Montenegro Rúa, Enrique Jorge: El descubrimiento y las actuaciones arqueológicas en Santa Eulalia de Bóveda (Lugo) 126 páginas, 114 ilustraciones (color y b/n), 30 cm, ISBN: 978-84-7956-074-4, 27 €
(Libros Pórtico, Zaragoza 2010)
 
Compte rendu par Marie Lise Tosi
(marie-lise.tosi@orange.fr)

 
Nombre de mots : 1329 mots
Publié en ligne le 2011-02-10
Citation: Histara les comptes rendus (ISSN 2100-0700).
Lien: http://histara.sorbonne.fr/cr.php?cr=1287
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          Après une première publication en juin 2005, le Concello de Lugo en Galice a choisi de proposer, dans une présentation renouvelée, une seconde édition corrigée de l’ouvrage d’Enrique Jorge Montenegro Rua, El descubrimiento y las actuaciones arqueologicas en Santa Eulalia de Boveda.

 

          Découvert en 1926, le site a connu un destin plutôt chaotique. La construction de l’église attenante au XVIIIe s. avait considérablement fragilisé l’édifice qui s’était effondré par endroits. Laissé de côté après trois années de fouilles préliminaires, il a fait l’objet d’une deuxième campagne d’exploration quelque vingt ans plus tard, associée à une première restauration. Ces premières années ont permis d’établir un état des lieux assez précis, consigné et analysé dans divers articles et soutenu par une véritable documentation photographique. Il faudra cependant attendre encore une quinzaine d’années pour que les investigations reprennent et qu’une seconde campagne, incluant désormais un projet de restauration, s’organise. Mais ce sont les dernières décennies du siècle passé qui verront une reprise raisonnée des fouilles et un véritable plan de restauration incluant en particulier les peintures murales gravement menacées par les problèmes d’humidité ambiante. L’ouvrage d’Enrique Jorge Montenegro détaille avec minutie les différentes phases des campagnes successives mais il ne se borne pas à un historique du site, si intéressant et approfondi puisse-t-il être. Il propose une réflexion très concrète sur les difficultés multiples liées à la découverte, à l’étude et à la préservation d’un site archéologique, en particulier lorsque celui-ci, comme la Boveda, ne se laisse pas aisément insérer dans une catégorie bien établie.

 

          L’auteur nous entraîne en effet tout au long du premier chapitre dans les méandres de la découverte et des interprétations successives formulées par les spécialistes au fil de leurs visites. La datation comme la nature du site prêtent à conjecture : wisigothique, paléochrétien, romain teinté d’orientalisme, étrusque, le site est considéré comme une église, un temple, un nymphée... Les hypothèses se succèdent, se contredisent et dans le meilleur des cas s’enrichissent les unes les autres. Dans le même temps, les articles se multiplient, le site s’aménage, les autorités s’y intéressent. La Boveda fera partie des premiers sites déclarés Monuments Historiques en Espagne. D’un autre côté, le site se dégrade, des archives se perdent. Faute, entre autres, d’harmonisation entre les administrations et d’un véritable projet de conservation et de restauration, c’est toute une part du patrimoine qui se délite sans possibilité de retour. Santa Eulalia de Boveda, écrit Enrique Jorge Montenegro avec un soupçon d’amertume, c’est aussi « l’histoire d’une frustration ».

 

          Les années d’après-guerre n’apporteront guère d’avancées significatives du point de vue purement archéologique. À partir des années 1950, on s’occupera principalement de la restauration du monument et de la conservation des peintures. La situation souterraine de l’édifice et le fait qu’il soit pourvu d’une vaste piscine centrale dotée de tout un réseau de canalisations constituent la cause principale des dégradations qui affectent surtout les peintures murales : problèmes d’infiltration et de condensation qu’il faut tenter de juguler par tous les moyens, à commencer par un drainage méthodique. Les mesures, études, élaborations de procédés et travaux d’assainissement se sont ainsi succédé. Les travaux antérieurs sont à cette occasion mis en cause. Loin de conjurer les problèmes d’humidité, certaines restaurations ont au contraire aggravé le processus. Il faut défaire et refaire, et, chaque fois, c’est le monument qui en subit les conséquences.

 

          Les perspectives de travail s’élargissent cependant avec les progrès de l’archéologie. On prend en compte désormais la globalité environnementale et non plus seulement un monument isolé de son contexte. La fin des années 80 voit la mise en œuvre de travaux interdisciplinaires. La question de l’identification de la fonction de la Boveda, quant à elle, reste en suspens. Une stratigraphie méthodique permet, entre autres, de comprendre que la piscine centrale ne faisait pas partie du site initial, ce qui explique partiellement les problèmes d’eau qui ne cessent de s’accumuler. Au cours de la fouille, on remarque l’absence de matériel archéologique, en dehors naturellement des divers résidus dispersés par les travaux antérieurs.

 

          Une autre équipe entreprend l’étude systématique des éléments pétrés dont l’état de conservation est préoccupant. Les colonnes en particulier, très dégradées et maladroitement restaurées dans le passé, demandent des soins urgents. On procède à des relevés spécifiques pour tenter d’évaluer la corrosion due à l’humidité et à la condensation. Le début de l’année 1992 voit la mise en route des travaux de restauration et le traitement chimique des effets de l’humidité.

 

          Un projet de restauration des peintures murales est enfin élaboré dans le cadre global de la sauvegarde de l’édifice, l’urgence étant de consolider les murs qui en sont le support. Viennent ensuite le travail de nettoyage et de traitement des surfaces et enfin les retouches. Une analyse minutieuse des peintures est menée dans le même temps, qui permet de différencier les mortiers qui servent de support et d’identifier précisément les pigments employés. Dans ce domaine aussi, il faut débarrasser le monument des traces des restaurations antérieures, responsables des variations de température et de l’aggravation des dégradations dues à l’humidité. Outre la restauration des peintures, il sera nécessaire de travailler à recréer un environnement climatique propre à assurer la conservation de l’édifice.

 

          D’autres projets viennent s’ajouter à la liste. Une nouvelle couverture est envisagée de façon à redonner forme à la voûte. On travaille aussi à moduler les sources de lumière et de ventilation, et on poursuit la restauration du pavement et des canalisations. On entreprend avec un maximum de précautions la démolition des reconstructions effectuées dans les années 80. On reprend enfin l’étude systématique des installations hydrauliques. Les technologies les plus modernes sont mises à contribution pour une étude hydrogéologique du lieu. L’ensemble des résultats permet entre autres d’écarter l’hypothèse d’un complexe thermal auquel aurait été associé le monument.

 

          La Boveda demeure un monument énigmatique. Bien des documents issus des fouilles antérieures, en particulier celles des années 50 et 70, sont perdus ou difficiles d’accès. Les reproductions des peintures faites en 1926 ont disparu. Même la campagne récente des années 80 n’a laissé que des traces documentaires incomplètes. Il serait fondamental de récupérer toutes ces données pour avancer dans la compréhension de l’ensemble. Le traitement archéologique de la Boveda est, hélas, exemplaire des conséquences dramatiques d’une absence de coordination scientifique dans la collecte et l’interprétation des résultats, à laquelle s’ajoutent des relations souvent conflictuelles entre les scientifiques et l’administration.

 

          Cet ouvrage n’est pas seulement une rétrospective technique, c’est un cri du cœur, un appel au secours. « Lamentable », « lamentablement » sont des mots qui reviennent périodiquement sous la plume de Jorge Enrique Montenegro Rua. La Boveda, c’est trois quarts de siècle de fouilles, d’étude, d’efforts, mais aussi trois quarts de siècle d’incohérences, d’erreurs, de projets avortés, de travaux perdus. C’est beaucoup d’argent dépensé, beaucoup de compétences mises en œuvre, beaucoup d’espoirs conçus, pour un résultat qui, lorsqu’il n’a pas conduit à la dégradation du site, n’a pas vraiment été dans le sens d’une restauration méthodique et efficace. On comprend à la lecture de cet ouvrage cette « frustration » qui habite l’auteur et sans doute tous les amoureux du site ainsi que ceux qui, tout simplement, ont le goût du travail bien fait.

 

          C’est cette implication personnelle de l’auteur, sensible au détour de chaque page, qui fait toute la force de l’ouvrage et si quelquefois on s’égare un peu dans les méandres chronologiques et techniques de cette aventure au long cours, on se laisse prendre par le rythme du discours. L’abondance de l’iconographie, tant photos que schémas et plans, facilite une lecture qui autrement aurait pu être aride et la précision des annexes bibliographiques non seulement atteste la rigueur de la démonstration mais donne le goût d’en savoir plus. Et plus que tout, la beauté des peintures entraperçues çà et là au fil de la lecture donne à espérer que viennent très vite la victoire de l’amour du beau et le triomphe du bon sens.