Maral, Alexandre: La Chapelle royale de Versailles - Le dernier grand chantier de Louis XIV. 32cm., 392p., 869 illus., 350 en coul., ISBN : 9782903239466, 99 €
(Arthéna, Paris 2011)
 
Compte rendu par Stéphane Gomis, Université Blaise-Pascal, Clermont-Ferrand
(s.gomis@neuf.fr)

 
Nombre de mots : 1213 mots
Publié en ligne le 2012-07-24
Citation: Histara les comptes rendus (ISSN 2100-0700).
Lien: http://histara.sorbonne.fr/cr.php?cr=1576
 
 

 

          C’est un bien bel ouvrage que celui d’Alexandre Maral. Son auteur, aujourd’hui conservateur au musée national des châteaux de Versailles et de Trianon, n’est plus à présenter. Il est le spécialiste incontesté de la chapelle palatiale. Après avoir consacré un doctorat sur son fonctionnement du point de vue du cérémonial, de la liturgie et de la musique, il livre aujourd’hui une véritable somme en un peu moins de 400 pages. Lieu par excellence des pratiques dévotionnelles du souverain, la chapelle royale du château de Versailles méritait une étude exhaustive. Certes, l’historiographie ne l’avait pas ignorée. L’auteur rappelle, à ce propos, les apports du livre de Pierre de Nolhac, publié en 1912. Il était le seul, jusqu’à présent, à proposer la reproduction du décor peint et sculpté. De fait, cet édifice occupe une place essentielle dans l’histoire nationale de par son architecture, sa décoration et son mobilier. Il est incontournable pour comprendre les principaux épisodes de l’histoire de l’art à la française.

 

          L’auteur s’intéresse tout d’abord à la genèse du projet. En effet, la construction de la chapelle actuelle, achevée en 1710 à la suite d’un chantier d’une dizaine d’années, a connu bien des vicissitudes. Elle a fait l’objet d’une lente élaboration. À partir de 1663, quatre chapelles se sont succédé au sein du palais. C’est seulement en 1687 que le monument trouve son emplacement définitif. Il offre notamment l’avantage de faciliter la circulation entre le corps central du château et l’aile nord. Les délais propres à l’achèvement du projet font que cet ensemble est le fruit d’une réflexion longue et aboutie. Le tout a coûté plus de deux millions et demi de livres tournois.

 

          Jules Hardouin-Mansart est le principal concepteur de l’édifice. À partir de 1699, il en devient son maître d’ouvrage. La chapelle de Versailles est conçue selon une architecture moderne et gallicane. Les références à la Sainte-Chapelle et à la Colonnade du Louvre y sont nombreuses. L’auteur démontre que la lente maturation de ce projet a fortement contribué à en faire un ensemble unique, le « monument le plus élaboré et le plus soigné de Versailles ». En définitive, la mort d’Hardouin-Mansart survenue en 1708 ne constitue pas un frein au chantier. Alexandre Maral montre combien le roi lui-même prend en charge le suivi des opérations. Aussi le maître d’œuvre, Robert de Cotte, voit-il donc sa marge de manœuvre diminuer. Ainsi, Louis XIV n’est-il sans doute pas étranger à l’installation définitive du buffet d’orgue. Il ne faut pas s’étonner de ce constat de la part d’un souverain passionné par les questions d’architecture. Son implication se mesure également à l’aune de ses visites successives lorsqu’il s’agit d’approuver la qualité acoustique de la chapelle.

 

          Le décor représente une entreprise tout particulièrement ambitieuse. Si la polychromie est réservée aux sols et aux plafonds, la sculpture se retrouve sur les murs. Ce chantier emploie donc de très nombreux peintres, tels qu’Antoine Coypel, Charles de La Fosse et Jean Jouvenet. Il en est de même de la véritable armée de sculpteurs embauchés pour l’occasion : Nicolas et Guillaume Coustou, Robert Le Lorrain, Corneille Van Clève ou bien François-Antoine Vassé. Ces artistes se mettent au service d’un programme iconographique conçu dans le but de glorifier la foi catholique. Ils sont chargés également d’illustrer la fonction royale de l’édifice. Leurs travaux sont étroitement encadrés par Hardouin-Mansart en personne, associé à Robert de Cotte, alors intendant des Bâtiments et Premier architecte du roi. Pour ce qui concerne la réalisation des peintures, Alexandre Maral livre une étude fine des apports des principaux peintres sollicités (La Fosse, Jouvenet, Coypel et les frères Boullogne). Il en est de même des activités des différents sculpteurs. La tutelle aiguë exercée par les concepteurs du bâtiment n’empêche pas dans le même temps un droit certain à l’inventivité. Ce dernier se nourrit notamment de la mise en concurrence des artistes. En effet, la présence en un même lieu d’une telle concentration de représentants du génie artistique est aussi le gage d’une saine émulation. L’étude des mémoires des artistes montre qu’ils soumettent à la maîtrise d’œuvre plusieurs dessins à des fins de validation. On relève ainsi de nombreuses variantes qui contribuent à des degrés divers au processus de création. L’essentiel est que ces projets répondent aux canons de la mise en scène du pouvoir royal. Tel est le cas lorsqu’il s’agit d’associer la gloire de Dieu et celle du souverain : en témoigne la savante répartition des chiffres de Louis XIV sur l’ensemble de l’édifice.

 

          Le mobilier réalisé pour la chapelle a fait aussi appel à de nombreux artistes. Cependant, du fait des pertes subies au moment de la Révolution, il est essentiellement connu par les sources archivistiques. Ces planches concernent notamment les confessionnaux ou le prie-dieu du roi. Toutefois, d’autres éléments ont été conservés, comme le buffet d’orgue, dont le relief du roi David contribue à exalter la fonction sacrale de la royauté. Tel est également le cas du maître-autel et des autels secondaires (dédiés au Saint-Sacrement, à la Vierge, à sainte Thérèse ou bien à saint Louis). Toujours soucieux de précisions et du sens du détail, l’auteur livre par le menu les différentes modifications qui affectent tel ou tel meuble sacré. C’est par exemple le cas du tabernacle du maître-autel. Nul doute que les spécialistes de ces objets trouveront matière à réflexion quant aux évolutions du bon goût français. Dans cet inventaire sans faille, rien n’est oublié (ornements et livres liturgiques, luminaire, tapis…).

 

          Constamment entretenue sous l’Ancien Régime, la chapelle royale est pleinement achevée sous le règne de Louis XV, entre autres par la réalisation des reliefs en bronze des autels latéraux, commandés aux plus grands sculpteurs du temps, notamment Edme Bouchardon, les frères Lambert-Sigisbert et Nicolas-Sébastien Adam. C’est également à cette époque que le vestibule haut est achevé. Dans les années 1760, d’importantes modifications sont entreprises. L’édifice est doté d’une chapelle d’axe dédiée au Sacré-Cœur. Après de nombreux débats, le lanternon de sa toiture est également supprimé.

 

          L’auteur n’arrête pas sa réflexion au moment des aménagements révolutionnaires. Il s’intéresse aussi aux deux grandes campagnes de travaux lancées en 1816 et en 1873. Ainsi, sous la Restauration, un grand chantier s’emploie à donner un nouveau lustre au monument, ouvert au culte dès 1815. Alexandre Maral montre combien ces activités ont contribué à asseoir la vocation cultuelle de l’édifice. Désormais, la chapelle est régulièrement l’objet de réhabilitations successives. L’intérêt récent porté à l’orgue en est l’un des derniers témoignages.

 

          Cet ouvrage d’une très grande richesse et très abondement illustré fait le point sur les recherches les plus récentes. Il s’imposera vraisemblablement comme une référence indispensable. Précisons que cette étude propose également une bibliographie des plus récentes. Le tout est agrémenté d’une riche iconographie, indispensable à la bonne compréhension du propos de l’auteur ; il s’agit bien évidemment de photographies, de plans, ou encore de gravures qui, judicieusement choisis, viennent soutenir la démonstration. Des pièces archivistiques, transcrites in-extenso, ainsi qu’un index, viennent compléter le tout. Il faut insister sur la qualité de ces documents annexes. Le lecteur érudit trouvera ici le « Détail et calcul général des ouvrages de la chapelle de Versailles », tiré de la série O des Archives nationales ou bien les prix-faits des marchés conclus pour la réalisation des vitraux et des balustres. Au total, il sera donc difficile après Alexandre Maral de reprendre l’étude de ce monument religieux.