Zimmermann-Elseify, Nina : Corpus Vasorum Antiquorum Deutschland Bd. 89: Berlin Band 12. Antikensammlung Attisch weißgrundige Lekythen. 76 S., Maße: 32,5 x 24,5 cm, mit 48 Tafeln, 10 Textabbildungen und 11 Beilagen, Buch, Vor- und Frühgeschichte, Antike, ISBN 978-3-406-61493-4, 100,80 €
(Verlag C.H.Beck, München 2011)
 
Compte rendu par Isabelle Algrain, University of Oxford, Wolfson College
(ialgrain@ulb.ac.be)

 
Nombre de mots : 819 mots
Publié en ligne le 2012-07-11
Citation: Histara les comptes rendus (ISSN 2100-0700).
Lien: http://histara.sorbonne.fr/cr.php?cr=1420
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          Ce nouveau volume du Corpus Vasorum Antiquorum allemand présente trente-sept lécythes à fond blanc datés du Ve siècle av. J.-C. L’introduction offre un panorama de la collection et fait le point sur nos connaissances relatives à ce type de vase. Si la plupart des lécythes à fond blanc proviennent de l’Attique, d’Éretrie et de Sicile, les exemplaires de la collection de Berlin dont la provenance est connue viennent pour la plupart de l’Attique. Plusieurs exemplaires appartenaient à des collections privées et sont entrés au musée dans le courant du XIXe s. à l’instar d’un lot important acquis à Athènes entre 1872 et 1896. Les lécythes présentent également des traces de leur passé tumultueux puisque la collection a été déplacée en Russie en 1945, puis rendue en 1958 et certains d’entre eux restent manquants depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. De nombreuses traces de restauration sont apparentes à la lumière ultraviolette.

 

          La technique du fond blanc est utilisée sur les lécythes à épaule, dont la forme est introduite à Athènes vers 530 av. J.-C., et associée avec la figure noire dès 510 av. J.-C. Le plus ancien lécythe à fond blanc décoré avec la technique du contour est attribué à Psiax et ce type de décor se développe de manière exponentielle à partir du début du Ve siècle av. J.-C. Le contour monochrome s’enrichit de rouge et de blanc vers 490 av. J.-C. Au début du 2e quart du Ve siècle, la production devient l’apanage de certains peintres qui se limitent presque exclusivement à la décoration de ces lécythes. À partir du milieu du siècle, des couleurs mates sont appliquées après cuisson. La fin de la production vers 410-400 av. J.-C. est marquée par le Groupe des « Huge Lekythoi » dont la technique (skiagraphia) reflète la grande peinture.

 

          Les lécythes publiés dans ce volume sont représentatifs de l’ensemble de la production puisqu’ils s’échelonnent sur tout le Ve siècle. Ils offrent également un panel exhaustif de variantes formelles représentées par les lécythes de forme standard, ceux de type BL, PL et ATL, et les « Huge Lekythoi » dépourvus de fond et dont la lèvre est réalisée séparément. Les différences morphologiques entre ces différents types sont explicitées de manière claire dans l’introduction. Quelques-uns des lécythes possèdent une particularité morphologique en la présence d’un double fond qui réduit notablement leur capacité. Les profils des vases sont publiés de manière systématique, ce qui constitue un net avantage pour l’étude des formes et permet de mieux étudier leurs caractéristiques morphologiques spécifiques. Cela s’avère particulièrement utile dans le cas des vases munis d’un double fond et des « Huge Lekythoi » dont les profils sont trop rarement mis à disposition des chercheurs. Par ailleurs, des clichés aux rayons X accompagnent certaines notices et rendent compte d’éléments formels qui resteraient sans cela invisibles.

 

          Le décor polychrome de certains lécythes étant hautement fragile, il n’a parfois pas résisté aux outrages du temps et a dû être examiné à la lumière ultraviolette afin de livrer toutes ses subtilités. Des résultats d’analyse, réalisées principalement sur deux des vases au moyen de la spectrométrie de fluorescence X, révèlent par ailleurs l’emploi de pigments spécifiques. L’oxyde de fer est utilisé pour le jaune et appliqué avant cuisson alors que le bleu égyptien et le cinabre, qui s’évaporent sous l’action de la chaleur, ne peuvent être appliqués qu’après cuisson. L’étude des pigments permet ainsi de reconstituer une partie de la chaîne opératoire propre aux vases attiques polychromes.

 

          Les lécythes de la première moitié du Ve siècle av. J.-C. sont ornés de représentations variées liées au monde mythologique ou à la vie quotidienne des femmes. Sans surprise, l’iconographie des vases datant de la seconde moitié du siècle comprend principalement des représentations liées au monde funéraire : visites à la tombe, Charon, Hypnos et Thanatos, prothesis.

 

          Ce nouveau Corpus Vasorum Antiquorum allemand est riche, complet et bien construit. Chaque notice est exemplaire et comprend une bibliographie exhaustive sur le peintre, la forme du vase, le décor ornemental, la représentation figurée et son interprétation. Les notices de certains vases, de lecture difficile, sont accompagnées de dessins de la représentation figurée. On saluera la qualité exceptionnelle des illustrations qui sont toutes imprimées en couleur, offrant au lecteur l’accès à toute la gamme chromatique déployée par les peintres athéniens. Les planches présentent également un grand nombre d’agrandissements sur la zone figurée mais aussi sur les motifs décoratifs de l’épaule qui permettent de mieux apprécier les caractéristiques stylistiques de chaque peintre. Le fait que l’ensemble des profils soit publié constitue également un atout de poids puisque ceux-ci permettent des comparaisons aisées entre les vases décorés par des peintres différents. On pourra toutefois regretter l’absence d’informations sur la capacité des lécythes, mentionnée dans plusieurs autres Corpus Vasorum Antiquorum récents. Cet ouvrage, presque monographique dans sa conception, constituera sans nul doute une référence importante dans les études futures portant sur les lécythes à fond blanc.