Subotic, Gojko: Terre sacrée du Kosovo
24x30 cm
256 pages
96 illustrations couleurs, 160 illustrations noir et blanc
Couverture reliée sous jaquette
ISBN 978-2-35278-008-X
Prix : 49 €
(Thalia Editions, Paris 2006)
 
Compte rendu par Florian Louis, École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS, Paris)
(flouis@ehess.fr)

 
Nombre de mots : 613 mots
Publié en ligne le 2008-12-04
Citation: Histara les comptes rendus (ISSN 2100-0700).
Lien: http://histara.sorbonne.fr/cr.php?cr=171
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Sous le titre Terre sacrée du Kosovo, les éditions Thalia proposent au public francophone une réédition largement refondue, notamment sur le plan iconographique, d’un livre paru pour la première fois en français en 1997 aux éditions Desclée de Brouwer. On a là sans conteste un utile ouvrage pour la diffusion auprès du grand public de la connaissance du riche patrimoine architectural de la Serbie médiévale, domaine dans lequel la bibliographie en langue française demeure éparse, datée et souvent hyperspécialisée. Un tel ouvrage s’avère qui plus est d’autant plus nécessaire et symboliquement important qu’on sait que nombre de ces trésors de l’art sacré ont été à de multiples reprises et ce jusqu’à très récemment -événements de mars 2004- la cible de dégradations voire de destructions totales menées par des groupes nationalistes albanais tentant d’effacer les traces du passé orthodoxe de la région serbe aujourd’hui devenue indépendante. Objets d’histoire, ces monuments sont donc aussi des enjeux de mémoire d’une brûlante actualité, raison de plus pour mieux en diffuser la connaissance.

 

Dans sa courte introduction, l’auteur insiste, outre une rapide présentation du contexte politique et spirituel qui permit ce formidable épanouissement artistique, sur ce qui fait la richesse, la valeur heuristique et l’originalité de l’art médiéval du Kosovo, à savoir la « cohabitation et l’interpénétration de formes stylistiques hétérogènes, qui aboutissaient quelquefois à des symbioses tout à fait inattendues » entre influences occidentales et byzantines. Il revient également sur la méthode adoptée par lui dans l’ouvrage pour mettre en lumière cette symbiose kosovare : « notre ambition a été de présenter, au moyen d’une sélection adéquate des œuvres, les caractères de la vie artistique du Kosovo, notamment du point de vue de l’art monumental : architecture, sculpture et peinture murale ». L’étude ne prétend donc pas à l’exhaustivité – bien qu’elle propose en annexe un précieux et complet inventaire des sanctuaires du Kosovo et de la Metohija - mais préfère s’attarder sur quelques sanctuaires jugés représentatifs des deux grandes périodes que l’auteur dégage – sans vraiment justifier ce découpage - au sein de son corpus : « les commencements » du XIIIe siècle (représentés ici par Saint-Pierre de Korisa, la Studenica de Hvosno, la Mère-de-Dieu de Ljevisa et les Saints-Apôtres de Pec) et « l’épanouissement et les persistances successives » du XIVe siècle (La Mère-de-Dieu de Ljevisa encore, Banjska, Gracanica, Decani, le patriarchat de Pec, la Mère-de-Dieu de Hodigitria et les Saints-Archanges de Prizren). Pour chacun des treize sanctuaires sélectionnés, l’auteur adopte une même démarche : présentation générale du contexte et des origines de la fondation, analyse architecturale du monument, étude de son iconographie, et enfin évocation de la postérité et de l’état de conservation actuel du monument. Chacun des chapitres est accompagné de dessins, plans et photographies en noir et blanc qui permettent de visualiser l’état actuel des lieux et surtout, ce qui facilite grandement la lecture et la compréhension des analyses développées par l’auteur dans son texte, de reconstituer la configuration initiale du site. Pour les édifices les mieux conservés, le lecteur dispose par ailleurs d’un cahier central conséquent et tout en couleur, proposant 87 planches issues d’une récente campagne photographique menée par Jovan Stojkovic et Branimir Strugar.

Dans ce bel ouvrage d’introduction à l’art sacré du Kosovo médiéval, on pourra simplement regretter la structuration très classique : plutôt qu’une présentation successive et chronologique des sanctuaires retenus, qui prête nécessairement le flanc à une critique quant aux critères de la sélection et aux oublis et négligences inévitables qu’elle engendre, une analyse transversale permettant de dégager des traits communs et de pointer d’éventuelles divergences entre les différents éléments du corpus retenu eût à n’en pas douter été plus stimulante et aurait permis de tirer des conclusions théoriques plus originales. Il n’en demeure pas moins que l’ouvrage, ne serait-ce que par la précision des présentations, la richesse et la beauté de son iconographie et la qualité matérielle du livre, mérite le détour, ne serait-ce que pour le plaisir des yeux. Il remplit en tout cas pleinement son objectif d’initiation à un patrimoine de valeur inestimable tout à la fois méconnu et en danger. Et d’autant plus en danger qu’il est méconnu.