Trintignac, Alain - Marot, Emmanuel - Ferdière Alain (dir.) : Javols-Anderitum (Lozère), chef-lieu de la cité des Gabales : une ville romaine de moyenne montagne. Bilan de 13 ans d’évaluation et de recherche (1996-2008), 560 p., nbr. ill., 3 pl. coul. ht, ISBN : 978-2-35518-018-7, 83 €
(Editions Monique Mergoil, Montagnac 2011)
 
Compte rendu par Maxence Segard
(segard.maxence@gmail.com)

 
Nombre de mots : 2347 mots
Publié en ligne le 2013-05-10
Citation: Histara les comptes rendus (ISSN 2100-0700).
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          L’ouvrage dirigé par Alain Trintignac, Emmanuel Marot et Alain Ferdière présente les résultats de treize années de recherches sur le site de Javols (Lozère), chef-lieu des Gabales. Il constitue un travail de complilation de l’ensemble des données acquises durant les programmes consacrés à la ville, sous la forme d’une synthèse et d’importantes annexes. L’ensemble représente un volume important de 560 p. qui livre de façon exhaustive les connaissances sur le site, ce qui en fait l’une des rares monographies récentes qui présente l’ensemble d’une ville romaine de Gaule. L’ouvrage, qui s’inscrit dans la collection Archéologie et Histoire romaine, prend la forme d’une synthèse générale d’environ 125 p. et de 400 p. d’annexes. Celles-ci comportent une série de petites monographies qui correspondent aux différentes opérations de sondage et de fouille (sous la forme de fiches standards) et aux études réalisées durant le programme (textes antiques relatifs à Anderitum, étude des monnaies, d’une partie de la céramique antique, des éléments décoratifs, des prospections géophysiques et aériennes, des analyses paléoenvironnementale, etc.). La synthèse elle-même (partie 2) est organisée en sous-parties consacrées à une présentation générale du territoire de la cité (2.1), à l’extension de la ville  et aux activités périurbaines (2.2.), à l’évolution de la ville des origines à nos jours (2.3), à son organisation générale à l’époque romaine (2.4.) et à une approche environnementale de Javols dans son environnement (2.5.). Cette dernière partie aurait sans doute mérité d’être placée au début du texte, dans une présentation générale du site et de son environnement, en insistant sur les problématiques géomorphologiques notamment (question de la pente, des débordements du Triboulin). La partie 2.4, la plus importante, présente la ville antique de façon classique, en commençant par aborder la question de sa structuration par un réseau de rues, dont plusieurs ont été identifiées lors des fouilles. Suivent les édifices et équipements publics (forum, basilique, curie probable, édifice de spectacle, thermes publics, équipements hydrauliques, etc.), les équipements cultuels et funéraires et l’habitat privé, auxquels s’ajoutent des développements thématiques sur les modes de construction, l’artisanat, l’architecture. Une troisième partie, assez brève, traite de la question de la romanisation ou de l’acculturation, principalement dans un rapide exposé des données épigraphiques et des données disponibles sur les modes de consommation (habitudes alimentaires, vaisselle) et les accessoires de la vie quotidienne (3.1.). L’exposé est un peu succinct et souligne surtout la déconnexion entre les données factuelles (description de la vaisselle en céramique, de mobilier métallique, des assemblages de faune), en quelques pages seulement, et des conclusions sur des concepts complexes qui demandent une analyse plus aboutie. La réflexion sur la place de Javols en moyenne montagne (3.2.) est principalement appuyée sur une recension bibliographique des travaux récents sur la question de l’occupation dans les régions de montagne. On perçoit à travers ce bref exposé la pauvreté des données pour un territoire sur lequel peu de recherches ont été menées. Ce constat peut être étendu à l’ensemble du Massif Central, l’un des rares massifs français où les territoires montagnards ont été peu investis par les recherches. L’occupation antique y est en tout cas très mal documentée (outre les découvertes anciennes) et aucun travail de synthèse n’a encore été réalisé. On connaît pourtant la richesse de certains secteurs en minerais, comme l’ont démontré les travaux des médiévistes autour du Mont Lozère. La région est également celle où la fabrication de poix dans l’Antiquité est la mieux documentée (travaux d’A. Trintignac). On suppose que cette région a également été mise en valeur, qu’il s’agisse de céréalicultures (qu’on peut pratiquer dans des conditions montagnardes) ou d’élevage. À ce titre, les données récentes des environnementalistes, dont l’apport est fondamental à la connaissance des activités agricoles, pastorales, voire minières, désormais acquis, demanderait à être intégrées dans une réflexion sur l’économie de la cité (notamment la thèse de M. Pulido sur l’impact des activités humaines sur le paysage, Marseille, 2006).

 

          Le site de Javols est identifié à la ville d’Anderitum depuis le XVIIIe siècle ; le nom latin est connu seulement par de rares documents écrits antiques (Ptolémée et deux itinéraires antiques), aucune inscription ne le mentionnant. L’importance du site est connue dès l’époque moderne, de nombreuses découvertes permettant d’identifier l’ensemble du site au chef-lieu des Gabales. À plusieurs fouilles réalisées par des savants locaux a succédé une longue campagne de fouille dirigée par R. Pierobon-Benoit (de 1987 à 1999), avant que soit entrepris par les auteurs de cet ouvrage le programme de recherche d’évaluation globale du site, largement encouragé par le Service Régional de l’Archéologie. L’ambition des recherches menées à Javols était de caractériser de façon plus précise la ville, son étendue, son organisation et son évolution depuis sa création, sur la base des données anciennes ainsi que des fouilles et sondages ciblés. C’est ce dont rendent compte les données présentées en annexe. La première partie de l’ouvrage propose en outre une vision synthétique du site de Javols qui s’appuie sur les acquis des recherches menées depuis 1996. Cette approche débute par un exposé des connaissances sur la cité des Gabales. Située en moyenne montagne, cette dernière est au contact du Massif central, de la vallée du Rhône et des régions méditerranéennes. Son territoire est assez mal documenté, peu de recherches lui ayant été consacrées. Quelques sites importants instruisent l’occupation des campagnes, sans toutefois qu’il soit possible de caractériser l’implantation humaine et ses modalités (densité, type d’établissement). Quelques sites majeurs, tel le mausolée de Lanuejols, attestent en tout cas une présence aristocratique en milieu rural, également démontrée par de rares villae identifiées en fouille ou lors de prospections. Cette occupation des campagnes renvoie aux multiples ressources que peut procurer le milieu montagnard. Si les activités rurales « traditionnelles » sont présumées (agriculture, élevage), on dispose également de données sur l’exploitation du minerai (dont le plomb argentifère) et du bois. La poix, utilisée dans la fabrication des bateaux et pour rendre étanches amphores et dolia, faisait de toute évidence de cette production une importante source de revenus pour les habitants de la cité.

 

          La partie principale s’attache à restituer l’organisation de la ville et son évolution depuis son apparition. La question de l’origine d’Anderitum fait l’objet d’un développement, dans la mesure où une occupation de La Tène finale a été régulièrement identifiée à l’emplacement de la ville romaine. L’analyse des données sur cette période montre que l’occupation est assez étendue, à la fois dans le vallon et sur les hauteurs alentours, mais elle demeure assez diffuse. De fait, il ne s’agit sans doute pas de la capitale pré-romaine des Gabales, si toutefois ces derniers disposaient de leur propre capitale, étant donné leur dépendance aux Arvernes voisins. En l’état, il semble que la ville se développe de façon structurée dès l’époque augustéenne, même si les vestiges de cette période ont rarement été observés (ils sont souvent remaniés ou non atteints lors des fouilles car se situant au niveau de la nappe). Si aucune source écrite ne documente la création de la ville, les auteurs proposent d’y voir une fondation augustéenne, peut-être dans le cadre de la réorganisation des provinces de Gaule. En l’absence d’éléments déterminants, le choix de cette implantation ne peut être établi (choix politique, stratégique, économique ?).

 

          Au total, la ville s’étend sur environ 35-40 hectares au maximum au IIe siècle. Deux nécropoles sont connues, mais elles sont assez mal documentées. Les limites de la ville se trouvent donc avant tout évaluées par l’extension des vestiges, même si quelques interrogations subsistent compte tenu de secteurs fortement érodés ou à fort recouvrement sédimentaire. Les principaux édifices et aménagements urbains sont datés du milieu du Ier s. ap. J.-C. ou de la seconde moitié de ce siècle, ce qui n’exclut pas la probable phase de structuration urbaine augustéenne évoquée plus haut mais trop mal renseignée. Dans le courant du IIe s. et au début du IIIe s., plusieurs incendies observés régulièrement lors des fouilles marquent une phase de stagnation urbaine. Les raisons en sont inconnues, mais on suit bien entendu les auteurs, qui écartent l’hypothèse (qu’on retrouve encore trop souvent dans les publications sur le devenir des villes de Gaule à la fin de l’Empire) de relations directes avec des invasions. Il est en tout cas avéré que ces incendies répétés, qui affectent au moins la partie centrale de la ville, sont suivis d’un déclin progressif de celle-ci, à la fois en termes de surface et d’importance des équipements urbains. C’est probablement à cette période (fin du IIIe s. ?), que la ville prend le nom d’ad Gabalos/Gabales, à l’image de nombre de villes des provinces occidentales qui réintègrent dans leur nom celui du peuple ou de la cité. Contrairement à d’autres villes, Javols n’est pas dotée d’une enceinte, malgré un statut de capitale qu’elle conserve probablement au IVe s. Enfin, les évolutions du début du haut Moyen Âge sont mal documentées. L’occupation est attestée, mais diffuse et mal caractérisée. Une communauté chrétienne est en tout cas attestée par l’existence d’un évêque  dès le début du IVe s.

 

          Cet ouvrage présente dans leur intégralité les connaissances sur le site de Javols. On dispose donc aujourd’hui d’une somme de documentation qui concerne à la fois la ville et son environnement. Toutefois, on peut en même temps noter que certains passages, issus de toute évidence des rapports de fouille ou de synthèse du programme de recherche, ne paraissent pas indispensables dans le cadre d’une monographie (notamment les annexes 1 à 4 : programme initial de recherche daté de 1996, liste des fouilleurs bénévoles et méthode d’enregistrement et de gestion des données avec fiches). L’organisation générale de l’ouvrage reflète d’ailleurs la démarche de compilation des rapports successifs, puisqu’il prend la forme d’une synthèse suivie de 400 p. d’annexes largement empruntées aux rapports. On remarque également qu’une annexe est consacrée à l’étude de la céramique des fouilles des années 1960-1970, mais on ne trouve aucune trace des travaux réalisés par l’un des auteurs (E. Marot) qui a consacré une thèse à cette question (L’approvisionnement céramique de Javols-Anderitum de la fin du Ier s. av. au IIIe s. ap. J.-C. dans son contexte chrono-typologique, économique et culturel pour le sud-est du Massif Central, Tours, 2007). Si les résultats des études et analyses sont généralement (mais inégalement) utilisés dans la synthèse, la présentation des données archéologiques est d’un usage assez peu pratique et souffre de son exhaustivité. La lecture de la synthèse sur l’organisation de la ville demande en effet de constants aller-retours vers les fiches, d’autant moins commodes que les fouilles sont désignées par un code  peu explicite (par exemple JLM.01 pour Javols Lou Mounnet 2001). Plutôt qu’une juxtaposition de notices, il aurait sans doute été préférable d’intégrer les données de fouille dans la synthèse, dans les développements consacrés aux différents quartiers et édifices qui constituent la ville.

 

          Pour autant, ces réserves ne sont que formelles et il faut avant tout saluer la parution d’une monographie sur une ville antique de Gaule, suffisamment rare pour être signalée. Tout aussi rares sont les monographies de villes antiques de montagne, à l’exception de publications de synthèse reprenant des données anciennes parfois complétées par des fouilles plus récentes (Aix-les-Bains, Annecy, La Bâtie-Montsaléon par exemple). Martigny, dans le Valais, constitue sans doute la seule exception (publication récente de l’ensemble de la ville et des nombreuses fouilles préventives, par Fr. Wiblé). Comme les auteurs, on peut en tout cas espérer que ce bilan permette d’asseoir de futurs projets sur la ville et de façon plus générale sur le territoire des Gabales.

 

 

Sommaire

 

Introduction, p. 9-13

1.       Historique et contexte du site de Javols-Anderitum, p. 15-24

2.       Etat des connaissances, p. 25-145

3.       Synthèse. Romanisation et acculturation, capitale éphémère : le chef-lieu d’une petite cité de moyenne montagne f(Aquitaine orientale, une ville typique ou atypique ?, p. 147-152

Conclusion, p. 153

Remerciements, p. 154

Abréviations, sources textuelles et bibliographie, p. 155-187

Annexe 1. Programme initial de recherche et d’évaluation sur le site de Javols-Anderitum (1996) – Alain Ferdière, p. 189-194

Annexe 2. Liste des participants aux fouilles et recherches archéologiques de Javols (1996-2008) – Alain Ferdière, Alain Trintignac, p. 195-201

Annexe 3. Enregistrement et gestion des données : clefs d’accès aux données (1996-2008), Alain Ferdière, Alain Trintignac, p. 203-204

Annexe 4. Types de fiches utilisées pour l’enregistrement à Javols (1996-2008) : fiches d’US et de Fait, p. 205-207

Annexe 5. Données de terrain 1996-2008 : sondages réalisés sur le site de Javols-Anderitum – notices par secteurs de sondages, Alain Ferdière, Thomas Guillemard, Emannuel Marot et Alain Trintignac, p. 209-405

Annexe 6. Corpus de textes littéraires et épigraphiques antiques et du haut Moyen Âge concernant Javols-Anderitum et la cité des Gabales : révision historique critique, Alain Ferdière, p. 403-447

Annexe 7. Les monnaies de Javols, Vincent Drost et Michel Amandry, p. 449-478

Annexe 8. Liste des travaux universitaires concernant Javols et le Gévaudan de caractère historique et archéologique (second âge du Fer, Antiquité, Moyen Âge), p. 479

Annexe 9. Prospections géophysiques à Javols, Guy Pedotti, Jacques Serre, Michel Dabas, p. 481-484

Annexe 10. Prospections aériennes à Javols, Alain Boëmare, p. 485-486

Annexe 11. Analyse d’éléments architecturaux de l’ancienne église de Javols, Jean Peytavin, p. 487-488

Annexe 12. Les roches décoratives de Javols-Anderitum, Annie et Philippe Blanc, p. 489-496.

Annexe 13. Un ensemble d’enduits peints et stucs à Javols, Claudine Allag et Nicole Blanc, p. 497-502

Annexe 14. Etude des déchets de métallurgie du fer du decumanus D2, Nadine Dieudonné-Glad, p. 503

Annexe 15. Le mobilier céramique gallo-romain de Javols-Anderitum : fouilles Peyre 1969-1978, Angela Calzone, Stefania Febbraro, Marina Monaco et Daniela Storti, p. 505-524.

Annexe 16. Etude xylologique et dendrologique de bois de l’US 5072, sondage JTS 98 de Javols-Anderitum, Olivier Girardclos et Christophe Perrault, p. 525-540

Annexe 17. Etudes anthracologiques, Laurent Fabre, Christelle Belingard, p. 541-547

Annexe 18. Etudes carpologiques, Philippe Marinval, Véronique Matterne, p. 549-552

Annexe 19. Analyses palynologiques, Hervé Richard, Catherine Latour-Argant et Jacqueline Argant, p. 553-556

Annexe 20. Etude anthropologique d’ossements d’enfants provenant de JPN 08, US 7550 à Javols, Christian Theureau, p. 557

Annexe 21. Tableau des datations radiocarbones réalisées à Javols, p. 559-560