Abadie-Reynal, Catherine: La céramique romaine d'Argos (fin du IIe siècle avant J.-C.- fin du IVe siècle après J.-C.)
Format 21 x 29,7 cm, 342 p., 78 planches en N-B et couleurs in fine
ISBN 2-86958-200-5, 110 Euros
(Ecole française d'Athènes 2007)
 
Compte rendu par Véronique Vassal Chercheur associé à l'UMR 7041 ArScan, Maison René Ginouvès
(v.vassal@voila.fr)

 
Nombre de mots : 1622 mots
Publié en ligne le 2008-01-14
Citation: Histara les comptes rendus (ISSN 2100-0700).
Lien: http://histara.sorbonne.fr/cr.php?cr=135
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Ce livre publié dans la collection de l’Ecole Française d’Athènes correspond au numéro XIII des Etudes Péloponnésiennes. Ce catalogue est une nouvelle réalisation due au formidable effort de publication entrepris par Catherine Abadie-Reynal. Ce travail austère a été rendu possible grâce aux échanges fructueux de nombreux collègues travaillant en Grèce, en Turquie…

Les limites chronologiques ont été dictées à la fois par les événements politiques et par la céramique elle-même. Tandis que l’Achaïe passe à partir de 146 av. J.-C. sous domination romaine, apparaissent les premières céramiques à vernis rouge (sigillée orientale A), cette nouvelle caractéristique, marquent une coupure avec les céramiques hellénistiques. De même, à la suite de la partition de l’empire romain à la fin du IVe

siècle après J.-C. les produits moyen-orientaux, jusqu’alors rares dans le bassin égéen, envahissent cette région.

Cet ouvrage présente l’ensemble de la céramique en usage à Argos entre la fin du IIe siècle avant J.-C. et le IVe siècle après J.-C. Le livre est composé de deux chapitres :

Chapitre 1, La Céramique fine qui présente 17 typologies différentes : la céramique campanienne, autres céramiques à vernis noir, les bols hellénistiques à reliefs, les sigillées italiques et tardo-italiques, sigillée gallo-romaine, sigillée orientale A, sigillée orientale B, sigillée orientale C ou sigillée de Çandarli, sigillée chypriote, sigillée pontique, céramiques à parois fines, céramiques plombifères, céramique rouge pompéien, bols corinthiens à décor moulé…..

Chapitre 2, La Céramique commune qui regroupe 9 catégories, correspondant à des critères morphologiques différents : assiettes et plats ; coupes, skyphoi, cratéristiques et bols ; brocs/pichets ; bassins, cratères, jattes ; vase à cuire ; cruches, amphores de table ; unguentaria ; couvercles ; thymiatéria.

A ces catégories sont ajoutées les amphores qui constituent à elles seules un chapitre à part ainsi que des Annexes, une Bibliographie et des Planches.

Ce volume XIII des Etudes Péloponnésiennes est un long et rigoureux travail, clairement présenté et illustré. La dernière partie rassemble 78 planches, composée de dessins noir et blanc, réalisés par N. Sigalas (les figures sont à l’échelle 1/2, sauf mention contraire) et de photographies dont les auteurs sont O. Didelot et Ph. Collet de l’Ecole Française d’Athènes. Les deux dernières planches sont en couleurs illustrant des vues en coupe d’argile. Chaque planche illustre une typologie différente.

L’étude des céramiques est un vaste sujet comme le montre la riche bibliographie de cet ouvrage, divisée par pays : Péloponnèse ; Crète ; Athènes, Grèce centrale et du Nord ; Iles ; Asie Mineure ; Moyen-Orient ; Autres ; Histoire.

L’auteur indique que les dépouillements ont été réalisés jusqu’en 1998. Certaines publications importantes, postérieures à 2000, n’ont pu être introduites dans l’ouvrage.

Le matériel trouvé à Argos est innombrable : il est constitué de 3 500 vases ou fragments. Catherine Abadie-Reynal à choisi d’étudier et de publier toute la céramique fine d’importation mise au jour dans les fouilles de l’Ecole française d’Athènes (p. 13-181), ainsi que de la céramique commune (p.185-236) et des amphores provenant de contextes archéologique précis (p. 237-254).

Si la production de céramique fine est importante à Argos, il faut noter que toutes les formes ne sont pas représentées de la même manière. Les formes lisses sont plus nombreuses que les vases à décor moulé. Pour les formes lisses, les assiettes et les plats l’emportent sur les formes creuses comme les coupes et les bols. Les comparaisons pour dater le matériel italique d’Argos s’appuient, sur des typologies usuelles mais aussi sur la chronologie fournie par les sites de Corinthe, Bolsena, Pompéi…

Au IVe siècle les sigillées claires africaines dominent la vaisselle argienne, l’artisanat argien s’écroule. Argos importe la plus grande partie de son matériel de Corinthe, du Nord-Est du Péloponnèse, de la mer Egée, de la côte occidentale de l’Anatolie et de l’Afrique.

Pour l’étude de la céramique commune, l’auteur a rencontré un certain nombre de difficultés et il a fallu définir des critères parfois impossibles à vérifier. Catherine Abadie-Reynal n’a pris en compte que le matériel appartenant à des groupes qui, par leur composition et leur contexte stratigraphique, pouvaient avoir une certaine cohérence.

La céramique commune, entre la fin du IIe siècle avant J.-C. et la seconde moitié du 1er siècle après J.-C. a pu être caractérisée, par son origine avant tout locale. L’ensemble de la céramique commune que l’on peut trouver pendant cette période est probablement fabriqué à Argos ou près d’Argos. Elle présente des argiles que l’on trouve utilisées pour la vaisselle de table, les cruches, ou les vases à préparation culinaire. Argos est donc pour la céramique commune, entre la fin du IIe siècle avant J.-C. et la seconde moitié du 1er siècle après J.-C. un site à peu près autosuffisant qui, lorsqu’il le faut, pour des problèmes techniques, va chercher et importer des solutions à proximité dans le Nord-Est du Péloponnèse. Au cours de la seconde moitié du 1er et du IIe siècle après J.-C. de nombreuses nouveautés apparaissent dans le matériel d’Argos, les amphores sont plus nombreuses, leur provenance est variée, mais elles proviennent généralement d’Occident, de Crète ou d’Orient. Désormais, on importe une quantité non négligeable de vin de ces pays producteurs.

Le reste de la céramique commune nous montre aussi que les échanges lointains s’intensifient pendant cette période : vases à cuire importés de Pergame, de Phocée, d’Orient. Argos reçoit à cette période des quantités importantes de sigillées italiques originaires sans doute de la région d’Arezzo puis de la région de Rome ainsi que des amphores occidentales.

Apparaissant à la fin du Ier siècle, pour se développer de façon spectaculaire au cours du IIe siècle, les échanges d’Argos avec l’Orient et plus particulièrement la côte occidentale de l’Anatolie s’affirment très rapidement comme prédominants. Les importations de sigillée orientale B probablement originaires de la région d’Ephèse remplacent les importations italiques.

Au-delà de cette intégration de la ville d’Argos dans un ensemble d’échanges maritimes, il faut signaler que la vaisselle utilisée révèle des changements importants dans les formes employées, changements qui ne peuvent qu’être liés à de profondes modifications dans la façon de cuisiner et dans les goûts des Argiens. Formes très angulaires correspondant à des vases ayant une fonction bien définie : assiettes, plats de service, coupes à boire. Les arts de la table s’enrichissent. Cette impression est corroborée par l’étude des importations de produits alimentaires que seules les amphores nous permettent de faire. Si jusqu’au milieu du 1er siècle après J.-C. on consommait des vins locaux, à partir de cette date on importe des grands crus d’Occident, d’Orient et de Crète. Ces changements ne semblent pas être liés à une romanisation mais plutôt à un enrichissement des Argiens. On a comme témoignage la reprise des travaux publics sur le site d’Argos à la même période. Ce programme édilitaire est l’œuvre de quelques grandes familles, liées à Rome.

L’étude des lampes d’Argos montre des modifications notables au cours de la première moitié du IIe siècle : les traditionnelles lampes locales argiennes à anses triangulaires, sont abandonnées au profit des lampes corinthiennes qui, par leur décor moulé, se rapprochent des lampes italiennes. D’ailleurs, bien des signatures sur le fond de ces lampes sont des noms latins écrits en grec, ce qui pourrait indiquer qu’à l’origine de cette industrie se trouvent des Romains. L’essor des lampes au décor raffiné révèle l’existence d’une nouvelle clientèle plus exigeante et plus raffinée.

Une autre nouveauté apparaît à Argos, c’est le petit pot : il s’agit d’une forme tout à fait nouvelle dans la batterie de cuisine grecque qui marque une nette rupture avec les marmites traditionnelles depuis l’époque classique. Ces petits pots se rapprochent de l’olla romaine « à panse arrondie ou bitronconique, fond plat et bord légèrement évasé, droit ou épaissi en amande au-dessus d’un resserrement de la panse qui n’est pas un véritable col » (p. 266, note 647). Ces nouveautés nous ramènent à la cuisine romaine, cependant, ces récipients sont des importations orientales et non pas occidentales. Ce même schéma d’influence existe pour la céramique fine : des vases italiques sont imités, en sigillée orientale B, dans la région d’Ephèse. De là, ces produits sont distribués dans tout le bassin égéen et transmettent des formes et donc des habitudes culinaires d’origine occidentale. Il se pourrait que l’on assiste à un phénomène semblable pour la céramique commune. Des potiers italiens, peut-être attirés par les nouveaux marchés qui s’ouvrent en Orient, créent sur la côte anatolienne ou dans les îles Egée des fabriques qui inondent le bassin égéen de leurs productions.

Le développement des échanges entre Occident et Orient au IVe siècle révèle une situation économique florissante : les échanges prennent la mesure de l’Empire et la partie méridionale de la Grèce se trouve, véritablement intégrée à un réseau d’échanges.

Ces différents types de production ont pu être quantifiés et leur importance relative évaluée. Il semble que la quantité de céramiques fines importées augmente au cours du temps, tandis que la part des productions locales ou régionales se fait plus limitée avant que l’on ne saisisse une reprise de l’activité des ateliers locaux au IVe siècle. On remarque l’évolution des importations et des échanges entre les différentes régions du monde méditerranéen (Afrique, bassin égéen, côte de l’Anatolie).

En considérant l’évolution des formes de la vaisselle de service, liée à l’importation de nouveaux produits alimentaires, on remarque un développement des arts de la table. Ces changements s’expliquent plus par un enrichissement économique des Argiens que par une romanisation de leur cadre de vie.

Cette publication détaillée vient compléter un dossier qui ne cesse de s’enrichir au fil des découvertes. Ce volume est riche de références et de réflexions utiles pour la connaissance de la céramique antique mais aussi pour l’histoire politique et économique d’Argos.

Nous attendons avec impatience un second volume, annoncé par l’auteur, traitant de l’étude du matériel, moyen-oriental, principalement amphorique, qui apparaît à la fin du IVe siècle après J.-C. dans le bassin égéen.