Cevizoðlu, Hüseyin: Reliefkeramik archaischer Zeit aus Klazomenai. Schriften des Zentrums für Archäologie und Kulturgeschichte des Schwarzmeerraumes Bd 18. Langenweißbach, 80 p., 52 p. of plates, 11 p. of figs., ISBN 9783941171367, € 59.50 (pb).
(Beier & Beran, Langenweißbach 2010)
 
Compte rendu par Olivier Mariaud, Université Pierre-Mendès-France - Grenoble II
(olivier.mariaud@upmf-grenoble.fr)

 
Nombre de mots : 935 mots
Publié en ligne le 2013-04-30
Citation: Histara les comptes rendus (ISSN 2100-0700).
Lien: http://histara.sorbonne.fr/cr.php?cr=1353
Lien pour commander ce livre
 
 

 

          Longtemps délaissée au profit de l’étude des céramiques fines peintes, la céramique à relief d’époque archaïque connaît depuis une trentaine d’années un certain engouement, notamment depuis les études pionnières d’E. Simantoni-Bournia sur Chios. Ce renouveau passe plus particulièrement par l’adaptation à cette catégorie de vases généralement de grandes dimensions (pithoi, bassins, supports, perirrhanteria …) des méthodes et problématiques élaborées pour sa prestigieuse cousine, à savoir la recherche d’ateliers de production et de réseaux de diffusion à partir d’une étude des styles.

 

          C’est donc naturellement la voie choisie par H. Cevizoğlu (ci-après H.C.) qui nous offre, dans cet ouvrage issu de sa thèse de doctorat soutenue à Izmir en 2005, une étude soignée à propos de la céramique à relief archaïque de Clazomènes. Dans sa recension du même ouvrage pour la Revue Archéologique (RA 2011-2, p. 399-402), E. Simantoni-Bournia a sans doute dit tout ce qu’il y avait à dire sur les apports et les lacunes du travail d’H.C. concernant le style, l’iconographie, la production. Plutôt que de répéter des remarques déjà brillamment exprimées par l’une des plus grandes spécialistes de cette catégorie de matériel, c’est donc un autre point de vue, celui d’un historien utilisant la documentation archéologique, que nous nous proposons d’offrir ici.

 

          Après une courte préface d’A. Furtwängler et la présentation des abréviations bibliographiques, l’ouvrage s’organise en deux sections d’égale dimension. La première (33 p.) contient l’analyse et le catalogue des pièces présentées. La seconde (32 p.) est un riche dossier d’illustrations des fragments publiés, généralement à l’échelle 1 : 2 (parfois à des échelles plus petites, 1 : 4, 1 : 5, voire 1 : 10, à quoi il faut ajouter les reconstitutions des pièces les plus grandes), ainsi que celles des éléments de comparaison. Les illustrations sont généralement bien lisibles et commodément associées au texte par les entrées du catalogue.

 

          On sait gré à l’auteur d’offrir une étude sinon exhaustive (le catalogue ne contient que les pièces les plus significatives des nombreux fragments découverts lors des fouilles), du moins complète – apparemment - sur la céramique à relief de Clazomènes d’époque archaïque, permettant aux chercheurs de mieux connaître cette catégorie de matériel, et surtout de se faire une meilleure idée de la place de la cité dans la production régionale et égéenne de cette période. La publication en question présente rapidement mais agréablement les divers fragments classés par forme de vase, ce qui permet de bien identifier les pièces et leur style. L’auteur offre également pour chaque item une datation précise, toutes les pièces publiées appartenant au VIe s. a. C. Même si elle peut apparaître insuffisante, la comparaison avec d’autres productions de cités voisines, Chios, Erythrées, Smyrne est souvent claire et judicieuse, mettant souvent en exergue d’étonnantes similitudes avec ces autres productions. L’hypothèse de l’auteur, et là réside le principal apport de l’ouvrage, est que cette similitude serait le signe de l’existence d’un véritable réseau de potiers itinérants, ayant pour centre la cité de Clazomènes. Ces potiers offriraient, dans une gamme de production bien particulière (celui de la céramique à relief), leurs services dans les zones proches, créant ainsi de véritables microrégions artisanales. Mais si telle est la conclusion à déduire du travail d’H.C., ce dernier reste généralement plus prudent et ne va pas jusqu’à ce niveau d’analyse, se cantonnant généralement aux aspects techniques et stylistiques. Par exemple, on aurait apprécié de voir la comparaison s’étendre à d’autres domaines géographiques, notamment la Crête (voir par exemple Th. Brisart, « L’atelier des pithoi à relief d’Aphrati. Les fragments du Musée Bénaki », BCH 131 (2007), p. 95-137, étude non mentionnée par l’auteur).

 

          Car c’est sans doute sur ce point, celui de la contextualisation, que l’étude d’H.C. présente certaines limites. Contextualisation locale tout d’abord. Si les fragments publiés sont tous localisés par leur parcelle de découverte, rien n’est dit des types de niveaux dans lesquels elles ont été découvertes. Avec quelles autres pièces ont été retrouvés les fragments, dans quel contexte s’insèrent-ils ? Une réponse aurait permis de mieux comprendre les pratiques associées aux céramiques à relief. Contextualisation technique ensuite. On aurait aussi aimé que l’auteur s’étende plus sur les relations qui existent entre la production de ces céramiques à relief et l’autre production hyperspécialisée dont Clazomènes est le centre névralgique, celle des sarcophages de terre cuite peints, dits ‘sarcophages de Clazomènes’. Bien sûr, certaines pièces sont mentionnées et rapidement discutées, mais il est clair que la pratique de l’inhumation en sarcophage de terre cuite, qu’il soit peint, à décors à relief, ou non décoré, participe de la même dynamique. Toujours dans ce domaine technique, on aurait souhaité qu’H.C. nous dise si les fours archaïques découverts lors des fouilles peuvent être mis en relation avec la céramique à relief. Contextualisation historique enfin. Quelle image ces pièces donnent-elles de l’organisation artisanale de la cité ? Toutes ces questions, lorsqu’elles sont abordées par l’auteur, le sont de manière trop rapide et superficielle pour être satisfaisante. En outre, l’ouvrage ne comporte pas d’index.

 

          Le livre d’H.C., se présentant avant tout comme une étude stylistique et technique, doit être complété par la lecture du compte rendu du professeur S-B. Malgré ses défauts, il faut saluer le travail effectué et la rapidité de publication qui n’est pas si courante. Il montre surtout (sans épuiser la question) de manière convaincante la place et le dynamisme de Clazomènes durant l’époque archaïque, et plus précisément durant le VIe siècle. Loin du cliché habituel, il souligne (s’il en était encore besoin) le fait que tous les artisans et les potiers Ioniens ne se sont pas exilés à l’arrivée de la tutelle perse, bien au contraire.