Baratte, François - Bejaoui, Fathi - Ben Abdallah, Zeineb (dir.): Recherches archéologiques à Haïdra, III, Collection de l’École française de Rome 18/3, 338 p., ill. n/b et coul.
ISBN: 978-2-7283-0809-5. Prix: € 113,00
(École française de Rome, Rome 2009)
 
Compte rendu par Sébastien Polet, Université Catholique de Louvain
(sebastienpolet@roma-asbl.be)

 
Nombre de mots : 2325 mots
Publié en ligne le 2011-02-28
Citation: Histara les comptes rendus (ISSN 2100-0700).
Lien: http://histara.sorbonne.fr/cr.php?cr=1087
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          Cet ouvrage est le fruit des recherches franco-tunisiennes à Haïdra, l’antique Ammaedara, depuis 1993. Ce troisième tome des descriptions des fouilles d’Haïdra est divisé en quatre parties : la basilique VII ; le petit monument à auges ; le marché et l’édifice du sud ; les inscriptions païennes mises au jour entre 1993 et 2000.

 

 

          L’ouvrage débute par un avant-propos. Ces quelques pages décrivent brièvement le contexte des études des trois secteurs d’Haïdra. La basilique VII fut mise au jour en 1995 dans la citadelle byzantine. Après quelques sondages, l’édifice chrétien fut fouillé entre 1999 et 2005. L’intérêt du monument réside dans ses particularités architecturales et dans la découverte de la tombe d’un évêque nommé Secundus. Le monument à auges, s’il était déjà connu, fut le premier édifice de ce type à être fouillé de manière scientifique.

 

 

          La première partie de l’ouvrage est donc consacrée à la basilique VII. Elle commence, naturellement, par une introduction de François Baratte. L’église fut découverte lors d’un sondage effectué en 1995. L’année suivante, les archéologues comprirent qu’ils avaient affaire à un bâtiment inconnu jusque-là. L’église, abandonnée au Xe siècle, fut dégagée et étudiée en 9 campagnes. Au total, plus de 2000 m² furent ouverts. Les fouilles s’étendirent au-delà de la basilique. En 2005, une petite nécropole fut dégagée. De nombreux remplois furent retrouvés dans l’église byzantine.

  

 

          Le premier chapitre est consacré au plan de la basilique. Il s’agit d’une église à trois nefs dotée d’une abside saillante à l’est. Elle possédait trois accès, à l’ouest. Elle mesurait 20 m x 11,65 m. Ses dimensions sont proches des églises africaines de la fin du Bas-Empire et de la période byzantine. Les trois nefs étaient composées de cinq travées chacune. Le chœur de la basilique était flanqué de deux salles annexes et d’une abside. Viennent ensuite la description des matériaux, l’étude des dimensions de chaque élément de l’édifice. Après les nefs et les stylobates, la description des supports des parties hautes permet de comprendre l’agencement de l’édifice : colonnes intérieures, colonnes en façade surmontées de chapiteaux corinthiens qui sont tous remployés. Le chœur mesurait 3,40 m x 4,51 m. Il était surélevé de 15 cm. L’emplacement de deux reliquaires fut découvert. Ils étaient disposés dans des cavités creusées dans un seul bloc logé dans un espace dégagé. L’abside mesurait 4,30 x 3,15 m. Elle était dallée. Ce chapitre possède de nombreuses illustrations qui complètent parfaitement les descriptions.

 

 

          Le deuxième chapitre est dédié à l’étude en élévation de la basilique. De nombreux matériaux de remploi furent utilisés pour bâtir l’édifice. Il s’appuyait sur des édifices plus anciens. Les fondations étaient visibles, à l’est, depuis la rue. L’abside reposait directement sur le dallage de la rue. Les fondations de la façade étaient faibles. La façade (ouest) était longue de 13,13 m. Les murs latéraux étaient épais d’environ 60 cm. Le mur sud était presque entièrement arasé.

 

 

          Le troisième chapitre est une restitution architecturale de J.-C. Golvin. L’auteur présente une très intéressante restitution. Il se base sur des statistiques résumées dans des tableaux (éléments retrouvés sur place…) ; il se base également sur d’autres édifices. Son analyse permet de nuancer certains essais, comme la hauteur des murs et la toiture, présents dans les planches.

 

 

          Le quatrième chapitre s’intéresse à l’espace en façade de l’église. En effet, devant la basilique, quelques structures furent mises au jour : un bassin monumental, un hémicycle et un autre bâtiment. Cette étude permet de comprendre le tissu urbain proche de l’église. Un espace fut aménagé pour accéder à l’église. À proximité du bassin, un semi-portique fut découvert. Quatre bases de colonnes furent mises au jour. Onze sépultures furent retrouvées. Huit étaient situées entre la façade et la colonnade. La neuvième tombe, celle de l’évêque Secundus était au nord de cet espace. Elle était la seule à être au centre d’un dispositif particulier. La plupart des tombes étaient en dessous du niveau du sol et signalées par une épitaphe (exception : tombe 1 aménagée entre deux colonnes du semi-portique). La tombe de Secundus, était à l’angle nord-ouest de l’église. Elle était orientée selon un axe est-ouest. Elle était à l’intérieur d’un enclos constitué de trois murs et d’une clôture ouverte. Le sarcophage, un remploi, mesurait 2,20 m x 0,58 m x 0,50 m. Le couvercle n’était pas celui de la cuve. Il s’agissait d’une dalle de calcaire médiocre. La tombe avait été pillée. À l’exception d’une cruche peinte (tombe 2), peu de matériel archéologique fut mis au jour. Les onze tombes et leur contenu éventuel sont décrits dans ce chapitre.

 

 

          Le cinquième chapitre, intitulé « L’église et la ville. Les constructions autour de l’église », s’intéresse aux aménagements proches de la basilique. Il commence par le cardo. Large de 5,30 m, il était parcouru par un égout médian. Un second égout fut ajouté le long du mur occidental de la rue. Le cardo était encore utilisé lors de la construction de la basilique VII. Au sud de l’église, un édifice fut repéré. Sous l’annexe sud de la basilique, une autre construction fut utilisée comme fondation. Sous la nef sud, deux états successifs d’un bâtiment furent révélés par des sondages. Au nord de la basilique, il y avait une rue qui fut réaménagée pour faciliter l’accès à l’église. Enfin, à l’ouest, une mosaïque fut découverte lors d’un sondage en avant de la porte. Bicolore, elle semble assez similaire aux mosaïques de Thuburbo Maius datées entre la seconde moitié du IIe siècle et le IVe siècle ap. J.C. Un mur bâti sur un axe nord-sud fut également repéré. Il était réalisé en opus africanum. Le bassin, déjà présenté, datait de l’époque romaine. L’hémicycle, lui aussi construit à la période romaine, ressemblait au monument des eaux de Zaghouan.

 

 

          À partir du sixième chapitre, débute l’interprétation des données. Elle commence par une chronologie relative de l’Église, fondée sur les différentes couches archéologiques. La basilique VII est postérieure à la construction du cardo et elle recouvre des structures plus anciennes. Des structures furent réalisées lors de son édification : dallage, escalier… L’église elle-même connut plusieurs états. Peu d’éléments permettent une datation directe. L’inscription de l’évêque Iaquintus (Hyacinthus), associé à l’église, est datée de la 4e année de règne de Justin II (568-569). L’église semble dater du VIe siècle. Après la période byzantine, elle fut peut-être utilisée comme silo.

 

 

          Le septième chapitre présente les caractéristiques architecturales et liturgiques de la basilique VII. Elle est plus petite que les églises I et II d’Haïdra. Elle était soumise aux contraintes du terrain et aux édifices antérieurs. Elle disposait de deux salles annexes relativement rares dans l’architecture des églises africaines. Les sépultures sont en rapport avec l’église. Les inhumations furent réalisées durant la période byzantine. La tombe de Secundus servit, selon les fouilleurs, de pôle d’attraction. Il faut remarquer qu’aucune tombe ne fut retrouvée dans le bâtiment. Pour décrire les aménagements liturgiques, quelques comparaisons avec d’autres églises sont réalisées. Un passage d’Isidore de Séville vient aussi compléter ce passage. Les chercheurs se montrent très prudents dans leurs interprétations et leur analyse, tout en étant très rigoureuse, est très sage.

 

 

          Le huitième chapitre compare la Basilique VII avec les autres églises d’Haïdra. Il commence par une brève description des six autres lieux de culte : Basilique I : St Cyprien (ou basilique de Metellus) ; Basilique II des Martyrs (ou de Candidus) ; Basilique III dite de la citadelle ; basilique IV dite « chapelle vandale » (en raison des inscriptions mises au jour qui mentionnaient un Thrasamund et un Hildéric) ; Basilique V et Basilique VI. À celles-ci s’ajoute le « monument chrétien » de l’oued. L’étude comparative permet, dans un premier temps, de placer tous ces édifices sur un plan réactualisé d’Haïdra. On trouve également un plan de chacune des églises (avec leurs différents états). La communauté chrétienne d’Ammaedara semblait importante. Mais ses débuts semblent toujours difficiles à cerner. En 411, sa présence est certaine car Haïdra est mentionnée lors de la conférence de Carthage. Les nombreuses différences architecturales remarquées entre les églises d’Haïdra semblent indiquer une célébration du culte variée et riche dans la cité. En conclusion, la basilique VII est une église de taille moyenne près de laquelle furent inhumés quelques individus. Deux évêques furent associés à ce bâtiment : Secundus et Hyacinthus.

 

 

          Après ces analyses vient le catalogue des découvertes. Il commence par les inscriptions chrétiennes associées à la Basilique VII. L’étude est rigoureuse et très précise : dimensions, matériaux, édition du texte, traduction et commentaires. Des photos en noir et blanc complètent ces études. Le catalogue des matériaux découverts dans la Basilique VII est tout aussi rigoureux. Il commence par le matériel en pierre. Parmi les objets, la table circulaire en marbre bénéficie d’une étude très approfondie. Cet objet brisé, d’un diamètre de 1,44 m, intéressa particulièrement les fouilleurs. Leur démarche heuristique est riche et tend vers l’exhaustivité. Ils dressent des parallèles avec d’autres artéfacts similaires retrouvés à Delphes, Clazomènes, Sirmium et Kélibia. La question principale tourne autour de la fonction de l’objet. Était-il lié à la liturgie ? Les réponses apportées sont malheureusement un peu confuses. Après les matériaux en pierre, viennent la verrerie et une plaque d’ivoire. Cette dernière, de belle facture, fut retrouvée en quatre fragments. Enfin il y a les bronzes (y compris un objet islamique) et les céramiques. Quelques-uns des plus anciens exemples de sigillée africaine furent retrouvés lors de sondages.

 

 

          La deuxième partie de cet ouvrage est consacrée au petit monument à auges. L’édifice est situé à environ 150 m au nord-ouest de la citadelle byzantine. Il s’agit d’une petite construction rectangulaire. Elle fut bien conservée et souvent désignée comme un « fortin » ou une « maison fortifiée ». Ces hypothèses se basaient sur l’architecture du bâtiment : une seule porte, de petite taille, et des fenêtres difficiles d’accès. Une partie de la construction s’est effondrée et le sol fut partiellement arraché. Le monument était à proximité du forum mais le tissu urbain proche demeure encore inconnu. Pour réaliser cette étude, des comparaisons avec d’autres « monuments à auges » (Théveste, etc.) ont été réalisées.

 

 

          Le premier chapitre présente le monument. Il s’agit du deuxième édifice de ce type retrouvé à Haïdra. Il est à 50 m au sud de l’église St Cyprien et à environ 30 m du forum. Il mesurait 11,55 m x 9 m. Il fut fouillé à partir de 1997. Il s’agit de la première campagne scientifique consacrée à un bâtiment de ce type. Il n’existe aucune information dans les textes anciens pour comprendre l’édifice. Près de l’angle nord-ouest, les archéologues mirent au jour une construction effondrée qui fut relativement haute.

 

 

          Le deuxième chapitre « composition générale du plan » passe en revue les quatre parties de la construction. La première salle donne accès aux trois autres pièces. On y trouve aussi le seul accès vers l’extérieur. La salle à auges (5,60 m x 4,40 m) est située entre deux pièces annexes. Elle était délimitée, à l’est et à l’ouest, par des auges.

 

 

          Le troisième point présente l’édifice en élévation. De nombreuses photos et plans rendent ce chapitre particulièrement intéressant. Les fenêtres de la construction possédaient des grilles et des volets. La porte d’entrée pouvait être bloquée par une barre horizontale. Des verrous complétaient cette sécurité. Le bâtiment était gardé. Mais il ne s’agissait pas d’hommes qui restaient sur place pendant longtemps car il n’y avait aucune commodité. Des traces d’un arc monumental furent aussi mises au jour. Cinq voussoirs furent retrouvés dans la salle à auges. L’arc donnait à cette pièce une certaine monumentalité. L’édifice d’Henchir Faraoun possédait également un arc. Des escaliers, dans les pièces latérales permettaient d’accéder à l’étage. Ils étaient raides et étroits. Cela implique que l’étage ne servait pas à stocker des produits. Les auges, cinq par murs, étaient à hauteur d’homme.

 

 

          Après une brève étude consacrée à la technique de construction des murs qui révèle que le bâtiment date probablement du Bas-Empire, le cinquième chapitre présente une étude comparative des monuments à auges. Des parallèles sont effectués entre Haïdra I, Henchir Faraoun, Madaure, Oued Louz, Henchir Goubeul et Tebessa Khalia. Tous les édifices possèdent un étage, tous sont « fortifiés » et tous possèdent des auges sur les côtés d’une salle. En moyenne, il y a huit auges par côté. Ce type de bâtiment ne semble pas destiné à emmagasiner des éléments volumineux. Les biens qui y étaient devaient être précieux. On les manipulait à l’abri des regards. Le caractère économique ou fiscal de la construction semble avéré. Mais des questions demeurent, parmi lesquelles : s’il servait aux impôts ? pourquoi y avait-il deux bâtiments à Haïdra ?

 

 

          Viennent ensuite la description de la fouille et une petite présentation de l’édifice rectangulaire découvert à proximité du bâtiment à auges. Il mesurait 9,5 m sur 6,5 m. Il semble avoir été très haut et tardif. Il s’agissait peut-être d’un édifice défensif. Il n’est pas exclu qu’il s’agissait d’une tour d’observation byzantine. Il est trop petit pour être considéré comme une maison fortifiée.

 

 

          La troisième partie, consacrée au secteur du marché, est rédigée par Fathi Bejaoui. Les fouilles se sont concentrées sur le marché et sur un édifice situé au sud de celui-ci. Le tout est situé à l’ouest de ce qui semble être le Capitole d’Haïdra.

 

 

          Le premier point est consacré au marché. De nombreuses photos et un plan enrichissent la description scientifique. Presque carré, le marché mesurait 40 x 39 m. Des boutiques situées devant un portique entouraient une cour centrale. Elles étaient au nombre de 22 ou 23. Leurs dimensions oscillaient entre 3,54 et 4 m de long et 4 à 2,50 m de profondeur. Le portique entourant la cour centrale était entièrement dallé. La pierre, du calcaire local provenait sans doute de l’oued. Au centre de la cour, il y avait un bassin (1,57 x 0,80 m). Dans les égouts, des restes d’os d’animaux (marcassins, porcs…) et du matériel datant de la fin du VIe et du début du VIIe siècle, furent mis au jour. Malheureusement, la construction du marché ne peut être datée avec précision. L’édifice semble assez grand pour l’Afrique romaine.

 

 

          Le second point décrit les résultats des fouilles de l’édifice situé au sud du marché. Il mesurait environ 20 m sur 12 m et possédait une douzaine de pièces et 2 ou 3 corridors. Un grand plan de cette construction aurait été utile pour mieux comprendre la description des différentes salles. Une statuette de Vénus nue fut mise au jour. Elle est du type de la Vénus anadyomène. La fonction exacte de l’édifice est encore incertaine.

 

          Enfin, la quatrième partie est l’inventaire des inscriptions païennes révélées lors des fouilles entre 1994 et 2004. Il est réalisé par Zeineb Benzina Ben Abdallah. Pour chaque inscription, il y a l’indication du lieu de la découverte, les dimensions, le type de matériau, l’édition et un commentaire. Malheureusement, toutes les inscriptions ne sont pas traduites. Un index complète cette étude.

 

 

          Ce troisième tome des fouilles d’Haïdra est donc un ouvrage très complet. Il est extrêmement précis, les conclusions et les interprétations des chercheurs sont d’excellente qualité. Prudents et rigoureux, ils ont réalisé une étude qui permet de mieux intégrer Haïdra dans les recherches consacrées à la Tunisie antique.