Cherpion, Nadine - Corteggiani, Jean-Pierre: La tombe d’Inherkhâouy (TT 359) à Deir el-Medina. collection: MIFAO 128, 2 tomes (I.Texte, II. Planches), nb ill, ISBN 978-2-7247-0509-6, 50€
(Publication Ifao, Le Caire 2010)
 
Compte rendu par Caroline Dorion-Peyronnet, Musée départemental des Antiquités de Rouen
(caroline.dorion-peyronnet@cg76.fr)

 
Nombre de mots : 2632 mots
Publié en ligne le 2011-05-23
Citation: Histara les comptes rendus (ISSN 2100-0700).
Lien: http://histara.sorbonne.fr/cr.php?cr=1261
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          L’IFAO (l’Institut Français d’Archéologie Orientale) au Caire, publie chaque année une vingtaine d’ouvrages environ,  au sein du catalogue de la collection, l’Institut édite la série, plus ou moins régulièrement, des MIFAO – Mémoires publiés par les Membres de l’IFAO – depuis 1902, peu de temps avant l’installation de l’IFAO dans le Palais Mounira (en 1907) qui bénéficia alors d’une imprimerie. L’ouvrage est de grand format ; il est donc peu maniable mais il s’inscrit dans la tradition du format des MIFA0 (autrefois Mémoires publiés par les membres de la Missions archéologique française au Caire, à partir de 1881). De plus, nous avons à faire à une édition de qualité avec de très belles photographies couleurs et noir et blanc (le volume II fournit 161 planches). La reliure est cousue, les couvertures sont rigides, les deux ouvrages sont protégés dans un coffret de rangement légèrement cartonné. Ce dernier est une nouveauté dans les publications de la série des MIFAO.

 

          Le volume I présente les textes et le volume II, les planches.

 

          Nadine Cherpion, l’un des auteurs de cet ouvrage, est une habituée de l’étude des peintures et bas-reliefs égyptiens (Mastabas et hypogées d’Ancien Empire. Le problème de la datation, Bruxelles, 1989) mais aussi du site de Deir el-Medina, on lui doit plus récemment la publication de Deux tombes de la XVIIIe dynastie à Deir el-Medina, (MIFA0 114, 2005). L’édition de cette tombe s’inscrit dans un programme de recherche plus vaste, au sein de l’IFAO, consacré à l’élaboration d’une synthèse sur la peinture égyptienne du Nouvel Empire (approche du contenu, critères de datation, histoire du style) dont l’un des objectifs à long terme est la distinction de « mains » et d’ateliers.

         

          Une longue introduction (vol. I, p. 1-7) signée par Nadine Cherpion en décembre 2002, dresse un état de l’art de l’histoire de cette tombe.  Elle présente avec précision et clarté le contexte géographique, rappelle les circonstances de la découverte et de l’exploration de cette tombe thébaine (Theban Tomb = TT) qui aurait pu être visité en premier lieu par Sir John Gardner Wilkinson au début du XIXe s., l’auteur expose plusieurs faits qui vont dans ce sens. Puis, Prisse d’ Avennes (accompagné de Lloyd de Brynestyn) visite cette tombe en 1843 et enfin, Richard Lepsius en 1845. Chacun de ces visiteurs a laissé une documentation textuelle et iconographique. Enfin, Bernard Bruyère, « fouilleur de Deir el-Medineh », redécouvre la tombe n°359, le jeudi 6 mars de l’année 1930 (cf. B. Bruyère, Rapport sur les fouilles de Deir el-Medineh (1930), FIFAO VIII, 3, Le Caire, 1933). En effet, depuis 1917, la concession de fouilles sur le site de Deir El-Medina avait été confiée à l’IFAO, et Bernard Bruyère y arrive en 1922. (Sur la redécouverte et l’histoire des fouilles à Deir el-Medina, voir en dernier lieu, G. Andreu, « Le Site de Deir el-Medineh », Les artistes de Pharaons. Deir el-Médineh et la Vallée des Rois, Paris, 2002, p. 19-41 et en particulier à partir de la page 36. Cette exposition était accompagnée d’un colloque,  Deir el-Médineh et la Vallée des Rois. La vie en Égypte au temps des pharaons du Nouvel Empire, qui s’est tenu au Musée du Louvre, les 3 et 4 mai 2002).

 

          Attaché à l’histoire de l’exploration de la tombe, l’auteur ne manque pas de signaler les prélèvements de fragments peints. Ainsi, Lepsius détacha pour le Musée de Berlin deux grands panneaux représentant Amenhotep Ier et sa mère Akhmès Nefertari (cf. vol. II, p. 48, pl. 74-75). Par ailleurs, l’auteur signale que certains fragments arrachés à la tombe après le passage de Lepsius sont aujourd’hui conservés au British Museum à Londres.

 

          A ce stade, Nadine Cherpion précise que Inherkhâouy, propriétaire de la tombe 359 est qualifié Inherkhâouy II (ou le Jeune) dans la littérature récente afin de le distinguer d’Inherkhâouy I (ou l’Ancien) propriétaire du caveau n°299, dans lequel Bruyère cru d’abord reconnaître le caveau (n°359) visité 85 ans plus tôt par Lepsius. Le personnage est par ailleurs bien situé dans le temps par de nombreux documents (cf. M. Bierbrier, The Late New Kingdomin Egypt (c. 1300-664 BC). A Genealogical and Chronological Investigation, Warsminster, 1975, p. 37) et nous apprenons enfin, qu’il fut « Chef d’équipe dans la Place de Vérité ».

 

          L’auteur revient également, dans l’introduction, sur la question de la datation de la tombe d’Inherkhâouy (II), souvent datée du règne de Ramsès III – Ramsès IV. Pour l’auteur, on doit réduire cette fourchette chronologique au simple règne de Ramsès IV comme l’attestent divers éléments : en effet, il est le dernier roi cité dans la liste des rois que l’on trouve dans le premier caveau de la tombe, de plus, on connaît la période d’activité de deux autres personnages cités dans la tombe Hormin et Nakhemmout, tous deux actifs du règne de Ramsès IV au règne de Ramsès IX.

 

          L’auteur rappelle ensuite, que la généalogie du défunt est précisée sur une des parois de son caveau. Il est en particulier le petit-fils d’Inherkhâouy (I) et l’arrière petit-fils de Qaha (I) dont la tombe voisine (n°360) communique avec la TT 359.

 

          Les deux derniers paragraphes sont plus spécifiquement consacrés à Inherkhâouy (II) et aux titres qui ont pu être relevés dans sa tombe, ainsi qu’à sa famille : son épouse Ouâbet et les nombreux « fils » et « filles » présents dans la tombe qui ne doivent pas pourtant se limiter aux seuls fils et filles des défunts. A ce point, rien d’original pour une publication de ce type, les faits et les hypothèses sont restitués avec toute la rigueur et la justesse scientifique souhaitée.

 

          L’ouvrage est particulièrement original et novateur par la suite, dans sa volonté de présenter la tombe non pas uniquement sous son aspect archéologique mais aussi dans sa dimension esthétique, en adoptant le point de vue de l’historien de l’art avec une analyse extrêmement fine du style des peintures de la tombe, l’attribution de chaque scène à un artiste spécifique, ce qui est la démarche même en Histoire de l’art, alors que l’Egyptologie relève le plus souvent des méthodes de l’archéologie ou de la philologie. Enfin, une autre des originalités de cet ouvrage, est la publication exhaustive (traduction, commentaires et compléments des textes à l’aide des copies anciennes quand le texte est aujourd’hui perdu) de l’ensemble des textes de la tombe qui s’appuie sur des relevés des parois, rendus dans l’ouvrage par des fac-similées précis et particulièrement lisibles.

 

          Le premier chapitre (p. 9-19), également rédigé par Nadine Cherpion, est consacré à l’architecture du monument funéraire. Dans cette partie, l’auteur montre combien elle connaît particulièrement bien le monument mais aussi les textes de Bernard Bruyère. Elle ne rappelle pas clairement, vu qu’elle l’avait fait en introduction, que « la tombe d’Inherkhâouy faisait partie d’un complexe familial composé de trois sépultures : 359 (Inherkhâouy), 360 (Qaha) et 361 (Houy) » mais le fait indirectement en citant le texte de Bruyère. Elle introduit sa partie en rappelant que seule la partie souterraine du monument est conservé. Le plan de complexe familial est extrait du Porter & Moss (PM I, I, p.416). Dans le cadre de cette publication, on aurait pu attendre un plan plus récent, vu que le plan des espaces souterrains de la tombe 359 ont été de nouveau dressé (vol. I, fig. 3, p. 13).

 

          Elle évoque successivement chacun des espaces de la tombe, chaque section est accompagnée d’une coupe complétée par un relevé des altitudes.

 

          Le second chapitre (p. 21-162), le plus gros morceau de l’ouvrage, consacré à la décoration de la tombe est à lire avec le volume II ouvert à côté. L’auteur présente la gamme des couleurs de la tombe, distinctes entre le caveau G et le caveau F. Elle revient également sur le fait que l’on considère souvent que le fond jaune est une caractéristique de la peinture ramesside, ce qui n’est pas le cas selon elle. Ensuite, elle présente les différents auteurs des peintures (Hormin et Nebnefer) et leurs caractéristiques respectives. Puis, elle décrit précisément la « garde-robe des défunts et de l’entourage » lançant en cela les premiers galons d’une histoire du costume égyptien encore à faire ; autant de méthodes spécifiquement propres à l’histoire de l’art.

 

          Enfin, elle présente la décoration de la tombe, caveau par caveau et paroi par paroi. En tête de chaque sous-partie relative à la décoration d’une paroi de la tombe, on trouve un indispensable petit schéma : le plan de la tombe (caveaux F et G) avec la paroi dont il est question noircie, ce qui permet incontestablement de « s’y retrouver » dans la décoration de la tombe, par ailleurs, le renvoi aux planches est systématique ainsi qu’à  la numérotation des scènes (PM) suivant la publication du décor dans le Porter & Moss (PM I, I (2e éd.), p. 422-423) dans le sens inverse des aiguilles d’une montre et aux références données par B. Bruyère dans la première publication de la tombe.

 

          Dans le volume II, on regrette que chaque paroi n’ait pas fait l’objet d’un montage photographique global (une planche par paroi) avant l’intégration des différents détails notamment la paroi nord du caveau F. De même pour le caveau G, il n’y a pas de réelle vue d’ensemble de chaque paroi. Elles sont « découpées » notamment la paroi ouest en registre et en parties sud, médiane et nord dont il manque d’ailleurs le registre supérieur (PM 11 I) pour les parties médiane et nord  dans la couverture photographique noir et blanc (de 1969)… on retrouve la fin du registre supérieur (PM 11 I 3 – 4 – 5 – 6 – 7) dans la couverture photo suivante pl. 85 – 86 – 87 – 88 avec une petite coquille dans la légende de la planche 88 (où la numérotation de la scène représentant 4 des buttes de l’Au-delà est bien PM 11 I 7 et non PM 11 II 7, cf. vol. I, fig. 26 p. 92), de plus la légende ne précisent pas clairement qu’il s’agit de la suite du registre I de la scène PM 11, partie médiane et nord.

 

          Une vue éclatée des caveaux G et F (vol. I, fig. 30 et 31, p. 154-155) donne une cartographie précise des intervenants (et notamment des frères Hormin et Nebnefer) suivant la numérotation du Porter & Moss, celle conservée  dans la publication) mais on peut regretter l’absence d’un plan global avec la localisation de chaque scène, le renvoi systématique aux textes (vol. I) et aux planches (vol. II), voir une vignette ou un relevé des scènes représentées. Un support multimédia aurait pu à moindre prix assurer ces rapprochements visuels et textuels. Les croquis (ou schémas) de certaines des parois (Caveau F : Plafond, paroi nord ; Caveau G : Paroi ouest, est) dispersés dans le volume I, ne viennent que très partiellement combler cette absence. Excepté cette remarque sur la forme, le texte est particulièrement didactique, précis et s’appuie sur une riche documentation.

 

          Le troisième chapitre, rédigé par Jean-Pierre Corteggiani, est consacré aux inscriptions (p. 161-269) de la tombe avec une apparte (p. 272-276), présentant une reproduction du manuscrit d’Abeken, compagnon de voyage de Richard Lepsius, relatif à la tombe d’Inherkhâouy. Cette reproduction intégrale des pages 400 à 419 du Tagebuch tenu en Egypte en 1842-1844 a paru indispensable aux auteurs car elles reproduisent des textes disparus depuis et non publiés dans le Denkmäler. De plus, ces pages sont parfois plus fidèles à la disposition réelle des textes dans les caveaux que la publication du Denkmäler.

 

          L’auteur revient sur les trois principales publications des textes de la tombe en présentant avantages et limites de chacun qui sont le Denkmäler (p. 292-301 de l’ouvrage) de R. Lepsius, celle de B. Bruyère dans son rapport détaillé rédigé après la redécouverte de la tombe en 1930 puis K. Kitchen dans les Inscriptions ramessides (KRI VI, 1983) qui donnent également les stèles et autres monuments au nom d’Inherkhâouy présentés dans le chapitre 4.

 

          L’auteur n’oublie pas de rappeler qu’à la qualité déjà remarquable de ces peintures il convient d’ajouter la teneur exceptionnelle des textes qui s’y trouvent : à savoir une des trois versions canoniques du « Grand texte du jeu de zenet » (la seule sur les parois d’une tombe) et celle du « Chant du harpiste » ; une liste des souverains divinisés ; la forme original de son Livre des Morts qui se « réduit » à une rubrique inscrite dans une vignette  et enfin des textes originaux, le plus souvent sans parallèle ; comme par exemple les quelques annotations, « rajoutées » à postériori et pour le moins laconiques, évoquant les lamentations d’Isis et Nephtys (Caveau I, paroi nord, PM 6-7 I 2).

 

          Les textes sont présentés caveau par caveau et paroi par paroi. Ils bénéficient d’un nouveau relevé épigraphique précis, complété par les anciennes publications quand les textes ont disparus. Ils font l’objet d’une traduction et d’une analyse textuelle complète. Les relevés de la tombe, s’ils permettent de distinguer nettement les deux mains, sont aussi particulièrement importants car ils enrichissent notamment la publication des sources dans le cadre d’un travail plus vaste sur la paléographie hiéroglyphique (cf. publication de l’IFAO – PalHiéro.) consacré à l’étude des formes et des emplois des hiéroglyphes considérés dans leurs variantes typologiques et leur évolution au cours de l’histoire. /

 

          Le chapitre IV présente les « documents concernant le propriétaire de la TT 359 » (p. 277-293) et déjà répertoriés par Kitchen dans les KRI VI, mais il exclue volontairement les papyri et ostraca documentaires et corrige certaines erreurs d’attribution. Les douze documents sont systématiquement présentés par une « fiche technique » (désignation et n° inventaire, lieu de conservation, matière, dimensions, technique, état de conservation, provenance, bibliographie) suivie d’une description et d’une traduction ; dont en voici la liste : (A) Stèle Brooklyn 80.113 ; (B) fragment de stèle sn ; (C) fragment de stèle Louvre N 665 ; (D) ) fragment de stèle Marseille inv.238 ; (E) ) fragment de stèle Caire T21/8/15/5 ; (F) Stèle Turin 50032 (Suppl. 7358) ; (G) Stèle British Museum 588 ; (H) ostracon sn ; (I) Couvercle de coffret Louvre E 5694 ; (J) Fragments d’autel Ifao A 1009 & A 1011 ; (K) Fragment de statue sn ; (L) Fragment de jambage de porte sn. Ce chapitre est complété par un addendum évoquant la remise en place en 2007 des éléments de la porte d’entrée du tombeau conservée jusqu’alors dans le magasin n° 13 du site.

 

           Le volume I s’achève sur les éléments indispensables à toute bonne publication scientifique : une riche bibliographie actualisée (p. 297-316) comprenant quelques 680 références ; des indices (p. 317-327) organisés par toponymes, divinités, anthroponymes et titres ; une table des figures (p. 329-330) et des planches (p. 331-336) du second volume.

 

          En conclusion, on peut regretter le format de l’ouvrage, peu maniable ; le fait que le plan du complexe familial n’ait pu être mis à jour et qu’il soit parfois difficile de « s’y retrouver » entre les plans du volume I et les planches du volume II.

          Mais, la démarche scientifique mise en œuvre dans cet ouvrage est particulièrement novatrice en combinant les méthodes de l’histoire, de l’archéologie, de l’histoire de l’art et de la philologie. Il bénéficie également d’une impression couleur et noir et blanc de très grande qualité. Désormais, à n’en point douter, il s’agit de la publication scientifique de référence pour cette tombe tant elle est exhaustive, précise et documentée en tout point sur la tombe elle-même, sur son histoire mais aussi sur son propriétaire. Chaque sensibilité ; archéologues, historiens, historiens de l’art, philologues, épigraphistes, pourront y puiser une mine d’informations, de comparaisons, de connaissances et d’analyses documentées.

 

 

Volume I

 

Remerciements, p. v

Sommaire, p. vii - ix

Avertissement au lecteur, p. x

Introduction (N. Cherpion), p. 1-7

Chapitre I.  Architecture (N. Cherpion), p. 9-19

Chapitre II. Décoration (N. Cherpion), p. 21-159

Chapitre III. Inscriptions (J.-P. Corteggiani), p. 161 - 276

Chapitre IV. Documents concernant le propriétaire de la TT 359
(N. Cherpion, J.-P. Corteggiani), p. 277-293

Addendum, p. 295-296

Bibliographie, p. 297-316

Indices, p. 317-327

Tables des figures, p. 329-330

Tables des planches, p. 331-336

 

Volume II

 

Premier caveau (F), p. 3-43

Deuxième caveau (G), p. 46-94

Documents concernant Inherkhâouy, p. 99-103

Table des planches, p. 105-110