Chéhab, Maurice H. - Moscati, Sabatino - Parrot, André: Les Phéniciens. L’expansion phénicienne – Carthage (PROCHE ET MOYEN-ORIENT). Présentation et mise à jour bibliographique de Françoise Briquel-Chatonnet. Nouvelle édition en 2007, 352 pages, 313 ill., cart., sous couv. ill., 210 x 270 mm. Collection L’Univers des Formes, nouvelle présentation (2007), Gallimard -étu. ISBN 9782070118977. 29,00 €
(Éditions Gallimard, Paris 2007)
 
Compte rendu par François Bron, Ecole pratique des Hautes Etudes
(francois.bron@college-de-france.fr)

 
Nombre de mots : 829 mots
Publié en ligne le 2008-04-23
Citation: Histara les comptes rendus (ISSN 2100-0700).
Lien: http://histara.sorbonne.fr/cr.php?cr=156
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Les éditions Gallimard ont jugé bon de rééditer la prestigieuse collection L’Univers des Formes, créée par André Malraux. Le volume consacré aux Phéniciens débute par un Prologue dû à André Parrot, puis l’ouvrage comporte deux parties : la première, qui traite des Phéniciens en Proche-Orient, est due à l’émir Maurice Chéhab, qui fut longtemps responsable du service des antiquités du Liban, de 1937 jusqu’à la guerre civile. La seconde, Les Phéniciens en Occident, est de la plume de Sabatino Moscati, savant à qui l’on doit une véritable renaissance des études phénico-puniques en Italie dans la seconde moitié du siècle passé.

M. Chéhab attaque son sujet ab ovo, puisqu’il commence avec le néolithique. Les trois premiers chapitres sont presque entièrement consacrés aux trouvailles provenant des fouilles françaises de Byblos. Avec le chapitre IV, Des Hyksôs aux Peuples de la Mer, on voit apparaître d’autres sites, comme Ougarit, sur la côte syrienne, ou Kamid el Loz, dans la Bekaa. Notons que c’est dans ce chapitre que l’auteur traite du sarcophage d’Ahiram de Byblos, qu’il devait donc dater vers le XIIIe siècle, bien que les légendes des photographies indiquent le X-IXe siècle, suivant la datation proposée par F. Briquel-Chatonnet dans sa Présentation de la nouvelle édition. En réalité, la datation de ce monument et de son inscription phénicienne – la première inscription alphabétique de quelque longueur – reste toujours controversée. Ce n’est qu’avec le cinquième chapitre qu’on en arrive à ce que l’on appelle traditionnellement les Phéniciens : tour à tour sont examinés les ivoires, les fameux sarcophages anthropoïdes de Sidon, les bijoux. Il est toujours difficile de reconnaître les traits proprement phéniciens de cet art : aux influences mésopotamiennes et égyptiennes succède l’influence grecque. Le chapitre suivant traite de la période hellénistique durant laquelle subsistent certains motifs orientaux. Mais à la période romaine, richement illustrée par les monuments de Tyr et de Baalbek ou les mosaïques, il devient bien difficile de discerner ce qui les distingue d’autres monuments de l’empire romain.

Après une brève introduction sur l’expansion phénicienne en Méditerranée, S. Moscati traite tout d’abord de l’Afrique du Nord, représentée essentiellement par Carthage. Stèles du tophet, statuettes et masques en terre cuite, bijoux, vaisselle de terre cuite, « rasoirs » de bronze donnent une idée des arts plastiques, dont le caractère original est incontestable. En Sicile, c’est avant tout de l’îlot de Mozia, ou Motyé, au large de Marsala, que provient notre documentation : à l’époque où Moscati rédigeait sa contribution, c’était un des rares témoins de l’urbanisme punique, avec son port, son enceinte fortifiée, sa zone sacrée et ses habitations. À Malte, les archéologues italiens animés par Moscati avaient déjà fouillé le sanctuaire de Tas Silg. En Sardaigne, de nombreux sites témoignent de l’importance de l’implantation phénicienne et punique et de sa pérennité, puisqu’une inscription punique du IIe siècle de notre ère mentionne encore l’empereur Marc Aurèle. On y retrouve les productions caractéristiques de l’art punique, avec en outre des statuettes en bronze, dont les rapports avec l’art des nuraghi paraissent évidents. Dans la péninsule ibérique plus encore, l’influence de l’art indigène paraît manifeste, en particulier dans les bijoux et dans certaines statuettes en terre cuite.

Tel était donc l’état de la recherche, il y a un peu plus de trente ans. La Présentation de cette réédition par F. Briquel-Chatonnet met bien en évidence à quel point nos connaissances se sont élargies et approfondies depuis lors. En Orient tout d’abord : si la guerre civile a interrompu l’activité archéologique au Liban durant une quinzaine d’années, elle a par la suite permis des fouilles étendues en plein cœur de Beyrouth. D’autres fouilles ont été entreprises par le British Museum à Sidon. Hors des frontières du Liban, plusieurs sites ont été fouillés ou publiés, comme Tell Kazel en Syrie ou Akhziv en Israël. Les recherches se sont poursuivies à Chypre, en particulier à Kition, où un grand temple, ainsi que le port, ont été explorés.

En Tunisie, la campagne internationale patronnée par l’UNESCO a permis notamment de dégager tout un quartier d’habitation punique sur le flanc de la colline de Byrsa, à Carthage. À Kerkouane, c’est une petite cité tout entière que les fouilles tunisiennes de M. Fantar ont mise au jour. À Malte, en Sicile, en Sardaigne, les équipes d’archéologues italiens ont poursuivi leurs recherches et publié de nombreuses études du matériel découvert. Les archéologues ne sont pas non plus restés inactifs en Espagne et un établissement phénicien a même été découvert au Portugal, un peu au sud de Lisbonne.

Tout cela montre bien que, malgré l’intérêt de ce volume au moment de sa parution, il y a trente ans, malgré la qualité de son illustration – près de trois cents photographies, souvent en couleurs –, le lecteur qui voudra s’informer de l’état actuel des recherches sur la civilisation phénicienne devra faire un sérieux effort, aidé dans un premier temps par la Bibliographie mise à jour par les soins de F. Briquel-Chatonnet. Signalons-lui en particulier le Dictionnaire de la civilisation phénicienne et punique, dirigé par E. Lipinski et paru en 1992 aux éditions Brepols.