Godoli, Ezio - Volait, Mercedes (dir.): Concours pour le musée des Antiquités égyptiennes du Caire; 17x24 cm; 256 p.;194 ill.; ISBN 2708408569; 32 €
(Picard, Paris 2010)
 
Compte rendu par Aude Semat-Nicoud, Université de Paris IV-Sorbonne
(aude.semat@wanadoo.fr)

 
Nombre de mots : 3472 mots
Publié en ligne le 2015-06-25
Citation: Histara les comptes rendus (ISSN 2100-0700).
Lien: http://histara.sorbonne.fr/cr.php?cr=1217
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          Cet ouvrage constitue les actes d’une journée d’études consacrée au concours organisé pour la construction d’un « musée des Antiquités égyptiennes » au Caire (l’actuel musée égyptien, situé place Tahrir) en 1894, journée qui s’est tenue le 12 novembre 2007 à l’Institut français d’archéologie orientale du Caire. Cette étude s’intégrait au projet de recherche européen MUSOMED (Mutual Sources on Modern Mediterranean Architecture)[1], consacré à la production architecturale des années 1850-1950 dans les pays du Sud de la Méditerranée entre 2006 et 2009.

 

         Quatorze contributions, rédigées en français, y sont réunies ; elles sont associées à une riche documentation historique, des articles de presse de l’époque pour l’essentiel et quelques documents d’archive. L’objectif de l’ouvrage est de faire redécouvrir le contexte politique et culturel ayant amené à l’ouverture, au Caire, d’un concours international d’architecture en 1894-1895, le déroulement dudit concours, ses acteurs, et l’après-concours avec les polémiques relatives aux résultats et le chantier du nouveau musée.

 

         Les contributions sont regroupées en trois parties, auxquelles s’ajoutent les sources en annexe. Il faut signaler qu’une revue de presse exhaustive (1880-1914), réunie par Marie-Laure Crosnier Leconte, est disponible en téléchargement sur le site de l’INHA[2] ; elle complète très utilement l’ouvrage.

 

         Dans leur introduction, intitulée « Le concours, un observatoire privilégié de la fabrique de l’architecture », Ezio Godoli et Mercedes Volait examinent dans ses grandes lignes ce « cas d’école » qu’est le concours pour le musée d’Antiquités égyptiennes du Caire, en se fondant sur un dépouillement de la presse architecturale et quotidienne contemporaine. Les participants au concours étaient en majorité des Français et des Italiens. La plupart des projets recensés présentait des bâtiments de « style égyptien », c'est-à-dire au vocabulaire architectural faisant référence à l’art pharaonique, style censé être en accord avec la fonction et la localisation du bâtiment. Les auteurs font remarquer que cette « égyptianité » de l’architecture – qu’ils nomment « tentation égyptisante » (p. 9) – était surtout le fait des architectes italiens, pays où le caractère national de l’architecture était d’importance depuis l’unification de l’Italie en 1861. Les résultats du concours mirent en lumière un rejet des projets historicistes ou nationalistes, de la part du jury, et le choix d’une architecture universelle. Le lauréat du concours fut le Français Marcel Dourgnon (1858-1911), dont le projet fut remanié en y intégrant des éléments de celui de Georges Guilhem (1847-1895).

 

         Dans « Pouvoirs, arts et archéologie : trois puissances en lice au Caire », Hélène Morlier propose une synthèse sur le goût de l’Égypte en Occident, depuis la forte présence égyptienne dans la Rome antique jusqu’à l’égyptomanie de l’époque moderne – sujets bien connus depuis les travaux de Jean-Marcel Humbert. À cette présence de l’Égypte en Europe, plus particulièrement en Italie, s’ajoute un intérêt pour le pays lui-même à partir du XVIIIe siècle, dans le contexte des Lumières, sous la forme de voyages et d’échanges culturels dans la lignée du Grand Tour (Richard Pococke, Frederik Ludvig Norden, etc.). La conclusion en est l’Expédition d’Égypte de Bonaparte en 1798 et sa publication la Description d’Égypte (1809-1829), laquelle marque une nouvelle étape dans le rapport à l’Égypte avec le développement d’un intérêt scientifique. Par la suite la Lettre à M. Dacier de Jean-François Champollion en 1822 et la création du Service des Antiquités par Auguste Mariette en 1858 consacrent la naissance de l’égyptologie. L’auteur mentionne également la présence importante de communautés européennes en Égypte, en particulier la communauté italienne – déjà très active sur le plan culturel avec l’Opéra du Caire en 1869 ou le Musée gréco-romain d’Alexandrie en 1895 – , d’où le rôle des architectes italiens lors du concours de 1895. Enfin, la place de l’archéologie dans la diplomatie et les intérêts franco-britanniques dans l’Égypte de la seconde moitié du XIXe siècle y sont rappelés.

 

         Hélène Morlier retrace ensuite l’histoire des différents musées ou espaces d’exposition d’antiquités égyptiennes dans le Caire du XIXe siècle, dans une contribution intitulée « Avant le concours : les musées de Boulaq et de Giza ». La marche vers le musée des Antiquités égyptiennes débute avec l’ordonnance du 15 août 1835 relative au commerce des antiquités sur le sol égyptien, qui donne naissance à une sorte de dépôt d’antiquités. Après une première tentative avec l’exposition de la collection de l’ingénieur et voyageur français Linant de Bellefonds dans le quartier d’Ezbekiyah, le premier musée des Antiquités égyptiennes, celui de Boulaq est fondé, en 1858, par l’égyptologue Auguste Mariette en même temps que le Service des Antiquités[3]. Le musée de Boulaq ouvre au public en 1863. Dans les décennies qui suivent, ce musée subit plusieurs modifications : il est agrandi à deux reprises (en 1869, puis en 1881, après la découverte de la « première cachette de Deir el-Bahari »), et il est entièrement reconstruit en 1879, après une importante crue du Nil intervenue l’année précédente. En 1889, les collections du musée de Boulaq sont transférées au palais khédival de Giza, après l’abdication d’Ismaïl Pacha, où elles demeurent visibles jusqu’en 1902. Le bâtiment du musée est quant à lui détruit en 1914.

 

         À partir d’éléments issus de la presse de l’époque, en particulier le journal britannique The Times, Milvia Giacomelli traite du « contexte historique du concours ». L’auteur aborde ainsi les différentes étapes du concours, en partant des débats au Conseil des ministres égyptien en 1894 sur la nécessité de construire un nouveau musée et les évidentes questions budgétaires. Les problèmes de manque de place dans le musée d’alors (le palais khédival de Giza) et les mauvaises conditions de conservation, notamment les risques d’incendie du palais, sont en particulier abordés. Un site est rapidement choisi et il est décidé d’inviter des architectes européens à soumettre leurs propositions, mais c’est sans compter sur une importante campagne de promotion en faveur d’un véritable concours international, relayée notamment par le journal L’Architecture, dans laquelle l’architecte français Honoré Daumet (1826-1911) joue un rôle majeur : il écrit ainsi à plusieurs reprises au ministre égyptien des Travaux publics à cet effet. Le concours est finalement ouvert en juillet 1894 (voir le programme reproduit in extenso p. 41-44). Le programme proposé est l’objet de vives critiques dans la presse européenne, essentiellement française et britannique ; ces critiques révèlent le contexte particulier de l’Égypte, protectorat britannique « officieux » et terrain de luttes d’influence depuis le début du XIXe siècle entre la France et la Grande Bretagne. La presse se fait ensuite l’écho des différents projets proposés et l’auteur souligne que les sources ne concordent pas sur le nombre de concourants (un point sur lequel reviennent les contributions suivantes). Les projets sont présentés au public en 1895 et les résultats finaux sont annoncés en mars 1895.

 

         La seconde partie de l’ouvrage examine les participations des architectes européens, en particulier français et italiens, mais également austro-hongrois et grecs ; elle détaille plus particulièrement certains projets, en les replaçant dans leur contexte national. Elle débute avec l’article de Marie-Laure Crosnier Leconte, sur « La participation française », qui étudie le programme du concours, les discussions et choix du jury, et les projets des concurrents français. Y est à nouveau soulignée la forte influence du Français Honoré Daumet. La majorité des participants français sont issus de l’École des beaux-arts et l’enseignement qu’ils y ont reçu se ressent dans les projets proposés ; comme le remarque Marie-Laure Crosnier Leconte, leurs projets dévoilent une « architecture très connotée » (p. 64). Les architectes français du concours sont d’ailleurs, pour la plupart, des habitués des concours internationaux d’architecture. De fait, les Français paraissent avantagés, comme le montrent différents aspects de l’organisation du concours (le programme du concours est rédigé en français, quatre Français sont dans la commission). L’auteur fait remarquer la discordance entre l’ampleur du programme par rapport aux sommes proposées, tant au niveau des récompenses des architectes sélectionnés qu’au niveau de la construction du musée lui-même (point abordé également plus loin p. 211-234). Au total, sur les 116 projets envoyés, 73 sont exposés, 57 éliminés ; sur les 16 projets restants, 6 sont mis hors concours, mais l’auteur mentionne 13 projets validés (p. 67-68), puis elle donne les noms de 12 projets (p. 68), avant de détailler ceux de 10 participants français (p. 69-96). Ces contradictions dans les chiffres sont dues au flou de la documentation contemporaine.

 

         De la même manière, Milvia Giacomelli examine la participation italienne au concours et les conséquences de « l’affaire Basile », points également traités par Ezio Godoli, dans  « Résultat du concours et exposition des projets dans les commentaires de L’Imparziale », à partir du journal cairote de langue italienne L’Imparziale. Selon Milvia Giacomelli, le jury du concours est composé de fonctionnaires égyptiens, des ministres des Travaux Publics et des Finances, du directeur du Service des Antiquités Jacques de Morgan et du conservateur du musée Emil Brugsch. Une commission et un sous-comité technique complètent le jury ; mais il faut souligner que les auteurs se contredisent parfois sur ce point, entre jury et commission, jury et sous-commision… « Les sources bibliographiques ne permettent pas d’établir avec certitude le nombre de projets parvenus au ministère des travaux publics au Caire à la date du 1er mars 1895 » (p. 105) ; mais 23 concurrents italiens sont recensés, témoignant donc d’une participation importante après celle des Français. Une grande part des projets italiens se caractérise par un recours au style égyptien pour la décoration extérieure en façade (p. 111-112).

 

         Au cours du mois de mars 1895, intervient ce que les auteurs nomment « l’affaire Basile » (p. 101-105, également p. 134-135). L’architecte italien Ernesto Basile (1857-1932), qui devait siéger au jury du concours, arriva au Caire en retard et le jury, n’en tenant pas compte, avait déjà rendu sa copie. Il put toutefois examiner les projets et rédiger un rapport détaillé des différents projets émanant d’architectes italiens ; ce compte-rendu ne fut pas publié comme cela était prévu à l’origine, mais l’épreuve annotée est ici reproduite dans une traduction française, l’original étant en italien (p. 119-130). Cette absence fut durement ressentie par les participants italiens. Sans doute du fait de ces tensions entre Français et Italiens – car l’Égypte comptait alors une importante communauté italienne (p. 134) –, qui s’étaient sentis lésés dans l’organisation du concours et les décisions du jury, une entreprise italienne, la S Ganozzo & Zaffrani, fut choisie pour effectuer les travaux de construction (p. 116).

 

         Les trois contributions suivantes, respectivement par Maria Beatrice Bettazzi, Luisa Erba et Clementina Barucci, détaillent les projets italiens de l’ingénieur bolonais Attilio Muggia (1860-1936), de l’architecte milanais Sebastiano Locati (1861-1939), et des architectes pérugins Guglielmo Calderini (1837-1916) et Ulpiano Bucci (1861-1933). Elles s’intéressent à la formation des concurrents italiens et à leur participation à des concours d’architecture. Chaque auteur analyse les aspects saillants de la conception architecturale, la question du style et, quand cela est possible, replace le projet du concours dans l’œuvre des architectes présentés. Les projets d’Attilio Muggia, de Sebastiano Locati et de Calederini & Bucci ont pour point commun une référence à l’Égypte antique et formulent une architecture « historiciste » (voir les remarques de Maria Beatrice Bettazzi à propos d’Attilio Muggia p. 165-166). L’étude de Luisa Erba analyse le contexte culturel lombard au XIXe siècle et plus particulièrement les sources documentaires et iconographiques relatives à l’Égypte présentes alors à Milan (p. 170-171). L’absence d’Ernesto Basile se fait à nouveau ressentir dans la réception des projets et la supposée « partialité » du jury à l’égard des Français, ainsi concernant le projet de Sebastiano Locati, jugé favorablement par Basile (p. 174-175). Les délibérations en coulisses, conjuguées à l’absence d’Ernesto Basile, expliqueraient semble-t-il l’absence d’Italiens dans les lauréats, malgré leur très forte participation au concours (p. 176). Ces contributions reviennent également à plusieurs reprises sur les aspects techniques du projet de musée, du fait de la destination du bâtiment, des contraintes climatiques (notamment les importantes amplitudes thermiques du climat égyptien) et des possibilités du terrain.

 

         De la même manière, les deux dernières contributions relatent les participations austro-hongroise et grecque à partir de projets spécifiques : ceux de Rudolf Dick (1860-1910) et de Ferdinand Martin (dates inconnues) d’une part, celui de Patroclos Campanakis (1858-1929) d’autre part. La carrière de Ferdinand Martin étant inconnue, le projet du concours du musée du Caire excepté, Vittoria Capresi s’attarde sur Rudolf Dick et le projet néoclassique, avec quelques références à l’Égypte antique, qu’il proposa pour le concours. L’intérêt de cette étude est de replacer ces projets dans le contexte national (p. 198-199) et de les confronter à la production architecturale viennoise (p. 198). Vassilis Colonas et Lila Theodoridou abordent le projet de Patroclos Campanakis dans une approche plus large sur la carrière de cet architecte, notamment son œuvre à Constantinople et ses nombreuses participations aux concours d’architecture (p. 203-209).

 

         Dans une troisième et dernière partie, Marie-Laure Crosnier Leconte considère l’après-concours et la réalisation du musée des Antiquités égyptiennes, dans trois articles complémentaires. Dans « Un chantier chaotique », l’auteur précise ainsi qu’aucun des projets n’avait rempli les prescriptions souhaitées pour le musée, notamment parce que le budget demandé par le gouvernement égyptien était trop bas. Quatre lauréats reçurent le premier prix ex-aequo (p. 38) : Jean Bréasson, Edouard Loviot et Joseph-Marie Cassien, Joseph Georges Guilhem (avec Louis Gillet ?), et Marcel Dourgnon. Deux solutions furent envisagées : soit la maîtrise d’œuvre était assurée par l’architecte, soit celui-ci soumettait un projet extrêmement détaillé pour que le ministère des Travaux publics puisse mener à bien le chantier sans l’architecte. Le projet final associait le plan de Marcel Dourgnon à la façade de Joseph Georges Guilhem, dans une version simplifiée, supprimant les références à l’architecture pharaonique. Une commission technique, où figuraient Jacques de Morgan et Emil Brugsch, supervisa le projet final. Celui-ci se caractérisait par une simplification de l’intérieur du bâtiment, due aux nécessités d’économie, et le souhait de la part des égyptologues de la commission d’un « traitement sobre des salles » (p. 214). Il avait été décidé que Marcel Dourgnon assurerait la maîtrise d’œuvre, mais les difficultés rencontrées sur le chantier, les rapports entre Dourgnon et les entrepreneurs italiens notamment, entraînèrent son retrait en 1898 et son abandon de la direction du chantier à l’administration égyptienne (p. 220-221). Les changements au sein du Service des Antiquités à partir de 1897 participèrent aussi du certain désordre dans lequel le chantier se déroula (p. 222). En 1899 Gaston Maspero est ainsi appelé au Caire pour superviser l’achèvement du chantier. Le musée est livré en 1901 et il est inauguré le 15 novembre 1902. Il est intéressant de connaître l’opinion de l’égyptologue Gaston Maspero, plutôt satisfait du nouveau musée, malgré quelques réserves concernant l’éclairage (p. 225-226). Maspero défendit d’ailleurs l’architecte Marcel Dourgnon, en dépit de ses rapports tendus avec les administrations française et égyptienne pendant le déroulement du chantier. Très rapidement toutefois (début 1902), des fuites interviennent, mettant en cause la solidité du toit (p. 226). Les lanterneaux posent également problème, du fait de la mise en œuvre rapide du béton armé, technique qui avait été choisie par Marcel Dourgnon, et des nombreux changements par rapport aux plans initiaux. Les nombreuses malfaçons seront reprises en 1910 par l’ingénieur français José Lambert (p. 226) et les lanterneaux sont reconstruits en 1911 (p. 228). Comme le conclut Marie-Laure Crosnier Leconte, avec une « enveloppe budgétaire aussi misérablement réduite » (p. 230), le déroulement du chantier et la livraison du bâtiment ne pouvaient que s’en trouver compliqués.

 

         Dans un deuxième temps, Marie-Laure Crosnier Leconte s’intéresse aux tensions politiques perceptibles lors du concours, mais également lors du chantier de construction du musée. Certes, le concours d’architecture organisé au Caire en mars 1895 confirme « la prééminence de l’école française d’architecture » au-delà de la France (p. 236) ; mais il semble que les réactions italiennes face aux décisions du jury et aux résultats aient été quelque peu exagérées, car, comme l’avance Marie-Laure Crosnier Leconte, « les méthodes de travail semblent avoir été correctes, contrairement au sentiment d’opération bâclée qui ressort des commentaires italiens » (p. 236). Le concours du musée du Caire est quoi qu’il en soit le reflet des relations diplomatiques européennes à la fin du XIXe siècle et des tensions entre communautés, françaises et italiennes ici (p. 238-239).

 

         Une dernière contribution conclut l’ouvrage, sous forme de synthèse relative aux styles en architecture (p. 241-246). Cette question du style a été traitée dans la plupart des contributions de la deuxième partie, en lien avec les différents projets, mais comme le souligne Marie-Laure Crosnier Leconte, le concours du musée des Antiquités égyptiennes forme « un intéressant champ d’analyse et de confrontation entre les différentes approches de la notion de modernité » (p. 241). C’est dans la façade principale du bâtiment que se manifeste cet élément important. Il faut remarquer, d’une part, que de nombreux candidats se sont focalisés sur le style de la façade au détriment du plan, or le plan « a bien été le critère qui a guidé » le jury et la commission dans ses choix (p. 242) ; d’autre part, que la majorité des concurrents a choisi de rappeler dans la façade l’architecture de l’Égypte antique, plus précisément celle des temples. En conclusion, Marie-Laure Crosnier-Leconte examine le style du bâtiment, tel qu’il est réalisé, à partir des projets de Marcel Dourgnon et de Georges Guilhem, en le replaçant dans le contexte des « cultures architecturales » des différents concurrents.

 

         On retiendra de cet ouvrage la diversité de ses contributions et leur association – quasi systématique – aux sources historiques (presse, documents d’archives, etc.), qui permettent de replacer le concours du musée égyptien dans le contexte politique et artistique de l’époque, traversé par les questions du concours d’architecture à la fin du XIXe siècle, de l’éclectisme en architecture et des débats sur l’historicisme, de la formation des architectes français mais également européens, et de l’architecture cairote de la seconde moitié du XIXe siècle. Les auteurs travaillent pour la plupart depuis longtemps sur ces questions et ils apportent ici un regard nouveau sur cet épisode de l’histoire de l’architecture du XIXe siècle. Le projet d’un nouveau musée pour les collections d’antiquités de l’Égypte n’était pas nouveau et, bien après l’inauguration du bâtiment en 1902, il demeure d’actualité, comme le montrent les discussions au cours du XXe siècle, notamment la proposition d’un nouveau musée en 1925, sous le patronage de John D. Rockfeller Jr[4], et le projet d’un nouveau musée à Giza, dont la compétition a été lancée en 2002[5]. Le lauréat en est une agence d’architecture irlandaise, Heneghan Peng, et ce nouveau musée devrait voir le jour en 2016. Cette publication vient donc à propos, au moment où l’Égypte va se doter d’un nouveau musée d’antiquités égyptiennes. L’ouvrage présente des redites au sujet du déroulement du concours et de ses différents protagonistes, en particulier dans les contributions relatives aux participations française et italienne, mais sans que cela ne nuise à l’ensemble ; de fait, quelques contradictions concernant le nombre de projets et le déroulement du concours en 1895 perdent parfois le lecteur, mais cela est dû à l’hétérogénéité et à l’imprécision des sources (voir supra). De nombreuses illustrations noir & blanc complètent l’ouvrage, de plus grandes reproductions auraient sans doute été souhaitables, afin de faciliter la lecture, mais là encore, ce ne sont que des détails qui ne remettent pas en cause l’intérêt de l’ouvrage publié.

 

 

 

[1] MUSOMED [en ligne] http://invisu.inha.fr/Musomed-Mutual-Sources-on-Modern>.

[2] Concours pour le musée des Antiquités égyptiennes du Caire 1895. Documentation de référence établie par Marie-Laure Crosnier Leconte, 2010 (124 pages) [en ligne] .

[3] Voir Th. Lebée, Le musée d’antiquités égyptiennes de Bulaq (1858-1889). Faire connaître et aimer l’Égypte ancienne au XIXe siècle, mémoire de 2e cycle, École du Louvre, Paris, 2013.

[4] J.H. Breasted, The New Egyptian Museum and Research Institute, New York, 1925. L’historienne de l’architecture Azra Dawood lui a par ailleurs consacré une étude : A. Dawood, Failure to Engage : the Breasted-Tockfeller gift of a new Egyptian Museum and Research Institute at Cairo (1926), Massachussets Intitute of Technology, 2010 [en ligne] .

[5] The Grand Museum in Egypt international architecture competition, Le Caire, Ministère de la Culture égyptien, 2003.

 

 

Sommaire

 

Introduction

 

Le concours, un observatoire privilégié de la fabrique de l’architecture

Ezio Godoli et Mercedes Volait

 

1- Un concours pour un nouveau musée

 

Pouvoir, arts et archéologie: trois puissances en lice au Caire

Hélène Morlier

 

Avant le concours : les musées de Boulaq et de Giza

Hélène Morlier

 

Le contexte historique du concours

Milva Giacomelli

 

2- Les principales participations

 

La participation française

Marie-Laure Crosnier Leconte

 

La participation italienne et l’affaire Basile

Milva Giacomelli

 

Résultat du concours et exposition des projets dans les commentaires de L’Imparziale

Ezio Godoli

 

Le projet d’Attilio Muggia

M. Beatrice Bettazzi

 

Le projet de Sebastiano Locati

Luisa Erba

 

Les projets des architectes Guglielmo Calderini et Ulpiano Bucci

Clementina Barucci

 

La participation austro-hongroise et les projets de Rudolf Dick et de Ferdinand Martin

Vittoria Capresi

 

Quelques éléments sur le projet grec de l’architecte Patroclos Campanakis et sa vocation pour les concours internationaux

Vassilis Colonas et Lila Theodoridou

 

3- Après le concours

 

Un chantier chaotique

Marie-Laure Crosnier Leconte

 

Jury de concours et diplomatie, une adéquation délicate

Marie-Laure Crosnier Leconte

 

Questions de style

Marie-Laure Crosnier Leconte

 

4- Tableau récapitulatif des projets exposés

 

 

 
Aude Semat-Nicoud réalise une thèse de doctorat en égyptologie à l'Université de Paris IV-Sorbonne sur "L’image de la tombe en Égypte (XVIIIe-XXIIe dyn.)" sous la co-direction de Dominique Valbelle (Université Paris IV Sorbonne) et Guillemette Andreu-Lanoë (Musée du Louvre).