Cavalieri, Marco (dir.): INDVSTRIA APIVM. L’archéologie : une démarche singulière, des pratiques multiples. Hommages à Raymond Brulet. ISBN-13 978-2-87558-079-5, 28 €
(Presses universitaires de Louvain, Louvain-la-Neuve 2012)
 
Compte rendu par Claire Joncheray, Université Paris X-Nanterre
(claire.joncheray@free.fr)

 
Nombre de mots : 2798 mots
Publié en ligne le 2015-09-23
Citation: Histara les comptes rendus (ISSN 2100-0700).
Lien: http://histara.sorbonne.fr/cr.php?cr=1962
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          Deux ouvrages ont récemment été publiés par les Presses Universitaires de Louvain pour rendre hommage à Raymond Brulet, archéologue et professeur au Centre de Recherche d’Archéologie Nationale (CRAN), de l’Université catholique de Louvain. Le premier, paru en 2011, est intitulé De Gallia. Edité par L. Verslype et F. Virvorder, il se concentre sur l’histoire du CRAN, sur la place de R. Brulet dans le dynamisme des axes de recherches et sur ses collaborations universitaires. Le second ouvrage, dont nous proposons le compte rendu, est intitulé Industria Apium, édité par M. Cavalieri, et publié en 2012. Comme le titre le suggère, le livre reflète la masse de travail, la grande variété et l’ouverture au dialogue qui caractérisent l’œuvre de R. Brulet, ainsi que la présente M. Cavalieri dans l’avant-propos (p. 7-10). Quant au lecteur, il lui faut butiner parmi cette variété chronologique (de la période romaine au XVIIe s.) et spatiale (de la Gaule à l’Océanie). Cet hommage est le signe d’une reconnaissance et la preuve d’une continuité de ces axes de recherches par ses élèves, collaborateurs et amis. La reconnaissance, affichée dans chaque article, est présente dans la préface de l’ouvrage avec un rappel des deux périodes de travaux de R. Brulet, en fouille préventive d’une part (1979-1989) puis dans l’enseignement par E. de Waele (p. 11-16). La continuité de ses recherches est attestée par les contributions de vingt-six archéologues et historiens. Comme tout recueil de contributions, les champs d’étude sont assez vastes. Ils sont divisés en cinq parties intitulées : céramologie (4 articles), vie quotidienne et pratiques cultuelles (3 articles), urbanisme et environnement (7 articles), histoire de l’art (2 articles), réflexions historiographiques et recherches identitaires (5 articles).

 

          La première partie est dédiée à la céramique, source majeure en archéologie. En effet, elle permet de dater des sites et de définir leur fonctionnalité comme le présente S. Menchelli lors des prospections dans le Picenum (Diagnostic Sherds in the Pisa South Picenum Survey Project (The Marches, Italy) : some Remarks, p. 23). Sur le territoire d’Asculum et Firmum Picenum (145 km²), les différentes catégories de céramiques ont aidé à identifier les types de sites et à comprendre la construction du territoire. Toutefois, des problèmes d’identification sont sensibles et des travaux typologiques toujours en cours. Par exemple, R. Hanoune (De l’Afrique à Bavay, p. 17) rappelle la difficulté d’identifier un tube à voûte avec embout conique fermé en terre-cuite, d’environ 31cm de long, et les enjeux qu’entraîne un mauvais catalogage dans l’étude des liens entre l’Afrique et la cité de Bavay. Suivent deux articles sur la nécessité d’associer plusieurs disciplines dans l’étude des céramiques afin d’affiner les typologies et d’identifier des ateliers, c’est-à-dire de procéder à des analyses géochimiques, des études pétrographiques et la fouille des sites de production. Ainsi D. F. Williams (The Production of Late Roman Amphora 1 (LR1), p. 33) présente un type d’amphores (LR1) utilisées pendant 300 ans et produites au moins dans deux centres : au nord de la Syrie (en Cilicie) et à Chypre. Arriver à individualiser des ateliers permettrait de repenser le questionnement sur le rayonnement commercial. M. Bonifay, C. Capelli et C. Brun (Pour une approche intégrée archéologique, pétrographique et géochimique des sigillées africaines, p. 41) proposent une première synthèse sur la sigillée africaine (I-VIIe s. ap. J.-C.) grâce aux prospections récentes et à la géochimie. Ils présentent les résultats obtenus pour chaque type de pâtes et de vase, premier pas vers le remplacement des termes alphanumériques par le nom des ateliers.

 

          La vie quotidienne et les pratiques cultuelles sont traitées dans un même ensemble, toutes deux marques d’identité et de traditions. À partir d’une étude de la céramique, G. Schörner étudie l’évolution des pratiques culinaires sur le site « Il monte » proche de San Giminiano, du IIe av. J.-C. au IIIe ap. J.-C. lors des fouilles effectuées depuis 2005 (Cooking in Roman Tuscany : Innovations and Traditions, p. 65). Le passage du monde étrusque à l’empire romain se marque par la continuité des pratiques locales malgré quelques rares imports culinaires comme le garum, sauce à base de poissons utilisée comme condiment. Dans cette même thématique de l’emprunt et de la résilience dans la tradition culinaire, J. Poblome propose une étude sur la fabrication du pain et la consommation de bouillies, dans la colonie Pisidia qui accueillit des vétérans romains (« Our Daily Bread » at Ancient Sagalassos, p. 81). Il se fonde sur plusieurs traces archéologiques : la céramique (mortier, meule, plats), les installations archéologiques (les fours mobiles) et les analyses de résidus (les céréales et le lait). Quelques plats présentent des similitudes avec ceux de Pompéi mais leurs formes restent différentes. Enfin, dans le cadre des pratiques cultuelles, N. Cauwe présente une nouvelle vision de la civilisation de l’île de Pâques à partir des fouilles effectuées depuis 2001 par les musées royaux d’art et d’histoire (Cérémonies de fermeture des autels à statues de l’île de Pâques, p. 95). Il explique les différentes phases de construction des ahus et les rites de destruction : les ahus sont régulièrement détruits et reconstruits, jusqu’à 4 fois. Des phases de culture et un recyclage des statues sont à noter. Il n’est plus possible de concevoir une chronologie comme le proposait Thor Heyerdahl. La découverte d’une fine couche de poussière rouge (hanihani) sur la rampe cérémonielle d’un monument du XVIIe s. fait penser à une cérémonie de clôture de l’utilisation des plateformes. L’absence du hanihani s’expliquerait par une nouvelle utilisation de ces plateformes lors de la guerre fratricide du XVII-XVIIIe s.

 

          La section sur l’urbanisme propose un questionnement sur la définition des villes et de l’urbanité à partir de sept études de cas. Pour le site de Burnum en Croatie, E. Giorgi présente les résultats des missions pluridisciplinaires de l’Université de Bologne (Dalla diagnostica all’archeologia. Ricerche nel sito romano di Burnum in Dalmatia (Croazia), p. 109). La première phase de recherche sur le campement militaire et l’étude urbaine s’est concentrée sur la topographie avec l’utilisation du géoradar, des mesures géomagnétiques, et des mesures de la résistance électrique. Ensuite, les sondages archéologiques ont abouti à des vérifications chronologiques et une étude du bâti a permis la restauration des arcades encore visibles en élévation. Les perspectives envisagées se concentreront sur la valorisation du site. Dans une période de changement, entre le IIIe et le IVe s. ap. J.-C. à l’ouest de la Gaule Belgique, B. Pichon étudie le maillage urbain et le recul de l’urbanité par un déclin progressif et inégal des équipements publics. Par exemple, Beaumont-sur-Oise reste un centre urbain avec une trame viaire et une activité portuaire même s’il ne possède pas de fortifications (Le destin des agglomérations secondaires urbaines de l’ouest de la Gaule Belgique aux IIIe et IVe siècles, p. 123). Deux études se focalisent sur les fortifications des villes pour en comprendre le statut et la chronologie. Des fouilles en 1999 sur l’enceinte de la ville de Cambrai, fondée au IIIe s., ont permis une étude du bâti défensif et de deux phases d’aménagement de l’habitat à partir du IVe s. puis au IXe s (J.-C. Routier et F. Thuillier, Structures d’habitat du Bas-Empire et du Haut Moyen Âge à Cambrai, lycée Fénelon (rue Blériot), p. 135). Les auteurs pensent qu’il faut interpréter ces constructions non pas comme des installations à caractère militaire de type casernement édifié à la hâte, mais plutôt comme des constructions civiles et domestiques réalisées avec les moyens du bord, privilégiant l’efficacité. Pour la colonie de Potentia en Italie Adriatique, F. Vermeulen et P. Monsieur étudient également le passage de la ville romaine à la ville médiévale à partir des fouilles d’une porte dans la partie occidentale, effectuées entre 2007 et 2010 (Le système défensif et la chronologie de la colonie républicaine de Potentia (Marches, Italie), p. 163). Cette présentation des résultats et de la technique défensive se place dans une série de prospections permettant d’établir les phases majeures du développement de la ville en rapport avec les transformations de son territoire, fabriquant du vin et du textile puis du vin et de l’huile. Le passage entre les périodes antique et médiévale est étudié aussi pour le cas de Valence et de son grand complexe épiscopal (A. V. Ribera i Lacomba, La primera fase del grupo episcopal de Valencia (Hispania Carthaginensis), p. 149). Le caractère chrétien du bâtiment se marque par la réutilisation du sanctuaire d’Asclépios et de la curie. Enfin, deux articles se concentrent sur un type particulier de villes, c’est-à-dire les villes portuaires. A. Augenti cherche à comprendre si une tendance générale se dégage dans le passage entre ces deux périodes et à expliquer le déclin progressif des centres urbains en Italie (Archeologia delle città portuali in Italia tra la tarda Antichità e l’alto Medioevo, p. 185). En se fondant sur une étude des fortifications, du paysage monumental, des magasins, du tissu urbain, des édifices résidentiels, et de l’artisanat, il présente trois cas différents : Luni, Ostie et Centumcellae. Ces cités ne contredisent pas le destin des autres, c’est-à-dire une lente dislocation, mais pérennisent les modèles antiques notamment dans le fonctionnement des magasins. L’environnement littoral de ces villes portuaires est essentiel dans leur développement et leur persistance à la période médiévale. Pour la cité de Venise, les questions sur la formation de la lagune et sa présence à la période romaine sont posées par I. Modrzewska-Pianetti et F. Pianetti (La laguna di Venezia in epoca romana, p. 205). Ils démontrent que le temps géologique et le temps historique ne concordent pas, les historiens pensant que la lagune existait déjà à la période romaine à cause de la présence de domus. Les recherches sur l’évolution de la lagune sont donc en cours.

 

          Sous l’intitulé « histoire de l’art », se lisent deux articles, une étude sur les mosaïques à Rhizon dans le Monténégro et une étude sur les sculptures en marbre d’Alba Fucens. Dans les deux cas, le travail se fonde principalement sur une étude stylistique quand les données de la stratigraphie n’ont pas permis de proposer des datations plus précises. Ainsi, P. Dyczek présente chaque pièce de la maison, décrit les mosaïques et analyse finement les motifs de traditions diverses, notamment celui du pelta d’origine italienne et utilisé du Ier au IIIe s. ap. J.-C. (Les nouvelles mosaïques de la « villa d’Hypnos » à Rhizon/Risinium (Monténégro), p. 219). Une datation entre 138-161 ap. J.-C. est alors proposée. Pour les sculptures d’Alba Fucens, C. Evers présente les découvertes des fouilles récentes dans des contextes de spoliation ou de destruction de 500 et 800 ap. J.-C. : un petit Hermès dionysiaque, un fragment de tête de Bacchus, une statuette de Vénus, un morceau d’oscillum, des fragments de statues datant des I-IVe s. (Fragmenta Albensia : sculptures du forum d’Alba Fucens, p. 231).

 

          La dernière section de cet ouvrage comprend une réflexion sur les recherches identitaires, à travers une étude historiographique et quelques études de cas : elle se focalise sur la notion de frontière surtout en Gaule, les problèmes d’identification des militaires et les retombées historiques qu’entraînent ces études archéologiques. M. Reddé revient sur le questionnement de la présence d’une garnison au cœur de la Gaule à Mirebeau, à propos de la fouille menée sur le camp militaire en 2001, publiée en 2011 comme étant une structure liée au sanctuaire (Autour de Mirebeau, p. 269). Non convaincu par cette dernière interprétation, M. Reddé suggère que l’étude du territoire pourrait aider à la compréhension de la fonction de ce site et s’interroge sur les conséquences de la présence militaire dans cette région. En effet, le problème d’identification de la présence des militaires se pose en Gaule. A. Ferdière définit les différentes sources archéologiques qui peuvent identifier des militaires romains dans les oppida (clous, armement, briques estampillées, équipement) et leurs limites interprétatives, car ce matériel peut être utilisé en contexte civil par les vétérans. Il étend son étude aux Germains installés en Gaule intérieure pour critiquer une dérive « culturelle » de l’archéologie qui souhaite définir des marqueurs de culture ou d’identité (Militaires, Barbares en Gaule intérieure : interprétations, surinterprétations et effets de mode dans la recherche en archéologie, p. 283). Il revient sur le problème des indices d’un changement culturel vers le IVe s. ap. J.-C. comme la modification de l’habitat rural, des pratiques funéraires ou de l’habillement interprétés par l’arrivée de Germains ou par une évolution interne des sociétés. Même si les effets de la militarisation et de la germanisation de la société dans les campagnes gallo-romaines existent, l’auteur met en garde contre de trop rapides identifications. R. Pierobon Benoit (Frontiere e identità « nazionali » : il contributo dell’archeologia, p. 355) réfute également le concept d’identité culturelle spécifique à un groupe à partir de l’étude des sites de frontière. Il prend l’exemple du site de Tell Barri en Mésopotamie septentrionale, localisé en zone frontalière romaine. Le matériel du site, tant la brique que le mobilier céramique, montre une faible trace des échanges et une forte pérennité des traditions locales.

 

          Par ailleurs, les dérives narratives de certaines études archéologiques qui associent rapidement les événements relatés par les textes et les découvertes de terrain, doivent être remises en question par une étude critique des sources littéraires. Deux articles analysent ce type de source. Le premier propose une rapide anthologie des textes utiles pour parler de la portée du concept de romanisation qui a donné lieu à une grande bibliographie et suscité beaucoup de polémiques (M. Cavalieri, Gaia d’eti zune panton. La romanizzazione : fonti antiche e categorie moderne, p. 253). Il rappelle ainsi que la romanisation, en tant que phénomène, n’est pas un concept moderne même s’il n’est pas nommé comme tel dans l’Antiquité. Il s’agit plutôt d’un mode de vie, de la romanitas, l’être romain qui est présent dans les sources. Les Anciens sont conscients de ce processus à vocation universelle plutôt pragmatique et des dérives négatives qu’il entraîne. Ensuite, pour l’étude des sources médiévales, M. Gaillard étudie deux vies éditées par Godefroid Henschen en 1658 dans la Bibliotheca Hagiographica Latina provenant d’une adaptation d’une Vie écrite au XIIIe s. par le frère mineur Guibert, une vie abrégée dans un bréviaire manuscrit de Tournai et un récit de revelatio en 1141 (Les deux vitae anciennes de saint Eleuthère, évêque de Tournai : tradition manuscrite et contextes d’écriture, p. 331). L’auteur ne peut dater les manuscrits mais il inscrit leur tradition tournaisienne dans un contexte de revendication de l’indépendance de leur siège épiscopal vis-à-vis de Noyon.

 

          En conclusion, l’ouvrage présente une série d’études de cas variées et plurilingues. Elles sont le reflet d’une recherche internationale et d’un questionnement sur l’archéologie, ses sources et les limites de leur utilisation, la nécessité d’impliquer plusieurs disciplines et la prudence dans l’identification de peuples à partir des seuls critères matériels, toujours indispensables à la connaissance.

 

N.B. : L’ouvrage est proposé également à l’achat sous format pdf par l’éditeur sur le site http://pul.uclouvain.be.

 

 

 

Sommaire

 

Avant-propos 7
Marco Cavalieri


Préface 11
Éric De Waele


Céramologie


De l'Afrique à Bavay 17
Roger Hanoune


Diagnostic Sherds in the Pisa South Picenum Survey Project
(The Marches, Italy): some Remarks 23
Simonetta Menchelli


The Production of Late Roman Amphora 1 (LR1)
David F. Williams 33


Pour une approche intégrée archéologique, pétrographique et géochimique des sigillées africaines 41
Michel Bonifay, Claudio Capelli et Céline Brun


Vie quotidienne et pratiques cultuelles


Cooking in Roman Tuscany: Innovations and Traditions 65
Günther Schörner


'Our Daily Bread’ at Ancient Sagalassos 81
Jeroen Poblome


Cérémonies de fermeture des autels à statues de l’île de Pâques 95
Nicolas Cauwe


Urbanisme et environnement


Dalla diagnostica all’archeologia. Ricerche nel sito romano di Burnum in Dalmatia (Croazia) 109
Enrico Giorgi


Le destin des agglomérations secondaires urbaines de l’ouest de
la Gaule Belgique aux IIIe et IVe siècles 123
Blaise Pichon


Structures d’habitat du Bas-Empire et du haut Moyen-Âge à Cambrai, lycée Fénelon (rue Blériot) 135
Jean-Claude Routier et Freddy Thuillier


La primera fase del grupo episcopal de Valencia (Hispania
Carthaginensis) 149
Albert Vincent Ribera i Lacomba


Le système défensif et la chronologie de la colonie républicaine de
Potentia (Marches, Italie) 163
Frank Vermeulen et Patrick Monsieur


Archeologia delle città portuali in Italia tra la tarda Antichità
e l’alto Medioevo 185
Andrea Augenti


La laguna di Venezia in epoca romana 205
Iwona Modrzewska-Pianetti e Franco Pianetti †


Histoire de l’art


Les nouvelles mosaïques de la « villa d’Hypnos » à Rhizon/Risinium
(Monténégro) 219
Piotr Dyczek


Fragmenta Albensia : sculptures du forum d’Alba Fucens 231
Cécile Evers


Réflexions historiographiques et recherches
identitaires


Γαῖα δ’ἔτι ξυνὴ πάντων.
La romanizzazione: fonti antiche e categorie moderne 253
Marco Cavalieri


Autour de Mirebeau 269
Michel Reddé


Militaires, Barbares en Gaule intérieure : interprétations, surinterprétations et effets de mode dans la recherche en archéologie 283
Alain Ferdière


Les deux vitae anciennes de saint Éleuthère, évêque de Tournai :
tradition manuscrite et contextes d’écriture 331
Michèle Gaillard


Frontiere e identità "nazionali": il contributo dell’archeologia 355
Raffaella Pierobon Benoit


Notes conclusives 375
Marco Cavalieri

 

Ont collaboré à l’ouvrage 377