Soleti, Vita M. : La scultura ideale romana nella Regio Secunda (Apulia et Calabria). «Archaeologica», 161, 17 × 25, pp. xi-185, tavv. 80, ISBN 978-88-7689-248-6, Euro 180,00
(G. Bretschneider editore, Roma 2010)
 
Compte rendu par Jean-Noël Castorio, Nancy-Université
(jean-noel.castorio@orange.fr)

 
Nombre de mots : 1293 mots
Publié en ligne le 2011-07-25
Citation: Histara les comptes rendus (ISSN 2100-0700).
Lien: http://histara.sorbonne.fr/cr.php?cr=1259
Lien pour commander ce livre
 
 

          Le présent ouvrage, préfacé par Luigi Todisco, professeur d’archéologie classique à l’Université de Bari, est issu de la thèse de doctorat soutenue en 2007 par Vita Maria Soleti. Il s’agit pour l’essentiel d’un catalogue des statues d’époque romaine copiées de modèles classiques et hellénistiques mises au jour dans les limites de la IIe région augustéenne, Apulia et Calabria, qui correspond aujourd’hui aux Pouilles, à la partie orientale de la Basilicate, ainsi qu’à l’Hirpinie, l’Appenin campanien.

 

          La première partie (p. 1-17) consiste en une synthèse, organisée chronologiquement, des connaissances historiques à propos de la Regio Secunda. Les données exposées n’étant nullement mises en relation avec le matériel étudié par l’auteur, ce chapitre apparaît comme une sorte d’ « exercice obligé » dont l’utilité, dans le cadre d’une publication de ce type, peut légitimement être questionnée.

 

          La deuxième partie correspond au catalogue (p. 19-132), qui constitue à lui seul près des trois-quarts de l’ouvrage. Il est organisé de manière chronologique, l’auteur ayant séparé les pièces qui pouvaient être attribuées au Ier s. av. J.-C. et au Ier s. apr. J.-C. de celles qu’il est permis de dater du IIe s. Dans chacune de ces deux sous-parties, statues masculines et statues féminines sont étudiées successivement ; la classification se fait ensuite par lieu de découverte. Les notices, assez détaillées, sont construites suivant les règles traditionnelles. Si les identifications sont généralement bien étayées, on ne peut pas toujours en dire autant des datations, les critères employés, principalement d’ordre stylistique, n’étant en effet pas toujours exposés (p. ex. 1.a.BE.3, 1.a.TA.6-7, 1.b.BE.1, 1.b.TA.5) – et lorsqu’ils le sont, leur validité aurait de surcroît mérité d’être discutée. Des clichés de chacune des sculptures sont reproduits en fin de volume, dans les quatre-vingt-treize planches en noir et blanc qui accompagnent le texte. Notons enfin que rares sont les pièces qui étaient jusqu’à présent inédites : on en recense six, parmi lesquelles les plus notables sont une Athéna de type Poitiers (1.b.BA.1), mise au jour lors de fouilles clandestines mal localisées, ainsi qu’une Fortune provenant de Bénévent (2.b.BE.8).

 

          La troisième partie, constituée d’ « observations conclusives », est des plus réduites puisqu’elle compte moins d’une vingtaine de pages (p. 135-152). Quatre points sont abordés par l’auteur : le contexte de découverte des sculptures ; leur distribution géographique et chronologique ; les matériaux employés ; les thématiques représentées.

 

          Contexte de découverte. – La grande majorité des pièces étudiées a été mise au jour en milieu urbain ; si les conditions précises dans lesquelles ces sculptures furent exhumées sont souvent fort mal documentées, il appert toutefois que bon nombre d’entre elles ornaient des espaces et des édifices publics : ainsi, par exemple, du remarquable lot de rondes-bosses appartenant à la décoration du théâtre de Lupiae (Lecce).

 

          Répartition. – La distribution géographique de ces statues est loin d’être régulière. Plus de 80 % d’entre elles proviennent en effet de six agglomérations seulement, à savoir Tarente (26 pièces recensées), Brindisi (18), Bénévent (17), Ordona (12), Lecce (12) et Lucera (11). La partie centrale des Pouilles, l’antique Peucezia, n’en a livré en revanche que fort peu, ce qui s’explique sans doute par la modestie des centres urbains implantés dans cette partie de la Regio II. Si l’on examine la répartition chronologique proposée par Vita M. Soleti, force est de constater que le IIe s. est nettement mieux représenté que la période précédente, à laquelle n’est attribuée qu’une trentaine d’œuvres ; aucune des sculptures étudiées ne daterait, par ailleurs, d’une époque postérieure à la fin du IIe s. D’après l’auteur, cette distribution constituerait un bon reflet de l’évolution politique et socio-économique de la Regio Secunda. Le faible nombre de pièces « précoces » serait ainsi le résultat des guerres et des troubles que connaît la région durant le siècle qui précède le changement d’ère ; si Tarente a néanmoins livré un nombre non négligeable de statues idéales datables du Ier s. av. J.-C. et du Ier s. apr. J.-C., cela s’explique par l’existence, dans cette agglomération, d’une tradition artistique ancienne et solide. D’après Vita M. Soleti, il faut attendre l’époque augustéenne pour que débutent les reconstructions, l’État central veillant tout particulièrement à l’embellissement et au développement des colonies. Le nombre important de sculptures qui peut être attribué au IIe s. témoignerait de la vitalité économique et sociale de la région durant cette période, en particulier de certains de ses centres urbains : Bénévent et Ordona au nord ; Brindisi au sud. La grande qualité des pièces exhumées à Lupiae, sans équivalent dans le reste des Pouilles, serait quant à elle le signe de la faveur princière dont bénéficie la ville, surtout à partir du règne de Trajan, ainsi que de son enrichissement graduel. Enfin, le fait qu’aucune sculpture ne puisse être datée d’une époque postérieure à la fin du IIe s. est mis en relation avec les témoignages, révélés par l’archéologie, d’un appauvrissement de la région dès l’époque sévérienne.

 

           À lire cette reconstruction, on ne peut s’empêcher de songer que Vita M. Soleti a peut-être voulu trop en faire dire à ces sculptures. Non qu’il y ait de sérieuses raisons de remettre en cause la validité du schéma général qu’elle retrace : il est en effet amplement vérifié par l’archéologie. Il paraît simplement plaqué à un matériel qui se révèle finalement inadéquat si l’on cherche à en tirer des conclusions chronologiques de ce genre, cela pour au moins deux raisons : d’une part parce qu’il n’est daté ni avec certitude, ni avec précision ; d’autre part parce que les pièces qui le composent sont trop spécifiques et trop peu nombreuses pour être véritablement considérées comme des échantillons représentatifs de la production lapidaire dans l’ensemble de la région durant plus de trois siècles. Si l’auteur avait réellement désiré retracer l’évolution de cette production, sans doute aurait-il dû élargir le champ de ses investigations au-delà de la seule sculpture idéale – et l’on songe par exemple à l’art funéraire.

 

          Matériaux. – La grande majorité des œuvres du catalogue est sculptée dans du marbre blanc, extrait des carrières de Grèce, d’Asie Mineure et d’Égypte. Une quinzaine de rondes-bosses de grande qualité, qui seraient toutes datées du IIe s., présentent la particularité d’avoir été taillées dans du marbre du Pentélique ; divers indices laissent penser qu’un certain nombre d’entre elles – en particulier celles qui ornaient le théâtre de Lupiae – pourraient être l’œuvre d’artistes grecs installés dans la région, leur présence étant notamment attestée par la stèle funéraire du marmorarius Nepos, originaire de Byzance et décédé à Barium (Bari) dans le courant du Ier s. (voir L. Todisco dans AA. VV., Introduzione all’artigianato della Puglia antica, dell’età coloniale all’età romana, Bari, 1992, p. 218-220, fig. 470). Quelques pièces, enfin, sont faites d’un calcaire de provenance régionale et témoignent de l’activité d’ateliers locaux.

 

          Thématiques. – La majorité des sculptures étudiées représentent des divinités du panthéon gréco-romain. Elles avaient pour l’essentiel valeur décorative – ce qui ne les empêche naturellement pas de véhiculer un discours propagandiste ; rares sont celles qui, à l’image de la tête colossale féminine de Bénévent (1.b.BE.1), faisaient office de statues de culte. Quelques simulacres de Cybèle, d’Attis et d’Harpocrate témoignent par ailleurs de l’influence religieuse et culturelle de l’Orient dans la région.

 

          Les quelques réserves que nous avons émises à propos de cet ouvrage ne doivent nullement faire perdre de vue au lecteur de ce compte rendu que Vita M. Soleti nous offre ici un précieux instrument de travail. Le catalogue qu’elle a élaboré, richement illustré, est tout à la fois complet, détaillé et rigoureusement construit ; nul doute que sa consultation sera profitable à quiconque s’intéresse à la sculpture de la péninsule.