Froissart, Rossella - Houssais, Laurent - Luneau, Jean-François (dir.): Du Romantisme à l’Art Déco. Lectures croisées, Mélanges offerts à Jean-Paul Bouillon (Collection "Critique d’art"), 16,5 x 24 cm, 316 p., Ill. coul. et n&b, ISBN : 978-2-7535-1323-5, 20,00 €
(Presses Universitaires de Rennes, Rennes 2011)
 
Compte rendu par Jennifer Beauloye, Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, Bruxelles
(jennifer.beauloye@hotmail.com)

 
Nombre de mots : 1615 mots
Publié en ligne le 2011-09-05
Citation: Histara les comptes rendus (ISSN 2100-0700).
Lien: http://histara.sorbonne.fr/cr.php?cr=1395
Lien pour commander ce livre
 
 

          « Du Romantisme à l’Art Déco, Lectures croisées. Mélanges offerts à Jean-Paul Bouillon » est un recueil d’articles paru aux Presses Universitaires de Rennes (les PUR), dans la collection « Critique d’art » dirigée par Françoise Lucbert, qui compte également parmi les auteurs de l’ouvrage. Le recueil rend un brillant et non moins émouvant hommage à Jean-Paul Bouillon et à sa carrière d’historien d’art et professeur à l’Université Blaise Pascal de Clermont-Ferrand - carrière à laquelle il mit fin en 2010. L’initiative revient à quelques-uns de ses anciens doctorants, Rossella Froissart (Maître de conférences d’histoire de l’art à l’Université de Provence Aix-Marseille I), Laurent Houssais (Maître de conférences d’histoire de l’art à l’Université Michel de Montaigne Bordeaux III) et, Jean-François Luneau (Maître de conférences d’histoire de l’art à l’Université Blaise-Pascal de Clermont-Ferrand II). Ce sont eux qui ont assuré la direction du présent recueil comme marque de reconnaissance et d’affection envers le professeur qui, pour paraphraser leur avant-propos, a su leur insuffler, avec passion, rigueur, précision et méthodologie, autant de qualités nécessaires à tout historien de l’art. Ainsi, ils ont rassemblé des textes et autres témoignages d’estime, rédigés par différents chercheurs et d’anciens collaborateurs, autour des thématiques chères à Jean-Paul Bouillon. Avec de telles modalités de création, ce recueil est effectivement émouvant et force l’admiration face aux recherches effectuées et, surtout, à la tradition qu’il a initiée dans le champ de l’histoire de l’art. C’est le reflet vivant d’une génération de chercheurs qui, avec lui ou dans son sillon, a partagé les mêmes affinités intellectuelles et la même sensibilité artistique. L’ouvrage se veut une preuve de l’essor de la recherche dans les domaines de l’histoire de l’art qui ont bénéficié de l’apport fondamental de Jean-Paul Bouillon. Et celui-ci apparaît de manière manifeste.

 

          Les domaines en question sont nombreux, comme le démontre sa bibliographie réunie et présentée par Laurent Houssais et Jean-François Luneau, annexée à la fin de l’ouvrage. Ces domaines de recherches peuvent toutefois être regroupés en trois catégories, à savoir les arts décoratifs, longtemps qualifiés d’arts « mineurs » (le Journal de l’Art Nouveau, 1985 et, le Journal de l’Art Déco, 1988), le symbolisme (en particulier Maurice Denis, avec, entre autres, l’exposition éponyme dont il fut commissaire et qui se tint au Musée d’Orsay d’octobre 2006 à janvier 2007) et, la critique d’art, étendue à toutes les modalités de sa production polymorphe (La promenade du critique influent, 1990). Dans chacune de ces catégories, Jean-Paul Bouillon a exploré une voie nouvelle, élargissant ainsi les secteurs de la recherche. Pour tout historien de l’art qui approche cette période, ces sujets sont aujourd’hui devenus des « grands classiques » quasi incontournables. C’est autour de ces axes principaux que se structure le présent recueil divisé en trois parties respectivement intitulées « Dialogues et synthèses », « L’artiste, le critique, le marché » et « Modernités inclassables ». Au-delà de ces strictes divisions, l’ensemble ici réuni dévoile une réflexion dense sur la conception de l’histoire de l’art elle-même, la définition de ses objets de recherche et ses modèles historiographiques. Jean-Paul Bouillon fait partie de ces historiens de l’art qui ont questionné les notions fréquemment mobilisées par les historiens et ont élargi leur définition et surtout leurs frontières afin de rouvrir le dialogue qui existe entre les champs de la création artistique entre le milieu du XIXe siècle et les années 1920.

 

          Sa méthode critique les modèles théoriques qui ont longtemps dominé le champ de la discipline sur trois plans. Tout d’abord, il participe à la réintroduction des textes comme sources primaires fiables. Ensuite, il réévalue le modèle scientifique en fléchissant le poids du scientisme associé aux seules avant-gardes du début du XXe siècle pour l’ouvrir aux autres mouvements artistiques fin-de-siècle. Enfin, il contribue à repenser la modernité par la mise en cause de l’opposition académisme/avant-garde comme critère absolu d’évaluation des productions du début du siècle dernier. Et, ces principes méthodiques, dont Jean-Paul Bouillon s’est fait le défenseur, ont porté leurs fruits sur la génération qu’il a contribué à former. Si bien qu’à leur tour, les nombreux auteurs de ce recueil sont revenus ou ont questionné, dans « Dialogues et synthèses », les liens tissés entre peinture et littérature, la « relation paradoxale » de la sculpture et de la musique ou encore, la fréquente rigidité de certaines classifications trop strictes en analysant, par exemple, « le néo-impressionnisme idéaliste » du théoricien Alexandre Séon. Les auteurs abordent également des concepts tels que la couleur ou l’abstraction.

 

          Dans la seconde partie, « L’artiste, le critique, le marché », ce sont les figures emblématiques de Cellini – telles que véhiculées par Berlioz, Dumas puis Laborde –, de Théodore de Banville, de Stendhal, de Baudelaire ou de Zola, mais aussi, hors-frontières, de Van de Velde et Van Rysselberghe, etc. Toutes ces personnalités des scènes artistiques sont appréhendées sous un angle nouveau, notamment celui des « filiations littéraires et rivalités artistiques » qui se nouent entre elles, à l’image, par exemple, de Jean Dolent et Edmond de Goncourt. Il en va de même pour le marché de l’art européen, en pleine évolution, à travers l’étude consacrée à Léon Gauchez et Théophile Thoré.

 

          La troisième partie, consacrée aux « Modernités inclassables », pose la question essentielle de la définition de la notion d’avant-garde au-delà des idéologies, en se référant à des artistes majeurs tels que Degas, Cézanne ou Maurice Denis, ainsi que le critique d’art décoratif de l’entre-deux-guerres, Guillaume Janneau. Mais cette vision ne serait complète sans un aperçu du pendant de cette modernité, le « retour à l’ordre » ou la persistante aspiration à un art classique. Celle-ci est étudiée en regard des artistes du Prix de Rome, les « antimodernes », au cours de la première moitié du XXe siècle et met en avant la diversité des productions.

 

          Enfin, une dernière partie, « Miscellanées », achève de dresser le portrait de Jean-Paul Bouillon par une série de textes nés de quelques unes de ses collaborations professionnelles. Parmi elles, celles qui s’inscrivent dans le cadre des colloques de Saint-Étienne, fondateurs pour cette histoire de l’art, ou celles nées de son engagement auprès des institutions muséales, par le biais notamment des expositions dédiées à Félix et Marie Bracquemond ou, plus récemment, à Maurice Denis.

 

          Ce volume propose donc le reflet de l’état de la recherche dans les différents domaines que Jean-Paul Bouillon a contribué à renouveler. Les essais prolongent effectivement les thèmes ou domaines de recherches qu’il a initiés par les questionnements et le renouvellement des positions théoriques qui ont permis le développement de la discipline, tant sur le plan des objets que des méthodes. Tous ces articles tentent de clarifier les relations entre les mouvements artistiques proliférant à cette période, de les saisir dans leur historicité et, débarrassés de tous a priori dogmatiques, en marge du récit orthodoxe de la modernité. Pour citer Dominique Jarrassé dans sa brillante préface, ce qui apparaît dans ce volume se joue « à un double niveau: celui de l’impact d’une œuvre personnelle – qui sait trouver son équilibre, naguère improbable entre Denis et Kandinsky – et celui de son inscription dans […] un moment ou un tournant majeur de l’historiographie de l’art contemporain. » (p. 11). Comme le suggère explicitement le titre de la préface de Jarrassé - « Un moment Jean-Paul Bouillon ? » -, à travers ces pages, c’est l’histoire derrière l’Histoire qui se devine. Et celle-ci, passionnante, constitue l’un des intérêts majeurs de cet ouvrage.

 

Table des Matières

 

Encore un instant de bonheur, p. 7

Rossella Froissart, Laurent Houssais, Jean-François Luneau

 

Un moment Jean-Paul Bouillon ?, p. 11

Dominique Jarrassé

 

1ère partie. DIALOGUES ET SYNTHÈSES

 

Sculpture et musique, une relation paradoxale, p. 19

Philippe Junod

 

En route vers l’abstraction. Vibratisme vital et colorisme transcendantal : Stendhal – Baudelaire – Kandinsky, p. 33

Wolfgang Drost

 

De la couleur (« Voyage en zig-zag »), p. 45

Pierre Vaisse

 

Le néo-impressionnisme idéaliste d’Alexandre Séon, p. 63

Jean-David Jumeau-Lafond

 

Un projet inabouti : L’Atlantide de José Maria Sert et Manuel de Falla, p. 77

Pilar Sáez Lacave

 

2ème partie. L’ARTISTE, LE CRITIQUE, LE MARCHÉ

 

Berlioz, Dumas, Laborde : figures de Cellini à l’époque romantique, p. 91

Jean-François Luneau

 

Sur les Salons de Théodore de Banville, p. 103

Laurent Houssais

 

Jean Dolent et Edmond de Goncourt : filiations littéraires et rivalités artistiques, p.113

Pierre Pinchon

 

Autour de La Derelitta : Zola et les maîtres anciens, p. 125

Alain Mérot

 

Léon Gauchez, Théophile Thoré et le développement du marché de l’art en

Europe            , p. 137

Pauline Prevost-Marcilhacy

 

Le goût pour l’émail des peintres dans la seconde moitié du XIXe siècle, p. 153

Catherine Cardinal

 

Théo Van Rysselberghe, Henry Van de Velde et la clientèle allemande des portraits néo-impressionnistes, p. 167

Carina Schäfer

 

3ème partie. MODERNITÉS INCLASSABLES

 

Degas classique et moderne, p. 183

Catherine Méneux

 

Cézanne : perte du sujet et classicisme sauvage, p. 199

Richard Shiff

 

Renouveau du décor chrétien : la chapelle du Prieuré de Maurice Denis, p. 209

Fabienne Stahl

 

Le cubisme selon Maurice Denis/ Maurice Denis selon les cubistes, p. 223

Françoise Lucbert

 

Guillaume Janneau, un antimoderne pour un art décoratif cubiste, p. 231

Rossella Froissart

 

« Retour à l’ordre » ou « Retour de Rome » ? Le maniérisme des Prix de Rome dans l’entre-deux-guerres, p. 249

Dominique Jarrassé

 

MISCELLANÉES

 

Quelques notes de musique, p. 265

Jean-David Jumeau-Lafond

 

ATTENTION, TRAVAUX ! Les colloques de Saint-Étienne, p. 267

Françoise Levaillant

 

Jean-Paul Bouillon et les musées : un témoignage, p. 271

Sylvie Patry

 

La visite du professeur influent, p. 275

Lucille Audouy

 

« Un jeune homme très savant », p. 279

Antoinette Ehrard

 

Feuillets épars de Maurice Denis, p. 283

Claire Denis

 

Bibliographie de Jean-Paul Bouillon (1967-2010), p. 295

réunie et présentée par Laurent Houssais et Jean-François Luneau