Lazzarini, Lorenzo (dir.): Il tempio di Hera (Tavole Palatine) di Metaponto.
Archeologia, archeometria, conservazione, pp. 168, figure e tavole a colori, 22,2 x 32 (« Marmora» supplementi, 2), ISBN 978-88-6227-176-9, $360.00
(Fabrizio Serra editore, Pisa - Roma 2010)
 
Compte rendu par Jacques des Courtils, Université Bordeaux 3
(jdes-courtils@wanadoo.fr)

 
Nombre de mots : 843 mots
Publié en ligne le 2010-05-25
Citation: Histara les comptes rendus (ISSN 2100-0700).
Lien: http://histara.sorbonne.fr/cr.php?cr=1065
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          Comme l’indique son sous-titre, cet ouvrage ne constitue pas la publication définitive du temple dorique hors les murs de Métaponte, connu sous l’appellation désuète autant que savoureuse de « Tables palatines », mais offre une présentation de l’ensemble du dossier de conservation du monument et des mesures rendues nécessaires par sa dégradation. L’ouvrage est issu d’un dossier de travail élaboré par les étudiants en histoire et conservation des biens culturels de l’université de Venise, qui, enrichie de diverses contributions, a fini par donner naissance à la présente publication, sous une forme très soignée et sur un papier de luxe assurant aux nombreux documents photographiques et graphiques une parfaite lisibilité. L’édition en a été assurée par L. Lazzarini qui a bien entendu aussi participé à l’étude technique.

 

          Un chapitre d’introduction, signé d’A. De Siena (musée de Métaponte) présente succinctement le temple, dédié à Héra, et le sanctuaire extra-urbain dont il faisait partie, en ajoutant quelques observations sur le caractère agraire en même temps que commercial que ce genre de sanctuaire présentait aussi bien dans l’antiquité que dans les époques plus récentes.

 

          D. Mertens livre ensuite une analyse d’une dizaine de pages des caractéristiques architecturales de l’édifice. L’état de la ruine est tel que la part de l’inconnu est relativement importante. Il est au moins assuré que l’on a affaire à un édifice de plan court (6 x 12 colonnes) et sans amplification du vestibule, contrairement à la tradition occidentale de l’époque archaïque, mais comprenant un adyton et non pas un opisthodome. La crépis ne présente pas de courbure et les entraxes d’angle étaient identiques aux entraxes courants, de sorte que la contraction devait être reportée à l’entablement. Les chapiteaux sont d’un modèle occidental simplifié (deux annelets), l’architrave est détériorée mais D.M. restitue une taenia à kymation dorique. Il subsiste un très intéressant et unique triglyphe au décor atypique qui, par le fait même, s’inscrit parmi les nombreux exemples de fantaisies décoratives constatables dans les temples occidentaux. Le temple dorique de Métaponte se rattache donc sans problème au courant « dorique achéen » également illustré par le temple métapontin intra muros de Héra et par les temples de Poseidonia (Athéna en particulier). Enfin les quelques fragments de terres cuites architecturales retrouvés trahissent la succession de deux phases : une première toiture (attribuée au temple avec la plus grande vraisemblance) est représentée par quelques fragments qui montrent un système mixte de sima « à baldaquin » munie de fausses gargouilles léonines purement décoratives ; la seconde toiture est une réfection de qualité moyenne, produite dans les mêmes moules que ceux qui servirent à fabriquer  la toiture du temple A intra muros d’époque classique.

 

          Cette étude, brève mais précise, intéressante sans être novatrice (même par rapport au vieux livre de Kodewey et Puchstein), permet de restituer assez précisément le temple à l’exception des frontons (et donc de l’inclinaison du toit) et de le situer à la fin du VIe siècle av. J.-C., non loin dans le temps des temples d’Aphaia et de Contrada Kardaki, avec lesquels ses proportions présentent des affinités évidentes. Il apparaît ainsi comme le dernier rejeton de l’architecture archaïque typique des colonies achéennes occidentales, tandis que certaines de ses caractéristiques annoncent déjà le classicisme dorique du Ve siècle.

 

          Les deux chapitres suivants sont consacrés à l’étude de la nature des matériaux et de la détérioration du temple. Des examens macro- et microscopiques de la pierre ont été réalisés, ainsi que des études portant sur la microfaune et des analyses chimiques. On a constaté d’une part que le calcaire (calcarénite) dont le temple est fait, n’était pas d’origine locale et que cette roche ne se trouvait pas même dans les environs immédiats, d’autre part que des parties de la crépis ont été réalisées en conglomérat et correspondent probablement à des restaurations antiques. Deux gisements de calcarénite ont été identifiés dans l’intérieur des terres, à Gravina et Monte Castiglione, mais les analyses pétrographiques excluent que les pierres du temple en proviennent et ont, au contraire, montré qu’elles sont originaires de deux carrières proches de Tarente, ce qui permettait d’en assurer le transport par voie maritime. Des gisements de conglomérat ont été identifiés dans un rayon d’une dizaine de kilomètres autour du temple, accompagnés de traces archéologiques d’occupation antique (mais la fragilité de la roche n’a pas permis la conservation de traces d’extraction antique).

 

          L’étude des dégradations de l’édifice s’appuie sur de nombreuses analyses et permet de décrire les agents dont l’action conjuguée explique son état actuel. Le bilan des travaux de restauration déjà effectués (rebouchages ou véritable restauration avec stuc) est positif et des propositions sont faites pour en conforter l’efficacité (traitements des micro-organismes).

 

          L’ouvrage se termine par l’important dossier graphique, extrêmement détaillé, réalisé par les étudiants de l’université de Venise : plans et relevés des colonnades et relevé individuel de chacune des colonnes avec détail des manques.

 

          Au total, nous bénéficions ainsi d’une fiche descriptive ainsi que d’un bilan sanitaire du temple. Peut-être ce dernier est-il un peu trop luxueux, puisque le dossier « individuel » des colonnes intéresse presque exclusivement les responsables de la restauration et de la conservation du monument étudié. Ce luxe de documentation se répercute sur le prix de vente de l’ouvrage. Le spécialiste de l’histoire de l’architecture antique restera un peu sur sa faim, attendant la publication d’une étude complète des données archéologiques. Mais on ne peut que saluer la précision et le professionnalisme exemplaires qui caractérisent cette étude d’un édifice célèbre autant que méconnu…