Sabetai, Victoria: Corpus Vasorum Antiquorum, CVA, Benaki Museum of Athens, fasc. 1, Athens 2006. 76 plates
(Academy of Athens 2006)

 
Compte rendu par Dominique Frère, Université de Bretagne Sud, Membre de l'UMR 8546
(dom.frere@infonie.fr)

 
Nombre de mots : 1089 mots
Publié en ligne le 2008-02-12
Citation: Histara les comptes rendus (ISSN 2100-0700).
Lien: http://histara.sorbonne.fr/cr.php?cr=118
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Le premier volume grec du Corpus Vasorum Antiquorum (CVA) est paru en 1932 et le deuxième en 1954, mais ce n'est qu'à partir de 1986, sous l'égide de l'Académie d’Athènes, qu'est lancé un programme de publications concernant le Musée National d'Athènes (fascicules 3, 4 et 8) et trois autres musées grecs publics (Musée Archéologique de Thessalonique, Musée Archéologique de Thèbes et Musée de Marathon). Notons qu'un de ces volumes est rédigé en français, un autre en grec et quatre en anglais. Victoria Sabetai signe ici son deuxième CVA grec (tous deux rédigés en anglais), le premier, qui concerne les collections du Musée Archéologique de Thèbes, ayant été publié en 2001. C'est le célèbre musée athénien de la Fondation Benaki qui est cette fois mis à l'honneur avec le choix d'une cinquantaine de vases attiques, corinthiens, béotiens et chalcidiens à figures rouges datant des Ve et IVe s. av.  J.-C. et issus de plusieurs collections privées.

Les deux plus importantes sont celles de Louka Benaki et de Peggy Zoumboulaki. Le premier, neveu du fondateur Antonis Benakis, a offert au musée entre 1974 et 1976 une importante collection formée d'antiquités très diverses, parmi lesquelles 21 petits vases à figures rouges dont la provenance n'est hélas pas connue (achats divers à Alexandrie et au Caire), à l'exception d'un skyphos réputé avoir été découvert en Égypte. Les vases donnés en 1986 et 2005 par Peggy Zoumboulaki sont de même dénués de contextes archéologiques et même de provenances. Ils avaient été réunis par le beau-père de la donatrice, antiquaire dans les années trente. Les autres collections appartenaient aux frères Francis et Stephen Vagliano qui, ayant vécu une grande partie de leur vie en Suisse, y avaient fait l'achat d'antiquités très diverses, à Christoph Spiliopoulos qui a réuni des vases et terres cuites provenant sans doute d'une nécropole béotienne, et à quatre autres particuliers qui fréquentaient de même les marchés d'antiquités. Ce n'est pas l'intégralité des figures rouges de ces collections qui est présentée ici mais une sélection de vases choisis en fonction de leurs formes. Sont ainsi privilégiées les formes les plus grandes : celles d'hydries, de cratères et de loutrophores sont les plus nombreuses, tandis que les petits vases (lécythes et choes) feront l'objet d'une autre publication. Notons la curieuse exception de 5 hydries miniatures présentées à la planche 19.

Ces collections étant éclectiques et dénuées de contextes archéologiques, c'est très logiquement que l'auteur structure l'ouvrage en fonction de la nature des vases et non de leurs origines. La première partie, la plus importante, est consacrée à la figure rouge attique (planches 1 à 63), la seconde et la troisième aux figures rouges et surpeints béotiens (planches 63 à 69), la quatrième à la figure rouge corinthienne (planches 70 à 74) et la dernière à la figure rouge chalcidienne (planche 74). Un appendice présente les résultats d'analyses chimiques portant sur 11 de ces vases avec la mise en évidence de l'existence de deux groupes bien distincts : « In conclusion, we can safely assume that vessels of Group 1 originate from Attica, while vessels of Groupe 2 from the area of Thebes/Tanagra in Boeotia » (p.  76). Enfin, deux planches supplémentaires, numérotées en chiffres latins, présentent, pour la première, un photomontage intégrant au niveau de la panse fragmentaire de l'hydrie 35 414 un important fragment appartenant au Musée National d'Athènes, et pour la seconde un autre photomontage présentant sur la photographie de la loutrophore 35 495 deux fragments désormais perdus.

Les descriptions d'une très grande précision, la qualité des nombreux dessins de profils et celle des photographies (avec nombre de détails de grande taille) sont à souligner. Mais la qualité principale qui fait de ce CVA un ouvrage de référence réside dans la pertinence et la richesse des commentaires des thèmes iconographiques et dans le caractère exhaustif de la bibliographie présentée pour chacun de ces thèmes. Les plus nombreux sont ceux liés au mariage, sachant que les formes de vases les mieux représentées sont des hydries et des loutrophores. Remarquons un fragment de loutrophore-hydrie du Peintre de Marlay (planches 27 et II) avec la représentation, de part et d'autre d'une porte entrouverte laissant entrevoir la chambre nuptiale, de la mariée, d'une jeune femme brandissant un exaleiptron, d'une autre un plat en métal avec des fruits (grenade, raisins, figues), d'une porteuse de torche et d'une figure ailée. Une autre scène se révèle particulièrement intéressante : sur les parois d'une pyxide du Cercle du Peintre de Penthésilée (planches 34 à 36) figurent, dans des quartiers féminins signifiés par une colonne ionique et une architrave, un groupe de femmes en pleine préparation du mariage, dont l'une, debout, vue de face, qui ceint un bandeau autour de sa tête et une autre qui brandit une quenouille et un exaleiptron. Mais le vase le plus intéressant de ce CVA est, sans conteste, l'hydrie du Groupe du Peintre des Niobides (planches 3 à 5) où sont mis en scène quatre personnages et un chien dans le contexte d'un départ de guerrier. Celui-ci, au centre de la composition, est représenté armé, tenant une phiale dans sa main droite. Vu de face, sa tête est de profil vers la gauche, dans la direction d'un homme âgé (son père ?) en position assise qui lui tend la main droite et, derrière celui-ci, d'une jeune femme ailée (Niké) qui lui présente son épée. À sa droite apparaissent le chien et une jeune femme (son épouse ?) entre deux colonnes ioniques surmontées d'une architrave. Le long commentaire insiste sur le caractère cérémoniel et héroïque de ce type de scène à la mode vers le milieu du Ve s. et explique ce succès par le contexte social et politique d'Athènes à cette époque. Les scènes de mariage comme celles du départ du guerrier situent ainsi parfaitement le rôle et le statut de chaque sexe au sein de la Cité. Enfin, remarquons trois beaux vases à représentations mythologiques : la poursuite de Képhalos par Éos (hydrie-kalpis du Peintre de Syracuse, pl. 1), celle d'Orithye par Borée (hydrie-kalpis, pl. 6 à 9), et la triade apollinienne (hydrie-kalpis du Cercle du Peintre de la Villa Giulia, pl. 2). Les scènes de poursuite érotique sont interprétées comme des paradigmes du mariage tandis que celle d'Apollon, Artémis et Léto illustre l'importance de la famille, raisons pour lesquelles elles figurent en bonne place sur des formes de vases liées à la cérémonie nuptiale.

Ainsi, la consultation de ce CVA s'avère indispensable pour tous ceux qui travaillent sur la céramique grecque à figures rouges et incontournable pour ceux qui s'intéressent aux thématiques de la citoyenneté et du mariage en Grèce antique.