AA.VV.: 25 ans de découvertes archéologiques sur les chantiers de l’Ifao 1981-2006. ISBN : 978-2-7247-0470-9. 20 Euros
(Institut français d’archéologie orientale du Caire [IFAO] 2007)
 
Compte rendu par Nicolas Davieau
(nicolasdavieau@gmail.com)

 
Nombre de mots : 1238 mots
Publié en ligne le 2008-07-07
Citation: Histara les comptes rendus (ISSN 2100-0700).
Lien: http://histara.sorbonne.fr/cr.php?cr=165
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L’ouvrage est le catalogue de l’exposition qui s’est tenue au Musée Égyptien du Caire, du 9 septembre au 13 octobre 2007. Cette exposition s’insérait en fait dans la célébration du centenaire de l’installation de l’IFAO dans le Palais Mounira. L’ouvrage, qui présente un aperçu des découvertes de l’IFAO durant les 25 dernières années, est organisé en huit chapitres correspondant à huit sites fouillés par l’IFAO, classés par ordre alphabétique (Abou Roach, Adaïma, Bâb el-Tawfiq, Balat, Désert oriental, Douch, Gebel el-Zeit et Tebtynis). Chaque chapitre comporte une courte introduction présentant l’historique du site et des fouilles ainsi qu’une présentation d’objets découverts lors des fouilles, présentés à l’occasion de l’exposition. On peut déjà avoir une idée de la sélection sévère opérée en considérant la carte de l’Égypte placée en tête du catalogue, qui recense pas moins de 29 sites étudiés par l’IFAO. Le neuvième et dernier chapitre, intitulé « D’un site à l’autre, Témoignages de l’écrit », propose un parcours thématique.

 

Abou Roach – Le site de cette nécropole royale est fouillé depuis 1900 par l’IFAO, mais la reprise des explorations en 1995 a permis la découverte de la 110e pyramide d’Égypte, en fait pyramide satellite de celle de Rêdjedef. Pyramide cultuelle à l’origine, elle fut probablement le tombeau de la reine Khentetenkai, fille de Chéops et épouse de Rêdjedef (vers 2509-2483 avant J.-C.) – comme l’atteste une grande coupe inscrite au nom de Chéops retrouvée à proximité d’un sarcophage féminin.

 

Adaïma –  Les fouilles d’Adaïma, site prédynastique situé à 8 km au sud d’Esna, sur la rive occidentale du Nil, ont permis de mettre au jour plusieurs nécropoles datant du IVe millénaire avant J.-C. : cimetière de l’Ouest (vers 3700 avant J.-C.), cimetière de l’Est (vers 3500 avant J.-C.) Ce dernier est principalement un cimetière d’enfants, qui a livré un mobilier funéraire important, témoignant du soin rituel apporté à l’enterrement. On trouve des bijoux (colliers, bracelets), du matériel d’entretien (peignes, épingles, palettes à fard) qui indiquent une socialisation des enfants, même très jeunes (12 – 18 mois). Les tombes renferment aussi d’autres objets de prestige (harpons, couteaux en silex, vases) en usage avant leur dépôt.

 

Bâb el-Tawfiq – Les fouilles sur les murailles du Caire, commencées en 2000, ont mis au jour en 2004 une porte en pierre dite Bâb el-Tawfiq, construite en 1090 (califat de Moustansir) et située dans la section orientale de l’enceinte fatimide. La porte était précédée d’une rampe en pierre constituée de blocs pharaoniques, sur l’un desquels on a retrouvé un passage des annales héliopolitaines du roi Sésostris Ier (vers 1920-1875 avant J.-C.) rappelant les dotations annuelles accordées par le roi aux divinités du sanctuaire d’Héliopolis (animaux sacrificiels, accessoires cultuels et réalisations architecturales).

 

Balat – Le site, situé dans l’oasis de Dakhla, a permis de mettre au jour le palais des gouverneurs de l’oasis sous Pépy II (vers 2216-2153 avant J.-C.). La fouille extensive du palais a été privilégiée parce qu’elle autorisait une reconstitution de son fonctionnement : de nombreux documents et objets ont été trouvés en place, qui permettent d’analyser la société d’une préfecture coloniale, chargée d’administrer un territoire agricole et de contrôler les pistes commerciales du Sud. Outre du mobilier funéraire, les chercheurs ont découvert des représentations statuaires des gouverneurs.

 

Désert oriental – Ce désert est surtout fouillé au Mons Claudianus, carrière de granit en usage sous l’Empire romain. La disposition des roches se prêtait à l’extraction de grands blocs monolithes destinés à servir la propagande impériale, dont certains sont restés sur place (notamment une colonne haute de 18 m). La découverte de détritus a permis de retrouver des fiches de paie d’ouvriers datant d’Antonin le Pieux, mais également un réseau de fortins (praesidia) destinés à sécuriser la route commerciale passant par le port de Bérénice, en provenance de l’océan Indien. La fouille a révélé des décors peints atypiques datés de Trajan et retrouvés dans une pièce abandonnée servant de dépotoir. L’étude des ostraca découverts dans le Désert oriental a permis de montrer que les soldats du désert étaient plutôt des fantassins que des cavaliers.

 

Douch – Ce site constitue l’autre grande fouille romaine de l’IFAO, lancée en 1976. En 1989, les archéologues découvrent le trésor dit « de Douch ». Ce trésor offre un bon exemple du mobilier cultuel présent dans les temples gréco-romains, souvent disparu car composé d’objets précieux : retrouvés dans le temple de Sérapis construit sous Domitien (81-96 après J.-C.), les objets ont dû être enfouis durant l’Antiquité tardive. Le joyau de la collection est une couronne cultuelle en or, représentant Sérapis lui-même, qui devait être portée par le prêtre plutôt que par la statue du dieu. Cela permet d’avoir une idée de la richesse effective des sanctuaires antiques (dont on peut avoir une idée également par les inventaires sacrés de Délos). Le site a également été marqué par la restauration de la porte monumentale construite sous Trajan. Actuellement, des études sont en cours sur l’environnement et les dispositifs hydrauliques afin de comprendre le développement agricole de toute l’oasis.

 

Gebel el-Zeit –  Sur ce site, les anciens Égyptiens exploitaient tout au long du IIe millénaire avant J.-C. le minerai de galène, qui servait à fabriquer le kohol, fard noir pour les yeux, recherché pour ses vertus thérapeutiques. Outre les techniques minières, les fouilles ont permis de mieux connaître la vie quotidienne et les pratiques religieuses des habitants. Les archéologues ont notamment identifié un sanctuaire de la déesse Hathor (déesse des mines et des expéditions lointaines), dans lequel on a retrouvé des offrandes – notamment des figurines féminines en terre cuite. Le site se caractérise également par l’absence d’habitat permanent, l’exploitation de la galène faisant l’objet d’expéditions temporaires.

 

Tebtynis – Dans ce site célèbre depuis le début du XXe siècle pour les papyrus qu’on y a trouvés, les fouilles conduites depuis 1988, conjointement avec l’Università degli Studi de Milan, visent à reconstituer l’histoire de cette agglomération du Fayoum aux époques ptolémaïque, romaine, byzantine et arabe. Les archéologues ont mis au jour des quartiers d’habitation (début IIIe siècle avant J.-C. – fin IIe siècle après J.-C.), des salles de réunion (deipneteria), un grenier et un établissement thermal. On a par ailleurs retrouvé deux fenêtres en bois, sans aucun parallèle parmi les témoins archéologiques connus. La fouille s’accompagne de travaux de conservation pour protéger de l’érosion et rendre les résultats des travaux lisibles aux visiteurs.

 

D’un site à l’autre : témoignages de l’écrit –  Cet ultime chapitre présente des objets servant à écrire (une palette de scribe en ivoire, un stylet en os retrouvés à Balat), ainsi que divers  supports et divers types d’écrit. Cette variété permet de souligner l’adaptation des modes d’écriture à l’environnement : à Balat, on écrit sur des tablettes d’argile non cuites qui peuvent être réutilisées (lettres administratives ou listes domestiques) ; à Tebtynis, ce sont les papyrus qui sont les plus fréquents (par exemple pour l’enregistrement de plaintes judiciaires) ; dans le désert Oriental, on écrit sur des ostraca, qui consignent aussi bien le journal de la poste militaire que le rationnement de l’eau ou les tâtonnements d’un apprentissage de la lecture.

 

En définitive, le catalogue de cette exposition témoigne des récents développements de la recherche archéologique sur les chantiers de l’IFAO : les sites retenus, qui ne se réduisent pas aux plus connus du grand public et font la part belle aux sites « désertiques », de part et d’autre du Nil, permettent d’illustrer la variété des époques et des problématiques auxquelles sont confrontés les archéologues.  L’ouvrage constitue ainsi un bon aperçu clair et synthétique pour tout lecteur curieux de l’histoire égyptienne sur le temps long.