Wendrich, Willeke (ed.): Egyptian archaeology. Blackwell studies in global archaeology [13], 292 p., ISBN 9781405149884, £19.99 / €24.00
(Wiley-Blackwell, 2010)
 
Compte rendu par Frédéric Payraudeau, Université Paris IV-Sorbonne
(fpayraudeau@sfr.fr)

 
Nombre de mots : 1940 mots
Publié en ligne le 2012-08-24
Citation: Histara les comptes rendus (ISSN 2100-0700).
Lien: http://histara.sorbonne.fr/cr.php?cr=1333
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           Cet ouvrage, qui s’inscrit dans une collection de manuels d’archéologie destinés aux étudiants, se veut une synthèse des avancées récentes en matière d’archéologie de l’Égypte ancienne, sous la direction de W. Wendrich (University of California, Los Angeles). Comme l’indique l’éditeur scientifique dans le chapitre 1 (« Egyptian Archaeology: From Text to Context »), il ne s’agit ni d’un exposé exhaustif sur l’archéologie égyptienne, ni d’un exposé chronologique des données archéologiques en Égypte, ce qui explique que certaines périodes ne soient que peu abordées. Le but du livre est de donner un éclairage sur des pistes récemment explorées par les archéologues en Égypte. En ce sens, il s’agit de montrer comment l’archéologie est passée de la chasse au trésor, aux objets d’art et aux documents épigraphiques à une étude plus complète des sources archéologiques, notamment des données économiques et urbaines, mais aussi des apports des théories d’interprétations archéologiques. En ce sens, cet ouvrage se situe dans la suite des livres de B. Kemp (Ancient Egypt: Anatomy of a Civilisation, Londres, rééd. 2005). Les auteurs des différents chapitres sont des spécialistes de leur domaine et souvent, dans l’esprit évoqué ci-dessus, des directeurs de chantiers archéologiques dans les vingt dernières années.

 

           Dans le chapitre 2 (« Worship Without Writing »), de Stan Hendrickx, Dirk Huyge et Willeke Wendrich (Provinciale Hogeschool Limburg, Brussels Royal Museums of Art and History ; University of California, Los Angeles), les auteurs dressent un tableau efficace des recherches récentes sur les débuts de la culture égyptienne, notamment en matière d’iconographie rupestre et sur céramique. Ils mettent en évidence la rupture intervenue à l’époque de Nagada III, moment où la décoration de la céramique devient moins figurative mais où les motifs existant à Nagada II apparaissent sur des plaquettes d’ivoire, des palettes et têtes de massues.

 

          La question des débuts de l’État égyptien à la fin du IVe millénaire av. J.-C. fait l’objet du chapitre 3 « Theories of State Formation », confié à E. Chr. Köhler (Macquarie University), responsable des fouilles de la nécropole prédynastique d’Helwan. Les recherches menées depuis trente ans en matière d’apparition des structures sociales et étatiques y sont passées en revue, avec notamment une analyse des théories sous-jacentes. Ainsi, on est passé d’une narration historique fondée sur les  listes royales de Manéthon à une contextualisation archéologique qui a permis une meilleure compréhension de l’apparition de l’État, plus complexe qu’il n’y paraissait. On appréciera l’analyse détaillée de la complexification sociale opérée durant la période Nagada et qui mène à l’émergence d’une bureaucratie d’État.

 

           Le chapitre 4 (« Kingship and Legitimation »), confié à Janet Richards (University of Michigan), concerne la question centrale de la royauté et de sa phraséologie. Si l’analyse de la monarchie égyptienne a autrefois fait l’objet de grands débats (travaux de Moret, Frankfort, Posener), la tendance générale est désormais à une analyse plus nuancée. L’auteure rappelle l’évolution de la position du roi à travers les trois millénaires de l’histoire égyptienne puis développe deux études de cas, autour de la représentation royale dans les biographies privées et à travers l’analyse de l’activité royale à Abydos, centre du culte osirien. De ces études, il ressort que la matérialisation de l’autorité royale a beaucoup évolué durant les périodes de crises (notamment, pour l’Ancien Empire, la Ve et la VIe dynastie). Ces analyses rejoignent les conclusions des travaux de la mission archéologique française de Saqqâra à partir de la fouille du complexe funéraire de Pépy Ier.

 

           L’archéologue Mark Lehner (University of Chicago) est l’auteur du chapitre 5 « Villages and the Old Kingdom ». Il développe une étude des installations humaines liées à l’activité royale, c’est-à-dire les villages d’ouvriers. Une attention particulière est portée aux fouilles du village d’ouvriers de Giza et aux travaux de Kom el-Hisn, le tout étant comparé comme il se doit aux villages références du Nouvel Empire (Deir el-Medina, Amarna). L’analyse des installations humaines et des paysages est un courant dynamique de l’égyptologie actuelle qui est représenté dans cet ouvrage par le chapitre suivant (chap. 6), confié à David Jeffreys (University College London) et intitulé « Regionality, Cultural and Cultic Landscapes ». L’auteur met en évidence la grande variété de développements régionaux et notre manque de connaissance en matière d’installations humaines et de peuplement.

 

           Le chapitre suivant (chap.7) s’intéresse à une période précise, le Moyen Empire (v. 2050-1750 av. J .-C.) et est l’œuvre de Josef Wegner (University of Pennsylvania). Intitulé « Tradition and Innovation: the Middle Kingdom », il ne prétend pas évoquer l’histoire de la période, mais plutôt, dans la vision transversale propre à l’ouvrage, présenter les éléments de continuité hérités de l’Ancien Empire et la manière dont les nouveautés ont pu être introduites dans l’idéologie et la culture du pays. L’auteur met en avant l’évolution culturelle qui marque le rapport entre le roi, le peuple et les dieux, notamment à travers le cas des rites de la naissance. Puis J. Wegner évoque de manière moins novatrice la reconstruction de l’État, qui, reprenant les grands traits idéologiques de la monarchie de l’Ancien Empire, doit cependant tenir compte des autonomies régionales exacerbées durant la Première Période intermédiaire, menant à une centralisation plus marquée sous Sésostris III.

 

            Th. Schneider évoque ensuite dans le chapitre 8, intitulé Foreigners in Egypt: Archaeological evidence and cultural context, les aspects de l’identité égyptienne et le cas des étrangers résidant dans le pays, insistant sur la nécessité de contextualiser les phénomènes. Spécialiste de la période hyksôs, il traite évidemment en toute efficacité la pénétration cananéenne de la fin du Moyen Empire (v. 1800-1550 av. J.-C.). On remarquera d’autant plus ses réserves quant à l’interprétation « ethnique » des changements politiques, sociaux et culturels survenus plus tard, sous la Troisième Période intermédiaire (v. 1069-655 av. J.-C.). À l’encontre d’un courant actuel qui y voit une intrusion du tribalisme libyen (notamment les travaux de K. Jansen-Winkeln, R. Ritner ou G.P.F. Broekman), Schneider avance l’hypothèse plus nuancée de causes externes, notamment d’ordre économique (la crise régionale des Dark Ages qui touche tout le Proche Orient aux XIIe et XIe siècles av. J.-C.). Il rejoint ainsi les conclusions de l’auteur de ces lignes ainsi que celles de M. Hüneburg quant à la faiblesse d’une analyse « ethnique » des évolutions de la société et de l’État sous les XXIe et XXIIe dynasties. 

 

          Dans le chapitre suivant (9), T.G. Wilfong (University of Michigan) évoque l’influence des Gender Studies sur la recherche égyptologique depuis les années 1980. Rappelant le rôle majeur de G. Robins dans les travaux sur la place de la femme en Égypte, l’auteur signale le manque de données et d’attention au genre, alors même que l’ethnicité ou le statut social ont trouvé leur place dans les études égyptologiques. Ces questions sociales font d’ailleurs l’objet du chapitre 10 « Class and Society: Position and Possessions », écrit par W. Grajetzki (UCL Londres), spécialiste reconnu de l’administration du Moyen Empire. L’auteur traite de manière efficace les questions de stratification sociale et d’organisation des élites, posant le problème crucial tant de la définition de « classe sociale » que des critères d’analyses à utiliser en matière d’études sociales en Égypte (poids de l’écrit, mais importance souvent négligée de la culture matérielle). Le chapitre 11 « Identity and Personhood » est traité par W. Wendrich, qui récapitule les travaux récents sur ces aspects de l’anthropologie sociale autrefois peu abordés mais qui révolutionnent actuellement notre compréhension de la société et de la culture égyptienne.

 

          Le chapitre 12 (« Changes in the Afterlife »), de J.H. Taylor (British Museum), est consacré à l’évolution des pratiques funéraires après le Nouvel Empire. Les changements touchent surtout l’architecture des tombes et la composition du matériel funéraire. Les premières se réduisent en taille et en décoration. Les tombes sont aussi souvent situées dans ou autour d’enceintes de temples, sans doute pour les protéger physiquement et magiquement. Le mobilier funéraire se spécialise : on ne trouve plus le matériel de la vie quotidienne mais uniquement les objets à vocation proprement funéraire : cercueils, cartonnages, canopes, serviteurs funéraires. Cette évolution est replacée dans son contexte historique : les dynasties dites « libyennes » et la période nubienne, l’accent étant mis sur le particularisme ethnique, dont on a vu, avec le chapitre de Schneider, qu’il est sans doute à relativiser. Le poids de la crise économique ne doit pas être négligé.

 

          La Basse Époque et la période ptolémaïque sont abordées dans le chapitre 13 « Consolidation, Innovation and Renaissance » par Penelope Wilson (Durham University). Ce sont surtout les aspects sociaux et culturels qui sont étudiés, notamment la militarisation apparente de la société, les changements dans la production (apparition de la glassi-faïence, changements dans la céramique), relations avec le monde grec, et l’évolution religieuse. Le tout est clos par quelques remarques sur le mouvement archaïsant qui touche toute la culture de cette époque et qui aurait probablement mérité une analyse plus développée, notamment en ce qui concerne ses origines et son développement. On peut regretter que ces époques tardives n’aient pas fait chacune l’objet d’un chapitre, les dynasties saïte, perse et grecque ayant chacune leurs caractéristiques propres.

 

          Le dernier chapitre (chap. 14) « Egypt in the Memory of the World », dû à la plume de Fekri Hassan (UCLA), passe en revue, de manière un peu convenue, la transmission de la mémoire égyptienne dans le monde gréco-romain, juif et islamique avant d’évoquer la période coloniale et nationaliste.

 

          Malgré quelques coquilles et quelques erreurs éditoriales (l’inversion des légendes des figures p. 111, 112 et 113), cet ouvrage, grâce à certains chapitres particulièrement instructifs, trouve aisément sa place parmi les manuels à consulter pour les étudiants en archéologie et en égyptologie. Les chercheurs plus avancés y trouveront aussi leur compte, puisqu’il aborde des thèmes transversaux originaux et apporte ainsi des éclairages novateurs sur bien des aspects de la civilisation égyptienne.

 

 

Sommaire

 

   
  Note on Transliteration and Transcription  
1 Egyptian Archaeology: From Text to Context by Willeke Wendrich 1
2 Worship without Writing by Stan Hendrickx and Dirk Huyge and Willeke Wendrich 15
3 Theories of State Formation by E. Christiana Kohler 36
4 Kingship and Legitimation by Janet Richards 55
5 Villages and the Old Kingdom by Mark Lehner 85
6 Regionality, Cultural and Cultic Landscapes by David Jeffreys 102
7 Tradition and Innovation: The Middle Kingdom by Josef Wegner 119
8 Foreigners in Egypt: Archaeological Evidence and Cultural Context by Thomas Schneider 143
9 Gender in Ancient Egypt by T. G. Wilfong 164
10 Class and Society: Position and Possessions by Wolfram Grajetzki 180
11 Identity and Personhood by Willeke Wendrich 200
12 Changes in the Afterlife by John H. Taylor 220
13 Consolidation, Innovation, and Renaissance by Penelope Wilson 241
14 Egypt in the Memory of the World by Fekri A. Hassan 259
15 Epilogue: Eternal Egypt Deconstructed by Willeke Wendrich 274
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