Monnier, Franck: Les forteresses égyptiennes. Du Prédynastique au Nouvel Empire. 224 p., avec de nombreuses cartes, photos, illustrations, planches couleurs et index, ISBN: 978-2-87457-033-9, 49 €
(Editions Safran, Bruxelles 2010)
 
Compte rendu par David Lorand, FNRS (Belgique) – Université Libre de Bruxelles
(dlorand@ulb.ac.be)

 
Nombre de mots : 3528 mots
Publié en ligne le 2011-10-26
Citation: Histara les comptes rendus (ISSN 2100-0700).
Lien: http://histara.sorbonne.fr/cr.php?cr=1528
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          L’auteur du présent ouvrage part du constat que, s’il existe de nombreuses publications faisant état de fouilles menées sur les sites d’implantation des forteresses égyptiennes, aucune synthèse récente n’a vu le jour pour rassembler ces multiples informations et en proposer une étude globale et comparative (compte non tenu des ouvrages dédiés à l’armée ou à l’architecture pharaonique en général qui consacrent une partie de leur propos à cette thématique). La préface de G. Mumford (p. 7-8) souligne cette particularité de la bibliographie égyptologique, et espère que la synthèse publiée sous la plume de Fr. Monnier ravira tant les égyptologues et chercheurs que les amateurs éclairés, qui seront désormais dotés d’un outil de travail autorisant l’approfondissement aisé du sujet.

 

          Après la table des matières (p. 9-12), l’auteur signale notamment dans son introduction (p. 13-15) que la jeune science qu’est l’égyptologie s’est longtemps concentrée sur les monuments funéraires et religieux, délaissant les réalisations civiles et militaires, tendance qui tend à nettement diminuer, surtout depuis la campagne de sauvetage des monuments de Nubie initiée au début des années 1960, et le développement récent des fouilles dans le Delta égyptien. L’auteur n’explique cependant pas les raisons qui président à l’établissement du cadre chronologique de son étude : du Prédynastique au Nouvel Empire (n’y a-t-il pas de forteresses au premier millénaire avant notre ère ?).

 

          Le premier chapitre (« Contexte historique », p. 18-30), a pour but de faire comprendre pourquoi les anciens Égyptiens ont cru bon d’ériger de multiples forteresses au cours de leur histoire et de l’évolution de leurs relations (économiques et politiques) avec les populations voisines du Proche-Orient, de Libye ou de Nubie. L’auteur dresse ainsi un tableau succinct de la période prédynastique, de l’époque thinite, des Ancien, Moyen et Nouvel Empires.

          Le propos est toutefois trop souvent simple pour ne pas dire simpliste, utilisant parfois des termes trop connotés et peu adaptés aux réalités égyptiennes (les mots « colons » et « colonies » par exemple reviendront souvent dans le fil de l’ouvrage). La construction du texte porte régulièrement à confusion et concision ne rime que trop peu avec clarté. L’Ancien Empire n’est évoqué qu’à travers les règnes de Snéfrou, Chéops et Chéphren (IVe dynastie) ou de Pépi Ier et Merenrê (VIe dynastie), comme si l’Égypte n’avait pas de relations avec ses voisins sous la gouvernance des autres pharaons. Le Nouvel Empire n’échappe pas à quelques raccourcis et caricatures, notamment avec l’affirmation que « (l)e caractère autarcique et pacifique de la civilisation se retrouve balayé par l’esprit guerrier et conquérant des souverains du Nouvel Empire. » (p. 27). La géographie est, quant à elle, étonnante lorsque l’auteur écrit qu’une « autre expédition menée (sous Thoutmosis III) par voie de mer a pour but de soumettre la côte nord du Levant et de contrôler l’embouchure de la vallée de l’Oronte, dominée par la ville de Qadesh » (p. 28). En réalité, la ville de Qadesh, située à proximité de Homs en Syrie actuelle, se trouve à près de 160 km au sud-est de l’embouchure de l’Oronte ; elle ne peut donc pas dominer l’embouchure du fleuve (à moins que l’auteur ne fasse porter la domination – politique – de Qadesh sur la région nord du Proche-Orient, ce qui serait géographiquement plus exact, mais qui mériterait d’être signalé de façon moins ambiguë). Pour finir, Fr. Monnier n’utilise aucune des synthèses historiques récentes pour rédiger ce premier chapitre (elles sont absentes de la bibliographie générale), et les éclairages ponctuels des quelques articles cités ne parviennent pas à compenser cette lacune. Le lecteur curieux se reportera donc plus volontiers à J. Baines, J. Malek, Cultural Atlas of Ancient Egypt (revised édition), New York, 2000, p. 30-55 (« The Historical Background ») ou au très honnête ouvrage de vulgarisation proposé par B. Manley, Atlas historique de l’Égypte ancienne. De Thèbes à Alexandrie : la tumultueuse épopée des pharaons, Paris, 1998.

 

          Le deuxième chapitre est consacré aux « représentations d’une forteresse et évolution architecturale » (p. 32-70). L’auteur, avant d’étudier l’évolution des modes de représentation des forteresses égyptiennes, souligne avec justesse l’extrême codification qui préside à leur figuration sur les parois des tombes ou des temples ainsi que l’état de conservation très limité de la plupart des fortifications pharaoniques. Ces deux constatations rendent souvent difficile la restitution de leur apparence originelle. Fr. Monnier retrace à travers ces pages les modifications manifestes subies par ces constructions à vocation défensive dans l’iconographie, modifications que confirme l’archéologie. L’auteur balaye ainsi un vaste panorama mettant en évidence les principales caractéristiques architectoniques des monuments sur le terrain et la manière dont une réalité physique a été transposée par les artistes des diverses époques évoquées.

          On relèvera toutefois une lecture au premier degré de la taille des « forteresses » figurée sur la palette dite « du tribut libyen » (fig. 4, p. 33), la diminution de leur taille étant peut-être tout simplement contingente à leur emplacement à la pointe inférieure de l’objet (voir les pages éclairantes sur le sens à donner aux figurations de ces palettes prédynastiques dans R. Tefnin, « Image et histoire. Réflexions sur l’usage documentaire de l’image égyptienne », CdE LIV/108 (1979), p. 218-244). Il est de même peu vraisemblable que « (l)a structure alvéolaire de l’enceinte de la première forteresse (d’Éléphantine, durant la période thinite), (…), préfigure les fortifications hittites, érigées plus de 1500 ans plus tard en Anatolie (…) » (p. 37) : un triple hiatus à combler : historique, géographique et culturel ! Le propos de l’auteur est encore régulièrement embrouillé, en particulier lorsqu’il affirme – à propos des forteresses nubiennes du Moyen Empire – que « (l)es architectes choisirent des lieux d’implantation en ne tenant aucun compte de la topographie des lieux si ce n’est de pouvoir accéder très facilement au fleuve et rapidement se porter assistance. Par ailleurs, ces avant-postes permettaient une communication directe des pistes des mines aurifères et minérales avec le Nil. » (p. 45). Le critère de proximité du fleuve et d’accès rapide aux diverses installations militaires est lié me semble-t-il à la disposition des lieux, de même que l’interconnexion des voies de communication, tandis que l’implantation du certaines forteresses, notamment celles de Semna et Kouma, est précisément dictée par les caractéristiques du terrain. Ce problème relatif à la topographie ressurgit plus loin dans l’ouvrage (p. 84) lorsque le terme est confondu avec la « topologie » (une branche des mathématiques qui « étudie les propriétés invariantes sous l’effet de transformations biunivoques continues » d’après le dictionnaire français Larousse en ligne : http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/topologie, page consultée le 30 septembre 2011).

          L’histoire est elle aussi malmenée lorsque Fr. Monnier dit rapporter en note (p. 50, n. 47) le propos de A.W. Laurence concernant une forteresse byzantine en fonction du XVIIe au XIXe siècle (la chute de Byzance/Constantinople date de 1453 après Jésus-Christ, faut-il le rappeler). En fait, l’auteur a de toute évidence mal compris le propos de A.W. Lawrence (« Ancient Egyptian Fortifications », JEA 51 [1965], p. 69-94), qui signale en réalité (p. 76-77) que la forteresse égyptienne de Bouhen trouve un parallèle conceptuel dans les forts commerciaux installés sur la Côte d’Or en Afrique occidentale entre les XVIIe et XIXe siècles : une implantation (commerciale) militarisée au milieu d’une population étrangère. La référence à une fortification « Early Byzantine » – et non des XVIIe et XIXe siècles – (p. 77, n. 1, citant le Strategike, xii, 5-6, 232a) éclaire surtout l’accessibilité partielle d’une forteresse byzantine par les populations locales lors d’une attaque, ce qui pourrait être similaire à la configuration de Bouhen : les habitants n’entrant pas dans le fort mais participant à la défense de la zone située entre le mur et le fossé.

          Enfin, la figure 41 (p. 69), supposée être une illustration du temple de Karnak sous le règne de Ramsès III (vers 1186-1154 avant notre ère) est en réalité une vue de ce même temple sous le règne de Psammouthis (Ouseresrê-setepenptah Pachéryenmout : 393-392 avant notre ère). Voir cette image sur le site internet Digital Karnak de UCLA http://dlib.etc.ucla.edu/projects/Karnak/resource/TempleComplexOverview/2198 (page consultée le 29 septembre 2011).

 

          Le troisième chapitre, dévolu aux « forteresses du Delta oriental et du Nord-Sinaï » (p. 72-91), s’ouvre par la phrase « (l)a frontière orientale de l’Égypte prédynastique et pharaonique fut mouvante entre l’ancienne branche pélusiaque du Nil, à l’est du Delta, et les rives de l’Euphrate en Asie », ce qui – sans être tout à fait dénué de sens – est un raccourci osé : une aire d’influence plus ou moins importante (politique, militaire et/ou économique) dans le couloir syro-palestinien n’est pas synonyme d’intégration de ces territoires dans une entité géographique et politique unique que serait l’Égypte pharaonique d’alors.

          L’auteur développe en début de chapitre une présentation de la géographie du Delta oriental moderne et pharaonique avant de détailler les éléments ayant participé à l’établissement, à cet endroit, d’une frontière fortifiée dès l’Ancien Empire et qui débouchera sur la désignation de cet ensemble militaire sous le terme de « Murs du Prince » à partir du règne d’Amenemhat Ier (XIIe dynastie). Dans ce cadre, il n’est pas exact de dire que le Conte de Sinouhé – qui mentionne les « Murs du Prince » – fut composé sous le règne d’Amenemhat Ier (p. 77). Outre des critères philologiques (voir au sein d’une abondante bibliographie P. Vernus, Future at Issue. Tense, Mood and Aspect in Middle Egyptian : Studies in Syntax and Semantics (YES 4), New Haven, 1990, p. 185 ; Idem, Sagesses de l’Égypte pharaonique (deuxième édition révisée et augmentée), Paris, 2010, p. 216), une connaissance même extrêmement basique du texte et de sa traduction (l’auteur cite pourtant lui-même p. 79 le livre de G. Lefebvre, Romans et Contes Egyptiens de l’Epoque Pharaonique, Paris, 1949) aurait permis d’éviter cette erreur grossière : le texte évoque l’assassinat d’Amenemhat Ier, la prise du pouvoir par son fils Sésostris Ier et in fine le retour de Sinouhé en Égypte après un séjour de plusieurs années dans le sud du couloir syro-palestinien. Amenemhat Ier ne peut donc être vivant lorsque le texte est rédigé !

          Fr. Monnier poursuit son chapitre par une présentation, site par site, des forteresses du Delta oriental. Pour chacune d’elles, un bref descriptif des éléments architectoniques, parfois agrémenté d’un plan ou d’une reconstitution, précède une petite bibliographie.

 

          Le quatrième chapitre continue ce catalogue en abordant « les forteresses égyptiennes du Moyen-Orient » (p. 94-103). Le principe de présentation est identique. Après avoir évoqué les problèmes d’identification des forts égyptiens du Nouvel Empire supposés implantés dans la région, Fr. Monnier revient sur les bâtiments fortifiés abritant des quartiers administratifs et des entrepôts.

 

          Le cinquième chapitre (p. 106-115) est, quant à lui, consacré aux « forteresses de la frontière occidentale ». Il est sans doute quelque peu naïf de croire que les différentes populations semi-nomades regroupées sous le terme de « Libyens » vivaient « en relative harmonie avec l’Égypte jusqu’au Nouvel Empire » (p. 106). Les rois Djoser (IIIe dynastie), Snéfrou (IVe dynastie), Sahourê (Ve dynastie) de l’Ancien Empire et Amenemhat Ier (XIIe dynastie) du Moyen Empire par exemple ont lancé plusieurs expéditions militaires contre ces populations. Le Conte de Sinouhé précise, en début de récit : « (R11) (…) Or, sa Majesté (Amenemhat Ier) avait dépêché une troupe (R12) au pays des Tjemehou, son fils aîné (en) (R13) étant le chef, le dieu parfait Sésostris (le futur Sésostris Ier). Et il avait été envoyé (R14) pour frapper les pays étrangers, pour abattre ceux qui sont en Tjehenou. (R15) Et il revenait et il ramenait des prisonniers (R16) de Tjehenou, et toutes sortes de bestiaux en nombre illimité. » L’auteur précise lui-même, et toujours à la page 106, que ces contacts, antérieurs au Nouvel Empire, étaient « souvent de nature commerciale, mais parfois aussi conflictuelle ». 

          Fr. Monnier liste, à la suite de son introduction historique sur les forteresses des XIXe et XXe dynasties érigées dans le Delta occidental, les sites ayant livré des vestiges plus ou moins importants de structures militaires fortifiées. On signalera ici que les références bibliographiques citées en fin de chaque présentation sont parfois insuffisantes pour expliquer certaines interprétations développées dans le commentaire. Ainsi, à propos du site de Zawiyet Umm el-Rakham, aucune des deux sources données (p. 116) ne permet de conclure que Nebrê, fonctionnaire royal en charge de cet établissement militaire « semble un temps avoir outrepassé les limites de sa fonction en investissant tous les pouvoirs » et qu’il « fut déchu de ces fonctions et qu’il tomba en disgrâce ».

 

          Le sixième chapitre concerne les « forteresses nubiennes » (p. 118-166). Une introduction conséquente ouvre cette partie rassemblant les monuments militaires les plus impressionnants du corpus et pour lesquels on possède par chance une liste rédigée à la fin du Moyen Empire (p. 118-121). L’auteur commence néanmoins par de plus modestes constructions, les grands murs érigés à Assouan, Semna-Ouest/Ouronarti et Semna-Sud/Semna-Ouest (p. 121-125). Remarquons qu’il est impossible que l’extrémité sud du mur protecteur d’Assouan « repose au fond des eaux du lac Nasser » (p. 122), le barrage as-Sad al-‘Ali – et donc le lac Nasser qu’il retient – se trouvant à près de 7 km plus au sud.

          L’évocation des forteresses nubiennes est entamée par la présentation de la ville ceinte d’Éléphantine. Suivent, du nord au sud, Ikkour, Qouban, Aniba, Faras, Serra, Gebel el-Sahaba, Bouhen, Kor, Dorginarti, Mirgissa, Dabenarti, Askout, Shalfak, Ouronarti, Semna, Doukki Gel et Kurgus. On s’étonnera sans doute de voir que la figure 95 (plan de la forteresse de Dabenarti) soit un croquis à main levée d’après une ancienne photographie aérienne alors que, de l’aveu de Fr. Monnier, « Jay W. Ruby (…) parvint à dresser un plan précis du fort » (p. 148). On trouvera en outre aisément un plan plus détaillé et complet des sites de Semna-Ouest et de Kouma dans W.B. Emery, Egypt in Nubia, Londres, 1965, p. 144-145. Par ailleurs, il aurait peut-être été plus judicieux de reporter le descriptif des villes fortifiées de Nubie (p. 160-164) dans l’Appendice I de l’ouvrage, et ce d’autant plus qu’y figure déjà le site de Doukki Gel. Le chapitre se clôt avec une série de sources littéraires mentionnant des fortifications qui n’ont pas encore été localisées sur le terrain (p. 164-166).

 

          Le septième et dernier chapitre aborde « trois forteresses » (p. 168-172) qui n’appartiennent pas à un réseau de fortifications frontalières et qui, à ce titre, sont traitées dans ce chapitre spécifique : Tell Rass Budran (site 345), Ayn Asil et Ouadi el-Houdi. Les illustrations reproduites pour le site de Tell Rass Budran soulèvent la question de la paternité des reconstitutions proposées tout au long de l’ouvrage. La figure 114 présente une vue tridimensionnelle, manifestement informatique, du site d’après O. Rechetnikova (impossible par ailleurs de trouver la source bibliographique de cette reconstitution dans l’ouvrage), tandis que la figure 116 est un dessin de l’auteur (Fr. Monnier donc) qui représente exactement (à un détail près) la même reconstitution, mais vue depuis un autre point d’observation. On croit comprendre donc qu’ici seul le dessin de la figure 116 est dû à l’auteur, et que la reconstitution (en tant que processus intellectuel visant à interpréter des données archéologiques pour en produire une représentation graphique évocatrice de son état originel) n’est pas de Fr. Monnier (mais on ne sait pas qui en est à l’origine puisque ce n’est pas précisé). Le problème serait simple s’il restait confiné à cette imprécision « Reconstitution de X (dessin de l’auteur) » telle qu’elle apparaît fréquemment dans l’ouvrage. Mais pour la figure 122, il est très clairement indiqué « Enceinte à redans du complexe funéraire de Djoser à Saqqarah (reconstitution de l’auteur) ». Pourtant, si cette vue en perspective semble bien inédite et du seul fait de Fr. Monnier, la reconstitution, elle, ne l’est pas du tout. Elle apparaît en « vue aérienne » dès 1936 dans l’ouvrage de J.-Ph. Lauer, La pyramide à degrés. L’architecture, Tome II – Planches (Fouilles à Saqqarah), Le Caire, 1936, pl. IV (la planche XIV de Fr. Monnier en est d’ailleurs une adaptation). Il aurait donc très certainement été préférable de préciser à chaque fois « qui est à l’origine de quoi » dans le dessin et la reconstitution. Cela aurait permis de mettre en évidence le travail de grande qualité et de grande ampleur effectué par Fr. Monnier sur ces nombreux dessins, tout en faisant référence à l’origine scientifique de ces reconstitutions. En outre, ce système plus précis aurait autorisé – le cas échéant – à mettre en valeur les propres reconstitutions de l’auteur.

 

          Plusieurs « Appendices » complètent le propos de l’ouvrage. Le premier est consacré aux « enceintes urbaines » de Tell Edfou, Hiérakonpolis, El-Kab et Doukki Gel (p. 174-177). Les villes fortifiées nubiennes évoquées dans le chapitre 6 auraient parfaitement trouvé leur place ici. On remarquera que l’auteur analyse le plan sommaire d’El-Kab dû à A. Badawi (fig. 13), mais pas le plan complet de la cité et de ses deux murailles dressé par l’expédition de C.R. Lepsius et publié en 1842-1845, alors qu’il sert de frontispice aux Appendices (p. 172).

          Le deuxième appendice est consacré au « Mur Blanc » (p. 178-179). On ajoutera à la liste des « murs » signalés par Fr. Monnier une nouvelle attestation du Moyen Empire (jnb jw-tȝwj). Voir F. Gomaa, Die Besiedlung Ägytens während des Mittleren Reiches. II. Unterägypten und die angrenzenden Gebiete (TAVO 66/2), Wiesbaden, 1986, p. 36.

          Le troisième appendice tente de répondre à la question « (l)es enceintes de la Pierre de Palerme : palais funéraires ou « forteresses divines » ? » (p. 180-185). La note 45 devrait faire plus justement référence à N. Grimal, Histoire de l’Egypte ancienne, Fayard, Paris, 1988, p. 74, fig. 18 (plutôt que 2008, p. 79, qui est la réédition publiée au Livre de Poche et non chez Fayard).

          Une liste de termes égyptiens utilisant le hiéroglyphe de l’enceinte bastionnée est donnée p. 186. Elle sera utilement complétée, pour le seul Moyen Empire, par les références suivantes (issue de F. Gomaa, Die Besiedlung Ägytens während des Mittleren Reiches. I. Oberägypten und das Fayyûm (TAVO 66/1), Wiesbaden, 1986 et Idem, Die Besiedlung Ägytens während des Mittleren Reiches. II. Unterägypten und die angrenzenden Gebiete (TAVO 66/2), Wiesbaden, 1986) :

 

·         Gomaa I, p. 109 : nry bȝw Sn-wsrt (Chapelle Blanche de Sésostris Ier)

·         Gomaa II, p. 7 : jnb-ḥḏ

·         Gomaa II, p. 17 : wt-mȝ[…]-Rʿ (bloc provenant du site de Licht)

·         Gomaa II, p. 31 : wnt (statue Caire JE 40032 de Tetiemsaf – motif d’enceinte circulaire)

·         Gomaa II, p. 109 : wt Km-Wr (bloc provenant du site de Licht)

·         Gomaa II, p. 227 : snw (scarabée de Senbebi)

 

          Une série d’« Annexes » suit ces appendices. La Carte XII aurait mérité d’être plus complète et de reprendre la totalité des sites fortifiés évoqués dans l’ouvrage. Un tableau chronologique (p. 188), un glossaire (p. 189), un lexique de termes égyptiens de fortification (p. 190) et une liste des forteresses égyptiennes connues (p. 191-194) constituent ces annexes. Le terme de « forteresse » est sans doute abusif pour les temples divins et funéraires des souverains du Nouvel Empire. Le temple d’Amon de Karnak (p. 192) ne date pas du règne de « Thoutmosis III (ou ME ?) » mais procède de l’agrandissement et du remaniement constant du site depuis au moins le début du Moyen Empire (les traces de l’Ancien Empire sont extrêmement ténues) et ce jusqu’à la période de domination romaine de l’Égypte incluse. On notera que le temple funéraire de Sethi Ier à Gourna est dénommé « Glorieux est Sethi à l’Ouest de Thèbes » (p. 192), et le temple funéraire de Ramsès III à Medinet-Habou est appelé « Le temple d’Ousermaâtrê-Meriamon uni avec l’Eternité dans les Possessions d’Amon à Thèbes Ouest » (p. 193).

 

          L’ouvrage s’achève par les traditionnel(le)s bibliographie (p. 195-201), table des illustrations et crédits (p. 202-205) et index (p. 206-208). Un carnet de XVII planches en couleur est inséré en fin.

 

          Pour conclure, l’ouvrage de Fr. Monnier ambitionnait de palier un manque dans la bibliographie égyptologique en proposant une synthèse inédite sur les forteresses égyptiennes du Prédynastique au Nouvel Empire (la quatrième de couverture est plus ambitieuse : « il propose une vue complète, claire et accessible de toute l’architecture militaire de l’Égypte pharaonique connue à ce jour »). L’objectif n’est que très partiellement atteint. Un trop grand nombre d’approximations, de raccourcis, de clichés et d’erreurs grèvent le propos de l’auteur. La bibliographie est, de façon flagrante, insuffisante lorsqu’il s’agit de dresser un rapide panorama historique dans le premier chapitre. Ce défaut jalonne les autres chapitres, soit parce qu’il est évident qu’il manque des références pour asseoir correctement le propos sans tomber dans des erreurs parfois grossières, soit parce que ce qui est mentionné ne figure dans aucune des sources listées, ou pire, est mal compris et déformé. À cela s’ajoutent quelques problèmes de géographie. Enfin, la question de la paternité réelle des reconstitutions reste posée.

          Ces reproches, certes nombreux, ne doivent cependant pas cacher l’enthousiasme de l’auteur pour ce sujet et surtout sa remarquable habileté à reproduire graphiquement la possible apparence des monuments qu’il évoque. Il est dommage qu’un tel investissement n’ait pas pu bénéficier, en amont, d’un encadrement scientifique et égyptologique plus étroit, qui aurait très certainement permis à l’auteur – qui reconnaît être avant tout un passionné plus qu’un spécialiste – de surmonter certaines difficultés et d’échapper à d’autres écueils malheureux.