Marksteiner, Thomas: Lykien – Ein archäologischer Führer. 215 S., zahlr. Farbabb., 21,5 x 14 cm, ISBN 978-3-85161-029-1, 29 €
(Phoibos Verlag, Wien 2010)
 
Compte rendu par Christian Le Roy
(christian.le.roy@wanadoo.fr)

 
Nombre de mots : 1535 mots
Publié en ligne le 2012-04-16
Citation: Histara les comptes rendus (ISSN 2100-0700).
Lien: http://histara.sorbonne.fr/cr.php?cr=1290
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          Ce « Guide archéologique » de la Lycie aura été, à ma connaissance, la dernière publication de Th. Marksteiner, dont nous avons appris il y a quelques mois la mort prématurée, à l’âge de cinquante-trois ans. Tous ceux qui ont eu le privilège de travailler avec lui savaient qu’il luttait depuis des années contre la grave maladie qui a fini par l’emporter. Il nous reste l’œuvre d’un archéologue inlassable, enraciné en Asie Mineure, membre des équipes de Xanthos et de Kyaneai, puis directeur de la fouille de Limyra. Homme de terrain, il avait découvert la Lycie dans les années 80-90 du siècle dernier, et il la connaissait à fond, aussi bien les sites que l’on atteint au bout d’une longue marche dans les sentiers de montagne que ceux que le développement du réseau routier a rendus aisément accessibles. Ce Guide est donc le fruit de l’expérience directe d’un observateur compétent, Il faut remercier l’éditeur viennois Phoibos Verlag d’avoir tenté et réussi cette expérience.

 

           Dans un format de poche (21 x 14 cm) solidement cartonné, ce livre de 215 pages contient la description, abondamment illustrée de cartes, plans et  photographies en noir et en couleurs, de trente-sept sites, précédée d’une substantielle introduction  géographique et historique et suivie de commodes instruments de consultation (glossaire, index). Le territoire couvert est celui de la Lycie proprement dite, depuis Telmessos (Fethiye) à l’Ouest jusqu’à Olympos à l’Est, à l’exclusion des territoires du Nord (appelés commodément Milyade). Pour chaque site, la description proprement archéologique est précédée d’une courte introduction qui renseigne sur les moyens d’accès (routes et sentiers), les villes ou villages voisins, avec, épisodiquement, quelques indications hôtelières qui renvoient visiblement à de bons souvenirs. L’auteur n’oublie pas non plus que le voyageur, archéologue ou non, a droit à quelque détente : il ira donc, après la visite de Tlos, déguster un poisson grillé à Saklikent, si du moins il n’y a pas trop de monde !

 

          Dans l’ensemble, le texte est dense et nous donne l’état le plus récent des paysages, des monuments et de la recherche archéologique. Les  chapitres introductifs consacrés respectivement à la géographie physique et humaine, à l’histoire de la région, aux fondamentaux de l’économie et au développement culturel, sont solides, informés et prudents. Les incertitudes ne sont pas esquivées : ainsi  des aspects mythiques de la tradition hérodotéenne sur les origines des Lyciens, ou bien sur le  récit de la prise de Xanthos par les Perses. Quant à la question controversée des débuts de l’unification religieuse et culturelle de la Lycie dynastique, T.M. est tout aussi réservé ; il n’y aurait pas de « panthéon » lycien au sens propre du terme, mais une diversification régionale (p. 23). Enfin, sur l’unification politique de la région, il doute, à juste raison,  qu’ait existé un koinon lycien dès l’époque classique (p. 29). Curieusement, l’histoire de la Lycie byzantine fait l’objet d’un double exposé inutilement redondant  (p. 34-35 et p. 36-38), comme le montre la double mention de la bataille de Manzikert, p. 35 et 37. C’est l’un des cas où l’on pressent que le temps a manqué à l’auteur pour une révision finale de son manuscrit.

 

          Le corps de l’ouvrage (à partir de la p. 39) est consacré à la description des sites  archéologiques. L’auteur y est à son meilleur, avec ses connaissances de première main, son information à jour sur les fouilles et les études les plus récentes et enfin la clarté de ses descriptions, qui ne s’interdisent pas les interventions personnelles. Chaque notice est illustrée de photos en couleurs nombreuses, bien choisies et bien reproduites, et de plans empruntés aux meilleures sources disponibles (par exemple W. Wurster). Malheureusement, le format du livre a souvent contraint l’éditeur à les reproduire à une échelle trop réduite.  Je doute qu’un voyageur visitant le site de Pinara puisse s’y retrouver avec le plan donné p. 49. Cela vaut aussi pour Tlos (p. 57), ou Phellos (p. 112).  Parfois, c’est le document originel qui était insuffisant : sur le site de Patara (p. 92), le petit temple prostyle (p. 99) qui était un point de repère avant le début des fouilles récentes, a été omis.

 

          Les sites sont répartis en trois groupes : Lycie occidentale, de Telmessos à Patara ; Lycie centrale, de Phellos à Trysa ; Lycie orientale, de Myra à Rhodiapolis, avec un appendice sur Olympos et un autre, fort utile,  sur la section lycienne du somptueux musée d’Antalya, où sont abritées, entre autres, outre les trouvailles de Xanthos, les découvertes du Létoon depuis le début des fouilles (1962) jusqu’à la création du musée de Fethiye, ainsi que les extraordinaires figurines  de la nécropole de Bayindir en Milyade et les sculptures de l’hérôon de Limyra.

 

          Sur le fond, les notices sont claires, solides, bien  informées et très équilibrées dans leurs jugements. L’auteur n’oublie jamais d’appuyer ses descriptions sur un contexte historique aussi précis que le permettent des sources souvent maigres  et des traditions souvent mythiques. Quant aux interprétations modernes, il se démarque avec tact des hypothèses qu’il juge fragiles : ainsi pour le bouleutérion de Patara (p.98) qui doit bien, comme il le précise, être celui de la cité, et non de la confédération lycienne comme l’ont voulu les fouilleurs. De même, la description du « Ptolémaion » de Limyra (p. 169) est assortie d’un « sog. » qui indique une discrète incertitude. Enfin, faire d’Arykanda une « Delphes lycienne » lui semble, à juste titre, « tiré par les cheveux » (sic p. 181).

 

         Les itinéraires et les descriptions m’ont paru dans l’ensemble fiables. J’ai cependant relevé quelques lapsus, qui nous rappellent qu’il a manqué à l’auteur le temps d’une ultime relecture. Ainsi, dans le chapitre consacré au Létoon de Xanthos, il est écrit, (p. 86), que les façades des temples sont « au Nord » – erreur rectifiée quelques lignes plus loin. La redécouverte  du site est placée (p. 86) au 18e siècle (pour 19e). Le « temple d’Apollon » (p. 87) est également victime d’une erreur d’orientation (« le plus à l’Ouest » pour « à l’Est »).

 

         

La bibliographie qui clôt le volume (p. 211-212) est malheureusement incomplète et insuffisamment critique (il aurait par exemple fallu signaler que la traduction en anglais du Guide de Patara est très médiocre). À la demande de la rédaction d’Histara, je donne ci-dessous en appendice une courte bibliographie  complémentaire. Pour autant, je ne souhaiterais pas laisser le lecteur de ce compte-rendu sur une impression négative. Ce petit livre est dans l’ensemble bien présenté, bien informé, clair, agréable à lire et facile à consulter. Léger aussi. J’aurais aimé l’emporter dans une randonnée lycienne.

 

Appendice bibliographique 


Cette bibliographie est sélective et ne prétend nullement à l’exhaustivité.Les ouvrages cités par Th. Marksteiner dans ce Guide n’y sont naturellement pas inclus. Je n’ai pas retenu non plus les études purement linguistiques ou épigraphiques (encore que, en Lycie comme ailleurs, l’épigraphie soit souvent inséparable du terrain).  Mais je n’ai pas résisté au plaisir de mentionner le propre rapport de Th. Marksteiner sur le site de Hoyran en Lycie centrale, qu’il a omis de citer.

 

Voyages et découvertes

  • Choiseul-Gouffier (Marie Gabriel, comte de), Voyage pittoresque dans l’empire ottoman (1782)
  • Hoskyn  (Richard), Narrative of a Survey of part of the South Coast of Asia Minor, and a tour into the interior of Lycia in 1840-1841, Journal of the Royal Geographical Society of London 12 (1842), p. 143-158
  • Fellows (Charles), Travels and researches in Asia Minor, more particularly in the province of Lycia (1852)
  • Bean (George E.), Lycian Turkey, an archaeological Guide (1978)
  • Slatter (Enid), Xanthus, Travels of Discovery in Turkey (1994)

 

Histoire et institutions

  • Bryce (Trevor R.), The Lycians in Literary and Epigraphic Sources (1986)
  • Wörrle (Michael), Stadt und Fest im kaiserzeitlichen Kleinasien (1988)
  • Zimmermann  (Martin), Untersuchungen zur historischen Landeskunde Zentrallykiens (1992)
  • Schuler (Ch.), Ländliche Siedlungen und Gemeinden im hellenistischen und römischen Kleinasien (1997)
  • Keen (Antony G.), Dynastic Lycia (1998)
  • Behrwald (Ralf), Der Lykische Bund (2000)
  • Gygax (Marc Domingo), Untersuchungen zu den Lykischen Gemeinswesen in klassischer und hellenistischer Zeit (2001)

 

Cultes, monuments, architecture civile

  • Childs (William A.P.), The city-reliefs of Lycia (1978)
  • Schweyer (Anne-Valérie), Les Lyciens et la mort (2002)
  • Farrington (Andrew) The Roman Baths of Lycia (1995)

 

Sites archéologiques

  • Frézouls (E.), Dardaine (S.), Longepierre (D.), Morant (M.J.), Villes de Lycie occidentale : Sidyma et Cadyanda, Ktema 10 (1985), p. 209-243 ; et 11 (1986), p. 225-238
  • Wurster (W.), Wörrle (M.), Die Stadt Pinara, Archäologischer Anzeiger 1978, p. 74-101
  • Demargne (P.), Coupel (P.), Prunet (P.), Fouilles de Xanthos V, Tombes maisons, tombes rupestres et sarcophages (1974)
  • Bourgarel (A.), Metzger (H.), Siebert (G.), Fouilles de Xanthos IX, La région Nord du sanctuaire ; Davesne (A.), Marcadé (J.), Les sculptures (1992)
  • Hansen (E.), Le Roy (C.), Fouilles de Xanthos XI, Le temple de Léto au Létoon de Xanthos (2012)
  • Marksteiner (Th.), Die befestigte Siedlung von Hoyran, Asia Minor Studien 18, Lykische Studien 2 (1995), p. 205-228.