AA.VV.: Dagens, Bruno - Manguin, Pierre-Yves - Bernon, Olivier de - Pichard, Pierre (dir.), Archéologues à Angkor - Archives photographiques de l’Ecole française d’Extrême-Orient. 240 pages, 21,2 cm × 27,0 cm × 1,9 cm, ISBN : 978-2-7596-0136-3, 29 €
(Paris Musées, Paris 2010)
 
Compte rendu par Laurianne Sève, Université Lille 3
(laurianne.seve@club-internet.fr)

 
Nombre de mots : 1108 mots
Publié en ligne le 2014-04-07
Citation: Histara les comptes rendus (ISSN 2100-0700).
Lien: http://histara.sorbonne.fr/cr.php?cr=1874
 
 

 

          Comme les autres écoles françaises créées pour encadrer les activités de recherche à l’étranger, l’École française d’Extrême-Orient se trouve à la tête d’un immense fonds d’archives photographiques, plus de 100 000 clichés, dont elle doit se préoccuper de la bonne conservation mais également de la valorisation. Une exposition, organisée au Musée Cernuschi du 9 septembre 2010 au 2 janvier 2011, a permis d’en faire connaître un peu plus d’une centaine, toutes en relation avec les travaux que l’EFEO conduit au Cambodge depuis le début du XXe siècle sur le célèbre site d’Angkor. Très judicieusement choisies par Isabelle Poujol, responsable de la photothèque de l’EFEO, et par Gilles Béguin, alors Conservateur général directeur du Musée Cernuschi, ces photographies mettent en valeur les activités de l’EFEO et sa très forte implication dans la restauration des monuments d’Ankgor, notamment celle du grand temple-montagne du Baphuon, dont la reconstruction sous la direction du regretté Pascal Royère, récemment décédé, fut achevée quelques mois après la fin de l’exposition en juillet 2011.

 

          Le présent ouvrage constitue le catalogue de cette exposition. Il donne une reproduction de bonne qualité des 108 photographies qui avaient été montrées au public, mais constitue aussi une excellente introduction à l’histoire du site d’Angkor et aux travaux que l’EFEO a menés au Cambodge. Les auteurs se sont en effet systématiquement préoccupés de reconstituer le contexte historique et scientifique dans lequel ces images ont été prises, tout en précisant l’histoire des monuments qu’elles viennent illustrer. Le catalogue se divise en deux parties. La première (L’EFEO à Angkor) se compose de neuf contributions qui éclairent chacune un aspect des études que l’école dirige sur ce site. B. Dagens évoque les étapes de la découverte d’Angkor et surtout recense les premières descriptions et les premières illustrations qui en ont été données. P.-Y. Manguin fait de son côté l’historique de l’action de l’EFEO au Cambodge, tandis que O. de Bernon s’intéresse plus particulièrement à des institutions culturelles qu’elle a contribué à fonder dans ce pays (la Conservation d’Angkor, le musée national de Phnom Penh, le musée du Vat Po Veal de Battambang, l’École supérieure de pâli, la Bibliothèque royale et l’Institut bouddhique). P. Richard présente les techniques de construction employées par les architectes khmers et montre quelle fut l’évolution des techniques de restauration mises en œuvre pour restaurer leurs grandes réalisations. Une grande part des activités de l’EFEO a été occupée par ces entreprises de restauration, mais la réouverture du site au début des années 1990 a permis de développer de nouvelles approches et de laisser plus de place à la recherche archéologique. C’est ce dont témoignent les deux contributions de C. Pottier et de J. Gaucher, consacrées à l’organisation urbaine du site, à ses origines et à l’apport très important de ce type de recherches pour la connaissance de son histoire et de sa physionomie. I. Poujoul présente de son côté les archives photographiques de l’EFEO, ainsi que les principaux photographes qui furent leurs auteurs. F. Lachaud évoque l’impact à Angkor des travaux de Noël Peri et de Paul Pelliot, qui furent deux des plus grands orientalistes français. Enfin, C. Jacques fait un très commode résumé de l’histoire d’Ankgor.

 

          La deuxième partie est constituée par la reproduction des archives photographiques. Elles sont constituées de photographies des principaux temples d’Angkor, prises avant leur dégagement de la végétation qui les emprisonnait, puis à différents moments de leur restauration, ainsi que de détails de leur décoration sculptée. Plus que de simples documents d’archive, la plupart de ces photographies sont aussi par leur qualité de véritables objets artistiques. Elles témoignent en outre de la difficulté des conditions de travail et de l’ampleur de la tâche menée à bien par les générations successives de chercheurs et d’architectes de l’EFEO, qui ont largement contribué à faire d’Ankgor l’un des principaux sites du patrimoine de l’humanité. Ces documents sont présentés en cinq chapitres qui respectent la chronologie des temples photographiés. Chacun d’entre eux commence par un plan qui situe ces temples dans la zone archéologique d’Angkor, puis par la présentation des différents rois qui furent à l’initiative de leur construction. Chaque photographie est ensuite accompagnée d’une légende développée qui donne les éléments d’information nécessaires à sa compréhension. Les auteurs se sont efforcés de donner des citations tirées de documents d’archives de la Conservation d’Angkor (les Rapports ainsi que les Journaux de fouilles) qui décrivent précisément les travaux entrepris et illustrés, que le lecteur expérimente ainsi concrètement. L’ouvrage se termine par plusieurs annexes, dont une carte archéologique du Cambodge, malheureusement illisible du fait de l’échelle adoptée et inutilisable.

 

          Au total, l’ouvrage est une très belle réussite. Il met à disposition du public certains des plus beaux clichés du fonds documentaire de l’École française d’Extrême-Orient, mais contribue également à faire connaître l’action déterminante de cette institution au Cambodge. Il faut enfin saluer le souci constant des auteurs de les rendre accessibles au public des non-spécialistes. L’ouvrage peut aussi se lire comme une introduction à l’histoire d’Angkor et à celle de sa découverte.

 

 

Sommaire

 

L’EFEO à Angkor, p. 17

La redécouverte d’Angkor et les premières images ou de l’imaginaire aux images, par Bruno Dagens, p. 19

L’EFEO au Cambodge, un siècle de partenariat, par Pierre-Yves Manguin, p. 25

Le rôle de l’École française d’Extrême-Orient dans la fondation des institutions savantes du Cambodge, par Olivier de Bernon, p. 29

Techniques de construction des anciens Khmers et évolution des techniques de restauration, par Pierre Richard, p. 35

Nouvelles données sur les débuts d’Angkor, par Christophe Pottier, p. 45

Angkor, histoire urbaine et archéologie, par Jacques Gaucher, p. 53

Les fonds photographiques de l’EFEO, par Isabelle Poujol, p. 59

Angkor et ses secrets au prisme de l’étranger : témoignages japonais et chinois, par François Lachaud, p. 63

Introduction à l’histoire d’Angkor, par Claude Jacques, p. 63

Archives photographiques de l’EFEO, p. 75

802-889 (cat. 1 à 7), par Isabelle Poujol, p. 77

889-968 (cat. 8 à 23), par Isabelle Poujol, p. 89

Henri Marchal (1876-1970) et la splendeur préservée de Banteay Srei, par Éric Bourdonneau, p. 100

968-1080 (cat. 24 à 31), par Isabelle Poujol, p. 117

Le Baphuon : derniers efforts pour un sauvetage, par Pascal Royère, p. 123

1080-1182 (cat. 32 à 53), par Isabelle Poujol, p. 135

1182-1219 (cat. 54 à 108), par Christine Hawixbrock, p. 161

Neak Pean, par Bruno Dagens, p. 182

Annexes, p. 225

Carte archéologique du Cambodge, p. 226

Carte archéologique du Grand Angkor, p. 228

Tableau synoptique, par Gilles Béguin, p. 230

Glossaire, par Gilles Béguin, p. 232

Quelques interventions de l’EFEO à Angkor, par Gabrielle Abbe, p. 234

Bibliographie, par Gabrielle Abbe, p. 237

 

Laurianne Martinez-Sève