Lemos , Anna: CVA Greece 10, Rhodes, Archaeological Museum 1: Attic Black Figure; 1 vol. cartonné ; 138 p. + 50 fig. + 95 pl. n. & bl. + 1 pl. couleur. ISBN 978-960-404-098-8.
(Academy of Athens, Athènes 2007)

 
Compte rendu par Jean-Jacques Maffre, Université Paris-Sorbonne (Paris IV)
(Jean-Jacques.Maffre@paris4.sorbonne.fr)

 
Nombre de mots : 1195 mots
Publié en ligne le 2008-09-17
Citation: Histara les comptes rendus (ISSN 2100-0700).
Lien: http://histara.sorbonne.fr/cr.php?cr=119
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Depuis quelques années, la Grèce rattrape peu à peu son retard dans le domaine du CVA. D’excellents fascicules d’une grande richesse se succèdent, consacrés à des collections diverses: Musée National d’Athènes, Musée Bénaki, Thèbes, Marathon, Thessalonique, maintenant Rhodes. A. Lemos inaugure en effet, avec ce magnifique volume, la publication dans le CVA, parmi les vases mis au jour lors des fouilles italiennes des nécropoles d’Ialysos et de Camiros, de ceux qui n’avaient pas été pris en compte dans les vieux fascicules Italie 9 et 10 consacrés par G. Jacopi aux vases du Musée de Rhodes il y a plus de 70 ans, à l’époque où les Italiens avaient annexé le Dodécanèse. Ce premier volume rassemble 110 vases attiques (ou du moins présumés tels) à figures noires de forme fermée, presque tous déjà signalés dans Clara Rhodos, mais pas toujours publiés (exceptionnellement déjà présentés dans l’un ou l’autre des fascicules de Jacopi) : 27 amphores pansues (surtout de type B, mais aussi des types A et C) et 1 amphoriskos (pl. 1-27), 10 amphores à col (pl. 28-44), 2 pélikai (pl. 45), 4 hydries (pl. 46-54), 4 calpides (pl. 55-56), 14 œnochoai (pl. 57-65), 13 olpai (pl. 66-73), 34 lécythes (pl. 74-93), 1 alabastre (pl. 94), 1 aryballe (pl. 95). On remarque particulièrement l’amphore à protomè équine (pl. 1), l’amphore (pl. 6) attribuée à l’École de Lydos, celle assignée au Peintre Elbows Out avec scènes de procession (pl. 9), celle considérée comme proche du Groupe E avec l’affrontement d’Héraclès et du lion (pl. 10-11 ; bonnes remarques  relatives aux représentations de cet exploit du héros, que l’on retrouve sur quelques autres vases de Rhodes, présentés — ainsi pl. 14, pl. 53-54 et pl. 66 — ou non dans ce fascicule du CVA) [1], celle (de grande taille : hauteur 52,5cm) attribuée au Peintre de Princeton, avec d’un côté un départ de guerrier, de l’autre probablement le combat d’Achille et Memnon (pl. 12-13 et pl. couleur), celle, placée dans le Cercle du Peintre de la Balançoire, avec une figure féminine ailée tenant un serpent (pl. 15), celle attribuée au peintre de Munich 1736 avec départ de guerrier en A, Dionysos et deux satyres en B (pl. 17-18), l’amphoriskos (forme assez rare dans la production de ce décorateur pourtant prolifique) assigné au Peintre du Polos (pl. 23), l’amphore fragmentaire de type A attribuée au Peintre de la Balançoire avec l’introduction d’Héraclès dans l’Olympe et un combat épique sur l’autre face (pl. 24-25 ; la couronne de myrte qui orne le casque du guerrier vainqueur n’est pas signalée ; il faudrait maintenant renvoyer à ce sujet au livre d’Erika Kunze-Götte, Myrte als Attribut und Ornament auf attischen Vasen; Akanthus, The Symbol Series: Akanthiskos I, Kilchberg [CH], 2006), le fragment d’amphore et l’hydrie avec la Chasse de Calydon (pl. 29 et 49), l’amphore à col attribuée au Peintre de Madrid avec d’un côté départ d’Athéna en char, de l’autre thiase dionysiaque (pl. 31-33), la pélikè éponyme du Peintre de Rhodes 10775 avec Athéna et un géant (pl. 45), l’hydrie attribuée au Peintre du Louvre F 6 et portant sous le pied le dipinto ΑΡΧΙΔΑΜΟΕΜΙ (« j’appartiens à Archidamos » ; pl. 46-47) auquel A. L. a le mérite de s’intéresser (à la différence de certains auteurs de fascicules du CVA qui négligent les inscriptions), l’œnochoè de la pl. 58, considérée comme attique par Beazley et attribuée à la Classe de la Cruche à la Sirène d’Oxford, mais qui pourrait bien être eubéenne, les petites œnochoai des pl. 59-60, pour lesquelles A.L. refuse une possible origine eubéenne, les deux chous (ou choai) de la pl. 65, avec scènes dionysiaques, l’olpè (pl. 66) avec le combat d’Héraclès et du lion traité comme un spectacle (pour ce thème sur des vases attiques trouvés à Rhodes, voir ci-dessous la note 1), le lécythe proche du Peintre de Taleidès (pl. 74-75) et celui du Peintre de Marathon avec la préparation du char de Dionysos (pl. 84), l’alabastre attribué au Peintre d’Emporion avec scène de cour amoureuse hétérosexuelle (pl. 94) et enfin l’étonnant aryballe avec scènes de sport, malheureusement en partie mutilé mais assez conservé pour qu’on en perçoive la forme exceptionnelle (pl. 95).

 

Les notices sont rigoureuses, avec des descriptions minutieuses, très précises, et des commentaires bien documentés (presque trop par moments, avec parfois répétition d’une même référence bibliographique d’une notice à une autre), en général très pertinents et d’une longueur qui varie en fonction de l’intérêt de la pièce. De bonnes mises au point sont proposées sur telle ou telle série de vases (par exemple, dès le commentaire des pl. 1-4, sur les amphores à protomés équines et sur les amphoriskoi attribués au Peintre des Amphoriskoi à Panthères) ou sur tel ou tel artiste (ainsi sur le Peintre de Rycroft dans le commentaire à la pl. 19, et sur le Peintre de Taleidès dans celui qui accompagne la pl. 74). A.L. propose elle-même quelques attributions qui paraissent tout à fait recevables.

 

Le seul regret que l’on puisse avoir est de ne pas trouver de discussion approfondie sur l’origine de certaines pièces, qui sont considérées par l’A., apparemment sans hésitation, comme attiques alors qu’un autre atelier de fabrication serait peut-être à envisager: il en est ainsi, à mon avis (partagé par l’un des relecteurs anonymes du comité de lecture d’Histara-les comptes rendus), pour l’amphore de la pl. 6, attribuée par A.L., comme nous l’avons déjà dit, à l’École de Lydos, et surtout pour les œnochoai des pl. 58-60. L’hypothèse eubéenne, avancée par certains (surtout A.J. Clark, dans sa thèse, malheureusement inédite, consacrée aux Attic Black-figured Olpai and Oinochoai ; New York Univ., 1992) est récusée par A.L. sous prétexte « qu’elle ne peut être prouvée sans analyses d’argile » (p. 82, commentaire à la pl. 59,1-2). Soit, mais pourquoi alors ne pas avoir fait procéder à de  telles analyses? Pour citer le relecteur anonyme auquel j’ai déjà fait allusion et à l’opinion duquel je me rallie sans réserve, « ce n’est pas par sa couleur que l’argile eubéenne se distingue de celle d’Athènes, mais par ses inclusions, ou plutôt par le manque de ces dernières. Comme on l’a fait remarquer à bien des reprises, l’argile eubéenne ne contient pratiquement pas de mica, et les petits nodules ferrugineux, si typiques de l’argile attique, ne s’y trouvent jamais. Il est donc regrettable qu’A.L. ne donne jamais de descriptions de ce que les anglophones appellent la "fabric" des vases ». La Grèce est dotée d’excellents laboratoires modernes (par exemple le Démocritos d’Athènes), et l’on aurait sans doute pu faire analyser quelques échantillons.

 

Ceci dit, ce fascicule me paraît d’un grand intérêt et d’un niveau de réalisation remarquable. Trois indices (numéros d’inventaires et planches; Peintres, Groupes, Classes; principaux thèmes du décor) en facilitent la consultation.  L’illustration est exemplaire: dessins de profils aux échelles souvent 1/1 ou 2/3 pour 51 pièces; planches photographiques d’une qualité irréprochable, avec un mélange harmonieux de vues d’ensemble et de détail. Bref, un fascicule qui augure assurément d’une belle série sur les vases conservés à Rhodes.

 

[1] Sur les représentations à Rhodes de cet exploit traditionnellemnt considéré comme le premier des travaux d’Héraclès, voir notamment l’article récent de A. Lémos, « Herakles and the Nemean Lion on Rhodes. Two Athenian Black Figure Olpai from Ialysos and Camiros », Αρχαιογνωσία 14 (2006), p. 151-166 + pl. 34-37.