Desbat, Armand - Savay-Guerraz, Hugues (dir.). : Images d’argile: les vases gallo-romains à médaillons d’applique de la vallée du Rhône, 159 p., ISBN 9782884741101, € 26.00 (pb).
(Infolio éditions, Gollion [Suisse] 2011)
 
Compte rendu par Jean-Louis Podvin, Université du Littoral Côte d’Opale (Boulogne-sur-Mer)
(jean-louis.podvin@univ-littoral.fr)

 
Nombre de mots : 940 mots
Publié en ligne le 2011-11-30
Citation: Histara les comptes rendus (ISSN 2100-0700).
Lien: http://histara.sorbonne.fr/cr.php?cr=1554
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          En 2004, le musée gallo-romain de Saint-Romain-en-Gal accueillait une exposition intitulée Images d’argile, images de papier. C’est dans le prolongement de cette exposition qu’est édité cet ouvrage. Les vases à médaillons d’applique sont connus depuis le XVIIIe siècle dans la région lyonnaise, comme en témoigne le vase à trois médaillons publié par Caylus dans son Recueil d’Antiquités. On sait aujourd’hui que leur lieu de production n’est ni Lyon, ni Vienne, mais probablement Saint-Péray dans l’Ardèche, près de Valence, seul atelier de production de vases à médaillons d’applique connu à ce jour.

 

          A. Desbat explique dans un premier chapitre (p. 8-43) comment étaient réalisés ces vases, étudiés en 1904 par Déchelette, puis en 1952 par Wuilleumier et Audin dans une publication magistrale. Ils font partie du groupe des sigillées claires, ainsi définies par l’archéologue italien Lamboglia. Les médaillons qui les décorent sont fabriqués dans des moules en argile avant d’être appliqués à la barbotine sur le vase, couverts d’un engobe et cuits. Leur diffusion est surtout concentrée dans la vallée du Rhône, mais on en trouve également en quantité moindre dans la région rhénane. Signalons que la Pannonie a elle aussi produit d’intéressants médaillons de ce type, mais uniquement à l’époque tardive. Parfois, ce sont les empereurs en buste qui ont l’honneur des médaillons. Particularité « pédagogique » de ces médaillons, il est fréquent d’y indiquer par un court texte ou un nom qui est figuré. Quelques médaillons sont même dépourvus d’iconographie et entièrement rédigés. Tous ces vases, fermés, sont datables de la période allant du IIe siècle au début du IVe. À la suite d’Alföldi, ils ont longtemps été considérés comme des cadeaux de Nouvel An, mais cette attribution est aujourd’hui discutée et pourrait être plus large (fêtes, prix à l’occasion de concours).

 

          H. Lavagne se penche sur la religion et la mythologie (p. 44-69), présentes sur 40% des médaillons. Les sujets plébiscités concernent en effet la mythologie, surtout romaine. La triade capitoline, ou encore Minerve et Mars représentés sous leur forme guerrière, constituent de bons exemples de représentations « à la romaine ». Dans d’autres cas, Mercure chevauche un bélier selon un mode plus celtique, mais même Sucellus, le dieu gaulois au maillet connu en un seul exemplaire, suit un schéma de représentation typiquement romain. Hercule accomplissant ses travaux est le plus présent, mais tous les dieux comme Jupiter, Mars ou Vénus, ont droit à leurs représentations. On trouve même les divinités isiaques (Isis, Sarapis, Anubis, dans certains cas dans le cadre de processions comme à Orange). Les poèmes homériques ont aussi constitué un sujet de choix, indice de l’utilisation de ces vases à médaillons d’applique par un public cultivé, au fait de la culture gréco-romaine.

 

          Les jeux forment un autre thème très prisé : combats de gladiateurs et courses du cirque connaissent davantage de succès que le théâtre. Les premiers sont étudiés par É. Tessier (p. 70-103). L’affrontement entre le secutor et le rétiaire, présent sur une douzaine de pièces, est le mieux renseigné : les médaillons d’applique, de par leur taille bien plus grande que celle des médaillons de lampes à huile, permettent de présenter les noms des adversaires et tous les détails de l’action dans une véritable mise en scène fort bien décrite et expliquée, notamment grâce à des reconstitutions de combats. Dans d’autres cas, c’est le thrace ou l’hoplomaque qui affronte le mirmillon, ou des provocatores qui se battent entre eux. Les courses du cirque font pour leur part l’objet de l’étude d’H. Savay-Guerraz (p. 104-115). Ce sont les auriges victorieux, tenant la palme de la main gauche et la couronne de la dextre, qui défilent sur ces médaillons quelque peu répétitifs.

 

          La thématique érotique, très bien réhabilitée et étudiée par L. Jacobelli (p. 116-147), est illustrée avec un luxe de détails beaucoup plus grand que sur les lampes à huile. Les différentes positions sont passées en revue, avec les textes suggestifs qui les accompagnent. On remarquera en particulier les fréquentes associations entre le sexe et la gladiature, les femmes portant dans ce cas les armes des gladiateurs. La plupart des scènes érotiques concernent deux personnes, quelques-unes trois ou quatre. Elles ont généralement lieu dans une chambre, mais certaines se déroulent sur un bateau, possible allusion aux scènes nilotiques. Signalons enfin des scènes d’accouplement entre un âne et une femme, que L’Âne d’or d’Apulée nous permet de mieux comprendre.

 

          Un dernier chapitre de M. Poux, De l’officina à la factory (p. 148-157), souligne la production en série de ces objets, auxquels on dénie de ce fait trop souvent toute valeur artistique. Pourtant, si le médaillon est produit en série, le vase est unique, le fabricant choisissant de placer sur celui-ci tel ou tel médaillon, voire deux ou trois dans certains cas. Finalement, Andy Warhol, en multipliant à l’envi des images dans son atelier de Pop Art, eut recours à la même technique que celle des officines céramiques de la vallée du Rhône.

 

          Cet ouvrage, très richement illustré, comble un vide en mettant à la disposition d’un public cultivé une synthèse sur ces médaillons fort peu connus. Les chercheurs y trouveront aussi leur compte grâce à une iconographie de qualité, qui contraste avec les dessins au trait habituellement utilisés dans les études sur les médaillons d’applique.

 

 

SOMMAIRE :
I. Les vases à médaillons d’applique de la vallée du Rhône, Armand Desbat, p. 8
II. Religion et mythologie, Henri Lavagne, p. 44
III. Les combats de gladiateurs, Éric Teyssier, p. 70
IV. Les couleurs du cirque et les courses de chars sur les médaillons d’applique, Hugues Savay-Guerraz, p. 104
V. Les médaillons d’applique à sujet érotique, Luciana Jacobelli, p. 116
VI. De l’officina à la Factory, Matthieu Poux, p. 148