Schicht, Patrick: Bollwerke Gottes. Der Burgenbau der Erzbischöfe von Salzburg, 321 S., zahlr. S/W-Abb. und Farbpläne, 29,7 x 21 cm, kartoniert, ISBN 978-3-85161-031-4, 74,90 €
(Phoibos Verlag, Wien 2010)
 
Compte rendu par Alain Salamagne, Université François-Rabelais, Tours
(alain.salamagne@univ-tours.fr)

 
Nombre de mots : 2984 mots
Publié en ligne le 2010-10-25
Citation: Histara les comptes rendus (ISSN 2100-0700).
Lien: http://histara.sorbonne.fr/cr.php?cr=1116
Lien pour commander ce livre
 
 

          Dans cet ouvrage, fruit d’un travail universitaire, l’auteur se propose, à partir de l’étude privilégiée de la forteresse du Hohensalzburg (nous avons déjà rendu compte de l’ouvrage de Patrick Schicht, Die Festung Hohensalzburg. Der Führer zu Geschichte und Architektur, Phoibos Verlag, Vienne 2007, 114 p.) d’étudier la construction des 14 châteaux des archevêques de Salzbourg, ceux – outre évidemment du Hohensalzburg –, de Friesach, Hohenwerfen à Salzbourg, Pettau, Reichenburg, Leibnitz, Tittmoning, Straβburg, châteaux actuellement situés en Autriche ou Slovénie.

 

          L’ouvrage est subdivisé en 14 chapitres, d’importance et de taille inégale selon les vestiges conservés. L’auteur tente avant tout d’identifier, à travers les nombreuses transformations que subirent ces palais et forteresses, les états antérieurs à la mi-treizième siècle, états plus ou moins reconnaissables selon les sites concernés. Le plan suivi pour chacune des monographies consiste, après une analyse archéologique des vestiges subsistants et de leur appareil (irrégulier ou réglé, en fonction des caractères de l’architecture régionale), outre la description du décor, à mettre en parallèle ces caractères avec le contexte historique et artistique pour proposer une datation plus fine et souligner les rapports avec d’autres monuments.

 

 

1. Die Festung Hohensalzburg im Hochmittelalter, p. 11-126

 

          Le chapitre consacré au Hohensalburg est le plus important de l’ouvrage puisqu’il occupe les pages 11 à 126. L’étude en est renouvelée par une documentation scientifique récente fondée sur un ensemble de fouilles archéologiques pratiquées entre 1993-1998 et des relevés d’architecture du bâti.      Après avoir présenté les sources historiques disponibles ou encore les ressources graphiques exploitées pour son analyse, l’auteur s’attache dans une première partie (de soixante pages) à retracer son historique depuis l’époque carolingienne jusqu’aux fortifications de l’âge moderne et classique, qui vit son renforcement – dans le contexte de l’apparition de l’artillerie et du conflit européen de la guerre de Trente Ans – par des tours et boulevards.

 

          Le Hohensalburg occupait un site stratégique qui dominait (à 550 m de hauteur) le pays environnant et le réseau de voies de communication entre vallées et lui permettait de contrôler les passages des Alpes. L’oppidum celte qui s’implanta d’abord sur cette éminence naturelle fut abandonné à l’époque romaine au profit d’une nouvelle cité qui se développa à ses pieds ; les invasions germaniques du second siècle après J.-C. entraînèrent au Bas-Empire la remilitarisation du site. L’élévation, en 715, de Salzbourg au rang d’archevêché et de siège métropolitain de la Bavière donna un nouvel essor à son développement : peut-être dès le VIIIe siècle sous la dynastie comtale des Agilofinger fut fondée une résidence (castrum superius du Festungberg), avec en contrebas une église dédiée à Saint-Martin, patron des Francs (à l’emplacement de l’actuelle terrasse Nonnberg) puis un couvent de moniales. Après 788, le château passe aux mains des archevêques. Une chronique du XIIe siècle rapporte que l’archevêque Gebhard von Helfenstein (1060-1085) fit construire ou reconstruire en 1077 un certain nombre de châteaux, dont le Hohensalzbourg. Mais de ce dernier, probablement élevé en bois, n’est conservée qu’une partie des fresques de la chapelle qui, elle, fut bâtie en dur.

 

          L’archevêque réformateur Konrad Ier (1106-1147), qui initia à partir de 1121 une politique de fondations et de reconstructions, développa la ville de Salzbourg (construction d’une nouvelle résidence, de la cathédrale, d’un hôpital, des fortifications...) et réédifia encore le Hohensalzburg dont la garde fut confiée à des burgraves.

 

          Le château devint alors un édifice symbolique du pouvoir de l’archevêque sur la cité, lieu de représentation de la haute noblesse, alors que la résidence épiscopale dans la ville basse servait à des fins religieuses ou de résidence ordinaire. L’archevêque pérennisa les fonctions résidentielles du castrum : la partie la plus élevée du plateau fut circonscrite d’une muraille crénelée juchée sur l’arête rocheuse, à l’aplomb de laquelle se trouvait la chapelle agrandie dont de nombreux fragments de peinture murale sont encore identifiables. Dans la cour il éleva une tour maîtresse (« der Hohe Stock»), bâtiment rectangulaire de 18,16 x 10, 72 m (ou 60 x 35 pieds), aux murs épais de 1,15 m. Une datation un peu avant 1130 – soit sous l’archevêque Konrad Ier (1121-47) – est proposée à partir non seulement d’un prélèvement dendrochronologique, mais également d’un ensemble de considérations stylistiques ou historiques. Soulignant l’originalité du décor à fresque qui procède d’une influence de l’architecture religieuse, l’auteur estime que cette tour d’habitation peut constituer un point culminant de l’architecture castrale de l’Europe centrale (« ein Höhepunkt des mitteleuropäischen Burgenbaus im 12. Jahrhundert gelten kann ». Nous n’entrerons pas dans les détails des nombreuses modifications qui par la suite concernèrent cette tour et sa chapelle située au nord-ouest, mais relèverons de cette dernière l’existence d’un décor peint. De ce décor, renouvelé vers les années 1140, qui ornementait ses parois, il ne reste que quelques fragments en place ou retrouvés dans les fouilles, fresques, stucs à motifs géométriques, figures de lion dans des disques… rapprochés des décors des couvents de Prüfening, Frauenwörth et Klosterneuburg, comme de la chapelle du Hohenwerfen. Les transformations opérées vers le milieu du XIIIe siècle ne sont évoquées que de manière allusive, tout comme celles de Burkhard von Weißpriach (1461-1466) à qui l’on doit l’adaptation de la forteresse à l’artillerie à feu, avec la construction d’un ouvrage avancé aux murs épais de plus de 3 m devant la Rosspforte, de quatre tours (1465), etc.

 

          Le château du Haut Salzbourg résume donc parfaitement l’évolution de bien des sites : château de bois puis de pierre, château-fort de la fin du Moyen Âge et du début de l’époque moderne, puis forteresse de l’âge baroque dans le second quart du XVIIe siècle, avant de devenir au XIXe siècle une caserne autrichienne. 

 

 

 

2. Die hochmittelalterliche Residenzburg in Friesach, p. 127-170.

 

          Dominant sur un éperon isolé la ville de Friesach, le château du même nom comprenait trois entités distinctes : à l’ouest, le château supérieur (l’Oberhof) ; au centre, le réduit fortifié ou château du milieu (Kernburg) ; à l’est, le château inférieur (Unterburg) et l’église Saint-Pierre dominant la ville. À la fin du principat d’Eberhard II, la résidence s’étendait sur une superficie de 200 m x 50 m.

 

          À l’extrémité orientale du château du milieu, la tour dite de la chapelle ou tour de Gebhard, possède un plan quadrangulaire de 10,40 m de côté ; elle a conservé ses deux niveaux inférieurs (le dernier niveau procède d’une surélévation postérieure), aux murs épais de 1,40 m, accessibles par une porte de plain-pied percée au sud. À l’étage subsistent les vestiges de l’abside d’une chapelle orientée, abside qui se projetait en encorbellement sur les murs extérieurs, et qui conserve une partie de son décor. À l’angle nord-est de cette première tour fut ajouté un Bergfried de 9,60 m x 18,60 m hors-œuvre pour une hauteur de 28 m. L’ensemble aurait été construit entre 1140 et 1180, par l’évêque Konrad Ier.

 

          À l’extrémité ouest de l’éperon, fut construite au XIIIe siècle une autre tour de 7,5 m de côté pour une épaisseur de 1,2 m, tour d’habitation isolée de trois étages, renforcée par la suite d’un bâtiment d’habitation ; la tour devait constituer le lieu de résidence d’un fonctionnaire de cour.

 

          Sous l’archevêque Eberhard III fut conçu un parti architectural nouveau et plus ambitieux où une cour centrale (de 15 x 30 m environ) fut circonscrite de trois ailes. Différentes transformations furent opérées après 1300, construction d’une nouvelle salle (de 11 x 17 m) à deux nefs dans l’angle nord-ouest du château du milieu, travaux dans le second tiers du XIIIe siècle au château inférieur, construction de tours devant les menaces turques après 1480.

 

 

3. Die Residenzburg Hohenwerfen in Salzburg, p. 171-210

 

          La forteresse du Hohenwerfen s’élève à 113 m sur un éperon naturel défendu par son relief et occupé dès l ’époque romaine. Si la paroisse de Werfen est attestée en 1074, la fortification de l’éperon ne semble pas antérieure à l’archevêque Gebhard qui construisit entre 1077 et 1088 un premier château constitué d’un bâtiment unique et d’une chapelle reliés par des courtines : la chapelle à coupole centrale reposant sur quatre colonnes possédait à son extrémité méridionale une abside en forme de tour. Son niveau inférieur conserve des restes du décor primitif, scènes du Nouveau Testament avec les figures des Apôtres et de l’Apocalypse, outre la figure d’un chevalier portant épée et bouclier. Le programme reflèterait l’idée de résistance contre l’empereur à l’instar du programme du palais du Latran à Rome où le pape fit orner sa chapelle privée de scènes des combattants, martyrs contre l’empereur.

 

          Dans une seconde phase, sous l’archevêque Konrad (1106-1147) et probablement entre 1121 et 1147, l’ensemble existant fut complété par la construction d’une porte d’accès (Torbau) et d’une grande-salle, datables par l’ensemble de leurs caractéristiques du second tiers du XIIe siècle. La porte d’accès ménagée au nord donnait sur un escalier-rampe parallèle aux murs de la grande-salle et qui permettait de racheter la déclivité naturelle existante du nord au sud.

 

 

4. Die Residenzburg der Gurker Bischöfe in Straßburg in Kärnten, p. 211-218

 

          Situé sur le sommet isolé d’une colline à 3 km de Gurk (Carinthie), le château construit au milieu du XIIe siècle adopta un plan polygonal dont les murs de courtine, épais de 1,4 m, sont percés d’embrasures de tir (postérieures ?). Deux murs parallèles au nord-est correspondraient à l’existence d’un bâtiment que l’auteur interprète comme le palais primitif, accompagné au sud-est de la chapelle de plan quadrangulaire au chevet plat plus étroit. L’aile sud vint s’appuyer vers 1200 contre le mur d’enceinte ; d’un développement de 50 m x 13 m de largeur, elle comprenait une salle centrale ou « Festsaal » (de 22 x 11 m) accostée de deux salles latérales. Dans le même temps, la chapelle reçut une nouvelle abside, et une tour quadrangulaire (Faukturm) fut construite près de la porte d’entrée du château.

 

 

5. Die Burg von Petau/Ptui in Slovenien, p. 219-224

 

          Le site d’éperon de Petau (Slovénie) -occupé dès l’époque romaine – offrait des défenses naturelles dont l’archevêque Konrad Ier tira profit en construisant dans le second quart du XIIe siècle un château de plan polygonal de 25 m de diamètre, mais dépourvu du moindre flanquement, à l’ouest et à l’extérieur de cette enceinte, des fouilles ont permis de découvrir une tour rectangulaire, tour peut-être des seigneurs de Pettau. Les vestiges au sud du mur extérieur du niveau inférieur d’une salle seraient également attribuables à l’archevêque Konrad Ier.

 

 

6. Die Reichenburg/Rajhenburg in Slovenien, p. 225-236

 

          Sur un éperon dominant la confluence de la Save et de la Brestanica et naturellement isolé sur trois de ses côtés, car juché sur une crête offrant un saillant sur la vallée comme à Friesach ou au Hohenwerfen, le château de Reichenburg/Rajhenburg fut construit sous l’archevêque Konrad Ier entre 1131 et 1141 pour servir de point d’appui au pouvoir archiépiscopal dans les territoires les plus méridionaux de ses possessions. Il adoptait également un plan polygonal de 46 m de diamètre dépourvu de flanquements si ce n’est, peut-être, une tour quadrangulaire externe tangente aux courtines (à l’ouest) et un bâtiment interne accolé contre la muraille au nord-est. Peu après la mi-douzième siècle fut érigée, contre la courtine sud-est, une salle prolongée d’une chapelle orientée dont le volume fut doublé vers le nord dans la première moitié du XIIIe siècle.

 

 

7. Die Burg von Leibnitz/Seggau in der Steiermark, p. 235-248

 

          Sur l’arête d’une colline d’égale largeur, dans les méandres de la Sulm, le château primitif de Leibnitz/Seggau peut être reconstitué grâce à quelques vestiges de murs : une enceinte de plan polygonal étirée en longueur (95 x 35 m) formait un saillant en éperon à son extrémité nord.

 

          Dans la partie nord de l’aire castrale, à une dizaine de mètres de l’éperon, fut érigée une tour quadrangulaire de 15 m de côté. On y retrouvait donc probablement la bipolarité existante entre un château principal (« Kernburg ») et un château inférieur (« Unterburg ») constitué par la tour isolée d’un châtelain ou burgrave (« Burgmann », « Burggraf »). 

 

          C’est à l’archevêque Konrad I (1106-1147) que l’on doit selon son biographe la reconstruction du château, dont le premier état est mis en relation avec cette mention qui permet de situer dans le second quart du XIIe siècle, reconstruction qui réaffirmait le pouvoir de l’évêque plus qu’il ne répondait à la volonté de contrer les menaces des Hongrois.

 

 

8. Überlegungen zur Gestalt des Salzburger Hofes in Regensburg, p. 249-258

 

          La résidence des évêques de Bavière à Regensburg a été détruite en 1893-1895 mais des documents et de nombreux éléments lapidaires qui en sont conservés en permettent l’étude. Le château décrivait un plan quadrangulaire de 43 m de côté à quatre corps de logis disposés autour d’une cour centrale : deux salles disposées au nord et sud étaient reliées, à l’est par un corps de logis, à l’ouest par un bâtiment prolongé par une galerie de deux arcades, conception proche de la distribution de la résidence d’Eberhard II à Friesach. 

 

          Ce serait l’œuvre d’Eberhard II qui aurait voulu disposer dans la métropole bavaroise d’un bâtiment représentatif avec deux salles surpassant celui du palais ducal.

 

 

9. Die erzbischöfliche Burg in Tittmoning in Bayern, p. 259-265

 

          Le château de Tittmoning, isolé sur un éperon, domine la ville du même nom : son histoire débute avec l’archevêque Eberhard II qui entama, après 1234, à la fois la construction du château et de la ville fortifiée. Il s’agissait d’une réponse à la construction des fortifications de la ville de Burghausen par Otto II, duc de Bavière. Les éléments conservés, qui s’échelonnent du XIIIe au XVe siècle, ne font pas l’objet d’une étude détaillée.

 

 

10. Die Burg Kaprun in Salzburg, p. 263-265

 

          Décrivant un tracé rectangulaire plus ou moins régulier, le château de Kaprun est renforcé à son extrémité orientale par une tour dont les angles sont soulignés par des chaînages en bossage, son appareil révélant une construction du second quart du XIIIe siècle. 

 

 

11. Die Burgruine Hieburg in Salzburg, p. 267-268

 

          Au pouvoir d’Eberhard II en 1228, le château d’Hieburg décrivait un plan trapézoïdal de 40 m x 40 m, avec une tour quadrangulaire (de 11 m x 11 m) sur le saillant de l’attaque ; son appareil irrégulier renforcé aux angles par des blocs, blocs en bossage pour le soubassement, permet d’avancer une datation dans le second quart du XIIIe siècle. 

 

 

12. Das Burgschloss Fischhorn in Salzburg, p. 269-271

 

Le château – pour la première fois mentionné en 1227 – aurait donc selon l’auteur été construit à cette date par Eberhard II, puis aurait fait l’objet d’une forte restauration néo-gothique au XIXe siècle. Il est constitué d’un noyau fortifié de plan quadrangulaire avec tour quadrangulaire d’habitation, noyau qui fut précédé d’une avant-cour de plan polygonal renforcée à un de ses angles intérieurs par une tour quadrangulaire. Cette partition en deux cours correspondrait à deux occupations différentes : un siège administratif et la résidence d’un burgrave.

 

 

13. Die Burgruine Kropfsberg in Tirol, p. 273-275

 

          La position fortifiée comporte trois entités : un château formant réduit (Kernburg) dont l’enceinte est renforcée de deux tours, un château avancé (Vorburg) qui possède sa propre tour, enfin une enceinte basse (Unterburg). La tour du château principal a 10,20 m de côté pour une épaisseur murale de 2,10 m, celle du Vorburg 11 m pour une épaisseur de 3 m : elle pouvait être le siège du burgrave, comme à Friesach, Pettau, Seggau, Fishhorn. Les deux premières composantes furent construites dans le second quart du XIIIe siècle, mais la tour du Vorburg serait un peu plus récente. 

 

 

14. Der Salzburger Fürstenhof in Friesach in Kärnten, p. 277-307

 

          Dans un dernier chapitre est évoquée la résidence archiépiscopale de Friesach (Carinthie) qui conserve du XIIIe siècle un corps de logis avec tour et chambre et du début du XIVe siècle une chapelle, mais curieusement l’auteur rattache à ce chapitre sa conclusion générale sur la construction des châteaux archiépiscopaux.

 

          Quatre questions essentielles sont posées : les fonctions de ces châteaux; leur signification politique ; leur influence sur le développement de la seigneurie ; les particularités éventuelles qui les distingueraient de ceux de l’aristocratie laïque. Revenant sur le contexte historique du développement de cette politique castrale, l’auteur s’interroge encore sur un certain nombre de leurs traits distinctifs : existe t-il une conception unitaire de ces châteaux ? Leurs caractères typologiques se retrouvent-ils sur les châteaux seigneuriaux ? Peut-on reconnaître des différences de conception avec les châteaux de la noblesse coutumière ?

 

          Les sources attestent d’une campagne de reconstruction intensive sous Gebhard (1060-1088) (les châteaux du Hohensalzburg, Hohenwerfen, Pass Lueg et Friesach), mais que seuls de rares vestiges évoquent. Ces châteaux situés sur des emplacements stratégiques – des éperons isolés la plupart du temps –, et qui répondaient, au même titre que ceux de l’aristocratie séculière à la volonté de domination territoriale, circonscrivent dans une enceinte circulaire des bâtiments qui pouvaient être en grande partie en bois. Sous l’évêque Konrad (1106-1147), leurs enceintes furent renforcées et des tours-maîtresses résidentielles furent érigées, comme à Salzburg, à Friesach et Pettau. Au Hohenwerfen et à Friesach apparaît une nouvelle conception des dispositions résidentielles avec cour, grand-salle et chapelle.

  

          La disparition de l’archevêque Konrad fut suivie d’une pause dans la politique de construction, mais différentes intervention (à Friesach, Reichenburg, Regensburg…) sont attribuables à Konrad III de Wittelsbach (1177-1183). Le rôle d’Eberhard II (1200-1246) comme constructeur fut particulièrement importante et son intervention est attestée sur plusieurs sites dont ceux du Hohensalzburg, de Friesach…

 

 

          Patrick Schicht a le mérite dans cet ouvrage de s’attacher aux châteaux et résidences épiscopales qui, d’une manière générale, tant en France qu’en Allemagne, ont fait l’objet de moins d’études et d’avoir proposé un ensemble de comparaisons permettant de les situer à leur place dans l’histoire de l’architecture. Son étude est parfaitement fondée sur le plan historique et archéologique. Même si le titre de l’ouvrage ne le précise pas, ce sont bien les états les plus anciens (entre 800 et 1250) de ces châteaux que l’auteur analyse, se contentant d’une évocation plus rapide des transformation ultérieures. Les châteaux étudiés le sont de manière inégale, certains font l’objet d’une longue monographie (115 pages pour le Hohensalzburg), d’autres bénéficient d’une approche superficielle (deux pages pour les cinq derniers châteaux). Certes, l’importance des vestiges conservés peut justifier ces apparentes distorsions, mais il aurait été préférable dans ce cas de disposer autrement ces chapitres, d’autant plus que la volonté de situer dans le cadre de chaque monographie l’étude comparative entraîne de nombreuses répétitions. Evidemment l’exercice n’est pas toujours des plus aisés car ces sites ont tous connus des phases d’abandon et de transformation qui rendent très souvent difficiles, non pas tant la reconnaissance des états les plus anciens, que leur interprétation exacte. On soulignera cependant les limites de l’exercice, qui tente d’une part d’assigner, de manière par trop systématique à une période précise, une construction à partir de murs conservés de manière fragmentaire et d’autre part de rechercher des systèmes de proportions idéales dans des édifices considérés comme critères de datation. On regrettera enfin quelques défauts d’éditions, une description archéologique insuffisamment étayée par des relevés archéologiques, des photographies ou des coupes, comme l’absence de cartes géographiques des sites et surtout – ce qui gêne souvent la compréhension d’ensemble – un défaut de report d’identification sur les plans des bâtiments par une numérotation appropriée.