Vaquerizo Gil, Desiderio: Necrópolis urbanas en Baética. 367 p. : il., tablas, gráficos col.,textos en castellano y resumen en inglés, ISBN: 9788493773403, 57 €
(Institut Català d’Arqueologia Clàssica, Tarragona 2010)
 
Compte rendu par Macarena Oncala
(m_oncala@hotmail.com)

 
Nombre de mots : 1597 mots
Publié en ligne le 2015-04-07
Citation: Histara les comptes rendus (ISSN 2100-0700).
Lien: http://histara.sorbonne.fr/cr.php?cr=1257
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          Comme le titre l’annonce, cet ouvrage traite des problématiques liées au monde funéraire en Bétique (Baetica) et plus particulièrement des nécropoles urbaines. En premier lieu, il souligne la mauvaise praxis de certains archéologues sur le terrain notamment face à la variété et la physionomie de chaque site propre à la Baetica et sa géographie très étendue, mais aussi face à une spoliation ancienne des espaces funéraires due aux agrandissements des villes et à leur réutilisation au cours du temps comme de façon récente. En effet, l’accélération des processus d’urbanisation, jusqu’à ces dernières années, n’a permis que des opérations préventives, menées dans certains cas trop rapidement.

 

         L’intérêt que porte D. Vaquerizo Gil, professeur à l’Université de Córdoba (Cordoue), au thème du monde funéraire romain, est déjà ancien et l’on fera référence à son ouvrage Funus Cordubensium. Costumbres funerarias en la Córdoba romana, publié en 2002 (Institut Català d’Arqueologia Clàssica) qui portait plus précisément sur les nécropoles romaines dans la région de Cordoue. Ce volume, très complet, qui traite de la société et des coutumes d’époque romaine, offre un contenu riche en photographies (sites, pièces, tombes), en reconstitutions graphiques de lieux de sépultures ou encore en cartes géographiques (avec la localisation des villes anciennes et de leurs zones de sépultures). Outre un catalogue des inscriptions de indicatio pedaturae, une importante bibliographie (des pages 323 à 349) et un résumé (abstract) en anglais en annexe finale, le volume intègre un grand nombre d’illustrations parmi lesquelles on relève des dessins de pièces céramiques, très significatives dans le cadre des études funéraires en Baetica.

 

         Pour les Romains, bénéficier d’un rituel funéraire minimum était d’importance capitale pour passer sans inquiétude d’un monde à l’autre. Une tombe avec une épitaphe garantissait au mort – qu’il soit incinéré, inhumé ou embaumé –, la préservation de son nom per omnia saecula seaculorum. Les Romains pensaient (pour la plupart) que, demeurant dans leurs tombes, les morts conservaient une relation directe et éternelle entre le corps et l’âme : ils se transformaient pour les familles soit en manes, considérés comme intermédiaires avec l’au-delà, soit, dans le cas contraire, en larvae ou umbrae vagantes, pouvant leur rendre la vie infernale. En découlent l’importance des obsèques, la façon d’être enseveli, le trousseau, les offrandes périodiques (au défunt et aux dieux de l’enfer), le cénotaphe, l’inscription, etc.… Mais il est évident que tout cela dépendait des possibilités économiques du foyer, du désir de prestige, des ateliers existants ou encore des modes.

 

         Dans ce livre, différents aspects du monde funéraire sont analysés, tels que l’organisation des espaces funéraires urbains, les lois testamentaires prophylactiques et pénales comme garanties de sauvegarde de ces espaces, et les différents types de funera dans la Baetica romaine et, plus concrètement, dans les conventus Astigintanus (Astigi, Iliberri, Urso), conventus Cordubensis (Corduba), conventus Gaditanus (Gades, Acinipo, Baelo Claudia, Carissa Aurelia et Malaca) et conventus Hispalensis (Hispalis, Carmo, Italica, Munigua et Onuba), présentés dans cet ordre dans le sommaire du livre.

 

         De façon plus concise, sont étudiés les types d’enceintes sépulcrales, la typologie architecturale du locus sepulturae (columbarium, hypogée, chambre hypogène, semi-hypogène, cupae solidae, cupae structiles, voûte de brique, autels, aediculae), les typologies de tombes (cistes, sarcophages ou en puticuli), la décoration des tombes (épigraphique, a pulvini, des frontons à gorgoneia, ratines doriques, ratines en métope ou couronnement de balustrade), les types d’obsèques (crematio et inhumatio), les orientations des corps (décubitus dorsal, décubitus ventral, position fœtale), les offrandes de silicernia pendant et après les funérailles (rites sacrificiels d’animaux, dons de parfums et de fleurs…) ou le dépôt de trousseaux à l’intérieur et à l’extérieur des tombes (typologie des vaisselles, des objets apotropaïques).

 

         Concernant la Bétique, on dispose de peu d’informations en provenance des différents sites funéraires, chacun ayant sa propre physionomie ; on peut cependant regrouper les sites de Carmo, Urso, ou Carissa Aurelia, se présentant aujourd’hui comme des petites agglomérations, appartenant au type des nécropoles creusées dans la roche, peu répandues mais bien conservées au niveau structural et les sites densément peuplés, comme Corduba, Hispalis ou Gades, pour lesquels l’occupation ininterrompue a provoqué par endroit une modification partielle ou totale de l’état d’origine. Néanmoins, bien que les vestiges retrouvés soient nombreux et variés, le but poursuivi par l’auteur est de restituer le paysage funéraire bétique en les intégrant dans les phénomènes d’urbanisme hispano-romain.

 

         Les nécropoles se transformèrent en manifestation de multiples éléments : richesse et misère, ostentation et modestie, souvenir et oubli, peur et vaillance, vieillesse et jeunesse, douleur, tristesse, absence… de ceux qui reposent ici et là.  L’opposition de ces qualificatifs nous renvoie aux différences entre certains types de tombes. Une autre distinction importante provient de l’existence de traditions locales variées, l’idiosyncrasie des habitants des cités, avant la venue des colons (accompagnant les phases de conquêtes) et de Rome (dans tous les cas), jouant un rôle fondamental.

 

         Tout comme dans la partie occidentale de l’Empire, la crémation et l’inhumation coexistent dans une grande part des villes hispaniques et, dans ce sens, la Baetica n’est pas une exception. Ainsi le choix d’un rituel ou d’un autre correspond à diverses motivations comme les choix personnels ou familiaux, les origines (il existait de nombreuses colonies en provenance d’Etrurie, Magna Græcia ou d’autres zones italiques), ou encore les facteurs socio-économiques et religieux.

 

         La monumentalisation des tombes fut un autre trait important, fait relevé entre la moitié du Ier siècle av. J.-C. (en relation directe avec les débuts de la période augustéenne et les processus d’urbanisation) et le IIe siècle ap. J.-C. Parmi les premières formes architectoniques monumentales localisées en Baetica, on peut noter les autels décorés de type pulvini et les monuments en forme de dé incorporant des détails décoratifs. Il apparaît clairement que les colons italiques de l’époque républicaine tardive ont développé au sud de la péninsule ibérique les modèles architectoniques de la métropole les plus en vogue à cette époque.

 

         Concernant l’indicatio pedaturae sur les supports de pierre, l’auteur indique que son utilisation s’étend aux classes sociales les plus variées, sans correspondance entre le statut juridique, les professions et les usages des termes sépulcraux (contenu sepulcri mensuræ, ou la surface des espaces funéraires). Cupæ solidæ et structiles coïncident dans le temps avec les enterrements sous des voûtes en briques ou en maçonnerie dont le développement en Hispanie remonte au dernier quart du Ier siècle ap. J.-C. À partir du IIe siècle ap. J.-C., les trois types de voûte, en briques, cupæ solidæ et cupæ structiles persistent, associés aux enterrements d’inhumation pour la plupart chrétiens, comme ceux de Cæsar Augusta du IVe au Ve siècle ap. J.C.

 

         Autres exemples intéressants évoqués dans cet ouvrage : les positions mortuaires adoptées dans chaque enterrement (décubitus ventral, décubitus dorsal et la position fœtale). On signalera l’attention particulière portée sur la position décubitus ventral pour sa rareté, rencontrée à de nombreuses reprises sans que l’on puisse à l’heure actuelle expliquer ce choix : social, ethnique, religieux-superstitieux ? Ces morphologies également apparues en Gaule, Helvétie et Italie suscitent les mêmes interrogations.

 

         Les banquets funéraires et les offrandes partagés avec le défunt étaient courants. On utilisait généralement divers récipients en céramique, en verre ou des objets de caractère personnel (surtout dans le cas d’enterrement tardif). L’un des schémas les plus originaux découverts par S. Vargas à Cordoue est l’utilisation de 3 assiettes, 3 verres et 3 petits verres en terra sigillata hispanica précoce ou terra sigillata gallica. Ponctuellement, la précédente composition était complétée par de la céramique fine devant ajouter une composante symbolique importante au fait d’être déjà une mode apparente durant la première moitié du Ier siècle ap. J.-C.

 

         Entre la fin du Ier siècle  et le IIe siècle ap. J.C., on observe une réduction progressive des offrandes aux défunts, bien que dans certains cas cette tradition perdure, incorporant de nouvelles productions se substituant aux précédentes. Les lucernae jouent un rôle très important, ainsi que les urnes en cristal (protégées par des récipients de plomb) et les petites figures en terre cuite représentant des divinités, des femmes ou des personnages divers. On retrouve également dans les enterrements tardifs des ampoules en verre et objets d’embellissement personnel, entre autres l’acus crinales. Ce paysage funéraire se transformera au cours du temps, s’adaptant de manière irréversible aux changements de la mentalité romaine ; l’intérieur des tombes et l’intimité du deuil prendront de plus en plus d’importance durant l’Empire. Par conséquent, à partir des dernières années de la République et les débuts du nouveau régime politique jusqu’au IIIe siècle ap. J.-C. (lorsque les chrétiens étaient enterrés en coemeteria dans l’attente de la résurrection), les manifestations publiques funéraires seront délaissées, bien que l’enterrement conjoint entre païens et chrétiens exista jusqu’au VIIIe siècle ap. J.-C. dans certains endroits.

 

         En résumé, soulignons que ce livre est à recommander auprès de toute personne intéressée par la connaissance du monde funéraire romain (jusqu’à l’époque tardive), d’une manière générale et plus particulièrement sur la Baetica. On pourrait dire que l’auteur présente, au travers d’exemples concrets en justifiant chaque développement, une première partie où apparaît une introduction et une réflexion sur les thèmes tels que le concept de mort à Rome (la mort digne, monumentalité des sépulcres, les types d’épigraphie utilisée, la Loi des douze tables, funus acerbum), la mort et l’immortalité (protocoles célébrés dans les funera : visites aux sépulcres, banquets, offres florales), l’agonie du deuil (conclamatio, pleurs, iunctura et depositio, suffitio, collocatio, lectus funebris, sepulcretum, pompa funebris) et le testament (avec les volontés du mort : certains citoyens avaient laissé des instructions précises sur les dons, les banquets ou les œuvres publiques au bénéfice de la communauté, maintenance et restauration du sépulcre, avec une garantie de mémoire). Une deuxième partie traite des nécropoles dans la Baetica (les quatre conventus mentionnées antérieurement) et enfin une troisième partie présente un récapitulatif dans lequel l’auteur ouvre des axes de réflexion.