Humer, Franz - Kremer, Gabrielle (Hrsg.): Götterbilder - Menschenbilder. Religion und Kulte in Carnuntum, Katalog zur Ausstellung im Archäologischen Museum Carnuntinum im Rahmen der Niederösterreichischen Landesausstellung "Erobern - Entdecken - Erleben im Römerland Carnuntum"
(Amt der NÖ Landesregierung und Archäologische Kulturpark, St. Pölten 2011)
 
Compte rendu par Séverine Blin, Université de Strasbourg
(blin.severine@gmail.com)

 
Nombre de mots : 2287 mots
Publié en ligne le 2014-10-29
Citation: Histara les comptes rendus (ISSN 2100-0700).
Lien: http://histara.sorbonne.fr/cr.php?cr=1443
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          Les auteurs, Fr. Humer et G. Kremer, proposent une approche de la religion romaine dans la province de Pannonie, à partir du site de Carnuntum. Il s’agit d’un catalogue publié à l’occasion de l’exposition Götterbilder-Menschenbilder, Religion und Kulte in Carnuntum (« Images des dieux et des hommes. Religion et culte à Carnuntum ») qui s’est tenue en 2011 au musée Bad Deutsch-Altenburg sur le site. Le site archéologique autrichien de Petronell-Carnuntum, dont la Heidentor constitue un des vestiges les plus remarquables et les plus connus [1], présente au public les vestiges des occupations civiles et militaires, qui s'étendaient à l’origine sur une surface de plus de 60 ha. L’importance des recherches archéologiques qui y sont menées depuis le milieu du XIXe siècle a également permis de mettre au jour une quantité exceptionnelle de matériel archéologique. Ainsi, selon G. Kremer, sur les 2000 éléments de stèles découverts sur le site, plus d‘un tiers a été trouvé à l’intérieur des espaces sacrés, souvent dans un état de conservation exceptionnelle puisque plusieurs portent encore des traces de polychromie. L’auteur a d’ailleurs publié depuis un imposant ouvrage sur ce corpus [2]. C’est donc à partir de ce mobilier d’une richesse impressionnante que les nombreux collaborateurs de cet ouvrage tentent de restituer la topographie sacrée, la morphologie des sanctuaires ou les pratiques cultuelles en contexte privé et public, à travers plusieurs approches, diverses mais complémentaires, consacrées aussi bien à l’épigraphie et à l’iconographie qu’à la numismatique, la glyptique, la sculpture, l’architecture, etc.

 

         La première partie de l’ouvrage est consacrée à plusieurs articles de présentation générale portant sur la religion romaine. Ce panorama très complet débute assez naturellement par la ville de Rome. J. Scheid précise ainsi le concept de religio, les sources, ainsi que les différents aspects du panthéon et du rite romain. A. Schäffer poursuit avec un exposé consacré aux manifestations de la religion romaine dans les provinces du nord-est de l’empire. Dans les colonies, la religion officielle s’y manifeste à travers la triade capitoline ou le culte de l’empereur. L’auteur souligne toutefois la diversité des autres divinités attestées dans ces contextes provinciaux (Apollon Grannus, Hercule Magusanus, les déesses-mères, etc.), qui témoignent à l’évidence d’un panthéon dont la part du substrat celtique n’est pas à négliger. G. Bauchhenß, Chr. Ertel, A. Viola Siebert, puis C. G. Alexandrescu évoquent successivement les représentations divines, les temples, les offrandes, puis les conditions de la communication avec les dieux. Cette présentation s’achève par une contribution consacrée aux pratiques funéraires et aux cultes rendus aux dieux mânes. M. Witteyer procède à une présentation détaillée des différentes phases du rite funéraire restituées à partir des données littéraires, iconographiques et archéologiques. Les vestiges découverts par l’auteur dans la nécropole de Mainz-Weisenau viennent enrichir ces présentations de manière pertinente, lorsqu’il est question des traces de bûcher ou des dépôts d’urne cinéraire par exemple. Cette synthèse témoigne bien des progrès réalisés ces dix dernières années dans le domaine des rituels qui entourent le mort, de l’organisation des cérémonies ou des implications sociales du culte des ancêtres. Ces progrès s’inscrivent dans un mouvement plus large, dont se font écho par exemple, en France, l’exposition consacrée aux Rites funéraires à Lugdunum, ou les ouvrages sur les pratiques et les espaces funéraires publiés récemment [3].

 

         Ce sont ensuite les données archéologiques des sites de Carnuntum, Vindobona, Savaria ou Aquincum qui font l’objet de plusieurs développements consacrés à la topographie sacrée, au culte impérial, au panthéon de manière plus générale ou enfin la christianisation de la Pannonie.

 

         Chr. Gugl et G. Kremer dressent tout d’abord un bilan des connaissances sur Carnuntum, bilan qui permet de juger de l’importance des zones cultuelles déjà sûrement localisées : deux sanctuaires de Mithra (Mithraeum I et III), un sanctuaire de Dolichenus, un sanctuaire de Némésis dans l’amphithéâtre I [4], un sanctuaire de Silvanus et des Quadriviae dans la partie civile de la ville. Cet article de synthèse est destiné à permettre au lecteur de pénétrer dans la foisonnante documentation rassemblée depuis plus d’un siècle. Les auteurs opèrent d’ailleurs de fréquents renvois aux différentes contributions monographiques et aux notices qui figurent dans la troisième partie du catalogue. À Carnuntum, l’attestation la plus ancienne d’un culte romain correspond à l’installation de la légion XV Apollinaris sous le règne de Claude (entre 40 et 50 de n. è.) : il s’agit d’un autel fragmentaire dédié à Victoria par un légionnaire inconnu, découvert en remploi dans l’amphithéâtre du sanctuaire du Pfaffenberg.

 

         On notera par ailleurs que le culte de Mithra apparaît très précocement, dès 71 de n. è. À la suite de la division de la Pannonie en deux provinces, Carnuntum devient capitale provinciale, puis reçoit, pour la partie civile du site qui prend alors le nom d’Aelium Carnuntumi, le rang de municipe, octroyé par Hadrien. À cette époque, le forum, qui a été identifié par prospection géophysique, est le lieu du culte officiel, en l’occurrence celui de la triade capitoline, culte identifié grâce à plusieurs petits autels et divers fragments de statues ou de groupes statuaires. Le culte de divinité protectrice ou de divinité poliade, comme Fortuna Karnuntina ou celle du génie, dont on conserve une belle inscription dédiée par les décurions et les collèges de magistrats au salut de l’empereur Marc-Aurèle, est également bien attesté. Les petits sanctuaires de Silvanus et des Quadriviae ont également fourni une grande quantité de stèles, qui témoignent de l’importance du dieu Silvain dans le panthéon de Carnuntum. On vénère tout aussi bien le dieu de la forêt, des champs et des prés, que le Silvanus domesticus, protecteur des foyers. L’activité religieuse et l’entretien des édifices semblent maintenus durant tout le IIIe et le début du IVe siècle. Le camp militaire a fourni lui aussi une documentation exceptionnelle, dont le corpus est composé de 124 stèles. Elles permettent de restituer la part prise par la religion collective et celle de la religion privée à l’intérieur du camp [5]. Ainsi, dans les casernements apparaît le culte rendu au Genius centuriae, divinité très populaire qui témoigne de l’attachement des hommes à leur unité. D’autres secteurs du camp fournissent des attestations des cultes collectifs : dans la prison, des autels dédiés à Némésis et Mercure par le commandant et les gardiens ; dans l’hôpital, une statuette d’Esculape et un lieu de culte ; dans les Principia, des statues et des autels dédiés à Jupiter et au génie du camp. Dans les faubourgs du camp et dans le camp des auxiliaires, hormis les cultes à Silvanus ou à Liber et Libera, les cultes orientaux sont très bien représentés. Ainsi, des sanctuaires dédiés au Jupiter Héliopolitain [6] ainsi qu’à Isis et Sérapis sont présents dans les canabae, tandis que dans le camp des auxiliaires se trouvent un sanctuaire de Jupiter Dolichenus et un mithraeum. De manière générale, les dédicants correspondent à toutes les catégories sociales (de l’esclave jusqu’au citoyen), même si les femmes et les pérégrins demeurent moins représentés que les autres catégories. Le site a livré par ailleurs quantité d’objets rituels anonymes, mais correspondant à des pratiques magiques ou apotropaïques, comme des amulettes (bullae) ou des plaques de defixio. Enfin, la topographie sacrée de Carnuntum est dominée par le sanctuaire du Pfaffenberg. Il constitue vraisemblablement le noyau ancien de la vie religieuse du site. C’est aussi celui qui perdurera le plus longtemps, jusqu’à la Tétrarchie. Dédié à Jupiter Optimus Maximus, il reçoit l’épiclèse de Karnuntinus à l’époque tétrarchique. C’est à son sommet que se trouvait le centre du culte impérial pour toute la province de Pannonie supérieure.

 

         En comparaison de Carnuntum, le camp et l’occupation militaire de Vindobona présentent une quantité bien moindre de documents iconographiques et épigraphiques. Cependant sa topographie religieuse, restituée par M. Kronberger et M. Mosser, s’articule  autour d’un panthéon assez semblable. À l’intérieur du camp, les cultes collectifs dédiés aux enseignes de la légion sont concentrés dans le secteur des principia. Les casernes ont également fourni des attestations d’un culte rendu au Génie. Des contextes moins assurés ont livré par ailleurs des stèles dédiées à Jupiter, Jupiter Sarapis, Neptune, Esculape, etc. Les secteurs situés à l’extérieur du camp présentent une plus grande diversité, qu’il est cependant difficile d’attribuer à des contextes précis. On notera qu’un lieu de culte dédié au fleuve semble s’être implanté à proximité, sur une des îles formées par les bras du Danube.

 

         La deuxième partie de l’ouvrage rassemble, dans un catalogue magistralement illustré et commenté, plus d’un millier de pièces découvertes sur le site de Carnuntum. Les divinités du panthéon danubien sont présentées à travers une galerie composée à partir de la petite statuaire en bronze. Le culte rendu à Jupiter Dolichenus est évoqué au travers des différents supports en relief ou en ronde bosse découverts sur le site. Son iconographie d’origine orientale a manifestement subi la contamination des motifs militaires, qui l’inscrivent désormais dans une tradition formelle plus spécifiquement romaine. Des thèmes aussi divers que la représentation des divinités dans la petite plastique, les cultes égyptiens d’Isis ou Sérapis, les offrandes, les gemmes ou la numismatique sont illustrés grâce à une abondante collection d’objets accompagnés de notices détaillées. Le mobilier issu des sanctuaires du Pfaffenberg, de Jupiter Héliopolitain ou de Némésis découvert à proximité de la porte ouest de l’amphithéâtre du camp militaire (amphithéâtre I), est introduit par des présentations synthétiques destinées à présenter les recherches archéologiques et les interprétations récentes sur chacun des ensembles monumentaux.

 

         Les avancées décisives réalisées ces dernières années sur le site de Carnunutum, aussi bien grâce aux fouilles qu’à la reprise des données anciennes, permet de restituer de manière exceptionnelle la topographie sacrée d’une capitale provinciale. L’ampleur des données collectées aussi bien en contexte civil que militaire permettent de restituer un panthéon composé de divinités occidentales, orientales et locales, sans doute presque complet. On doit aux auteurs d’être parvenu à réaliser une très belle synthèse aussi bien du point de vue formel que des points de vue historique et archéologique.

 

 

Sommaire

 

Vorwort

 

Zum Anliegen der Ausstellung

 

Die Götterwelt in Rom, 10

John Scheid

 

Religion in den Provinzen Roms, 23

Alfred Schäfer

 

Wie die Römer die Götter gebildet – Gottesbild und Götterbilder, 30

Gerhard Bauchhenß

 

Römische Tempel – Häuser für die Götter, 44

Christine Ertel

 

Kommunizieren mit den Göttern, 62

Cristina-Georgeta Alexandrescu

 

Dis manibus – den Totengöttern, 73

Marion Witteyer

 

Ausgewählte Quellen, 86

zusammengestellt von G. Bauchhenß

 

Kulte in Carnuntum, 92

Christian Gugl– Gabrielle Kremer

 

Kulte in und um Vindobona, 105

Michaela Kronberger – Martin Mosser

 

Kaiserkult und Volksglaube im Bereich der Bernsteinstraße, 117

Endre Tóth

 

Kulte in Pannonien, 127

AdámSzabó

 

Frühes Christentum in Nordwest-Pannonien, 136

Renate Pillinger

 

Bildtafeln, 140

 

Katalog, 145

 

Dis deabusque – Römisches Pantheon an der Donau, 147

 

Iuppiter Dolichenus – Gott der Soldaten aus dem Orient, 157

 

Soldaten, Bürger, Kaiser – Mithras in Carnuntum, 163

 

Das Mithräum I „Am Stein“, 164

Christian Gugl– Gabrielle Kremer

 

In antro – „In der Höhle“, 175

 

Mysterienkulte – Was geben die Quellen preis?, 183

 

Kaiser und Gott – Das Heiligtum auf dem Pfaffenberg, 193

 

Der Tempelbezirk auf dem Pfaffenberg, 194

Michal Bernát– Andrea Ďurianová– Werner Jobst – Rita Piras

 

Integration – Römische Götter aus aller Welt, 219

 

Serapis und Isis – Ägypten in Carnuntum, 227

 

Heliopolitanische Götter – Syrien in Carnuntum, 241

 

Das Heiligtum des Iuppiter Heliopolitanus in den östlichen Canabae, 242

Verena Gassner – Eva Steigberger

 

Legionäre – Gruppenzwang und persönlicher Glaube, 257

 

Die Kultbauten im Legionslager, 258

Christian Gugl– Gabrielle Kremer

 

Opfer – Wie kommuniziert man mit den Göttern?, 277

 

Gemmen und Kameen – Götterwelt im Kleinen, 284

 

Im Zentrum der Macht – Loyalität und Pflicht, 289

 

Münzen – Götter als Garanten, 298

 

Diana Nemesis – Kult in der Arena, 303

 

Das Nemesis-Heiligtum beim Militäramphitheater, 304

Dimitrios Boulasikis– Ingrid Weber-Hiden

 

Zauber – Kann man Unheil abwehren?, 317

 

Stifter –Carnuntiner Bürger stellen sich vor, 329

 

Schutz und Hilfe – Private Religiosität, 335

 

Stadt und Gemeinschaft – Götter stiften Identität, 351

 

Weißer Marmor – Wo kamen die Götterbilder her?, 359

 

Do ut des – „Ich gebe, damit du gibst“, 363

 

Lebensfreude – Dionysos und seine Welt , 381

 

Dis manibus – „Den Totengöttern“, 393

 

Bilderwelt – Symbolik des Alltags, 403

 

Ausgedient – Das Ende der heidnischen Kulte, 425

 

Der eine Gott – Die ersten Juden und Christen in Carnuntum, 429

 

 


 

[1] JOBST, W., Das Heidentor von Carnuntum. Ein spätantikes Triumphalmonument am Donaulimes, Vienne, 2001.

[2] KREMER, G., GUGL, Chr., UHLIR, Chr., UNTERWURZACHER, M., Götterdarstellungen, Kult- und Weihendenkmäler aus Carnuntum, Vienne, 2012.

[3] BLAIZOT, F. (dir.), Pratiques et espaces funéraires, Gallia 66-1, 2009 ; Nécropoles et sociétés : cinq ensembles funéraires des provinces de Gaule (Ier, Ve siècle apr. J.-C), Gallia 69-1, 2012 ; VAN ANDRINGA, W., DUDAY, H., LEPETZ, S., Mourir à Pompéi : fouille d’un quartier funéraire de la nécropole romaine de Porta Nocera (2003-2007), Coll. de l’École Française de Rome 468, Rome, 2013 (compte rendu : lien).

[4] Les fouilles de 2009 ont livré des éléments d’épigraphie qui apportent des précisions sur la chronologie des différentes phases de construction de l’édifice de spectacle, cf. BEULTER, F., « Die zwei Amphitheatervon Carnuntumundderner Datierung », in ECK, W., FEHER, B., KOVACS, P. (dir.), Studia Epigraphica in memoriam Géza Alföldy (Antiquitas I/61), Bonn, 2013, p. 19-37.

[5] Pour ces questions, on se reportera à un ouvrage récent, SCHMIDT HEIDENREICH, Chr., Le glaive et l’autel : camps et piété militaires sous le Haut-Empire romain, Presses Universitaires de Rennes, 2013.

[6] Ce sanctuaire a fait l’objet d’un article quasiment contemporain de la publication du catalogue d’exposition, cf. GASSNER, V., STEIGBERGER, E., TOBER, B., « Das Heiligtum des Iuppiter Heliopolitanus in Carnuntum », CarnuntumJb 2009-2011, p. 129-172.