Excoffon, Pierre: Ville et campagne de Fréjus romaine. La fouille préventive de "Villa Romana", 306 pages, 270 figures en noir et blanc ou en couleurs, format 22x28, ISBN 978-2-87772-462-3, 39 €
(Editions Errance, Paris 2011)
 
Compte rendu par André Buisson, Université Lyon III
(andre.buisson@univ-lyon3.fr)

 
Nombre de mots : 810 mots
Publié en ligne le 2012-02-13
Citation: Histara les comptes rendus (ISSN 2100-0700).
Lien: http://histara.sorbonne.fr/cr.php?cr=1487
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           La ville de Fréjus est aujourd’hui un des sites les mieux et les plus attentivement étudiés de France. Le nombre de publications qui la concernent est imposant, et les dernières années ont vu paraître plusieurs monographies sur les grands édifices romains, tant sur l’aqueduc que sur l’amphithéâtre, mais aussi sur des zones urbaines.

 

           A partir de 2006, une fouille a été menée à l’est de l’agglomération, dans le quartier de Villeneuve, sur le site dit de « villa romana ». La campagne de 18 mois a porté sur une superficie de 5000 m2 environ, faisant le lien avec des opérations archéologiques un peu plus anciennes et ladite « ferme de Villeneuve », connue dans la région pour sa très haute antiquité. La problématique des fouilleurs a été multiple : fouiller un espace quasiment vierge de structures, en tout cas de structures d’édifices, et probablement consacré à des activités agricoles, déterminer le lien entre ces « jardins » et le complexe de bâtiments de la « ferme de Villeneuve », intégrer cette recherche dans la problématique plus générale de l’évolution du trait de côte, et enfin tenter d’apporter des éclairages sur la première installation du camp de la flotte, elle-même datable de l’origine de la ville de Forum Iulii.

 

           La fouille de « villa romana » montre une occupation du site en cinq phases, qui illustrent en premier lieu la « conquête » par l’homme d’un espace littoral et son utilisation. L’histoire semble débuter au milieu du 1er siècle avant notre ère, sur une plage stabilisée par un alignement d’une série de piquets de bois de chêne et un amoncellement de blocs de grès, ces derniers balisant peut-être la limite d’un premier camp militaire établi après la bataille d’Actium, plus vaste que le suivant. Dans le troisième tiers de ce siècle, on aménage des jardins, caractérisés par de nombreuses fosses de plantation, quelquefois en amphores, entre des murets évoquant la présence de terrasses, un puits et une conduite en terre cuite, quelques éléments d’architecture... qui montrent de manière indubitable l’existence d’un verger ou d’un jardin monumental, mélange d’arbres fruitiers, de feuillus et de conifères, de fleurs, vignes et légumes. De cette seconde phase dateraient les premiers aménagements de la « ferme de Villeneuve », dans le dernier quart du premier siècle avant notre ère, en lien probable avec le premier camp militaire (thermes?) et à rapprocher de la première période urbaine de la ville (réseau A). Cette seconde phase perdure jusqu’au milieu du premier siècle après J.-C. Dans la seconde moitié du premier siècle, de nouvelles plantations sont effectuées dans le jardin, avec peut-être des palmiers. Un puits rectangulaire est aménagé, à cuvelage en bois de pin, et une installation hydraulique identifiable comme une noria, pour le bassin et les thermes. Cette phase 3 est la période signant l’état le mieux conservé des thermes de Villeneuve, très grand édifice de près de 2000 m2 couverts, entouré d’un espace ouvert (parc, palestre, jardins) et dont la majorité des bâtiments est encore conservée aujourd’hui en élévation sur plus de 5 m. La phase 4 montrerait la présence d’une « lanière cultivée » du IIe au IVe siècle, alors que le rivage est maintenant éloigné et le terrain ne nécessite plus de lutte contre le sable. Un bassin est installé, certainement pour le trempage de l’osier, à rapprocher de la présence de viticulture ou en lien avec les travaux de vannerie. La fin de l’activité agricole se situerait au milieu du Ve siècle. Une dernière phase, n°5, signerait la reprise de l’occupation agricole au XVe siècle, les thermes de Villeneuve prennent alors la fonction de ferme avant de devenir une bastide au XVIIe siècle. L’activité agricole se matérialise par des traces de labours, pour le blé, et de viticulture.

 

           Comme nous l’avons souligné dès le début, l’intérêt principal de la fouille réside dans l’examen approfondi d’un espace cultivé. L’analyse pluridisciplinaire est d’un apport énorme pour la connaissance du paléo-environnement. Mais l’intérêt de l’étude est avant tout dans la volonté des auteurs et de leur maître d’œuvre d’être constamment critiques sur les résultats acquis, de discuter constamment la probabilité d’une « pollution » de leurs résultats par les apports éoliens, notamment dans les données de la palynologie récoltées dans les fosses et bassins, et enfin des longues dissertations sur les parallèles à faire avec les données des agronomes latins comme Columelle. Cela nous fournit une analyse séquencée et détaillée du milieu à l’échelle locale, avec notamment l’évolution d’un verger varié. En relation avec l’évolution des pratiques agricoles, l’éloignement progressif du rivage montre le succès de la lutte contre les eaux stagnantes, le sable et la salinité. Autre apport important de l’étude, l’analyse des différentes fonctions de l’édifice dénommé « thermes de Villeneuve » est détaillée aux p. 96 et suivantes : étant donné l’état de conservation du lieu, c’est principalement à partir des restes architecturaux et des nombreuses reprises dans l’œuvre que des hypothèses quant aux fonctions et à la datation des différentes phases sont présentées ; sont ainsi analysés le style de construction, la typologie de l’édifice, montrant les caractéristiques particulières du lieu et les liens possibles avec les structures militaires environnantes.

 

           L’ouvrage est divisé en trois parties, l’étude tout d’abord, puis le dossier formé par les données des prélèvements et les analyses, et enfin la bibliographie et les inventaires.