Karlsson, Lars - Carlsson, Susanne (dir.): Labraunda & Karia: Proceedings of the International Symposium Commemorating Sixty Years of Swedish Archaeological Work in Labraunda. 475 pages, ISBN-13: 978-9155479978, 172 €
(Uppsala Universitet, Uppsala 2011)
 
Compte rendu par Laurence Cavalier, Université Bordeaux 3
(l.cavalier@libertysurf.fr )

 
Nombre de mots : 1903 mots
Publié en ligne le 2014-03-26
Citation: Histara les comptes rendus (ISSN 2100-0700).
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          Sous le titre « Labraunda and Karia », L. et S. Karlsson publient les actes d’un colloque tenu à Stockholm en 2008 à l’occasion du 60e anniversaire des fouilles de Labraunda. L’ouvrage est composé de deux parties principales. La première regroupe des contributions historiques et archéologiques concernant le site seul ; la seconde comprend des articles concernant d’autres sites cariens. Deux appendices, dont  la bibliographie du site, clôturent cet ouvrage.

 

          L’introduction, que l’on doit à P. Hellström, chef de mission de 1979 à 2004, raconte, à l’aide de larges extraits d’auteurs antiques et de voyageurs modernes, la découverte du site et son identification définitive en 1948.

 

          Dans la contribution qui ouvre la première partie, A. Baran présente avec précision les vestiges de la voie sacrée reliant la ville de Mylasa au sanctuaire de Labraunda, aujourd’hui recouverte en partie par la route moderne, ainsi que les fontaines, dont la plupart fonctionnent encore aujourd’hui, qui la jalonnent. Ces fontaines présentent en général le même plan et les mêmes techniques de construction. Un tableau récapitulatif des dimensions de ces petits édifices difficiles à dater est fourni en fin d’article. La seconde contribution nous transporte dans le passé plus récent du sanctuaire. J. Bild propose les résultats partiels d’un projet initié en 2005 sur l’évolution du sanctuaire à l’époque tardive et se concentre en particulier sur « l’église est », construite vers 400 et qui présente des caractéristiques architecturales permettant de la rapprocher d’exemples de Syrie. Les restes d’un ambon datable du Ve/VIe siècle montrent qu’il existait sur le site une autre église non encore localisée. Le troisième article est le réexamen d’une inscription bien connue de Labraunda publiée par Crampa. J. Carlsen propose de reconnaître comme dédicataire Cn. Domitius Ahénobarbus, consul en 32 avant J.-C. A.-M. Carsten s’interroge dans la contribution suivante sur la fonction politique du sanctuaire : les andrones utilisés pour les banquets rituels mais peut-être aussi pour les audiences constituent un élément-clé de la politique des Hécatomnides. La présence, dans ces édifices, de sphinx de type perse mais qui rappelaient, par leur coiffure, le Zeus Labrandeus, plaçait le visiteur sous la double surveillance du satrape et du dieu, premier occupant du sanctuaire et garant de la légitimité des Hécatomnides. Le statut légal du sanctuaire pendant la période hellénistique est étudié par P. Debord qui en retrace l’évolution depuis l’époque achéménide, où il joue un rôle majeur dans la politique de propagande des Hécatomnides, jusqu’à son absorption par la cité de Mylasa alors que les prêtres continuent de gérer le domaine sacré. Sur la base d’observations historiques, numismatiques et, surtout, stylistiques, P. Hellström propose une chronologie affinée pour les andrones qui feraient partie d’un même programme dynastique voulu par Mausole et destiné à magnifier la grandeur des Hécatomnides.

 

          Les deux contributions suivantes  s’intéressent au monde des morts. La première concerne une tombe d’un type particulier. Ce petit ensemble qui comporte un sarcophage disposé à l’intérieur d’un enclos en Pi trouve un bon parallèle à Teke Kale (Latmos). O. Henry le rapproche d’un groupe de tombes décrites par A. Laumonier comme « chapelles funéraires » et propose de le faire dériver des stèles à naïskos bien connues de l’époque classique. Mais, d’après l’auteur, la tombe en Pi de Labraunda s’apparenterait davantage aux autels monumentaux, le sarcophage prenant alors la place de la table à sacrifices. Un second article écrit par O. Henry en collaboration avec A. Ingvarsson Sundström se focalise sur la tombe 16 de Labraunda pour laquelle les auteurs ne retiennent pas l’appellation de chamasorion qui semblait pourtant adaptée mais lui préfèrent celle de « sarcophage rupestre carien ». L’étude anthropologique et celle du matériel permettent de postuler une utilisation continue sur dix siècles.

 

          S. Isager présente une inscription découverte en 2002 à Labraunda qui vient s’ajouter au riche dossier d’Olympichos. Cela lui fournit l’occasion de la replacer dans le contexte épigraphique du sanctuaire en  récapitulant de façon chronologique les inscriptions par type de monument.

 

          Les forts (dégagés entre 2007 et 2010) et le rempart de Labraunda sont étudiés en détail par L. Karlsson dans un article dense. Outre des descriptions architecturales précises, l’auteur présente aussi le matériel céramique associé grâce auquel il peut proposer des datations fiables. Le rempart de l’acropole, la forteresse de Burgaz Kale munie de tours d’angle pour catapultes, et la tour forte de Tapesar Kale ont été mis en place sous les Hécatomnides. D’autres ouvrages défensifs (tours fortes isolées) datent du IIIe siècle. Les fouilles menées dans le fort intérieur de l’acropole ont livré des céramiques glaçurées et des fragments de tuiles en grande quantité — matériel présenté dans l’article de façon détaillée — qui montrent que le rempart a été réparé à l’époque byzantine. Les tessons les plus récents suggèrent une destruction probable de la forteresse vers la fin du XIIIe siècle. Cette importante contribution est suivie par une note de numismatique (H. Nilsson) qui constitue l’introduction d’une étude en cours. P. Roos nous livre ensuite une intéressante étude du stade de Labraunda dont sont conservés les starting-blocks, un cas unique en Asie Mineure. L’édifice, que l’auteur met en rapport avec le prolongement de la durée des fêtes du sanctuaire par Mausole, serait datable de l’époque de ce dernier.  La première partie de l’ouvrage s’achève sur un article plus austère de Th. Thieme qui s’interroge sur le module utilisé au seul temple de Zeus. Alors qu’il n’apparaît pas sur les édifices contemporains de Labraunda, on le retrouve en version arrondie au Mausolée et sous forme de coudées au quadrige du même monument. Un rapport avec la coudée égyptienne est envisagé.

 

          La deuxième partie de l’ouvrage débute avec une contribution de S. Ateşlier consacrée à l’étude de terres cuites architecturales provenant d’un bothros découvert lors des fouilles du temple de Zeus à Euromos, en 1971. Le matériel étudié est composé d’une série de plaques montrant une procession de divinités en char tiré par des chevaux ailés, de fragments de sculptures de fronton en haut-relief représentant peut-être des banqueteurs, ainsi que d’un acrotère orné d’un Gorgoneion. Ces terres cuites datent de l’époque archaïque et révèlent, selon l’auteur, l’existence à Euromos de plusieurs édifices ioniques appartenant à un premier sanctuaire. Fede Berti présente ensuite les résultats de sondages portant principalement sur l’agora classique et sur la fortification qui la longe. Sous le titre évocateur « Day and Night at Stratonikeia », R. Van Bremen revient sur une inscription en apparence incompréhensible et inclassable. Elle oriente son interprétation en fonction de la provenance supposée du texte. S’il s’agit bien d’un bloc provenant d’une fontaine, l’inscription fixerait les règles d’utilisation par certaines personnes de cet équipement public de la ville. Une autre inscription récemment découverte à Lagina est discutée par V. Gabrielsen. Ce décret de la ligue des Chrysaoriens permet à l’auteur d’ajouter une nouvelle polis aux sept cités cariennes déjà identifiées réunies en koinon autour du culte de Zeus Chrysaoreus. L’article suivant se concentre sur la famille des Hécatomnides et ses singularités. S. Hornblower passe en revue les présumés modèles et les raisons qui auraient pu influencer la politique des dynastes en soulignant les rapports entre Halicarnasse, la Crète, Rhodes, la Cilicie et l’Égypte. Dans un article très stimulant, P. Pedersen revient à nouveau sur le concept de « renaissance ionienne ». Certaines caractéristiques architecturales, qui se retrouvent sur plusieurs édifices d’Asie Mineure plus ou moins reliés aux Ptolémées, auraient été importées à Alexandrie. Mais cette « renaissance » ne touche pas seulement l’architecture monumentale. Elle peut aussi être perçue dans d’autres domaines, notamment en philosophie, en littérature, en poésie et être du coup considérée comme un véritable mouvement culturel. La contribution de R. Pierobon Benoit présente les résultats détaillés de deux ans de prospection autour d’Iasos et donne une image renouvelée de l’occupation extrêmement dense du territoire par ailleurs abondamment muni de systèmes défensifs pour la plupart mis en place à l’époque hécatomnide. En centrant son propos sur Halicarnasse à l’époque impériale et dans l’antiquité tardive, B. Poulsen aborde une époque le plus souvent délaissée au profit des heures de gloire de la cité, à l’époque classique. À l’époque julio-claudienne, la cité est encore prospère et cette richesse s’est maintenue au Ve siècle comme le montrent notamment les belles mosaïques de la maison de Charidémos mais aussi celles des tombes de l’intéressante nécropole de la Porte de Myndos. Dans la dernière contribution, F. Rumscheid s’intéresse à la petite plastique funéraire à travers un groupe de statuettes féminines d’époque tardive, représentant probablement Aphrodite, découvertes à Mylasa et Stratonicée.

 

          Comme très souvent dans le même cas, les actes du colloque de Labraunda regroupent des contributions d’intérêt inégal. On regrettera que les articles aient été présentés suivant l’ordre alphabétique du nom des auteurs, choix qui nuit à la cohérence de l’ensemble,  et pas de façon chronologique ou thématique. Par ailleurs, il aurait été plus facile de suivre certains exposés si les illustrations qui les accompagnent avaient été, selon les cas, plus nombreuses ou de plus grand format. Mais au-delà de ces quelques critiques formelles, il convient de saluer la parution de ce livre qui offre au public les données archéologiques et les réflexions les plus récentes des meilleurs spécialistes sur ce grand sanctuaire carien et sur plusieurs des cités d’une des régions les plus importantes de l’Asie Mineure.

 

 

Table des matières :

 

Part I. Introduction

Labraunda. The excavations and the Symposium, Lars Karlsson, p. 9 

Labraunda. The rediscovery, Pontus Hellström, p. 19

Part II. Papers on Labraunda

The Sacred Way and the springhouses of Labraunda sanctuary, Abdulkadir Baran, p. 51

Recent research on the churches of Labraunda, Jesper Bild, p. 99

I. Labraunda 62 : text and context, Jesper Carlsen, p. 109

Achaemenids in Labraunda. A case of Imperial présence in a rural sanctuary in Karia, Anne Marie Carstens, p. 121

Who’s who in Labraunda, Pierre Debord, p. 133

Festing at Labraunda and the chronology of the Andrones, Pontus Hellström, p. 149

Hellenistic monumental tombs : the Π-shaped tomb from Labraunda and Karian parallels, Olivier Henry

The story of a tomb at Labraunda, Olivier Henry, Anne Ingvarsson-Sundström, p. 159

The epigraphic tradition at Labraunda in the light of Labraunda inscription no. 134: a recent addition tp the Olympichos file, Signe Isager, p. 177

The forts and fortifications of Labraunda, Lars Karlsson, p. 199

The coins from the excavations at Labraunda, Harald Nilsson, p. 217

The stadion at Labraunda, Paavo Roos, p. 253

Modules or measurements at Labraunda, Thomas Thieme, p. 257

Part III. Papers on Karia

The Archaic architectural terracottas from Euromos and some cult signs, Suat Ateşlier, p. 279

L’agora di Iasos alla luce delle più recenti scoperte, Fede Berti, p. 291

Day and night at Stratonikeia, Riet van Bremen, p. 307

The Chrysaoreis of Caria, Vincent Gabrielsen, p. 331

How unusual were Mausolus and the Hekatomnids ? Simon Hornblower, p. 355

The Ionian Renaissance and Alexandria seen from the perspective of a Karian-Ionian lewis hole, Poul Pedersen, p. 365

Il territorio di Iasos: nuove ricerche (2006-2008), Raffaella Pierobon Benoit, p. 389

Halikarnassos during the Imperial period and Late Antiquity, Birte Poulsen, p. 425

Im Grab mit Aphrodite ? Kleinskulpturen aus Mylasa und Stratonikeia, Franck Rumscheid, p. 445

Part IV. Appendices

Appendix 1: Labraunda revisited, Kristian Jeppesen, p. 463

Appendix 2 : Labraunda bibliography 1948-2010, Pontus Hellström, p. 471