Chastel, André: Architecture et Patrimoine, Choix de chroniques parues dans Le Monde. Préface Philippe Bélaval. Introduction Jean-Marie Pérouse de Montclos. Textes choisis par Dominique Hervier et Christiane Lorgues-Lapouge, 239 pages, ISBN 978-2-7577-0235-2, 19€
(Editions du Patrimoine, Centre des monuments nationaux, Paris 2012)
 
Compte rendu par Oriane Rebillard
(oriane.rebillard@yahoo.fr)

 
Nombre de mots : 2905 mots
Publié en ligne le 2014-08-26
Citation: Histara les comptes rendus (ISSN 2100-0700).
Lien: http://histara.sorbonne.fr/cr.php?cr=1751
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          Cet ouvrage est une réédition d’une compilation des chroniques hebdomadaires publiées par André Chastel dans le journal Le Monde entre 1945 et 1988. La première édition était parue en 1994, soit quatre ans après le décès de ce célèbre historien de l’art français de la deuxième moitié du XXe siècle. Sur environ 1500 contributions, quelques 220 furent consacrées à l’architecture, à l’urbanisme et au patrimoine. Ce recueil regroupe une cinquantaine d’articles traitant de ces sujets.

 

          L’introduction (p. 9-19), rédigée par Jean-Marie Pérouse de Montclos, revient sur les quatre thématiques principales du livre. Dans un premier temps, les écrits portent sur la reconstruction des villes suite aux destructions massives de la seconde guerre mondiale. Les positions de Chastel peuvent paraître ambiguës dans la mesure où il vante le travail de Perret au Havre et à Amiens et se pose en fidèle partisan du modernisme, alors qu’en parallèle il s’oppose au tout automobile et prône la sauvegarde des centres anciens. Dans un deuxième temps, ses écrits s’intéressent à l’architecture moderne et contemporaine. Il salue les réalisations de Le Corbusier, ce « Picasso de l’architecture » ou bien de Perret qu’il qualifiait de « plus glorieux des architectes français ». Cet intérêt pour l’architecture contemporaine va peu à peu glisser vers la défense du patrimoine, troisième thématique de l’ouvrage. Le patrimoine est une notion toute récente pour l’époque, que Chastel a eu le mérite d’introduire dans la presse quotidienne. Il prend position contre la destruction de la Villa Savoye à Poissy et du quartier des Halles à Paris, dénonce les restaurations abusives et l’architecture du XIXe siècle et revendique la nécessité d’inventorier le patrimoine national. Ce dernier point fait l’objet de la dernière thématique. Partant du constat que la France est alors le seul grand pays d’Europe a ne pas avoir entrepris un inventaire monumental et artistique, un des facteurs de l’affaiblissement des consciences régionales selon lui, il créa le Centre de recherche d’histoire de l’architecture moderne (CRHAM) au CNRS. C’est la raison pour laquelle il milita pour la décentralisation de ces services et leur rattachement aux régions.

 

          Une première chronique (p. 21-23), parue pour les 20 ans de la création de l’inventaire général, revient sur les principes fondateurs de ce service, qui sont : le traitement du sujet étudié dans sa globalité, le recours à la technologie informatique grâce à l’ordinateur et l’expérience acquise lors du travail sur le terrain. De plus, l’idée d’ensemble prime sur le monument isolé, ce qui représente une avancée fondamentale dans la conception du patrimoine.

 

          La première partie, intitulée « 1945-1957. Préserver et construire » (p. 25-105) explore à travers 24 articles les difficultés et les enjeux de la reconstruction. Chastel déplore l’habitude prise de distinguer les bâtiments et monuments à conserver de la construction nouvelle. Ce manque de perméabilité conduit trop souvent au désir de faire table rase du passé au profit du tout moderne. Il rappelle que chaque ville possède ses lieux chargés d’histoire, qui occupent une place prédominante dans le paysage urbain. Il faut préserver ces lieux, les entretenir et les mettre en lien intelligemment avec les constructions modernes. La mise en valeur de ces symboles passe aussi par la sensibilisation de la population locale, trop souvent ignorante de la valeur de ce qu’elle possède. Chastel accuse sans détour les paysans incultes qui « dévastent tout peu à peu ». Bien que la guerre ait dévasté d’innombrables constructions, il voit d’un bon œil qu’elle conduise à rebâtir à neuf les faubourgs mal construits du XIXe siècle.

 

          Ces articles sont l’occasion pour l’auteur de citer des exemples qu’il trouve marquants et pertinents et qui servent de support à sa réflexion. En 1946, il publie « Reconstruction et archéologie : Cluny et son abbatiale » (p. 32) où il raconte l’histoire de Cluny et le triste sort de son abbaye, exploitée au XIXe siècle comme carrière de pierres. Les destructions de la guerre ont permis de dégager les abords de l’édifice et de penser un nouvel urbanisme qui conduira à une reconstruction « intelligente et féconde ». Le sort de la capitale le préoccupe beaucoup (p. 34). La même année iI évoque la lutte entre les défenseurs du Vieux-Paris et les partisans d’un Paris neuf et rappelle l’urgence de l’aménagement des cités périphériques telle que Gennevilliers. Pour l’auteur, les urbanistes ont un rôle essentiel pour moderniser et équiper cette agglomération qui compte 8 millions de personnes.

 

          En 1947, il consacre une série de neuf articles (p. 39-80) s’articulant autour de la problématique « où en est l’urbanisme français ». Il revient sur l’existence du ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme (MRU), qui devrait être la preuve que le pouvoir tient à surveiller l’aménagement du pays de près via les plans de la reconstruction. Ces documents seront l’occasion de repenser et d’organiser les villes de manière rationnelle afin de rattraper les erreurs faites durant l’entre-deux guerres. Il expose les différents courants de l’urbanisme (p. 43) : le modernisme, porté par Marcel Lods, qui met en avant les techniques et les ressources modernes ; l’humanisme de Gaston Bardet, qui place l’homme au centre du projet conceptuel ; l’empirisme de Pierre Lavedan, pour qui chaque ville est un cas particulier. De plus, il oppose deux conceptions de l’aménagement (p. 57). La première favorise les constructions en hauteur, les espaces verts et le rejet des voitures à la périphérie des îlots. La seconde est la banlieue résidentielle, totalement équipée pour être autonome et comprenant 30 à 40 000 logements.

 

          Chastel cite de nombreux exemples, réussis ou non, de cet urbanisme d’après-guerre, tels que Boulogne-sur-mer, Orléans, Rouen, Maubeuge, Amiens… Les composantes d’une ville réussie sont la spécialisation des quartiers (habitations, industriels, administratifs...), la réintroduction des espaces verts et de la lumière, tout en conservant les constructions anciennes. L’idée de la ville nouvelle, destinée à désengorger les grosses agglomérations, émerge peu à peu.

Les problèmes de circulation (p. 50) sont le point noir de l’urbanisme, qui doit s’attacher à les résoudre par le déplacement des gares ferroviaires en périphérie afin de gagner des terrains au centre des villes, la suppression des carrefours automobiles et l’élargissement des rues. Les villages et les zones rurales (p. 65) ne doivent pas rester en marge et les mesures mises en place pour les villes doivent aussi s’appliquer à ces espaces afin que la reconstruction du pays se fasse rapidement et bien. Or l’auteur déplore le manque d’urbanistes pour mener à bien cette tâche d’une part, et le frein que risquent de représenter les aspects financiers et politiques d’autre part.

 

          Après ce cycle consacré à l’urbanisme, Chastel se préoccupe davantage d’architecture. Il accable la nouvelle école de médecine à Paris (p. 75), qui ne respecte ni le tracé de la rue, ni sa volumétrie et dénonce les opérations « mal adaptées, dédaigneuses du passé et ignorantes de l’avenir ». L’achèvement du rond-point de la Défense (p. 103) lui offre l’occasion de se positionner pour  l’innovation architecturale dans le secteur. En province, il revient sur la réussite de Perret dans les villes du Havre (p. 93) et d’Amiens (p. 97). Fait qui peut paraître étonnant, il défend ardemment la tour de ce dernier à Amiens, construite aux frais du MRU, alors qu’elle n’a aucune vocation ni utilité mis à part d’offrir un point de vue sur la ville.

 

          La deuxième partie intitulée « 1958-1962, Voir l’architecture » (p. 107-131), s’intéresse à travers six articles à la nécessité d’apprendre à connaître le patrimoine architectural, quelle que soit son époque. Une fois de plus, il déplore que des personnes peu cultivées fassent disparaître tout ce qui est apparu après le gothique (p. 109) telles que les façades de pierre des boutiques, la statuaire baroque ou les rampes forgées des escaliers et il rappelle que chaque époque a eu son importance et que les styles s’interpénètrent, composant une histoire continue à travers le temps. En mars 1959, il attire l’attention sur la villa Savoye (p. 115), construite par Le Corbusier et menacée de destruction au profit d’un établissement scolaire. C’est la première fois qu’il se positionne pour la protection d’une architecture qu’il considère, et ce bien qu’elle date du XXe siècle, comme du patrimoine.

 

          Deux articles se penchent sur la notion d’inventaire. Le premier traite des vitraux (p. 118), dont les témoins rescapés de la guerre font l’objet d’un inventaire conduit par des spécialistes. Dans un second il clame la nécessité de la mise en place d’un service d’inventaire national en France (p. 129), seul pays à ne pas avoir un inventaire monumental en cours. Ce service, placé sous le contrôle du CNRS et exploité par le ministère des affaires culturelles orienterait les recherches historiques et archéologiques, guiderait les offices de tourisme, interviendrait dans l’enseignement, la construction et serait un soutien aux services des Monuments Historiques.

 

          Enfin, il s’intéresse aux « grands ensembles » (p. 125), ces nouveaux quartiers de 1 000 à 10 000 habitants qu’il considère comme « l’application pratique du point de vue que recommandait la réflexion des historiens ». Ces constructions ont le mérite de préserver les centres anciens de la démolition et de ne pas dénaturer le site d’implantation puisqu’ils lui sont totalement consacrés. Pourtant, la solution idéale serait de mêler architectures anciennes et modernes, comme cela se fait couramment aux États-Unis, comme à Chicago.

 

          La troisième partie intitulée « 1958-1962, Paris sera-t-il une “macropole” uniforme ou différenciée ? » (p. 133-181) est consacrée en grande partie aux évolutions de la capitale et au devenir du quartier des Halles. L’auteur revient sur les réussites et les échecs de l’urbanisme parisien. Il ne tarit pas d’éloges sur le nouveau bâtiment de la Maison de la radio (p. 135), nouveau signal urbain construit par Henry Bernard en bord de Seine, qu’il compare à un « Colisée à petites fenêtres ». A l’inverse, il est contre le projet d’établir des voies de circulation sur la rive droite de la Seine (p. 140). Il déplore la tendance du moment à sacrifier les noyaux historiques des villes à la circulation et cite l’exemple de la ville de Venise, menacée par des projets d’autoroutes et de monorail aérien au-dessus des îles. Il rappelle les trois impératifs de l’urbanisme moderne : ne pas abandonner les centres anciens à la spéculation, les préserver de la comédie folklorique en y implantant des fonctions administratives et culturelles et la prévision des aménagements techniques nécessaires. Le débat sur le quartier des Halles lui fait pointer du doigt les incohérences urbanistiques de l’agglomération parisienne (p. 166), régie par les impératifs de circulation et de rentabilité : projet de parking sous le parvis de Notre-Dame ou calculs erronés pour la construction d’un passage sous la Concorde, entraînant une surélévation du sol. Il regrette que la ville souhaite édifier des bâtiments officiels au centre-ville sous prétexte d’en éviter le dépérissement, quitte à étouffer le quartier, alors qu’elle aurait tout intérêt à ne pas négliger sa périphérie afin de « préserver cette atmosphère saturée de culture et d’histoire que le monde nous envie » (p. 173).

 

          Pas moins de six articles sont consacrés au quartier des Halles entre 1963 et 1971. Durant ces huit années, l’auteur va témoigner des multiples péripéties de ce quartier et des difficultés des municipalités à trouver une issue. Il revient sur son histoire (p. 137) et considère qu’il est le maillon central d’une chaîne qui s’étend du Paris royal, avec le Louvre et les Tuileries, au Paris municipal marqué par l’Hôtel-de-Ville. Entre les deux, de nombreuses demeures anciennes sont à mettre en valeur. Ce positionnement central ne peut tolérer un projet mal étudié et bâclé. Pourtant, dès 1966 (p. 162), il apparaît que les projets retenus sacrifient les percées anciennes pour prolonger les voies haussmanniennes et y implantent un grand centre commercial. L’idée d’un centre culturel (p. 166) réutilisant une partie des constructions de Baltard est bien vite avortée au désespoir de Chastel qui accuse la spéculation des grands magasins prêts à profiter du naufrage de la capitale empêtrée dans ses problèmes d’urbanisme. En 1970, l’auteur témoigne de l’occupation spontanée des Halles désaffectées (p. 177) par de nombreux acteurs de la vie culturelle. Durant trois ans, salons, expositions, spectacles de théâtre et de cirque et divers festivals se sont tenus dans les lieux. Cette démonstration d’intérêt collectif est la preuve qu’une reconversion à vocation culturelle est possible. Mais malgré son interpellation à conserver la « cathédrale de Baltard », la destruction est actée dès 1971. Dans une chronique intitulée « la nef échouée » (p. 180), l’auteur dénonce le triomphe de quelques ingénieurs têtus et accuse les promoteurs de « l’opération massacre » qui « assassinent la basilique de Baltard ». Finalement, le projet d’un centre commercial est abandonné au profit de l’arrivée souterraine du RER.

 

          Les autres articles de cette troisième partie sont liés à la préservation du patrimoine et aux moyens techniques d’y parvenir. En 1964, Chastel voit dans la photographie aérienne (p. 144) un formidable moyen de reconnaître les ensembles et les sites. Il y voit un outil pour les campagnes d’inventaire et affirme qu’elle est appelée à jouer de grands rôles dans l’exploration de vestiges. Les restaurations et rénovations qui sont réalisées à travers le pays lui offrent l’occasion de redire à quel point il est nécessaire de respecter les limites anciennes qui ont déterminé la construction monumentale. Il n’hésite pas à citer des exemples concrets de mauvaises réalisations, comme à Aix-en-Provence ou à Avignon (p. 166). Il fustige un urbanisme électoral fort préjudiciable à ces villes et que les touristes, principaux intéressés, ignoreront dans le futur.

 

         Enfin, Chastel profite d’événements ponctuels, tels qu’une exposition sur Viollet-le-Duc à l’Hôtel de Sully en 1965 (p. 151), ou la mort de Le Corbusier (p. 156), pour saluer la mémoire de ces visionnaires, les réhabiliter aux yeux du public et parler d’architecture.

 

          Dans la quatrième et dernière partie intitulée « 1975-1988, quand la France aimait les belles pierres » (p. 183-213), L’auteur s’intéresse davantage aux événements actuels porteurs de patrimoine. Il traite successivement de deux colloques. Le premier, qui a lieu à Arc-et-Senans en 1975 (p. 185), est consacré à la reconversion du patrimoine et aux moyens de le conjuguer avec les constructions modernes. Il avance que les nouveaux bâtiments ne font plus l’unanimité et que la préservation de l’ancien émerge peu à peu, au profit des centres anciens qui, une fois restaurés, demeureront des lieux de vie. Le second colloque, tenu à Tours en 1979, porte sur le thème de l’escalier (p. 197) et a permis de regrouper des spécialistes de toute l’Europe et de confronter des exemples de chaque pays. La Ville de Tours est à nouveau évoquée en 1981 (p. 199) quand elle accueille à l’initiative du centre de la Renaissance de Tours des événements culturels liés aux traités d’architecture. Il cite le travail de l’Inventaire général de la région Centre et en particulier les recherches de Bernard Toulier qui a analysé le bâti afin de restituer les tracés anciens. En parallèle le service des Monuments Historiques de cette région communiquait au fur et à mesure les résultats de ses chantiers. Chastel conseille aux secteurs sauvegardés de suivre cet exemple réussi.

 

          Ses chroniques sont le moyen de faire un état des lieux du patrimoine en France. En 1975, il vante les richesses culturelles du pays (p. 189) qui attire chaque année davantage de touristes et se plaint du manque de moyens d’information. Il rappelle le rôle que peuvent jouer sur ce point les services de l’inventaire, à la condition que ces derniers soient gérés par les régions (p. 193) afin de garantir les spécificités locales du bâti.

 

          Peu à peu, les notions de patrimoine et d’architecture se mêlent, et en 1984 il regrette l’absence d’un musée de l’architecture et de l’espace français (p. 202) qui aurait pour objectif de faire connaître au public les spécificités de « l’Architecture à la Française », d’après le titre de l’ouvrage de Jean-Marie Pérouse de Montclos dont il fait la critique.

 

          Enfin, il cite l’exemple du musée Picasso, fraîchement inauguré en 1985 (p. 206) pour vanter les mérites de la reconversion réussie d’un ancien hôtel particulier du XVIIe siècle en écrin pour les œuvres de l’artiste.

 

          Ces chroniques sont l’occasion de faire la promotion d’événements culturels ayant lieu au moment de leur rédaction, tels qu’une exposition sur les vitraux ou l’inauguration d’un nouveau musée à Cluny (p. 73). Les publications ne sont pas en reste. Par exemple, il consacre un article sur le livre Apprendre à voir l’architecture (1952) de Bruno Zévi, dans lequel il approuve la vision de l’auteur, en particulier en ce qui concerne l’architecture organique du XXe siècle. La même année il établit la critique de la Vie des monuments français de Paul Léon (p. 81), qui retrace l’histoire des Monuments Historiques et de son service. En 1981, le livre de Nicolas Reyniès consacré au mobilier domestique lui donne l’occasion de revenir sur la carrière de Pierre Verlet, ancien conservateur en chef des objets d’art du Louvre qui a consacré sa vie à la collecte et à l’étude du mobilier.

 

          De même, il lui arrive de se baser sur un fait divers pour défendre une idée générale, comme cet article nommé « Mort aux retables » de 1965 (p. 148), où il narre comment un curé des Landes a démoli puis enterré le retable en bois doré de son église, pour ensuite attirer l’attention sur la nécessité de désigner dans chaque département une commission de surveillance des objets d’art appartenant aux collectivités et rattachée au service des Monuments Historiques.

 

          Ces analyses sont à chaque fois le support des idées de Chastel sur l’architecture, l’urbanisme et le patrimoine de son époque, thèmes peu connus sur lesquels il souhaite sensibiliser son lectorat.

 

          Le livre s’achève sur une liste chronologique des articles concernant l’architecture et le patrimoine en France publiés dans Le Monde (1945-1988) (p. 215-224), puis des index de noms de personnes (p. 225-229) et de lieux (p. 231-235). Il se termine par la table des matières (p. 237-239).

 

          Ce recueil de chroniques publiées durant presque un demi-siècle nous permet de voir l’histoire d’un autre œil. Chastel, qui a vécu chaque événement sur l’instant, a livré ses sentiments et ses impressions « à chaud ». Si certaines idées demeurent constantes, telles que la nécessité de concevoir l’urbanisme avant de construire et l’importance des centres anciens dans les villes, d’autres ont tendance à évoluer avec le temps. C’est le cas pour la notion du patrimoine, quasiment absente dans les années 1940 et omniprésente à la fin des années 80. De même, les imposantes et importantes constructions modernes qu’il a défendues dans les années 50 et 60 ne font plus vraiment l’unanimité deux décennies plus tard. Les impressions de Chastel témoignent de l’évolution des mentalités et du changement des priorités au fil du temps. L’expérience, en plus d’être instructive, nous incite à prendre du recul face à ces faits qui, sous le couvert d’appartenir à notre histoire, auraient tendance à perdre la charge émotionnelle qu’ils eurent autrefois.