Cavalier, Odile (dir.): Fastueuse Égypte. Catalogue de l’exposition au Musée Calvet, Avignon, 25 juin - 14 novembre 2011. Nombre de pages : 192 pages, Nombre d’illustrations : 120, Dimension : 260x290 mm, Code EAN : 9782754105750, Prix TTC : 29,00 €
(Editions Hazan, Vanves 2011)
 
Compte rendu par David Lorand, FNRS (Belgique) - Université libre de Bruxelles
(dlorand@ulb.ac.be)

 
Nombre de mots : 1693 mots
Publié en ligne le 2012-01-16
Citation: Histara les comptes rendus (ISSN 2100-0700).
Lien: http://histara.sorbonne.fr/cr.php?cr=1571
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          Le présent ouvrage, dirigé par O. Cavalier, accompagne l’exposition éponyme « Fastueuse Égypte » à l’occasion du bicentenaire du Musée Calvet d’Avignon, de la restauration patrimoniale d’une partie de ses salles et du redéploiement des collections égyptiennes. L’ouvrage n’est cependant pas le catalogue exhaustif de la collection, qui avait été précédemment publiée par S. Aufrère et M.-P. Foissy-Aufrère à l’occasion de l’exposition de 1985-1986 dans ce même Musée Calvet (Égypte et Provence, survivances et « cabinetz de curiositez », Avignon, 1985).

 

          L’ouvrage s’ouvre sur le sommaire (p. 7) ; les deux préfaces de M.-J. Roig (p. 9) et Ch. de Saint Priest d’Urgel (p. 11) qui soulignent les conditions d’organisation de la présente exposition dans les salles nouvellement restaurées du Musée Calvet, musée qui fête ses deux cents ans ; la liste des auteurs (p. 13) ; les divers remerciements d’usage (p. 15).

 

          La première partie du livre est consacrée à l’Histoire des collections (p. 19-37), avec un article de O. Cavalier intitulé « Faire ses orges en papimanie. Du nouveau sur les origines de la collection égyptienne d’Esprit Calvet » (p. 19-37). L’auteur y présente brièvement les études antérieures sur la collection Calvet et sa constitution, la biographie de son propriétaire originel et s’attarde longuement sur un personnage de l’entourage d’Esprit Calvet : le marquis de Caumont. L’auteur évoque tour à tour le réseau international de correspondants entretenu par le marquis, l’ampleur de sa bibliothèque personnelle, son cabinet de curiosités et la manière dont ce cabinet s’est progressivement constitué grâce au dynamisme de son propriétaire. L’auteur mentionne les nombreuses sources épistolaires qui permettent, bon an mal an, de retracer le parcours de plusieurs pièces actuellement dans les collections du Musée Calvet d’Avignon, de cabinet de curiosités en collection particulière.

 

           On notera ici le parti pris d’avoir repoussé les notes en fin de chapitre (comme dans le reste de l’ouvrage), ce qui complique – comme d’habitude – leur consultation dans le cadre d’une lecture scientifique, mais assure en contrepartie une lecture fluide pour l’amateur d’art et le grand public, l’ouvrage étant destiné à un large panel de lecteurs.

 

          La deuxième partie est dédiée à l’Égypte pharaonique (p. 40-87) et s’ouvre sur une « Introduction » sous la plume de J.-Cl. Goyon (p. 40-44). L’auteur y décrit la puissance du verbe, créateur de la réalité tangible de l’Univers égyptien, l’importance du Nil tout au long de la civilisation égyptienne d’une part, et dans le paysage d’autre part. Il évoque également Pharaon comme gestionnaire des ressources économiques, l’importance du clergé et du sanctuaire osirien d’Abydos, l’amour de la vie et sa perpétuation post-mortem. Ce tableau rapidement brossé de l’Égypte pharaonique appelle des remarques de détail très ponctuelles :

 

  • La figure 2 (p. 41) est issue de la tombe de Khaemteri (TT 220) datant de l’époque ramesside, et la figure 3 (p. 42), de la tombe de Khérouef (TT 192), datant du règne d’Amenhotep III. L’évocation de la numérotation des tombes thébaines se fait généralement sous la forme « TT 192 » (pour « Theban Tomb 192 »), plutôt que sous la forme « Th. T. n° 192 » (malgré l’index, p. 180),


  • Il n’y a pas de raison particulière (ou à tout le moins non explicitée par l’auteur) de transcrire le mot égyptien ba avec un ï final (baï) (Wb I, 411-412),


  • L’écriture copte, outre les seuls caractères grecs mentionnés par l’auteur (p. 42), utilise six ou sept lettres (selon les dialectes) additionnelles pour rendre compte de sons non transcrits par une lettre grecque,


  • On regrettera la façon certainement maladroite et involontaire de présenter les seuls coptes comme « dignes enfants de la Terre Noire » (p. 43).


          Le catalogue qui suit cette introduction (p. 44-87), illustre successivement la statuaire (cat. 1-6), les stèles (cat. 7-10), une table d’offrandes (cat. 11), des reliefs/peintures provenant de tombes (cat. 12-13), des cercueils anthropomorphes (cat. 14-19), une momie d’enfant (cat. 20-21), divers papyri funéraires (cat. 22-23), une toile de lin (cat. 24). Une longue section, due à Ch. Lejeune, est dédiée aux « bronzes » divins (p. 79-87 ; cat. 25-36).

 

          Il est à signaler que chaque notice est claire, complète, précise et témoigne d’un réel souci pédagogique, ce que renforce une iconographie de qualité. La présentation de la totalité des textes ornant les cercueils est à cet égard une initiative heureuse et suffisamment rare dans ce genre d’ouvrage pour être soulignée. Quelques remarques toutefois :

 

  • On ne comprend pas à première vue la logique de présentation des statues (pas d’ordre chronologique, pas d’ordre lié au numéro d’inventaire).


  • À propos du commentaire sur la stèle-naos de Montouhotep (cat. 7), on soulignera que, parmi les œuvres statuaires de ce Montouhotep découvertes à Karnak, il n’y en a qu’une seule qui dispose encore de sa tête (plutôt que « les têtes préservées »), voir la statue Louvre A123.


  • L’illustration de la table d’offrandes de Oupouaoutnakht (cat. 11) a été retournée (gauche et droite sont interverties).


  • Le relief peint fragmentaire (cat. 13) peut sans doute être daté plus précisément, N. Guilhou présentant tous les éléments requis à cette fin : le monument vient probablement de la tombe de Séthi Ier (KV 17). Dans cette même notice, on soulignera que c’est plus fréquemment sous la forme de la déesse Sekhmet (et non Hathor) que l’œil de Rê est envoyé pour détruire l’humanité. Enfin, le verbe « dévoluer » (pour son usage : « à Thot, il dévolue la fonction d’éclairer le ciel nocturne… ») n’est pas attesté en français.


  • Pour la notice cat. 22 (papyrus A 68a-b), il aurait sans doute été opportun d’indiquer, sur les photographies, les limites de chacune des scènes décrites (voir cat. 23), et de préciser que le fragment A 68b correspond à la fig. 2 et A 68a à la fig. 1. L’absence de bibliographie laisse penser que le document est inédit (tout comme cat. 23).


  • L’excursus sur les « bronzes » divins pourrait préciser que la pierre a également été mise en œuvre pour façonner les statues des dieux (« Les dieux égyptiens ont été figurés en ronde-bosse dans diverses matières – faïence, bois ou métal – et à diverses tailles… », malgré, deux colonnes plus loin, « La statuaire divine, royale ou de particulier est le plus souvent en pierre qu’en métal », p. 79). Voir, notamment, la statue du dieu Sokar (cat. 1 du présent ouvrage).


          La troisième partie de l’ouvrage est consacrée à l’Égypte hellénistique et impériale (p. 90-103). L’article de L. Bricault (« La présence isiaque sur le territoire des Gaules », p. 90-95) décrit le contexte politico-religieux de l’émergence du dieu Sarapis et de la triade qu’il forme avec Isis et Harpocrate. Il évoque ensuite la diffusion progressive du culte isiaque dans le bassin méditerranéen et l’établissement de ses caractéristiques en Grèce, en Italie puis en Gaule. Le catalogue, outre un buste d’Antinoüs (cat. 37) et une statuette, sans doute d’Arsinoé II (cat. 38), illustre les divers supports à l’iconographie des dieux Ammon, Isis et Sarapis (cat. 39-52), sous forme de buste ou de lampes.

 

          La quatrième partie s’intéresse à l’Égypte copte (p. 106-125), et dans sa contribution intitulée « Les Coptes, chrétiens d’Égypte » (p. 106-111) M.-H. Rutschowscaya précise l’origine et la portée du terme « copte », l’histoire du développement de la chrétienté en Égypte, les spécificités du monachisme copte et les particularités de ce qui est communément appelé « art copte » (architecture, sculpture, peinture et tissus). L’essentiel du catalogue (cat. 53-72) est consacré aux tissus, tuniques et vêtements (cat. 53-69). Les riches informations techniques sur le tissage de ces pièces nécessitent parfois l’utilisation de l’index en fin de volume. Sa présence souligne une nouvelle fois le souci de pédagogie qui caractérise la totalité de l’ouvrage. Deux ampoules à eulogie à l’effigie de Saint Menas (cat. 70-71) et un ostracon sur éclat calcaire enregistrant le testament d’un certain Abel (cat. 72) complètent ce catalogue.

 

          La cinquième partie évoque l’Égypte sous les Mamlouks (p. 128-137). Dans leur article « L’Égypte à la période islamique » (p. 128-131), A. Collinet et C. Juvin font état de la conquête de l’Égypte, de l’établissement des diverses capitales médiévales précédant la ville moderne du Caire, des dynasties Ayyoubide, Mamlouk et Ottomane à la tête du pays. Les auteurs consacrent une part importante de leur commentaire à la production de vaisselle métallique sous les Ayyoubides et les Mamlouks, production présentée comme un attribut princier et un insigne du pouvoir. Les diverses pièces du catalogue (cat. 73-78) montrent l’évolution progressive des formes et décors de ces récipients précieux.

 

          La dernière section de l’ouvrage est dédiée à l’Égyptomanie (p. 140-159), avec une contribution due à E. Warmenbol (« Le père et ses fils spirituels. Architecture, arts décoratifs et égyptomanie au XIXe siècle », p. 140-144). L’auteur fait état du mouvement égyptomaniaque qui anime l’Europe dès le début du XIXe siècle, surtout depuis la parution de l’ouvrage de D. Vivant Denon puis de la colossale Description de l’Égypte par les savants de l’expédition de 1798-1801. Nombreuses sont les fabriques artisanales qui adoptent le style « retour d’Égypte » et ses variantes, en particulier la manufacture de Sèvres. Les premières collections d’antiquités pharaoniques voient le jour dans les grandes capitales et grandes villes, ces dernières se couvrant de divers monuments égyptomaniaques à l’occasion des expositions universelles ou des créations de parcs zoologiques. Les temples francs-maçons ne sont pas en reste, et cette égyptomanie finit même par toucher les emballages de cigarettes.

 

          Le catalogue (cat. 79-99) montre l’omniprésence de l’Égypte à cette époque, qu’il s’agisse des peintures (cat. 79-82), de la sculpture (cat. 83-84), du dessin « ethnographique » exécuté lors des voyages en terre africaine (cat. 85-86) ou pour un décor de théâtre (cat. 87). Plusieurs planches de la Description de l’Égypte sont illustrées et commentées (cat. 88-96), ainsi que divers objets égyptomaniaques (cat. 97-99).

 

          L’ouvrage s’achève sur plusieurs annexes : une bibliographie générale raisonnée (p. 163-175), un glossaire (p. 177-180), un index des noms propres, de dieux et de lieux (p. 183-186), une liste des crédits photographiques (p. 189).

 

          Le volume placé sous la direction de O. Cavalier, malgré quelques petites coquilles ou erreurs typographiques (notamment dans les translitérations), se caractérise par des textes simples, complets et agréables à lire, ainsi que par une iconographie de qualité. Balayant un large spectre chronologique et grâce au prêt de quelques œuvres pour l’exposition éponyme, l’ouvrage « Fastueuse Égypte » présente l’essentiel de ce qui fait l’attrait de la belle collection égyptienne du Musée Calvet d’Avignon. Chaque lecteur, qu’il soit chercheur ou amateur, y trouvera assurément son compte.