Foucras, Sylvain: Animaux domestiques et faunes sauvages en territoire arverne (Archéologie des Plantes et des Animaux, 3), 241 p., 117 fig., 37 tabl., 43 €
(Editions Monique Mergoil, Montagnac 2011)
 
Compte rendu par Quentin Goffette, Institut Royal des Sciences Naturelles de Belgique
(quentin.goffette@gmail.com)

 
Nombre de mots : 2053 mots
Publié en ligne le 2013-04-17
Citation: Histara les comptes rendus (ISSN 2100-0700).
Lien: http://histara.sorbonne.fr/cr.php?cr=1545
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          Animaux domestiques et faunes sauvages en territoire arverne, rédigé par Sylvain Foucras, vise à livrer une première synthèse, pour l’Auvergne, des découvertes archéozoologiques provenant d’occupations du second âge du Fer (Ve siècle avant J.-C. - 1er siècle après J.-C.).

 

          Tout d’abord, le lecteur découvre la table des matières, située en début d’ouvrage. À celle-ci succèdent les remerciements de l’auteur, qui rappelle que cet ouvrage constitue la publication d’une thèse de doctorat soutenue en janvier 2010 à l’Université de Bourgogne, sous la direction de Patrick Méniel.

 

          En guise d’introduction, S. Foucras dresse l’état des recherches archéozoologiques pour la période considérée, en Auvergne. Suit une brève présentation du matériel faunique étudié, soit près de 200 000 restes osseux, et des limites inhérentes à celui-ci, principalement le fait que les sites datés des périodes les plus anciennes sont rares et ont fourni peu de restes, contrairement aux oppida, plus récents. L’explication du plan général du volume clôture cette partie introductive.

 

          Le premier chapitre, intitulé Territoire des Arvernes, s’attache à définir l’environnement géographique et climatique des implantations humaines ayant fourni le matériel de l’étude. La Limagne, vaste plaine bordée par les reliefs des Monts du Dôme et des Monts du Forez, est principalement concernée.

 

          Dans la continuité, le second chapitre intitulé Les Arvernes : le cadre (proto-)historique, fait d’abord appel aux auteurs antiques pour dresser un portrait des Arvernes. Après quoi les limites géographiques du territoire sont évoquées, de même que l’occupation du sol. Les zones de plaine ont concentré la majorité de la population.

 

          Une quarantaine de pages sont ensuite dédiées à la présentation des occupations et contextes dont provient le matériel, constituant ainsi le troisième chapitre intitulé Présentation des ensembles. Une carte générale du territoire arverne et quatre cartes diachroniques indiquent judicieusement la position des différents sites. Une introduction aborde la représentativité des échantillons, par type d’occupation, ainsi que leur distribution chronologique qui est également reprise de manière synthétique sous forme de tableau. Pour chaque site, un historique des fouilles et une description des structures ayant livré du matériel faunique sont fournis, de même qu’un aperçu du mobilier archéologique associé aux restes animaux. Ces derniers sont décrits, ce qui permet à l’auteur de souligner les particularités éventuelles. Des tableaux indiquent systématiquement la liste des taxons identifiés ainsi que le décompte des restes fauniques découverts.

 

          Le chapitre suivant, Morphologie des mammifères domestiques (IIe s. av. J.-C . - Ier s.), présente des aspects qui différent selon les espèces traitées. Pour les caprinés, il reprend les caractères utilisés pour distinguer le mouton de la chèvre, cette dernière s’avérant largement minoritaire au sein des assemblages. L’identification du sexe a été abordée via les données métriques, la pratique de la castration semble avérée. Par ailleurs, un accroissement de la stature des ovins au cours du temps est noté. Chez le bœuf, tout comme chez les caprinés, le sexage des métapodes précède l’examen de l’évolution des hauteurs au garrot reconstituées. Outre les taureaux et les vaches, un troisième groupe atteste la présence d’individus châtrés. Une augmentation constante de la taille et de la corpulence est perceptible, quel que soit le sexe envisagé. Bien qu’incertaine, l’hypothèse de la présence de l’auroch au sein du matériel étudié est supportée par la présence de quelques ossements de bovinés aux mensurations nettement supérieures. Dans le cas du porc, élevé pour la production de viande, l’abattage d’individus n’ayant pas terminé leur croissance ainsi que l’importante fragmentation des os due aux activités bouchères compliquent la reconstitution des statures. Toutefois, bien qu’une relative stabilité soit perceptible, une augmentation progressive de la taille est de nouveau observée. Seuls deux restes de sangliers ont été identifiés. La morphologie des chiens est ensuite abordée. Une diversification des hauteurs au garrot s’observe dès le IIe siècle avant J.-C., avec la présence de très petits chiens. Dès l’époque romaine, cette diversification s’accentue. Les individus de très petite taille deviennent plus nombreux, mais la hauteur moyenne augmente. De très grands canidés sont détectés, qui dépassent les 60 cm au garrot. S. Foucras indique que malgré l’importance de certaines statures reconstituées, ces hauteurs au garrot sont inférieures à celles attendues pour des loups, ce qui rend la présence de cet ancêtre sauvage peu probable. L’étude de la morphologie des crânes et des mandibules pointe vers une certaine homogénéité au sein des chiens, alors qu’une minorité d’individus représente d’autres morphotypes. Enfin, les chevaux témoignent d’une plus grande hétérogénéité au niveau de la corpulence, sans que celle-ci puisse être mise en relation avec le sexe des individus ou la période considérée. Aucun âne ou hybride n’a été détecté, mais le nombre de dents jugales en présence est assez faible. Pour expliquer l’accroissement de taille observé au cours du temps pour le bœuf, les caprinés et le porc, l’auteur suggère avec prudence une amélioration des techniques d’élevage. Le croisement avec des animaux de grande taille, probablement importés, est également proposé, en mentionnant toutefois la remise en question de cette hypothèse par d’autres études.

 

          Ensuite, l’auteur aborde les questions de l’Élevage et des productions animales. Difficiles à appréhender sur base des restes fauniques, ces pratiques sont toutefois attestées par la présence d’objets (forces, pique-bœufs, objets liés au tissage, etc.) ou de constructions (étables ou bergeries) qui y sont associées. Au travers de l’examen de la faune du Pâtural, un établissement agricole qui a pu jouir d’un statut élevé, de type aristocratique, l’auteur évoque l’hypothèse d’une production de viande dépassant les simples besoins domestiques, qui a pu être destinée à l’exportation locale ou extra-locale. Cet exemple mis à part, l’élevage en territoire arverne semble avant tout devoir répondre aux besoins domestiques, qu’il s’agisse de viande, de laine ou autre, comme en atteste le matériel provenant des habitats ruraux. La proportion des espèces domestiques varie d’un site à l’autre, mais l’espèce dominante reste le bœuf. Les habitats ruraux privilégient les caprinés et les produits qu’ils fournissent de leur vivant, caprinés dont la proportion est globalement stable entre les différents sites. Dans les habitats groupés, c’est le porc qui est préférentiellement élevé. Par ailleurs, la proportion du cheval est généralement faible, tout comme celle du chien. Ces deux espèces ne semblent pas faire l’objet d’un élevage spécifique destiné à la consommation, même si la cynophagie est attestée.

 

          Dans la suite logique des choses, l’auteur traite de l’étape suivant la production, à savoir la boucherie et la consommation. Les traces de couteaux et de couperets identifiées sur les ossements indiquent que les mêmes schémas de découpes se retrouvent sur l’ensemble du territoire arverne et semblent pérennes, supposant la présence d’artisans spécialisés. À ce titre, l’oppidum de Corent est particulier, étant donné qu’une vaste zone de pratique bouchère y a été identifiée. Celle-ci était probablement associée au sanctuaire en activité sur le site, évoquant une centralisation de ces pratiques sous le contrôle de l’élite. Majoritaire en nombre de restes, le porc est devancé par le bœuf si l’on considère la masse de viande qu’il fournit, alors que les caprinés font office de complément. La présence des bovins est particulièrement patente sur les oppida. Outre la triade domestique, si des traces de découpes sont bien présentes sur les os de chevaux, elles ne permettent pas d’affirmer la consommation de cette espèce, bien qu’elle soit supposée. En revanche, la cynophagie est attestée sur pratiquement tous les sites. Le chien a dû contribuer à l’alimentation de manière ponctuelle. Le gibier, rare, est davantage utilisé dans la sphère de l’artisanat que dans celle de l’alimentation. Malgré un tamisage intensif sur certains sites, les restes de poissons sont pratiquement absents. Seuls quelques ossements d’anguille et de saumon ont été découverts. En ce qui concerne la volaille, dont la part est anecdotique, le coq est l’unique espèce dont la domesticité est indubitable. Le statut des rares restes de pigeon, d’oie et de canard demeure incertain.

 

          Le chapitre suivant s’intéresse à l’artisanat. L’utilisation de la corne est suggérée par l’abondance des chevilles osseuses de bovins et de caprinés. Le bois de cerf a été utilisé, parfois pratiquement brut, comme outil, parfois comme matière première pour la tabletterie, bien que les témoins de cette industrie soient peu nombreux. Enfin, l’os fait office de matière première sur les différentes occupations, où il est utilisé pour un artisanat à petite échelle, essentiellement à usage domestique. En revanche, le site de Sarliève livre de tous autres vestiges. Là, les fragments osseux issus de l’industrie tabletière se comptent par dizaines de milliers. Ce sont principalement les os de bœuf et de cheval qui ont été utilisés, préférentiellement ceux dont la paroi est épaisse. L’auteur expose la chaîne opératoire utilisée de manière récurrente pour produire des plaquettes, dans lesquelles sont ensuite découpés des anneaux, par forage. Les objets finis sont quasiment absents. Le prélèvement de la peau est perceptible au travers de quelques traces de couteaux, identifiées sur les parties anatomiques ou l’os se trouve très proche de la peau (crânes, métapodes).

 

          L’avant dernier chapitre est intitulé Les animaux dans les sanctuaires. Deux centres cultuels sont analysés : le sanctuaire de Corent et celui de Gergovie. Tous deux ont été fréquentés depuis La Tène finale jusqu’au IIIe siècle de notre ère. Le sanctuaire de Mercure, situé sur le Puy de Dôme, est également évoqué de manière plus brève. Corent et Gergovie ont hébergé des activités rituelles de consommation de liquide et de viande, principalement celle du mouton, au contraire d’autres sanctuaires gaulois favorisant la viande de porc. Le mouton a occupé une place particulière comme l’atteste l’exposition de crânes dont le trou occipital a été agrandi et de mandibules. Ces dernières ont peut-être été présentées sous forme de guirlandes, à Corent. Par ailleurs, le chien semble également avoir joué un rôle dans le culte. Cette espèce a été consommée, mais elle a également été consommatrice. Les chiens ont effectivement eu accès au sanctuaire et ont laissé la trace de leurs dents sur les ossements. Tout ou partie des déchets des consommations rituelles étaient rassemblés dans des fosses, ou des fossés, suivant le sanctuaire considéré. D’autre part, le cheval a fait l’objet de pratiques particulières, qui ont pris la forme de dépositions de membres ou des carcasses non consommées, en connexion anatomique. Principal changement observé après la conquête, le chien disparaît pour être remplacé par la volaille. Le tri des parties squelettiques des espèces consommées, ainsi que l’exposition de certaines d’entre elles, sont abandonnés.

 

          Traitant toujours de la sphère rituelle, le dernier chapitre se focalise sur les Rituels et pratiques funéraires. Les dépôts de pièces de viande ne concernent qu’un faible nombre de tombes. Le porc est l’espèce prépondérante, ce qui souligne l’importance qu’il revêtait aux yeux des Arvernes. Bœufs et caprinés sont largement minoritaires, le cheval et le chien le sont plus encore. Dans certains sites, des oiseaux ont été déposés, alors qu’ils sont absents d’autres. Parallèlement à ces dépôts, la mise en terre de certains défunts a été accompagnée de banquets funéraires, comme à Pulvérières. Par ailleurs, si certaines inhumations d’animaux entiers renvoient à des rites spécifiques, pour d‘autres le caractère funéraire demeure incertain. L’auteur clôture sur un cas particulier, celui des dizaines de sépultures de chevaux de la plaine de Gondole, où une fosse mêlant des cadavres entiers de chevaux et d’hommes a également été mise au jour. Le phénomène est encore obscur, mais il pourrait être le résultat de pratiques cultuelles ponctuelles, indique S. Foucras, potentiellement liées à des événements militaires.

 

          Enfin, l’auteur propose une synthèse de deux pages, où les différents éléments documentés précédemment sont résumés. S. Foucras conclut en rappelant les limites inhérentes au travail réalisé et en soulignant la nécessité d’enrichir la réflexion par l’analyse de nouveaux corpus fauniques.

 

          La bibliographie et un tableau récapitulatif des études archéozoologiques évoquées dans l’ouvrage bouclent ce volume de lecture agréable. Si l’absence de quelques précisions méthodologiques peut laisser le lecteur aguerri sur sa faim, l’étude est bien documentée et bien structurée. Les nombreuses  photos, en noir et blanc, sont de bonne qualité et lisibles, tout comme les infographies. Les synthèses ponctuant systématiquement la fin des différents chapitres viennent à point. Cette première analyse globale d’ensembles fauniques de l’âge du Fer en Auvergne comble une lacune et sera enrichie par les travaux à venir.