Gorostidi Pi, Diana: Ager Tarraconensis 3. Les inscripcions romanes. 230 p. Texto en catalán y estudios introductorios en inglés, ISBN:9788493773465, 50 €
(Institut Català d’Arqueologia Clàssica, Tarragona 2010)
 
Compte rendu par Anthony Alvarez Melero, Université libre de Bruxelles et Universidad de Sevilla
(aalvamel@hotmail.com)

 
Nombre de mots : 1346 mots
Publié en ligne le 2011-04-19
Citation: Histara les comptes rendus (ISSN 2100-0700).
Lien: http://histara.sorbonne.fr/cr.php?cr=1256
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          L’ouvrage, troisième tome d’une série publiée par l’Institut català d’arqueologia clàssica et consacrée à l’ager de Tarraco, présente une édition de toutes les inscriptions mises au jour sur ce territoire et qui, jusqu’à aujourd’hui, n’avaient pas reçu toute l’attention qu’elles méritaient. Elles étaient en effet très souvent laissées pour compte, pour diverses raisons, dans les recueils épigraphiques, qu’il s’agisse du volume II du Corpus inscriptionum latinarum, publié par E. Hübner, ou des Römische Inschriften von Tarraco de G. Alföldy, où sont répertoriées respectivement 6 et 34 épigraphes provenant de cette zone. Cette lacune est désormais comblée grâce au travail de D. Gorostidi Pi qui a regroupé 129 textes provenant de diverses « comarques » entourant Tarragone (Baix Camp, Alt Camp, Tarragonès, Alt Penedès, Baix Penedès et Garraf ainsi que quelques parties du Baix Llobregat et de la Conca de Barberà) et couvrant une superficie d’environ 4.400 km². Dans cette tâche, elle a pu compter sur la contribution de P. Berni Millet qui édite un catalogue de sceaux et de marques amphoriques provenant d’une zone restreinte à la partie occidentale de l’ager Tarraconensis, limitée à la rive droite du Francolí. Au total, le corpus comporte environ 230 pièces correspondant à 172 entrées.

 

          Le livre, presque entièrement rédigé en catalan, hormis quelques sections qui comptent une traduction anglaise, s’ouvre avec un prologue rédigé en castillan par G. Alföldy (p. 9-11) que suit une introduction exposant les grandes lignes et les objectifs visés par l’auteur (p. 13-14). Elle rappelle qu’initialement, le travail de collecte épigraphique ne concernait qu’une infime partie du territoire de l’ancienne capitale provinciale. Le but était alors de rédiger un chapitre sur la société locale afin de pouvoir identifier dans la mesure du possible les propriétaires terriens, membres de l’élite de Tarraco avec qui ils maintenaient des liens étroits, et leurs biens fonciers. Après ces remarques générales, se trouve un chapitre consacré à la documentation épigraphique qui évalue la variété des inscriptions et leur répartition géographique à travers tout le territoire concerné (p. 15-23). On y apprend que la plupart des pierres, dont la facture et la qualité sont logiquement variables en fonction de leurs commanditaires et de leur emplacement, proviennent des environs immédiats de Tarraco et de la région de l’Alt Penedés, à l’Est de la capitale, où une grande concentration de villas est attestée archéologiquement. Comme on peut s’en douter, la majorité des textes consiste en des épitaphes mais la masse de témoignages d’instrumentum domesticum (objet du travail de P. Berni Millet) est loin d’être négligeable. Enfin, le chapitre relatif à l’épigraphie et à la société de l’ager de Tarraco (p. 25-54) clôt ces considérations préliminaires. C’est l’occasion pour l’auteur de prêter attention non seulement aux textes gravés mais aussi aux types de support et aux matériaux utilisés afin d’identifier les différents groupes sociaux ayant vécu dans ces parages. Par ailleurs, elle se livre à une réflexion sur le degré de fiabilité des indices permettant de reconnaître le propriétaire d’une villa avant de fournir une liste de tous les personnages documentés dans l’ager Tarraconensis.

 

          Au terme de cette première partie, se trouve le catalogue épigraphique qui se présente conformément au plan du CIL. Tout d’abord sont rangées les dédicaces religieuses, les inscriptions relatives aux hauts fonctionnaires et aux magistrats de la cité, aux vétérans puis le reste de la population, systématiquement rangés par ordre alphabétique. Suivent les varia (carmina epigraphica, inscriptions sur mosaïque, etc.), les frustula (petits fragments), les miliaires, les alienae (provenant à l’origine de Tarraco et déplacées dans l’ager), les inscriptions postclassiques, l’instrumentum puis l’épigraphie sur amphores, sur tegulae, sur imbrex et sur dolia, le tout édité aux soins de P. Berni Millet.

 

          Chaque fiche se présente invariablement selon le même schéma :

1.      titre de l’inscription et numéro d’ordre

2.      lieu de découverte et localisation actuelle de la pierre

3.      description de la pièce (matériau, dimensions, etc.)

4.      édition critique du texte

5.      bibliographie avec un renvoi systématique à la future nouvelle édition des inscriptions de Tarragone par G. Alföldy à paraître prochainement dans le CIL II²/14

6.      traduction

7.      commentaire

8.      datation

 

          Une photographie ou, lorsque la pierre est perdue, une reproduction tirée de manuscrits complètent toujours l’édition du texte.

 

          À l’examen du corpus, il est possible de constater que les inscriptions votives constituent une rareté dans la région de Tarragone puisque seules trois dédicaces ont été répertoriées, dont deux, perdues, le furent à Jupiter Dominus (1-2). Une quatrième pierre découverte en remploi à Reus contenant une possible dédicace à Bellone doit semble-t-il être rangée parmi les inscriptions de Tarraco (86). Dans le même temps, l’épigraphie de l’ager Tarraconensis nous permet de prendre connaissance de la présence de sénateurs tels que Q. Gargilius Q. f. Macer Aufidianus et sa femme Apronia L. f. Iusta (4), M. Fabius Priscus (5) ainsi qu’un anonyme, questeur de Bétique, tribun de la plèbe et préteur désigné, comme nous l’apprend la plaque de marbre érigée à l’instigation de son épouse, Claudia Atiliana (7). Toutefois, le plus illustre d’entre eux est sans conteste L. Licinius L. f. Serg. Sura, l’aïeul du célèbre consul homonyme d’époque de Trajan, connu par l’inscription gravée sur l’architrave de l’arc de Berà, d’époque augustéenne (6). Après les sénateurs, les inscriptions nous dévoilent l’existence de magistrats municipaux à l’instar de L. Minicius L. f. Gal. Apronianus (8), de L. Aemilius [- f.] Pal. Sempronius Clemens Silvanianus (9) et de L. Aelius Polycletus (10). Dans un autre registre, quelques sévirs augustaux (11-12) et des vétérans (13-15) ont également été recensés sur le territoire de la colonie. En revanche, une catégorie sociale privilégiée, et non des moindres, à savoir les chevaliers romains, n’apparaît pas parmi les personnalités présentées. En effet, aucun cursus de membres de l’ordre équestre n’a été découvert dans la zone envisagée par le corpus. Toutefois, leur présence est indirectement documentée puisqu’une matrone équestre, une proche parente de chevalier, a été recensée : il s’agit de Numisia Victorina, épouse de [P. ?] Furius P. f. Quir. Montanus (27) et sœur de deux chevaliers romains, magistrats municipaux et flamines provinciaux, L. Numisius L. f. Pal. Ovinianus et L. Numisius L. f. Pal. Montanus, dont l’épouse, Porcia M. f. Materna, fut elle aussi élue flaminique provinciale (cf. RIT 295-296, 325 et 349). Quant à M. Clodius Martialis, préfet des ouvriers et officier, c’est sur des marques amphoriques qu’il est attesté (138, 169-170), ce qui nous renseigne sur les activités économiques des membres de l’ordre équestre. Pour le reste, le recueil offre quelques inscriptions dignes de mention. Tout d’abord, l’anneau appartenant à un dénommé Atius Felix (16) ; l’inscription opisthographe de Iunius Eutyches remployée pour la tombe médiévale de B. de Lillet (29 et cf. 94) ; la fistule de plomb d’un Sergius (32) ; le piédestal de Sulpicia, matrona honestissima, originaire de Calagurris (33) ; le signaculum de C. Valerius Avitus (34) récupéré dans ce qui fut apparemment sa villa à Els Munts, où un titulus pictus nous indique qu’il avait bâti une citerne avec son épouse Faustina (35). Au même endroit, deux autres tituli picti nous livrent deux noms grecs, d’interprétation malaisée (35). Une épitaphe en grec, datée d’époque républicaine, semble-t-il, mentionne un certain Euxenos, né à Naples (41) mais sa provenance est discutée. Le chapitre Varia offre aussi, par exemple, un carmen epigraphicum, gravé sur la tour des Scipions (51), une inscription sur mosaïque à Centcelles (52), une épigraphe indiquant les propriétaires d’une conduite d’eau grâce à une concession d’Hadrien (53), des marques des IVe, VIe et Xe légions sur le pont de Martorell (54) ou encore une inscription sur un moule de pierre (55).

 

          Enfin, tout corpus épigraphique serait incomplet s’il ne comptait avec un index onomastique ou topographique, en plus d’établir la correspondance avec d’autres éditions scientifiques (y compris le futur volume du CIL II²/14). Pour finir, une bibliographie actualisée clôt l’ouvrage.

 

          En conclusion, le soin porté à la confection du catalogue, la qualité des images, le sérieux des analyses et des commentaires accompagnant les textes épigraphiques font en sorte que l’édition du catalogue des inscriptions de l’ager Tarraconensis s’avère un instrument de travail indispensable et commode pour tous ceux qui désirent prendre connaissance de l’épigraphie du territoire du vieil Scipionum opus.