AA.VV. : Vitrocentre Romont : Les panneaux de vitrail isolés. Die Einzelscheibe. The single stained-glass panel. Actes du XXIVe Colloque International du Corpus Vitrearum Zurich 2008, 268 p., nombr. ill. ISBN 978-3-0343-0500-6 br. SFR 64.00 / €* 44.10 / €** 45.40 / € 41.25 / £ 37.10 / US-$ 63.95
(Peter Lang, Bern, Berlin, Bruxelles, Frankfurt am Main, New York, Oxford, Wien 2010)
 
Compte rendu par Tania Levy, INHA
(tania.levy@voila.fr)

 
Nombre de mots : 2045 mots
Publié en ligne le 2011-10-17
Citation: Histara les comptes rendus (ISSN 2100-0700).
Lien: http://histara.sorbonne.fr/cr.php?cr=1173
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          Le XXIVe colloque du Corpus Vitrearum s’est tenu à Zurich en 2008 : cet ouvrage publié en 2010 contient les textes des communications, réunis par Valérie Sauterel et Stefan Trümpler. Depuis quelques années, le Corpus Vitrearum publie régulièrement les actes de ses rencontres. Ainsi en 2008 sont parus ceux du XXIIIe colloque, consacré aux traités (Le vitrail et les traités du Moyen Âge à nos jours, textes réunis par K. Boulanger et M. Hérold, Berne : Peter Lang, 2008), et celui dédié aux représentations architecturales avait bénéficié d’une publication en 2002 (Représentations architecturales dans les vitraux, Liège : Commission royale des Monuments, Site et Fouilles de la Région wallonne, 2002). Les vingt textes présentés ici ont pour auteurs des membres du Corpus Vitrearum, des conservateurs, des historiens d’art et/ou des étudiants.

          Les articles, de longueurs diverses, sont écrits dans les trois langues du corpus, le français, l’anglais et l’allemand, et traitent d’œuvres européennes (Allemagne, Angleterre, Catalogne, France, Italie, Pays-Bas, Pologne, Suisse) du IXe au XIXe siècle. Les communications sont le résultat de recherches en cours, souvent inédites, qui sont amenées à se prolonger par des publications et de nouvelles études. Elles permettent donc d’aborder le thème sous des angles très divers, de l’aspect formel à l’architecture, des commanditaires aux collectionneurs, démontrant par là la richesse du sujet.

          La question des panneaux de vitrail isolés avait déjà été abordée par plusieurs publications du Corpus Vitrearum : certains des recensements accordent par exemple une grande place - voire la place principale - à ce type d’œuvres, notamment ceux de l’Angleterre [1], de la Belgique [2] ou des États-Unis [3]. Cependant, peu de publications scientifiques avaient jusque-là interrogé de façon approfondie ces panneaux isolés et il est heureux que ce colloque revienne sur un certain nombre de problématiques liées au sujet.

          On peut regretter néanmoins le manque d’encadrement des articles, qui sont présentés sans cohérence thématique, et dans un classement chronologique peu évident, du fait notamment des nombreuses communications abordant les collectionneurs. En outre, contrairement aux dernières publications du Corpus, on ne trouve ici ni résumé dans les autres langues du Corpus ni index ou présentation critique. Seule l’introduction nous renseigne brièvement sur le choix du thème du colloque et sur le terme même de « panneaux de vitrail isolés ».

          Trois grands sujets se dégagent toutefois de la lecture des communications : les collections, les collectionneurs et les remplois ; les rondels (petits panneaux de forme ronde, généralement peints en grisaille), et enfin l’isolement des vitraux et les raisons de ce dernier.

 

          Le thème des collections, des collectionneurs et de leurs goûts apparaît en filigrane dans plusieurs articles, qu’il soit question de rondels ou de l’histoire des panneaux. Ainsi plusieurs articles reviennent sur les achats de vitraux continentaux par des amateurs anglais aux XVIIIe et XIXe siècles, phénomène important au moment où le goût néo-gothique s’affirme. Que ce soit par l’étude d’une œuvre, The bride of heaven, dans l’article de James Bugslag ou de diverses collections dans les communications d’Isabelle Lecocq, de Madeline H. Caviness et de Penny Hebgin-Barnes, les auteurs évoquent l’importance accordée à l’aspect formel des œuvres. Cet attachement à l’esthétique des panneaux est souvent allié à un désintérêt pour leur histoire, notamment dans le montage, en vue de la vente du panneau (J. Bugslag) ou de la présentation dans les collections, qu’elles soient publiques ou privées (P. Hebgin-Barnes ; M. H. Caviness).

          Cette problématique de l’exposition des œuvres est aussi manifeste dans les articles qui évoquent les collections muséales de panneaux isolés, à Rouen (Michel Hérold) et à Gand (Aletta Rambaut). On y retrouve l’attachement à la présentation stylistique des panneaux, au détriment parfois de la cohérence chronologique, par exemple dans la « muséographie » du premier musée de Rouen (dans les années 1830). Les panneaux sont exposés dans la majorité des cas selon leurs formes et leurs couleurs et non selon leur sujet, leur thème ou leur datation. Ils sont parfois mis en scènes, combinés à d’autres, et même augmentés d’une bordure constituée d’éléments de vitraux d’autres époques (M. H. Caviness ; J. Bugslag).

          Tomasz Szybisty traite également du phénomène d’acquisition et de présentation des vitraux mais sous l’angle des panneaux isolés, « de cabinet », collectionnés en Pologne au XIXe siècle.

          La question de la provenance des œuvres apparaît avec force comme le corollaire de celle des amateurs : il est très difficile, pour la plupart des panneaux isolés, d’en connaître l’emplacement ou même le pays d’origine. Certains vitraux néerlandais conservés en Angleterre (P. Hebgin-Barnes), par exemple, n’apparaissent dans les archives qu’à partir du moment de leur achat. Mais même dans le cas de panneaux documentés, la question de leur emplacement d’origine se pose toujours, comme c’est le cas à Rouen (M. Hérold) ou pour  la Belle-Verrière à Chartres (article de Claudine Lautier).

 

          Cette question est également fortement présente dans les articles qui évoquent plus précisément les rondels. Objets de collection par excellence, les rondels sont de petits panneaux, généralement de forme ronde. Ils occupent une place importante ici car ils ont souvent été détachés ou réemployés.

          Leur format et leur autonomie en faisaient un objet de choix pour les collectionneurs modernes, comme le montrent les articles évoquant des amateurs britanniques (M. H. Caviness ; P. Hebgin-Barnes). La production originelle de ces petits panneaux est étudiée, et plusieurs aspects de leur création, comme par exemple leur lien avec des dessins conservés ou des gravures, sont évoqués dans les articles de Zsuzsanna van Ruyven-Zeman et de Joost M. A. Caen et Cornelis J. Berserik.

          L’étude des documents d’archives contribue dans bien des cas à une meilleure compréhension du processus de réalisation des rondels. L’article de Rolf Hasler et Uta Bergmann s’intéresse ainsi aux documents concernant les peintres-verriers de Schaffausen,  celui de Christine Hediger revient sur la production spécifique de panneaux suisses au XVe siècle et S. Canellas et C. Dominguez étudient la production au service des bâtiments civils de Barcelone.

          La figure du peintre-verrier se révèle ici et sa polyvalence est manifeste. La création de rondels ou de petits panneaux n’exclue pas les autres types de réalisation : les mêmes artistes peuvent produire à la fois des rondels civils et des verrières monumentales pour un édifice religieux.

 

          Le concept même du panneau de vitrail isolé est étudié dans l’article de M. H. Caviness : elle revient sur les définitions anciennes du mot Kabinettscheibe (littéralement « disque de cabinet »). Ce terme est toujours utilisé pour désigner de petits panneaux, comme on peut le voir dans l’article de T. Szybisty consacré aux vitraux conservés en Pologne. Mais il a eu plusieurs sens et recouvre encore aujourd’hui diverses notions présentes dans ces actes, de l’idée même d’isolement, qu’il soit voulu ou non lors de la création, à celle de collections et de présentation, déjà évoquées plus haut. L’importance de ces panneaux isolés est soulignée par Daniel Hess, qui revient sur la place majeure qu’ils occupent dans l’art du vitrail suisse.

          Plusieurs articles évoquent plus précisément la façon dont le panneau de vitrail se retrouve isolé. Le cas du panneau de la Belle-Verrière de Chartres est ainsi particulièrement intéressant puisqu’il s’agit d’une réinsertion ancienne, en lien avec l’importance liturgique et symbolique de l’œuvre pour l’église (C. Lautier). En revanche, d’autres panneaux se sont retrouvés isolés pour des raisons de conservation, notamment le Christ de Volturno, le vitrail le plus ancien évoqué ici (Francesco Dell’Acqua et de Federico Marazzi), et les vitraux du Musée de Bayonne (Anne Bernadet). Quant aux rondels et aux panneaux conservés hors de leur emplacement d’origine, le processus d’isolement reste souvent mystérieux. Le cas de certains vitraux rouennais est très intéressant : déposés pendant la Révolution, ils sont réemployés par la suite pour remplacer des vitraux manquants dans plusieurs églises ré-ouvertes au culte au début du XIXe siècle (M. Hérold).

          C. Hediger revient sur un cas très particulier, celui d’une nouvelle catégorie de panneaux apparue au XVe siècle en Suisse : le panneau historié et coloré inséré dans une vitre composée de disques transparents. Le panneau est alors conçu dès l’origine comme isolé dans une vitre non colorée et non figurative.

 

           Outre ces trois grands thèmes présents dans une grande partie des interventions, des questions formelles et iconographiques apparaissent. Les auteurs remarquent en effet que les panneaux isolés, et notamment les rondels, sont souvent ornés de motifs héraldiques ou de scènes de la vie quotidienne. Toutefois, dans le domaine des vitraux isolés, et même dans un contexte civil, on trouve des œuvres à sujets religieux. Cela peut être lié à la volonté des commanditaires, dont les goûts transparaissent dans ces vitraux tant en Catalogne (S. Canellas et C. Dominguez), que dans le monde germanique (Markus Leo Mock et de  Christina Wolf), ainsi qu’à Rome (Silvia Silvestri). Ce dernier cas est particulier puisqu’il s’agit de vitraux à iconographie religieuse associés à des peintures murales narrant la vie de saint Ignace, dans le Collège du Gesù. Les vitraux entrent ici en résonance avec le décor qui les entoure et s’ils sont isolés du fait de leur particularité, ils sont parfaitement insérés dans l’architecture.

 

          Les cas très différents abordés dans ces actes de colloque nous renseignent sur plusieurs aspects du panneau isolé, qu’il soit conçu comme autonome ou non à l’origine. La complexité du sujet est mise en lumière par la pluralité des définitions et des questions liées à ces vitraux. Des artistes aux commanditaires, du processus d’isolement aux goûts des collectionneurs et aux musées, le panneau isolé recouvre de nombreuses notions. Cet ouvrage revient sur quantité d’entre elles et ouvre des perspectives sur l’étude de ces panneaux, souvent négligés.

 

 

[1] Medieval English figuratives roundels, Ayre K., Oxford : Oxford University Press, 2002

[2] Silver-stained roundels and unipartite panels before the French Revolution, Flanders, Berserik, C. J. et  Caen, J. M. A., Turnhout : Brepols, 2007

[3] Stained glass before 1700 in American collections: corpus vitrearum checklist. IV, Silver-stained roundels and unipartite panels, Timothy B. Husband et Madeline H. Caviness, Washington : National Gallery of Art, 1991

 

 

 

Sommaire

 

Avant-propos,

Gaëtan Cassina, pp.9-10

 

Francesco Dell’Acqua,

 « The Christ from San Vincenzo al Volturno. Another instance of « Christ’s dazzling face », pp.11-22

 

Federico Marazzi,

 « Introduction and Context of the excavations », pp.23-27

 

Claudine Lautier,

 « Le contexte gothique d’une icône romane silhouettée : la Vierge de la Belle-Verrière de Chartres », pp.29-43

 

Silvia Cañellas et Carme Dominguez,

 « Verrières dans l’architecture civile de Catalogne (XIVe-XVIe) », (pp.45-54)

 

James Bugslag,

 « "The Bride of Heaven" : a ‘roundel’ made for the market, (pp.55-66)

 

Markus Leo Mock,

 « Das Wappen der Murer. Schweizer Glasmalerei in der Sammlung Schloss Fürstlich Drehna », pp.67-80

 

Christina Wolf,

 « Die Einzelscheibe als Medium kirchenfürstlicher Selbstinszenierung im Zeitalter der Reformation : Die Glasgemälde des Kardinals Matthaüs Lang von Wellenburg (1468-1540) », pp.81-94

 

Isabelle Lecocq,

 « Modalités d’insertion et de remploi des « rondels » dans un contexte monumental », pp.95-106

 

Zsuzsanna van Ruyven-Zeman,

 « Pluriformity in Dutch Unipartite Panels of the Sixteenth and Seventeenth Centuries », pp.107-120

 

Joost M. A. Caen et Cornelis J. Berserik,

 « Silver-Stained Roundels and Unipartite Panels in the Low Countries : Donations and Designs », pp.121-131

 

Rolf Hasler et Uta Bergmann,

« Schaffausen und Zug Zitdokumente zur Entestehung von Einzelscheiben in Schaffauser und Zuger Werkstätten », pp.133-146

 

Aletta Rambaut,

 « Magnifique ensemble de « petits vitraux » conservé au STAM de Gand (B) : la collection de la Bijloke », pp.147-166

 

Christine Hediger,

 « Übermegungen zur Funktion der Architekturrahmen in den frühneuzeitlichen Schweizer Einszelscheiben », pp.167-180

 

Silvia Silvestri,

 « In obscuro miranda relucent. Les vitraux du couloir du collège des jésuites à Rome », pp.181-190

 

Madeline H. Caviness,

 « Collectors’ Choice : Kabinettscheiben as Singles and Series », pp. 191-204

 

Daniel Hess,

 « Auf der Suche nach einer helvetischen Identität : Die erfindung der "Schweizeirscheibe" », pp.205-220

 

Tomasz Szybisty,

 « Kabinettscheiben in Polen vor dem Hintergrund der Wiedergeburt der Glasmalerei im 19. Jahrundert », pp.221-228

 

Michel Hérold,

 « A l’église et au musée. Remploi et préservation des vitraux à Rouen, du Concordat à l’ouverture du Musée départemental des Antiquités (1801-1834) », pp.229-248

 

Penny Hebgin-Barnes,

 « The Archbishop in the Lavatory : Continental Single Panels in the Countries of Cheshire and Lancashire », pp.249-262

 

Anne Bernadet,

 « Etude de trois panneaux de vitraux inédits du XIIIe siècle en provenance de la collégiale Saint-Esprit de Bayonne déposés au Musée Basque de la ville », pp.263-266