Petersen, Lars - von den Hoff, Ralf (Hrsg.): Skulpturen in Pergamon. Gymnasium, Heiligtum, Palast. Katalog zur gleichnamigen Ausstellung in der Archäologischen Sammlung der Universität Freiburg (6. Mai - 31. Juli 2011) in Kooperation mit der Antikensammlung, Staatliche Museen zu Berlin. 119 Seiten mit zahlreichen Farbabbildungen, € 15
(Universität Freiburg 2011)
 
Compte rendu par Karolina Kaderka
(karolinakaderka@gmail.com)

 
Nombre de mots : 1915 mots
Publié en ligne le 2012-11-26
Citation: Histara les comptes rendus (ISSN 2100-0700).
Lien: http://histara.sorbonne.fr/cr.php?cr=1442
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          L’inauguration de l’exposition « Skulpturen in Pergamon. Gymnasion, Heiligtum, Palast », en mai 2011, marque, après trois années de travaux de restructuration, la réouverture de l’Archäologische Sammlung, le musée archéologique de l’Albert-Ludwigs-Universität de Fribourg-en-Brisgau. Pour accompagner cette exposition, le directeur de l’institut archéologique et du musée archéologique de l’université, Ralf von den Hoff, en collaboration avec le conservateur du musée de l’époque, Lars Petersen, ont édité un catalogue paru sous le même titre que l’exposition. Pour mener cette entreprise, ils ont sollicité les contributions non seulement des enseignants mais aussi des étudiants de l’institut.

 

          L’objectif de l’exposition n’était pas seulement de présenter des sculptures provenant d’un même espace géographique, la ville de Pergame, mais de restituer le contexte de leur production autant que leur localisation dans la ville. L’environnement artistique, artisanal et politique de ces sculptures a donc tout naturellement constitué l’axe principal de l’exposition, ainsi que celui des contributions du catalogue.

 

          Deux allocutions ouvrent ce catalogue : celle, en premier lieu, du recteur de l’Albert-Ludwigs-Universität qui souligne l’exigence respectée par la collection archéologique de l’université de fonctionner à la fois comme collection publique de l’art antique et comme collection universitaire dédiée à l’enseignement, en présentant des originaux ainsi que de nombreux moulages ; puis celle du directeur de l’Antikensammlung de Berlin qui rappelle la collaboration établie entre son institution et le musée universitaire de Fribourg, matérialisée ici par l’emprunt par l’Antikensammlung de quelques originaux, fraîchement restaurés et qui furent par la suite intégrés dans la grande exposition « Pergamon. Panorama der antiken Metropole » qui s’est tenue de septembre 2011 à septembre 2012 à Berlin. Ces originaux ont d’ailleurs été récemment soumis à de nouvelles recherches et analyses dans le cadre du projet « Berliner Skulpturennetzwerk ». Enfin, le directeur de l’institut archéologique et de la collection de l’université de Fribourg, après avoir rappelé les objectifs de l’exposition, la met en rapport avec d’autres projets également soucieux d’offrir une documentation de la sculpture dans son contexte.

 

          Le catalogue est organisé de manière classique, en deux parties. La première partie constitue un recueil de contributions clarifiant un aspect en lien avec la ville de Pergame et ses œuvres sculptées. La deuxième partie présente les notices des œuvres ou fragments exposés. Les contributions de la première partie renvoient systématiquement à ces œuvres exposées en associant ainsi les deux parties du catalogue.

 

          Dans la première contribution, L. Petersen retrace rapidement l’histoire de Pergame et relie les événements les plus importants de la ville avec ses œuvres d’art les plus célèbres. Il propose également au lecteur des repères sur la topographie de la ville antique mais aussi une histoire des fouilles archéologiques menées à Pergame depuis la fin du XIXe siècle jusqu’à nos jours, insistant sur les recherches dirigées par R. von den Hoff, qui s’est intéressé principalement au gymnase et à son aménagement sculptural, et qui constitua en fait le cœur de l’exposition présentée. Avec cette introduction, on est plongé dans le sujet, muni de son cadre et on a hâte de poursuivre la lecture.

 

          La contribution suivante, celle des architectes D. Lengyel et C. Toulouse, s’appuie sur l’« imprécision » (sic) comme méthode pour une reconstitution virtuelle d’une ville. Il s’agit d’une représentation de l’architecture urbaine incluant certains éléments hypothétiques, mais qui s’insèrent, car exécutés de manière crédible même si elle est approximative, dans l’ensemble reconstitué, pour proposer une image complexe et complète. C’est cette méthode qui a été adoptée pour la reconstitution de la ville de Pergame présentée dans l’exposition de Fribourg, mais aussi pour d’autres reconstitutions de la même ville et notamment celle de l’acropole, développée par les auteurs au sein du projet de Berliner Skulpturennetzwerk et du Exzellenscluster TOPOI, un autre réseau scientifique soutenu par la DFG.

 

          Le gymnase de Pergame, importante construction au sein de la ville mais pourtant assez méconnue, est traité dans deux contributions. Ainsi, ce vaste complexe, le plus grand de la ville, est présenté par V. Stappmanns d’un point de vue architectural mais aussi du point de vue de l’histoire de son utilisation. On se rend alors compte de la splendeur et de la complexité de cette construction, bâtie sur trois terrasses à un emplacement stratégique entre la vieille ville et la ville nouvelle. Au contraire de la thèse traditionnelle qui penche vers une division du complexe en trois terrasses réservées aux trois catégories d’âges (paides - garçons, epheboi - jeunes et neoi - hommes), on adopte ici, en concordance avec les données archéologiques, l’idée d’une division fonctionnelle du complexe en une partie supérieure destinée à l’éducation intellectuelle et sportive, une partie médiane consacrée au culte, et une petite terrasse inférieure réservée principalement aux monuments honorifiques et aux offrandes.

 

          Outre les innombrables fragments de statues, les nombreuses bases fragmentaires du gymnase permettent de déduire des informations pertinentes quant aux statues qui y étaient présentées, notamment grâce à leurs inscriptions et aux données techniques recueillies. En effet, à côté des images des divinités et des héros liés à l’installation, le gymnase était doté de statues honorifiques de souverains, de citoyens-bienfaiteurs mais également d’athlètes locaux. Vétuste et détruit lors des conflits armés, le gymnase, comme cela a été montré, fut rénové à l’époque romaine grâce notamment à un bienfaiteur local du nom de Diodoros Pasparos. En offrant une reconstitution de la statuaire en contexte, la contribution de M. Mathys et R. von den Hoff souligne l’exemplarité des statues érigées au gymnase pour les jeunes hommes qui fréquentaient l’installation. Ces statues idéalisées avaient en effet un impact « éducatif » sur les jeunes athlètes, puisqu’elles les marquaient, les motivaient et les orientaient dans leurs ambitions.

 

          Si on a pu appréhender dans la précédente contribution le gymnase sous l’angle imagé de son aménagement, la contribution suivante (par A. Behrendt, K. Gonsior, M. Müller et M. Cubasch) porte sur les collections d’œuvres présentes à Pergame en général et sur les  contextes dans lesquels les objets d’art ont été acquis avant d’être regroupés. En effet, ces œuvres, parfois classicisantes ou archaïsantes, côtoient alors des œuvres plus anciennes ou encore des copies d’œuvres grecques célèbres. Les originaux anciens étaient venus à Pergame principalement comme butin de guerre. Mais on a aussi affaire aux innombrables copies romaines, sculptées à la manière romaine, typique, en adaptant l’œuvre copiée dans la taille, dans le matériau et dans l’exécution propre au nouveau contexte. Cependant, toutes ces œuvres semblent avoir en commun une utilisation à des fins d’autopromotion pergaménienne, même si leur valeur esthétique jouait également un rôle important dans leur acquisition et leur exposition.

 

          La sculpture de Pergame ne saurait être traitée de manière satisfaisante sans aborder le magnifique Grand autel de Pergame, les concepteurs de l’exposition l’ont bien compris. C’est principalement sous l’angle de son interprétation qu’est abordé le monument (par A. Ferretti, F. Grosser, S. Merten, S. Oraschewski). L’autel, en tant qu’offrande monumentale dédiée, à la suite des victoires des Attalides au cours de la première moitié du IIe siècle av. J.-C., vraisemblablement sous Eumène II, rappelle avec la frise intérieure les épisodes de la vie de Télèphe, fils d’Héraclès et fondateur légendaire de Pergame. La frise extérieure transposerait sans aucun doute dans la Gigantomachie, qui symbolise généralement la victoire de l’Ordre contre le Chaos, les grandes victoires pergaméniennes, tel que c’était l’usage dans l’art grec. De plus, la présence d’Héraclès dans cette frise formerait de nouveau un lien avec la dynastie des Attalides. Les éléments thématiques et stylistiques semblent, en même temps, faire allusion à Athènes comme modèle esthétique, mais aussi comme puissance-modèle avec laquelle les Attalides veulent renouer. Si cette interprétation paraît complètement plausible, il est regrettable que la bibliographie citée sur le monument s’arrête en 2003 et ne comprenne pas la monographie de F. Queyrel, L’autel de Pergame, Paris, Éditions A. et J. Picard, 2005.

 

          La dernière contribution du catalogue (J. Huber, Ch. Lehnert, E. Seitz) aborde enfin, toujours en lien étroit avec les sculptures du catalogue, le procédé de fabrication des statues antiques, à partir de blocs de marbre, par différentes techniques et à l’aide de différents outils, en évoquant aussi les pièces rapportées et la polychromie des statues. La position de sculpteur dans la société grecque, en tant qu’artisan d’une technè, abordée déjà dans la contribution sur les collections d’art, est ici expliquée, sujet très important pour l’étude de la sculpture grecque en contexte, puisqu’elle diffère considérablement de notre perception actuelle d’un artiste-sculpteur. Sur l’exemple de Pergame à l’époque royale, la position et le rôle des sculpteurs et de leurs ateliers sont très bien mis en valeur pour l’époque hellénistique.

 

          Les vingt sculptures ou fragments de sculptures du catalogue sont incorporés dans les contributions et sont ainsi contextualisés. Dans la partie catalogue, ils sont traités un par un de manière plus approfondie et soumis à une analyse stylistique, par les contributeurs déjà mentionnés auxquels s’associent également A. Wolsfeld et K. Gonsior. Sur les fiches du catalogue, on peut constater qu’à côté des originaux provenant de Berlin, on a aussi emprunté quelques moulages de Berlin, de Bâle (Skulpturhalle), de Bergama (Musée civique archéologique) et de Göttingen (institut archéologique de l’université). Les sculptures/fragments répertoriés dans le catalogue proviennent pour la plupart du Grand autel (nos 9. « Jugendlicher Gigantenkopf » ; 10. « Helmbusch » ; 11. « Schlangenkopf » ; 12. « Klytios » ; 13. « Bärtiger Gigantenkopf » ; 15. « Reliefkopf eines jungen Mannes » ; 16. « Herakles findet Telephos ») et du gymnase (nos 1. « Torso eines sitzenden Herakles ( ?) » ; 2. « Überlebensgrosses Tondobild (Alexander der Große ?) » ; 3. « Bildniskopf eines jungen Mannes » ; peut être n° 6. « Überlebensgrosser Kopf des Herakles » ; 8. « Überlebensgrosser Kopf (Alexander der Große ?) »), mais aussi d’autres endroits tels que les sanctuaires (n° 14. « Kopf eines Giganten ( ?) ‘Wilder Mann’ » ; peut-être n° 7. « Bildniskopf Attalos I. » ; 18. « Korenfragment » ; 19. « Fragmente einer Kore »), le palais (n° 20. « Leuchterträgerin ») et autres (nos 4. « Kopf eines jungen Mannes » ; 5. « Bildniskopf eines jungen Mannes mit Anastolé » ; 17. « Kopf des ‚Sterbenden Galliers‘ »).

 

          Les transitions entre les sept contributions de la première partie de l’ouvrage se font de manière fluide, on enchaîne à chaque fois avec une contribution complémentaire qui esquisse de manière très méthodologique un sujet étroitement lié à la statuaire de Pergame. Malgré sa petite taille, le catalogue ne constitue pas seulement un très beau guide pour l’exposition, ni simplement une présentation concise de lecture facile de la ville antique de Pergame, mais un beau manuel éducatif adapté à un sujet précis – la statuaire de Pergame –, grâce auquel les étudiants peuvent acquérir des connaissances de base sur différents sujets de la discipline archéologique et apprendre les différentes méthodes d’un travail scientifique. En même temps, l’ouvrage est riche d’informations concernant les projets en cours sur la ville antique. Tout cela s’ajoute au pari réussi de traiter de manière exemplaire la statuaire dans son contexte - l’environnement artistique, artisanal et politique dans lequel elle fut produite et exposée.

 

 

Sommaire :

 

Grußwort (Hans-Jochen Schiewer) 8

Grußwort (Andreas Scholl) 9

Dank (Ralf von den Hoff) 10

Geschichte und Archäologie Pergamons: Eine Einleitung (Lars Petersen) 13

Ein Stadtmodell von Pergamon: Unschärfe als Methode für Darstellung und Rekonstruktion antiker Architektur (Dominik Lengyel, Catherine Toulouse) 23

Das Gymnasion von Pergamon: Architektur und Nutzungsgeschichte (Verena Stappmanns) 29

Statuen im Gymnasion: (Vor-)Bilder im städtischen Raum (Marianne Mathys, Ralf von den Hoff) 39

Kunstsammlungen in Pergamon (Aline Behrendt, Katharina Gonsior, Melissa Müller, Maximilian Cubasch) 47

Der Pergamonaltar: Ein politisches Monument ? (Alicia Ferretti, Frederik Grosser, Stephanie Merten, Steffen Oraschewski) 53

Marmor, Stein und Eisen… Bildhauertechnik und Kunsthandwerk (Jasmin Huber, Christoph Lehnert, Emanuel Seitz) 63

KATALOG 72-119