas, avec des ciels importants, où le peintre étudie les effets de lumière. En revanche, la présence humaine y est réduite au minimum. Le critique d’art Castagnary note à propos de son œuvre exposée au « Salon des Refusés » de 1863 : «  Je lui trouve une vraie et rare sensibilité. Chez lui tout gît dans l’impression ; sa pensée marche entraînant la main. Le métier ne le préoccupe guère, et cela fait que, devant ses toiles, il ne vous préoccupe pas non plus (...) [L’Exécution] disparaît devant la puissance ou le charme de l’effet » (J.-A., Castagnary, Salons, (1857-1870), Paris, 1892, p. 170).

 

         Le catalogue soigné de l’exposition "Jongkind. Des Pays-Bas au Dauphiné" propose après l’Avant-propos par Chantal Spillemaeckers, quelques essais, de Sylvie Patin (« De l’École hollandaise à l’École française du paysage »), d’Anne-Marie Bergeret-Gourbin («  Au fils de l’eau, Jongkind en Normandie »), et de Janine Sinizergues (« Jongkind et le Dauphiné »), ainsi que des « Répères biographiques » par Christian Sadoux, qui permettent ainsi de bien comprendre l’itinéraire et le développement du peintre. Des citations d’amis et d’admirateurs précoces sur Jongkind et son œuvre émaillent le catalogue, qui reproduit presque toutes les œuvres présentées à l’exposition. Celles de Jongkind y sont regroupées autour des lieux géographiques : la Hollande, Paris, la Normandie, Nevers, Lyon et le Dauphiné, avec un accent sur le premier et le dernier thème. L’ensemble, - dessins, eaux fortes, aquarelles sur papier, toiles -, permet de voir la façon de travailler du peintre, apprise auprès de son maître Schelfhout. En effet, il fait des dessins et des aquarelles sur le motif, puis les travaille dans son atelier, parfois des années plus tard. Il est ainsi capable de faire des tableaux au sujet « hollandais », (ceux qui se vendaient le mieux selon Mme Fesser), des années après son dernier voyage aux Pays-Bas. D’ailleurs, son premier biographe, Etienne Moreau-Nelaton, relate qu’à son décès, il y aurait eu quatre tableaux dans son atelier : une vue de La Côte Saint-André, une de Sardieu, commune de l’Isère, une du port de Honfleur et un tableau des environs de Delft près de Rotterdam. Les aquarelles et les dessins faits par Jongkind ont été également une source d’inspiration pour Joséphine Fesser, dont on a reproduit quelques œuvres. Ainsi, le Petit Paysage hollandais [cat. n° 31] a certainement servi de base au tableau Patineurs en Hollande, peint par Joséphine Fesser en 1888 [cat. n°119].

 

         L’exposition donne une large place aux dessins, dont plusieurs inédits. Les dessins montrent une grande variété tant dans les techniques que le style. Certains, plus ou moins précis, ne montrent qu’un motif, comme un voilier ; d’autres sont des compositions entières, comme les Trois moulins près de Rotterdam [cat. n° 64]. Mais ce qui frappe le spectateur avant tout, ce sont les études des personnages. Dans les tableaux, sauf quelques vues parisiennes notamment, l’homme est absent ou à peine visible, mais dans différents dessins, Jongkind a croqué en quelques traits seulement des personnes vivantes, en action. Elles sont pleines de mouvements et contrastent en cela également avec les tableaux du peintre, qui montrent une nature calme, silencieuse et sereine.

 

         L’exposition a donné un bon aperçu de l’itinéraire du peintre ; le catalogue, dont on ne peut que louer la mise en page élégante et agréable, avec ses nombreuses illustrations de bon format, ainsi que ses essais, permet d’en profiter encore plus longtemps.

 

 

 

Sommaire

 

Contributions, p. 4,

Chantal Spillemeacker, Avant-propos, p. 6 ;

Sylvie Patin, De l’École hollandaise à l’École française du paysage, p.8 ;

Anne-Marie Bergeret-Courbin, Au fil de l’eau, Jongkind en Normandie, p. 10 ;

Janine Sinizergues, Jongkind et le Dauphiné, p. 18 ;

Christian Sadoux, Répères biographiques, p. 26 ;

Des Pays-Bas au Dauphiné, itinéraire de l’artiste, p. 33

(La Hollande, p. 33 ; Paris, p. 70 ; La Normandie, p. 76 ; Nevers, p. 78 ; Lyon, p. 82 ; Le Dauphiné : La vallée de la Bourbre, La Côte Saint-André et alentours, p. 84) ;

Petruta Vlad, Liste des œuvres exposées, p. 118

(Peintures, Gravures, Autres artistes exposés, Objets et documents) ;

Pour en savoir plus, p. 126 ;

Crédits, p. 128.