Gran-Aymerich, Jean - Dominguez-Arranz, Almudena (dir.): Castellina a sud di Civitavecchia: origini ed eredità (La).
Origines protohistoriques et évolution d’un habitat étrusque, 1168 pp., 1224 ill. n.b., Ill. Col., 364 Tav. f.t. Formato: 21,5 x 28 cm (Bibliotheca Archaeologica, 47), ISBN: 978-88-8265-603-4, 650 €
(L’Erma di Bretschneider, Roma 2011)
 
Compte rendu par Vincent Jolivet, CNRS
(vincent_jolivet@libero.it)

 
Nombre de mots : 2143 mots
Publié en ligne le 2013-01-30
Citation: Histara les comptes rendus (ISSN 2100-0700).
Lien: http://histara.sorbonne.fr/cr.php?cr=1582
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          Une monographie de poids (1) – qu’on en juge : 4,30 kg, près de 1200 pages et de 1500 illustrations noir et blanc et couleurs, un titre bilingue, une double dédicace (à Jacques Heurgon et Massimo Pallottino), deux éditeurs, trois préfaciers, deux introductions, soixante-trois chapitres, des résumés (très utiles) en trois langues, neuf institutions promotrices dont les logos s’affichent en quatrième de couverture, quelque sept cents entrées pour la seule bibliographie générale relative au site et à son contexte régional (p. 1205-1223), une liste de près d’une centaine de collaborateurs (archéologues, préhistoriens, historiens, philologues, géologues, géophysiciens, archéozoologues, ainsi que dix spécialistes affectés exclusivement à la cartographie, au dessin et à l’informatique) de sept nationalités publiant dans cinq langues différentes (français, italien, espagnol, allemand et anglais), un plateau digne, en somme, du générique final d’un blockbuster hollywoodien. On est donc d’emblée intrigué et séduit par cette Babel archéologique, et curieux de savoir si ses éditeurs sont bien parvenus à structurer ces multiples approches et à conjuguer ces différents talents, pour l’essentiel français (CNRS, ENS, universités), italiens (CNR, universités de Milan et de Rome) et espagnols (principalement l’université de Saragosse).

 

          L’ouvrage est entièrement consacré à l’exploration archéologique de l’habitat étrusque – mais pas seulement – de la Castellina, qui fait partie de cette catégorie de sites qu’on aurait dit jadis “mineurs”, mais dont les fouilles suédoises en Étrurie méridionale ont révélé pour la première fois, à partir du milieu des années cinquante du siècle dernier, l’intérêt et le formidable potentiel en termes d’archéologie et d’histoire. Découvert et fouillé par S. Bastianelli dans les années trente du siècle dernier, cet habitat fortifié est établi sur une colline culminant à 130 m d’altitude, légèrement en retrait de la côte, à mi-distance de deux grandes métropoles d’Étrurie méridionale, Tarquinia et Cerveteri, distante chacune de 25 km. Il a bénéficié par la suite d’un regain d’intérêt à la faveur des travaux dirigés dans la zone par Mario Torelli, à la fin des années quatre-vingt, notamment au sanctuaire de Punta della Vipera, moins de 2 km plus au sud. Le projet conjoint franco-allemand – ou germano-français – y a débuté en 1995 pour s’achever, en matière de travaux de terrain, en 2002 : le délai plus que raisonnable qui s’est écoulé entre la fin de la fouille et la publication définitive de ses résultats est donc tout à l’honneur de ses promoteurs.

 

          L’ouvrage, encadré par une brève introduction (p. 17-36) et par une conclusion nourrie (p. 1109-1204), s’articule en trois parties principales : géographie, histoire et historiographie (p. 37-88) ; prospection et fouilles (p. 89-192) ; études et analyse du mobilier (p. 193-1108, soit les trois-quarts du volume). Chaque contribution comporte sa propre bibliographie, qui vient s’ajouter à la vaste bibliographie générale du volume.

 

          L’introduction présente le cadre institutionnel complexe dans lequel s’est inscrite l’opération, un résumé des recherches déjà menées sur le site et du programme mis en œuvre à partir de la reprise des fouilles, ainsi qu’une proposition détaillée de mise en valeur de la colline et de son patrimoine archéologique, assez inattendue à cette place du volume.

 

          La première partie est divisée en trois chapitres. Le premier (p. 37-55) détaille le contexte géographique, pertinemment élargi de la frange littorale aux monts de la Tolfa, et les ressources naturelles de la zone, avec une attention particulière portée à ses richesses minières. Le deuxième chapitre (p. 56-70) commente les toponymes et les textes anciens, qui ne mentionnent évidemment que  la colonie romaine voisine de Castrum Novum, fondée autour du milieu du IIIe siècle av. J.-C. directement sur la côte, 4 km environ au sud-est (alors que le site de la Castellina paraît déjà déserté par ses habitants), discute l’hypothèse délicate d’identification de ce site comme le Castrum Inui mentionné par Servius et Rutilius Namatianus, ainsi que les différents toponymes modernes relatifs à la Castellina, en rapport avec un riche dossier cartographique d’époque moderne. Le troisième chapitre, historiographique (p. 71-88), replace l’entreprise franco-allemande dans le cadre plus large d’une tradition de recherches européennes remontant à l’époque de l’Istituto di Corrispondenza archeologica, et résume les travaux réalisés sur le site dans le courant du XXe siècle à l’initiative de la société archéologique Centumcellae de Civitavecchia.

 

          La deuxième partie se partage en deux chapitres : sondages et prospections (p. 89-108) et secteurs de fouille et stratigraphie (p. 108-192). On y trouvera le bilan des campagnes de prospections géophysiques menées en 1995-1997 (électro-magnétiques, magnétiques, microgravimétriques et Géoradar), les travaux d’exploitation des anciennes fouilles, la présentation du dossier stratigraphique, synthétisé par différents diagrammes (et utilement résumé p. 182-184), ainsi que les résultats, richement illustrés de plans et de photographies, dans les quatre principaux secteurs de la fouille française, divisés en séquence stratigraphique, datations réparties par phases, et vestiges de constructions :  parties orientale et centrale du sommet (le secteur le plus riche et le plus complexe : y ont été mis au jour un atelier métallurgique d’époque orientalisante et les vestiges superposés de deux phases de constructions – deux petits édifices rectangulaires d’époque archaïque oblitérés par un édifice public d’époque hellénistique, qui présente le plan d’un temple, mais auquel les auteurs préfèrent attribuer une fonction politico-sociale) ; partie occidentale du sommet (double mur à remplissage interne présentant deux phases, l’une datée entre 610 et 580, l’autre entre 320 et 300) ; terrasse occidentale (niveaux de l’Âge du Bronze et de l’époque hellénistique) ; partie nord du sommet (secteur de la grande citerne hellénistique exploré jadis par S. Bastianelli).

 

          Beaucoup plus ample, la troisième partie, consacrée au mobilier archéologique, se compose de douze chapitres, certains eux-mêmes subdivisés  jusqu’en 8 sous-chapitres, comportant parfois de 2 à 4 subdvisions internes. Dans le premier (p. 193-209), l’introduction à l’étude du mobilier côtoie, sans nécessité apparente, la publication du matériel lithique préhistorique ; suivent les chapitres consacrés aux catégories suivantes : vases d’impasto et de bucchero (p. 210-410),  céramique fine peinte (p. 411-558), céramique à vernis noir ou rouge (p. 559-605), céramiques communes, de transport et grands récipients (p. 606-685), céramique d’époque romaine, médiévale et de la Renaissance (p. 686-752), terres cuites et éléments architectoniques (p. 753-789), objets variés témoignant de l’activité textile ou de toilette, parures, objets en verre (p. 788-862), mobilier métallique (p. 907-998). Au sein de cette même partie, trois chapitres présentent un caractère transversal : inscriptions et graffitis (p. 863-906), mobilier des tombes conservé à Civitavecchia (p. 999-1008), analyse des argiles, restes organiques et ostéologiques (p. 1009-1097). On pourrait regretter l’absence d’index, mais le sommaire détaillé des p. 6-7 permet de se repérer assez facilement dans l’ensemble.

 

           La masse du mobilier pris en considération est impressionnante : plus de 70000 objets, 47000 fragments de céramique et plus de 3000 objets publiés individuellement dans l’ouvrage (p. 193). Sans doute était-il difficile, dans ces conditions, de tout uniformiser, les éditeurs ayant dû, pour des raisons bien compréhensibles, répartir la charge de travail entre différents chercheurs : il existe donc, d’un texte à l’autre, des différences de présentation sensibles dues à des choix individuels – liste de fiches par secteurs de fouilles (chap. III, 3, 9 et 16) ; liste de fiches par classes (chap. III, 10) ; synthèse typologique (chap. III, 4) ; compromis entre différentes approches (chap. III, 5, 8 et 12) –, ainsi qu’à la prise en compte, ou non, des données des fouilles anciennes (1940, 1964). Les spécialistes des différentes classes céramiques (2), ou d’autres types d’objets, trouveront cependant de très nombreuses informations dans ces différentes parties, et les résultats sont bien là : il n’est pas si fréquent, en effet, que les conclusions historiques relatives à un site puissent se fonder sur un corpus exhaustif du mobilier des fouilles anciennes et récentes, étudié et présenté avec tout le soin et le détail requis.

 

          La conclusion, comportant d’utiles renvois aux diverses parties du livre où les questions ont été traitées plus en détail, opère une mise en contexte régionale de l’ensemble de ces données, englobant aussi bien la bande côtière que l’arrière-pays des monts de la Tolfa. Elle replace efficacement le site dans l’histoire de cette région, en accordant d’abord une place importante à la phase protohistorique, puisque les premiers témoignages d’occupation stable de la colline remontent  à la fin de l’Âge du Bronze moyen, et s’expliquent déjà par sa position stratégique à la charnière entre le littoral et l’arrière-pays minier. Pour l’époque étrusque, au cours de laquelle le site a été occupé entre le début de l’époque orientalisante et celui de l’époque hellénistique, les auteurs insistent sur le caractère de cité modèle, voire même de “vitrine” (p. 1203) de la Castellina : les zones d’habitation y semblent en effet très réduites – du moins en fonction de l’état actuel du dossier – en regard de l’importance accordée à son enceinte et à ses monuments publics ; expression symbolique du pouvoir de Caere aux limites de son territoire, le site aurait pu être placé sous le contrôle d’une gens originaire de cette ville, qui y aurait possédé une résidence aristocratique.

 

          Mais un enjeu important du volume était également de préciser la fonction exacte de cette citadelle de frontière entre les deux grandes métropoles de Caere et de Tarquinia. Comme on le pressentait depuis longtemps, et comme l’étude du mobilier vient maintenant le confirmer, la Castellina a dépendu, tout au long de son histoire étrusque, du contrôle de Caere – à la différence, par exemple, de l’oppidum de San Giovenale, dans la vallée interne du Mignone, dont le faciès archéologique montre clairement le passage de la sphère cérétaine (les auteurs préfèrent “cérite” ou “cérétane”) à la sphère tarquinienne dans le courant du IVe siècle av. J.-C. Ces témoignages matériels contrastent nettement avec ceux – architecture funéraire et céramique – livrés par les sites connus au nord de Civitavecchia, qui présentent un faciès tarquinien prononcé : on peut ainsi situer assez précisément la limite du territoire des deux cités au niveau de cette bande côtière. La présence de tombes de type cérétain sur la rive nord du Marangone invite à chercher cette frontière plus au nord, peut-être en coïncidence avec le fosso dell’Infernaccio et le départ de la route de crête qui menait vers l’intérieur des monts de la Tolfa – soit 4 km au nord de la Castellina, et une dizaine de km au sud de l’embouchure du Mignone, traditionnellement considéré comme la frontière entre le territoire des deux cités.

 

          Il est évidemment impossible de discuter en détail, dans ce cadre, des différentes parties de ce volume foisonnant : on en retiendra la masse impressionnante du travail effectué, le souci de l’intégration des résultats anciens aux fouilles récentes, la présentation exhaustive des données archéologiques et l’approche globale du site,  de la Préhistoire à nos jours. Sans doute une partie de la documentation aurait-elle pu être présentée plutôt sous forme numérique, de manière à alléger le volume et à en faciliter la consultation, mais on ne saurait reprocher aux auteurs leur souci de fournir le maximum de données sous la forme immédiate, et toujours confortable, du papier. Et s’il est loisible, pour terminer, d’exprimer un regret, ce serait celui que cette fouille dont ses éditeurs soulignent à juste titre, à plusieurs reprises, la dimension européenne, n’ait pas pu déboucher, comme c’était le cas pour leurs travaux antérieurs, sur une publication commune aux deux équipes, intégrant les résultats obtenus séparément, mais complémentairement, par chacune d’entre elles.

 

 

(1) Le prix du volume, 650 euro, est malheureusement à l’avenant.

(2) On notera la singularité de la présence sur le site du plat de Genucilia mis en valeur par la couverture du volume : attribué au Peintre Genucilia de Berkeley, il appartient en effet à la branche falisco-cérétaine du groupe, datable du troisième quart du IVe siècle av. J.-C. (plutôt que de la “prima metà del IV sec.”, p. 540), qui inaugure, avec une série très limitée, la production de ce type de plat qui était appelé à connaître par la suite un très grand succès, à Cerveteri et à Faléries, au début de l’époque hellénistique.

 

 

Sommaire

 

Premessa

Presentazione

Introduzioni, p. 17-36

I. Geografia, storia e storiografia, p. 37-88

            Civitavecchia-Tolfa : contesto geografico e risorse naturali, p. 37-55

            Testi e toponimi, p. 56-70

            Storiografia, p. 71-88

II Prospezioni, scavi, p. 89-192

            Saggi e prospezioni, p. 89-108

            Settori di scavo e stratigrafia, p. 108-192

III. Studi ed analisi di reperti, p. 193-1108

            Statistiche e reperti residui preistorici, p. 193-209

            Vasi d’impasto e di bucchero, p. 210-410

            Ceramica depurata dipinta, p. 411-558

            Ceramiche a vernice nera o rossa, p.559-605

            Ceramiche comuni, da trasporto e contenitori, p. 606-686

            Ceramiche di epoca romana, medioevale e rinascimentale, p.686-752

            Terrecotte ed elementi architettonici, p. 753-789

            Varia, p. 789-862

            Iscrizioni e graffiti, p. 863-906

            Reperti metallici, monete, aes rude e attività metallurgiche, p. 907-998

            Reperti nelle tombe del Museo di Civitavecchia, p. 999-1008

            Analisi delle argille, resti organici ed ossei, p. 1009-1097

IV. Conclusioni, p. 1109-1204

Bibliografia generale