van Effenterre, Henri: édité par Massimo Perna, avec la collaboration de Maia Pomadère et Julien Zurbach,
La Nécropole de Dréros. Collection Études Crétoises, VIII, 2. 176 p., 103 fig., XVIII pl. h.t. dont 6 en couleurs et 2 en dépl., 2009, 75 Euros. ISBN 978-2-86958-222-4
(École française d’Athènes, Athènes & Universitá degli Studi Suor Orsola Benincasa, Napoli 2009)
 
Compte rendu par Olivier Mariaud, Université Pierre-Mendès-France - Grenoble II
(olivier.mariaud@upmf-grenoble.fr)

 
Nombre de mots : 1125 mots
Publié en ligne le 2011-08-22
Citation: Histara les comptes rendus (ISSN 2100-0700).
Lien: http://histara.sorbonne.fr/cr.php?cr=1121
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          Lors de la publication en 1948 de son mémoire de seconde année (rédigé en 1936) de membre de l’EFA consacré à ses travaux à Dréros (mémoire auquel il y adjoignit ses recherches sur Olonte) [1], H. van Effenterre soulignait que ses découvertes ne révolutionneraient pas l’archéologie Crétoise. La région des collines du Mirabello est en effet traditionnellement perçue comme pauvre et enclavée. Et si elle méritait une publication, celle-ci ne se devait pas d’être exhaustive. Ainsi, l’auteur justifie-t-il sa méthode : « Pour éviter ce qu’il y aurait de fastidieux et d’inutile dans l’inventaire de toutes les tombes découvertes, nous avons choisi la plus représentative de chaque type, qui fera seule l’objet d’une description complète »[2].

 

          S’il peut être parfois perçu comme fastidieux, il n’est plus de mise aujourd’hui de considérer l’inventaire complet d’une nécropole, aussi modeste en apparence soit-elle, comme inutile. D’autant plus que chacun sait que les tombes choisies ne sont pas toujours les « plus représentatives », mais bien souvent les mieux conservées, voire dans certains cas au contraire les plus originales. Il faut donc remercier M. Perna ainsi que ses collaborateurs sur ce projet, M. Pomadère et J. Zurbach, d’avoir entrepris, à partir des archives personnelles de l’archéologue français, des carnets de fouilles originaux et des archives de l’EFA, de publier l’intégralité du mémoire de 1936, consacré à la nécropole de Dréros, soit au total vingt-cinq tombes s’échelonnant entre l’époque submycénienne et la fin de l’époque géométrique.

 

          L’entreprise n’est pas aisée et, disons-le d’emblée, les auteurs ont fait un travail d’excellente qualité et surtout éminemment utile. La difficulté essentielle provient de faire concorder trois séries de documents dont les numérotations de tombes et de mobilier ne correspondent pas : les carnets de fouilles, le mémoire de 1936 et la publication de 1948. Le présent volume est donc autant une publication de nécropole qu’un travail d’historiographie et d’archéologie de la discipline.

 

          L’édition de M. Perna comprend tout d’abord un avertissement assez développé retraçant la genèse du projet ainsi qu’une justification des choix opérés pour contourner les difficultés précédemment citées. Suivent un avant-propos de F. de Sanctis, recteur de l’université de Naples où se trouvent désormais les archives scientifiques d’H. van Effenterre (« Fond van Effenterre), et une très utile introduction du directeur de l’EFA D. Mulliez sur l’historiographie des fouilles françaises à Dréros. Une série de tableaux de concordance, essentiels pour se repérer dans le maelström des différentes numérotations achève le préambule à la publication du mémoire lui-même.

 

          Par respect du travail d’H. van Effenterre autant que par choix scientifique, son mémoire est publié in extenso. Ceci explique l’absence de mise à jour bibliographique. Les seules ‘intrusions’ sont des photographies noir et blanc récentes (2007) du site et quelques notes de pas de pages portant la mention [MPe].

 

          Les familiers de la publication de 1948 trouveront dans le texte du mémoire des éléments pour la plupart déjà connus. Il s’organise en une introduction rapide où H. van Effenterre précise la problématique avec laquelle il a conduit son exploration : mesurer le degré d’influence extérieure, traditionnellement considéré comme faible, ou de localisme que l’on peut qualifier de conservateur, de cette bourgade de Crète orientale. Suit une bibliographie succincte (1936).

 

          Le corps principal du mémoire se divise en deux parties. Une première est intitulée Les tombes. Elle regroupe une description de l’organisation de la nécropole (chap. I) et des tombes (chap. II), puis l’inventaire des tombes (chap. III). Un petit paragraphe de remarques générales sur les rites drériens (chap. IV), essentiellement des crémations primaires en fosse, des enchytrismes d’enfants et quelques crémations secondaires d’adultes, clôt cette première partie. La seconde partie (Les trouvailles) est consacrée à l’étude du mobilier, et notamment au mobilier céramique (chap. V et VI) sous la forme de remarques générales et d’un catalogue, et des autres matériaux (chap. VII). Ce mobilier, dans l’ensemble très modeste (vases à boire ou à verser, souvent non décorés), possède tout de même quelques éléments notables comme ces tiges de fer rectangulaires de la t.9 (1948) qui font penser aux obéloi argiens chers à P. Courbin. Concernant ce dernier chapitre, il convient de signaler que le catalogue de ces objets autres que céramique ne suit pas les remarques générales mais est inséré après la conclusion générale.

 

          La republication exhaustive des tombes et de leur matériel permet de vérifier et, ça et là, de corriger, les attributions matériel/tombe effectuées dans la publication de 1948 et qui donc ont été reprises dans les travaux suivants. Les erreurs les plus importantes de la première édition sont listées dans la note 2 p. 10-11 de l’avertissement. Toute la documentation disponible, notamment (et surtout dirions-nous) s’agissant des contextes et des agencements funéraires, est donc présentée et mise à la disposition de la communauté scientifique. Bien entendu, cela n’entraînera pas nécessairement de bouleversements considérables, notamment concernant les typologies générales et la chronologie de la céramique crétoise (encore que nous ne soyons pas compétents pour juger de cela dans le détail). Mais désormais, les chercheurs pourront s’appuyer sur un travail qui, bien que daté, n’en est pas moins indispensable pour qui souhaite s’attacher à l’analyse des pratiques funéraires dans leur globalité. Car cette petite nécropole, d’apparence modeste et peu impressionnante, nous montre l’existence de pratiques funéraires originales telles que la crémation secondaire en chaudron de bronze (tombe 9/1948) ou encore la présence d’une petite « chapelle funéraire ».

 

          Pour terminer, si quelques réserves peuvent être émises sur la maniabilité des tableaux de concordance,[3] on ne peut que se féliciter de l’opportunité saisie par les éditeurs M. Perna, M. Pommadère et J. Zurbach qui, en fournissant contexte et rectificatifs indispensables, ont montré tout l’intérêt de l’étude et de la reprise de ‘vieilles’ fouilles. Et il est à souhaiter qu’advienne un travail similaire sur la nécropole d’Olonte, autre nécropole publiée en 1948 dans EtCrVIII-1, comprenant cinquante tombes appartenant au MRIIIB, dont certaines inhumations en sarcophage de terre-cuite.

 



[1] H. van Effenterre, Nécropoles du Mirabello, Etudes Crétoises VIII, Paris-Athènes, 1948. 


 

[2] Id., p.7. 


 

[3] Nous saisissons mal en effet la raison pour laquelle le tableau 2 est le seul des trois tableaux de concordance à posséder trois entrées, correspondant aux trois numérotations divergentes (EtCrVIII-1, Mémoire de 1936, Archives du Fonds van Effenterre de Naples), tandis que les deux autres (tableaux 1 et 3) n’en possèdent que deux. Ce qui ne va pas sans poser problème lorsque l’on tente finalement de raccorder la numérotation Naples et celle du mémoire, surtout que ce sont ces deux numérotations qui sont présentes sur les plans publiés dans le présent volume (plan Ia = plan ‘mémoire’ ; plan Ib = plan Naples).