Chatenet, Monique - Girault, Pierre-Gilles: Fastes de cour. Les enjeux d’un voyage princier à Blois en 1501. 175 p., ISBN 978-2-7535-1232-0, 20€.
(Presses Universitaires de Rennes, Rennes 2010)
 
Compte rendu par Evelyne Thomas, CNRS
(evelynethomas37@yahoo.fr)

 
Nombre de mots : 539 mots
Publié en ligne le 2011-08-29
Citation: Histara les comptes rendus (ISSN 2100-0700).
Lien: http://histara.sorbonne.fr/cr.php?cr=1266
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          Ce livre est le récit de la visite de Philippe le Beau et son épouse Jeanne de Castille, en décembre 1501 à Blois, sur la route qui les mène de Bruxelles en Espagne. Les archiducs sont reçus pendant plusieurs jours au château par Louis XII et Anne de Bretagne, geste politique spectaculaire mais sans lendemain, destiné à sceller la réconciliation et à célébrer les fiançailles de leurs enfants, Claude de France (âgée de deux ans), et Charles de Gand, futur Charles Quint.

 

          Le récit de ce voyage, relaté par plusieurs chroniqueurs – dont une mystérieuse femme –, est connu de longue date, mais les auteurs utilisent ici ses différentes versions (qui se complètent et parfois se contredisent), avec une rigueur scientifique qui en fait un extraordinaire témoignage à plusieurs titres. D’abord sur l’aspect protocolaire de cette rencontre au sommet, où la situation est extrêmement complexe (Philippe le Beau, souverain des Pays-Bas est aussi vassal du roi, tandis que Jeanne de Castille est héritière des Rois catholiques). Ensuite sur mille détails de la vie de cour, tant au masculin qu’au féminin (les fêtes et réjouissances, le "vol" et la chasse, les joutes et les tournois, la cérémonie des confitures ou encore les robes de l’archiduchesse). Le récit apporte aussi des informations précises sur la disposition et "l’accoustrement" des logis royaux, disparus lors de la construction de l’aile François Ier,  ainsi que sur les logis où s’installent les archiducs durant leur séjour, dans l’aile Louis XII qui existe encore aujourd’hui. Quelle était la fonction "ordinaire" de ce logis double et de celui du logis des Sept Vertus à Amboise qui présente la même organisation atypique ? Comment concilier une telle organisation et l’étiquette de la vie de cour ? – nous posions déjà cette question voici près de vingt ans lors de la découverte du logis des Sept Vertus. Grâce à une réflexion approfondie sur ces deux exemples, Monique Chatenet propose l’hypothèse d’un logis royal qui ne remplace pas le logis "habituel", mais s’y ajoute, utilisé en certaines circonstances particulières, et notamment pour y recevoir les hôtes de marque. Une interprétation qui suggère un logis "d’apparat", doublant le logis ordinaire. Enfin, les auteurs étudient minutieusement le mobilier et son agencement, l’orfèvrerie, les tapisseries, ils relèvent les mentions des objets et des œuvres dans des inventaires successifs qui permettent de suivre leur utilisation au fil des ans et des événements, à Amboise, à Blois, à Marseille… Rien n’échappe aux auteurs dont la fine analyse décrypte aussi, et non sans humour, les profils psychologiques des personnages, grâce aux scènes relatées avec acuité par les chroniqueurs, où chaque détail a son importance (le rituel des révérences et les plongeons de l’archiduc, les offrandes de messe…). Le livre explique de nombreux mots de vocabulaire, et il offre aussi une liste impressionnante de personnalités présentes à Blois, en particulier ecclésiastiques ("un véritable who’s who du haut clergé flamand, français, mais aussi espagnol et romain vers 1500"). Dans la conclusion, Pierre-Gilles Girault tente d’identifier la mystérieuse narratrice à qui l’on doit la description du cérémonial de cour féminin, et propose un nom, que nous ne citerons pas ici pour laisser le plaisir de la découverte au lecteur. Monique Chatenet prend la mesure de ce témoignage et élargit de manière magistrale le propos à la vie de cour au féminin, dans une perspective totalement nouvelle.

 

          Un livre érudit qui se lit comme un roman, avec trente pages d’illustrations dont les plans des logis, complété par la transcription et/ou la traduction de pièces justificatives, des annexes, une bibliographie et un index prosopographique.