Cappuccini, Luca : Lo scarico archeologico di Monte San Paolo a Chiusi, pp. 168 con 46 figure e XII tavole in bianco/nero n.t., ISBN: 978-88-6227-385-5, € 220
(Fabrizio Serra editore, Pisa - Roma 2011)
 
Compte rendu par Claire Joncheray, Université de Provence
(claire.joncheray@free.fr)

 
Nombre de mots : 1107 mots
Publié en ligne le 2012-07-30
Citation: Histara les comptes rendus (ISSN 2100-0700).
Lien: http://histara.sorbonne.fr/cr.php?cr=1572
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          Le volume intitulé Lo scarico archeologico di Monte San Paolo a Chiusi, n°52 de la collection Biblioteca di « Studi etruschi », correspond au catalogue des terres cuites et de la céramique, issues de quatre sondages réalisés en 2001 : il s’agit notamment du matériel de la fosse C, comblée en une seule fois, enrichi par quelques éléments de la collection Paolozzi. L’ouvrage fait suite à l’article du même auteur, Luca Cappuccini, paru en 2009 sur les prospections de surface effectuées entre 1998 et 2000 dans cette même zone du Monte San Paolo (1). L’image de Chiusi à la période archaïque a été, depuis une dizaine d’années, entièrement renouvelée et cet ouvrage se place dans la suite de ces recherches récentes et fructueuses. Malgré les difficultés rencontrées pour identifier une stratigraphie continue dans la partie urbaine de Chiusi, les données archéologiques des autres collines entourant la ville actuelle (Petriolo, Monte, La Badiola, Montevenere) ont montré qu’il existait un espace habité beaucoup plus vaste à la fin de la période archaïque que la seule surface de la Rocca (actuelle Chiusi). Dans l’avant-propos, la carte et la photographie des monts de Chiusi permettent d’avoir une idée globale de l’expansion de la cité étrusque, sa forme restant encore mal connue (3).

 

          Le but de l’auteur est de recomposer et de recontextualiser les données de fouilles, de proposer un répertoire des formes de matériel pour la cité de Chiusi à la fin de la période Orientalisante, et de suggérer l’hypothèse d’une aire sacrée sur le Monte San Paolo. Malgré la faiblesse des documents, exclusivement fondés sur 19 fragments de terre cuite architecturale, sur un usage du vaisselier lié majoritairement au banquet et sur la cohérence chronologico-thématique du matériel (du VIIe siècle jusqu’à 560 av. J.-C. avec l’image prédominante de la figure d’une Artémis-Gorgone), l’auteur propose l’hypothèse de la présence d’un temple à la période archaïque sur le sommet du Monte San Paolo, édifice qui correspondrait à un premier état de l’aire sacrée. Cette dernière serait réaménagée au début du Ve siècle, au nord du sondage C (dans l’espace appelé MP2), d’après les restes de structures entrevus par G. Dennis et la reconstitution d’un temple à titre d’hypothèse par A. Rastrelli (2), malgré la difficulté encore actuelle à faire correspondre stratigraphiquement et spatialement ces deux constructions.

 

          Le livre contient cinq chapitres intitulés : histoire des recherches sur le Monte San Paolo (p. 13-19), le matériel (p. 21-93), les décorations (p. 95-116), l’ensemble topographique MP2 (p. 117-118), conclusions (p. 119-129). Il se concentre autour du catalogue (trois-quarts du livre) qu’accompagnent dessins, photographies, planches et près de 360 références bibliographiques. La publication vise les éléments les plus représentatifs du corpus, dans un ensemble composé également de quelques restes ostéologiques d’animaux domestiques et quelques fragments de métal incertain (<1cm). Cette sélection aurait pu également être étayée par un comptage de l’ensemble des céramiques en nombre de fragments et d’individus ainsi que par le rappel de l’unité stratigraphique de provenance pour chacune.

 

          Le choix de se concentrer sur la céramique a permis de mettre en valeur, de manière convaincante, l’évolution des modes de production à Chiusi (de l’usage de la décoration à cylindre en 630 vers une décoration à estampilles à partir de 570) et le changement des influences stylistiques (de Caere pour la période orientalisante à Vulci pour la période archaïsante). Dans la lignée des précédentes publications sur la céramique de Chiusi, la première partie propose une classification des différents types de pâtes. Toutefois, les descriptions de l’argile ne permettent pas de conclure à des importations ou des productions locales : elles auraient mérité peut-être d’être complétées par des études pétrographiques. Nommer des types de pâtes permet d’éviter habilement les répétitions mais oblige le lecteur à de systématiques va-et-vient à travers le livre, de même pour le décalage entre les figures et leurs commentaires.

 

          L’étude de L. Cappuccini se focalise ensuite sur les formes présentes à Chiusi et l’originalité de ses ateliers dont proviennent notamment les plats avec un pied haut ou les calices à cariatides typiques pour cette période. Le catalogue se présente comme une liste de formes (anfore, crateri, olle, ollette, oinochoai, lekythoi, balsamari platici, frammenti di forme chiuse, skyphoi, kylikes, kyathoi, calici, calici tetrapodi, piatti su alto piede, piatti, phialai o coppe baccellate, lekanai/lekanides, ciotole, coppe su alto piede, pissidi, coperchi, prese di coperchi, bacini/bracieri, foculi). Il aurait peut-être gagné en conviction si ce découpage avait explicitement anticipé l’interprétation du rapport entre les formes et leur usage. En effet, le diagramme de la fréquence des formes de vases par type de fonction, présent en conclusion, implique une division des fonctions en quatre usages : boire, manger ou présenter, contenir –verser – mélanger, onguent. Une cinquième catégorie centrée sur le matériel de cuisson (olle, bassins-brasiers et foyers) n’apparaît pas dans cette analyse finale qui reprend les divisions effectuées dans les travaux sur Murlo/Poggio Civitate. Or, l’analyse aurait mérité de se fonder sur l’ensemble des formes et d’effectuer également un commentaire sur l’absence à Monte San Paolo de certaines formes mentionnées toutefois dans le diagramme (comme l’hydrie, l’aryballe ou le canthare). L’interprétation sur les usages de ce matériel, notamment en vue du banquet, semble en effet se référer, comme le rappelle l’auteur, à une sphère aristocratique et peut-être aussi sacrée, ajoutant ainsi un argument supplémentaire à la compréhension de l’habitat de Monte San Paolo.

 

          Enfin, une étude sur les décorations complète la typologie proposée par F. Scalia (4), à partir des autres motifs figurés et par, notamment, une lecture inversée de la plaque représentant la scène de Thésée et du Minotaure. Ces analyses ont pour mérite de voir l’ensemble des motifs et leur évolution, rendant difficile en contrepartie la conversion entre le numéro de la décoration et la céramique correspondante.

 

          Malgré ces quelques améliorations éditoriales possibles, l’ouvrage montre bien comment la communauté de Chiusi se forge une identité urbaine entre la fin du VIIe et le VIe siècle avec l’existence d’ateliers locaux de terres cuites et l’aménagement d’espaces dédiés aux activités religieuses. Ce livre apporte un précieux catalogue des terres cuites, des formes des vases et des types de décor, bien documenté qui sera utile aux recherches effectuées sur la période archaïque.

 

 

Notes

 

1. L. Cappuccini, « Per un modello di sviluppo della città di Chiusi tra X e V sec. a C. », Rivista di Topografia Antica, XVIII, 2008 [2009], p. 43-74.

2. G. Dennis, The Cities and Cemeteries of Etruria, Londres 1883 et A. Rastrelli, « Su alcuni acroteri fittile di età arcaica da Chiusi », AION ArchStAnt, XIII, p. 117-124.

3. Voir dans la conclusion du livre la bibliographie sur la topographie de Chiusi : P. Gastaldi, « Lo scavo del Petriolo nel contesto dell’abitato arcaico », AION ArchStAnt, n.s. 5, 1998, p.113‑163 ; A. Rastrelli, « Per una def della città nell’Etruria septentrionale. Chiusi e la Val di Chiana », Città e territorio in Etruria, Colle di Val d’Elsa, p. 213-236 ; A. Minetti, L’orientalizante a Chiusi e nel suo territorio, Rome, 2004 ; G. Paolucci, Documenti e memorie sulle antichità e il Museo di Chiusi, Pise‑Rome, 2005.

Borghi R. (2002). Chiusi. Rome, L’Erma di Bretschneider.

4. F. Scalia, « I cilindretti di tipo chiusino con figure umane », Studi Etruschi, 1968, 26, p. 357-401.