Bardel, Stéphanie - Dalibard, Sabrina: Compagnons célestes. Épis de faîtage, girouettes, ornements de toiture. Photographies de Bernard BEGNE et Norbert LAMBART avec Alain AMET. Dessins de Christian KULIG. Cette publication accompagne l’exposition "Compagnons célestes, épis de faîtage, girouettes, ornements de toiture" présentée par l’Écomusée du pays de Rennes du 10 avril 2010 au 3 juillet 2011. 168 pages, 310 illustrations, format 20,5 x 22 cm. Couverture cartonnée. Prix de vente 22 euros. ISBN 978-2-914528-86-3.
(Éditions Lieux Dits, Lyon 2010)
 
Compte rendu par Alain Salamagne, Université de Tours
(alain.salamagne@univ-tours.fr)

 
Nombre de mots : 834 mots
Publié en ligne le 2011-01-24
Citation: Histara les comptes rendus (ISSN 2100-0700).
Lien: http://histara.sorbonne.fr/cr.php?cr=1103
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          L’introduction nous précise les intentions des auteurs : traiter des épis de faîtage, girouettes et ornements de toiture en Haute Bretagne, territoire dont on aurait aimé voir définir les limites. D’emblée sont affirmés les trois rôles de ces ornements : fonctionnel, symbolique et esthétique, propos liminaires qui semblent à la suite structurer en trois chapitres le contenu de l’ouvrage :

- couvrir et orner son toit, de la technique à l’esthétique avec un rappel  sur les centres de production et les métiers,

- le rôle des ornements de toiture,

- l’iconographie.

 

          Une première partie aborde les matériaux de construction, du chaume qui en milieu rural (mais pas uniquement) domine le paysage, à la tuile produite artisanalement dans des ateliers disséminés et qui sont parfaitement  attestés par les textes à partir du XVe siècle : le centre de production de Fontenay à Chartre-de-Bretagne (Ille-et-Vilaine) fournissait les chantiers de Rennes au XVe siècle, le centre de La Poterie près de Lamballe comptait, en 1411, 28 ateliers de potiers. Cette production artisanale fut concurrencée à partir de 1850 par celle des tuileries mécaniques.      

 

          L’ardoise fut importée à partir du XIVe siècle de Trélazé (Maine-et-Loire), puis exploitée  au XIXe siècle à Ploërmel, à Maël-Carhaix, à Sizun, etc. La spécificité de son usage est constituée sur le plan technique par le « faîtage en lignolet » qui consiste à faire déborder les ardoises taillées en pointe d’un versant sur l’autre, tout en les imbriquant ensemble. En fonction des matériaux mis en œuvre, différents corps de métiers intervenaient, potiers, chaudronniers, fondeurs, couvreurs…

          Les matériaux ferreux sont constitués par le plomb moulé et repoussé au XVe siècle, repoussé le plus souvent au XVIe siècle, – le zinc, matériau inaltérable, est utilisé à partir de la seconde moitié du XIXe siècle.

 

          L’épi de faîtage couronne le poinçon de la charpente, épi de faîtage en terre cuite si la couverture est de tuile, en plomb si elle est d’ardoise. Les premiers ont une hauteur comprise entre le 1/12e et le 1/8e de la hauteur du pignon et sont constitués d’une seule pièce, pourvu qu’ils ne dépassent pas 75 cm de hauteur, de plusieurs pièces emboitées et armées au centre par une barre de fer dans le cas contraire. L’épi comprend une partie inférieure ou embase, une partie centrale et un couronnement ; la terre cuite est parfois vernissée et en vert le plus souvent jusqu’au XVIe siècle. La faîtière est constituée par une tuile semi-cylindrique de couronnement, à cheval à la rencontre des deux pans ; parfois elle est garnie de boutons pour une meilleure préhension et est fréquemment vernissée au feu pour résister  à l’humidité. Les auteurs rappellent à la suite les techniques qui sont celles de la poterie comme du travail de l’ornemaniste, techniques opératoires parfois un peu difficiles à comprendre en l’absence des schémas nécessaires.

  

          Dans le chapitre « le rôle des ornements de toiture », est étudié le répertoire formel de ces productions  après une brève évocation de leurs fonctions : recevoir des paratonnerres, renvoyer au statut noble d’une demeure ou à une symbolique religieuse (les croix ou orants seraient des symboles protecteurs comme les figures des dragons). Les épis de faîtage ont un décor zoomorphe (des oiseaux en particulier dont les coqs des clochers d’église) et,  à partir du XVIIe siècle, des motifs de feuilles d’acanthe, des putti, des dauphins, des mufles de lion, puis au XVIIIe siècle de pots à feu. Certains épis auraient pu constituer des marques de fabrique de certains centres de production, ainsi de ceux surmontés d’une tête d’artichaut, de figures de cavalier, et parfois même de joueurs de biniou (manoir de la Pichardais à Crehen, Côtes-d’Armor). Quelques pièces sont exceptionnelles : le musée du château de Vitré conserve un épi anthropomorphe de plomb figurant un homme d’arme d’une hauteur de 1,70 m qui surmontait l’hôtel particulier Ringues de la Troussannais à Vitré et qui remonte à la première moitié du XVIe siècle.

 

          Le livre a le mérite d’aborder un domaine insuffisamment apprécié de l’histoire de l’architecture et de son décor, mais il n’est pas exempt de défauts : le plan manque de structure et entraîne des répétitions (des photographies figurent parfois en double ou apparaissent hors contexte, comme les deux vues des Très Riches Heures du duc de Berry représentant le château de Saumur ou le palais de la Cité à Paris qui ne sont pas présentées) ; les éléments du décor de ces épis ne sont pas réellement décrits ou comparés à d’autres formes qui auraient pu les inspirer. L’interprétation est souvent mal fondée, ainsi des rais de soleil qui seraient une référence à Louis XIV alors que ce décor est attesté dès le XVe siècle ; on aurait aimé voir mieux précisées les spécificités bretonnes en la matière et les rapports entre ce décor et les différents répertoires d’architecture, civile, religieuse ou militaire.

 

          Aussi l’ouvrage peut-il être considéré plus comme une introduction à une réflexion future plus large sur ces ornements, et qui pourrait également mieux en définir les caractères, que comme une étude de fond. Il reste qu’il offre un bon recueil d’images de détails sur des ornements,  généralement peu visibles du sol (rappelons que les décors de plomb étaient autrefois polychromes) et donc souvent ignorés : en ce sens il participe utilement de la nécessaire sauvegarde d’un patrimoine menacé et attirera l’attention des restaurateurs comme des particuliers sur leur intérêt.