Psoma, S. - Touratsoglou , I.: Sylloge Nummorum Graecorum, Greece 4, The Numismatic Museum Athens. The P. Z. Saroglos Collection. Vol. I Macedonia. 145 p., LII pl., 21/29,7 cm, ISBN : 960-404-065-0, 960-404-066-9 (set)
(Athènes, Academy of Athens 2005)

 
Compte rendu par Eleni Papaefthymiou, A.H. Baldwin & Sons Ltd.
(e.papaefthymioou@btinternet.com)

 
Nombre de mots : 2306 mots
Publié en ligne le 2008-01-04
Citation: Histara les comptes rendus (ISSN 2100-0700).
Lien: http://histara.sorbonne.fr/cr.php?cr=120
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La série Sylloge Nummorum Graecorum (SNG) est bien connue parmi les numismates. Cette publication, commencée avec la collection de monnaies grecques du Roi de Danemark, a été poursuivie par plusieurs pays. Dès lors chaque parution est saluée par la communauté scientifique. Ce nouveau volume, écrit en anglais, présente un classement raisonné de 988 monnaies macédoniennes, dont trois fausses, nos 986-988, constituant une partie de la collection Petros Z. Saroglos.

La préface, écrite par S. Psoma et I. Touratsoglou, nous informe de la manière dont la collection, non consultable jusqu'à son prêt au Musée Numismatique d'Athènes, a pu être transférée de la Banque nationale de Grèce, au dit Musée en juillet 1998. Des négociations ont été conduites dès les années 1960 entre le Service archéologique grec et l'Association des Officiers, afin de rendre publique cette collection comptant à peu près 2000 monnaies. Le lieutenant de l'artillerie grecque Petros Z. Saroglos avait légué ses collections d'armes, d'icônes, de monnaies, de porcelaines, de peintures, de meubles etc., constituées suite à ses voyages à Paris, à Vienne et à Saint Petersbourg au début du XXe siècle, sa bibliothèque et sa demeure athénienne au Ministère de Terre et de Mer, avec la clause de ne jamais les vendre.

Suit la biographie de Petros Z. Saroglos, très intéressante et schématique, (p. 11-15) par D. Dracopoulou ainsi qu'un texte par la même auteur, qui aurait pu faire partie du premier, sur "Un collectionneur cultivé" (p. 17-18), qui présente l'ensemble de ses collections.

S. Psoma et I. Touratsoglou présentent ensuite "Le caractère de la collection et les stades de son acquisition" (p. 19-21). On voit bien que Petros Z. Saroglos a été un collectionneur averti. Ses archives, son catalogue détaillé ainsi que son amitié avec son conseiller en la matière, le directeur à l'époque du Musée numismatique d'Athènes, Ioannis Svoronos, le prouvent. A la page 16 est reproduite une lettre de présentation du collectionneur, par I. Svoronos, au Cabinet des Médailles de la Bibliothèque nationale de France et à la page 21 une page manuscrite de l'inventaire, par le collectionneur, révisée par I. Svoronos.

Suivent les abréviations bibliographiques (p. 23-25).

A partir de la page 28 commence la présentation de la première partie de la collection, à la manière de tous les SNG. Cesse la numérotation des pages et commence la numérotation des LII planches, portant à gauche la description de chaque pièce et à droite les photos. La collection énumère des monnaies des rois macédoniens, d'Alexandre I (494-451 avant J.-C.), le premier roi à avoir frappé monnaie, jusqu'à Persée (179-168 avant J.-C.), le dernier à en avoir émis, d'Amphaxion, du Koinon des Macédoniens et de la Macédoine sous la domination romaine.

Suivent deux appendices, un sur les trésors monétaires publiés dans le IGCH, contenant des monnaies royales macédoniennes découvertes avant la mort de Petros Z. Saroglos en 1920 (p. 133-134) et un sur les monnaies issues des mêmes coins de droit et de revers et de mêmes coins de droit (p. 135). Enfin, p. 137-145, sont présentés sept index contenant les noms de rois, de dynastes et des varia ; les symboles ; les lettres grecques et les monogrammes ; les lettres araméennes et autres signes ; les signes chypriotes ; les contremarques et les marques diverses.

La présentation du matériel est claire. Il est facile de voir l'autorité qui frappe à chaque moment (sauf à la fin où les auteurs n'ont pas marqué les émissions du Koinon des Macédoniens à l'époque impériale, nos 982-985), la description d'un groupe monétaire et les informations particulières de chaque monnaie, à savoir : l'axe de frappe, le poids, la bibliographie, la datation et la provenance de la pièce. Les axes de frappe ne sont pas indiqués en heures (1-12h) comme c'est la coutume, mais en minutes (0'-55') et le poids en grammes est parfois suivi de quatre décimales, chose qui nous paraît exagérée, vu qu'à partir de la deuxième le poids varie par rapport aux conditions atmosphériques. La datation des séries monétaires n'est pas évidente. Elle suit chaque pièce et non la description générale d'une série. S'il y a plusieurs auteurs proposant diverses datations, celles-ci sont toutes mentionnées et les auteurs ne tranchent pas sur la question. La bibliographie de chaque monnayage est exhaustive et mise à jour. Elle comprend deux parties, celle du classement purement numismatique et celle de l'iconographie monétaire. La présentation bibiographique suit l'ordre chronologique de parution et non l’ordre alphabétique des auteurs.

Nous regrettons la qualité moyenne des photos. Les contrastes ne sont pas uniformes. Certaines photos sont tellement foncées qu’elles ne permettent pas de voir les monogrammes ou les symboles monétaires, comme par exemple les nos 909, 920, 928 et 957.

La mention de la provenance des monnaies dont Petros Z. Saroglos avait fait l'acquisition, est une indication très intéressante. Elle nous informe de la façon dont la collection a été constituée. Le collectionneur a acquis les monnaies chez les grands marchands du début du XXe siècle et dans les grandes ventes publiques Or il arrive que les auteurs avancent des hypothèses et suggèrent que certaines monnaies auraient pu provenir de tel ou tel trésor. Nous pensons que c'est très dangereux d'essayer de reconstituer des trésors dispersés dans le commerce et surtout à des époques si reculées. Nous savons très bien que les fouilleurs clandestins et leurs intermédiaires offrent très souvent une partie d'un trésor à un marchand et une autre partie à un autre et que très souvent un grand trésor est divisé en lots, plus ou moins larges, offerts dans des pays différents. De plus des pièces peuvent être ajoutées ou retirées du trésor initial en fonction de leur valeur marchande. Dans leur introduction S. Psoma et I. Touratsoglou disent qu'ils soupçonnent être du trésor IGCH 27 / Mélos et du trésor IGCH 1664 : Demanhur / 1905 certaines monnaies (p. 21). Ils tiennent l'information de E.T. Newell, NNM 19 (1923) 3, qui a su à l'époque que P. Z. Saroglos avait acquis une partie du trésor de Demanhur à Paris chez Bourgey. Or, Bourgey, étant un des plus grands marchands de Paris à l'époque, mettait certainement en vente des alexandres provenant d'autres sources aussi. Après toutes ces années on ne peut pas se fier à la patine ou à d'autres caractéristiques des monnaies afin de pouvoir dire si elles proviennent ou non d'un même trésor. Nous pensons fortement que de telles reconstitutions peuvent très souvent conduire à des erreurs numismatiques graves. Nous devons être très sceptiques et beaucoup plus prudents sur ce sujet. Par exemple nous nous demandons pourquoi les monnaies nos 580-581, 588 et 589 feraient partie du trésor de Demanhur et non aussi les nos 583, 584 et 586, toutes achetées à Paris ? Les auteurs avancent aussi que les monnaies nos 817-819 feraient partie d'un même trésor. Il semble qu'ils ont émis cette hypothèse parce qu'elles ont été achetées chez le même marchand, de même pour les monnaies nos 962 et 963 qui n'ont aucune provenance. Nous pensons que vu que Petros Z. Saroglos gardait un inventaire si minutieux, s'il savait que telle ou telle pièce de sa collection provenait d'un trésor, il l’aurait mentionné.

Il faut aussi noter que la provenance du n° 974 ne peut pas être Egger (26.11.1909) 315 ou Egger 39 (15.1.1914) 214. Il est évident que le collectionneur a acheté la monnaie à la vente d'Egger 1914 et a gardé le ticket de la vente précédente, où la pièce fut soit invendue soit revendue par l'acquéreur de 1909 à la même maison.

Nous avons remarqué, à notre grande surprise, vu que les auteurs sont des savants respectés, quelques défauts dans la présentation et la description du matériel.

Les monnaies, dans tous les SNG, sont groupées par type monétaire et dénomination. Pour chaque groupe de monnaies on donne une description générale du droit et du revers et ensuite on note les particularités de chaque monnaie. Or ce principe n'est pas suivi par les auteurs de la collection Saroglos. Ils auraient pu regrouper les monnaies ayant les mêmes symboles et monogrammes et donc la même bibliographie, sous une même entrée. Le catalogue gagnerait ainsi en clarté, comme par exemple aux nos 239-242, 246-248 et 966-968. De même, aux nos 930 et 931 il fallait noter les lettres B-A, constantes dans cette série, à l'entrée générale et mentionner les divers symboles figurant à chaque pièce.

Le classement par type monétaire et dénomination n'est pas suivi aux séries de bronze de Philippe II, d'Alexandre III et de Démétrios Poliorcète.

Pour le monnayage de bronze des monnaies de Philippe II, nos 68-89, nous pensons que les monnaies nos 73, 82, 85 et 89 ainsi que les nos 76, 77 et 83, ayant les mêmes types et apparemment la même dénomination, devraient se succéder dans le catalogue.

De même pour les monnaies au nom d'Alexandre III. Les monnaies nos 828 et 829 devraient être classées après les nos 830-862 parce qu'elles sont visiblement d'une plus petite dénomination à cause de leur diamètre et poids. Les auteurs, pour ce monnayage, ont suivi le classement de Price. Or, Price a fait une étude sur l'ensemble du monnayage d'Alexandre III, le classant par atelier et par émission et proposant ainsi les datations tandis qu'un SNG est un catalogue raisonné d'une collection. La présentation donc de ces deux publications doit différer vu qu’elles ont des fins différentes.

De même, pour le classement de bronzes de Démetrios Poliorcète, il aurait fallu suivre la séquence suivante : nos 911, 912, 915-920 et 913-914.

On relève certaines omissions comme l’oubli de la mention d'un cercle linéaire ou d'un grènetis dans plusieurs descriptions, ainsi aux nos 901-905 ; la monnaie n° 73 n'a pas de bibliographie ; aux nos 971 et 972 n'est pas écrit que la tête de ménade est à droite ; aux nos 978 et 979 il faudrait ajouter au revers : "main à gauche tenant un rameau d'olivier" et au n° 980 marque le numéro du lot de la vente.

Nous avons remarqué une absence d’uniformité dans certaines descriptions :

La monnaie n° 7 est décrite comme ayant un "linear frame" tandis que la monnaie n° 9 a un "doted circle". Les monnaies nos 852 et 853 sont décrites comme ayant "club below gorytos" tandis que le n° 857 a "gorytos over club". Or, il aurait fallu, pour cette série, noter l'orientation du goryte, à droite ou à gauche, détail qui différencie la description. Pour des séries avec plusieurs exemplaires les auteurs marquent justement la position la plus commune d'un symbole et ensuite indiquent les éventuelles différences à l'entrée de chaque pièce. Or ce principe n'est pas suivi constamment. Par exemple à la pièce n° 31 il ne fallait pas écrire que le symbole se situe sous la panse du cheval, vu que cette information est déjà marquée à l'entrée générale et n'est justement pas marquée aux entrées précédentes, nos 25-30. De même pour les nos 52-54 il fallait annoncer dans la description générale l'orientation du cavalier à gauche, comment pour les nos 46-47. Pour les nos 530 et 531 est précisé que Zeus est assis sur un diphros et non pour les monnaies précédentes, nos 523-529, où il en est de même.

Certaines descriptions de monnaies, dont la bibliographie indiquée est correcte, sont erronées. Par exemple le monogramme du n° 162, Price 3271, est placé dans une couronne. La transcription des monogrammes de certaines monnaies n’est pas correcte, ainsi pour les numéros 317, 365, 444, 445, 446, 514, 522, 534, 642, 745, 778. Les monnaies nos 933 et 940 ont un monogramme de plus dans la description que sur la monnaie. Certains symboles sont mal interprétés comme au n° 915 qui est une torche et non un double axe et au n° 941 qui est plutôt un trident et non un foudre. Certaines lettres sont mal lues, comme aux nos 942 et 953 on lit la lettre phi et non un phi et iota. Quelques positions de monogrammes, de symboles ou de lettres sont incorrectes comme aux nos 789 et 958-960.

Les auteurs ne suivent pas constamment la convention adoptée par les numismates pour la transcription des légendes. Il n'y a par exemple pas de trait-d'union entre les lettres ou les mots suggérant que ceux-ci présentent un espace sur la même ligne, comme les lettres B et A aux nos 942, 946, 947 et 956, ni un / quand une légende est écrite en deux lignes comme aux nos 944, 946, 947, 956, 957-960 et 974-979.

La bibliographie de certaines monnaies est erronée. Le n° 450 est Price 2213, atelier de Milet, 190-165 avant J.-C. et non Price 2182 et le n° 527 est Price 3109 et non 3108.

Certaines monnaies sont mal décrites comme les nos 966 et 969 où la harpè est derrière l'épaule de Persée ; le droit du n° 986 représente la tête d'Héraclès à droite et non la tête casquée d'Athéna.

Il existe quelques coquilles typographiques. En principe on transcrit en caractères latins les noms des auteurs, comme par ex. P. Paschidis au n° 933. Il n'y a pas d'uniformité dans la désignation des collections. Parfois elles sont marquées en italique et parfois non, comme aux nos 937, 938, 939 et 970. Dans la présentation de la bibliographie on utilise parfois des points comme aux nos 9, 10, 15 et 16 et parfois des points virgules comme pour les nos 23-50.

Ce nouveau SNG présente une collection grecque intéressante, constituée au début du XXe siècle, suivant l'esprit des collections de l'époque. Il est dommage que ce volume n’ait pas bénéficié, de la part de ses savants auteurs, de plus d'attention. Le lecteur doit être averti d’erreurs éventuelles dans la description et la bibliographie mentionnée de certaines monnaies. Or ce SNG est incontestablement une mine d'informations bibliographiques pour les monnayages concernés.