Bilotta, Maria Alessandra - Chaumet-Sarkissian, Marie-Pierre (dir.): Le Parement d’autel des Cordeliers de Toulouse. Anatomie d’un chef-d’oeuvre du XIVème siècle. 196 pages, 116 illustrations, 24,6 x 28 cm, ISBN-9782757205754, 39,00 €
(Somogy, Paris 2012)
 
Rezension von Sabine Berger, Université Paris IV-Sorbonne
(Sabine.Berger@paris-sorbonne.fr)

 
Anzahl Wörter : 1214 Wörter
Online publiziert am 2016-01-28
Zitat: Histara les comptes rendus (ISSN 2100-0700).
Link: http://histara.sorbonne.fr/cr.php?cr=1975
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          Paru au printemps 2012 à l’occasion de l’exposition présentée du 16 mars au 19 juin au Musée Paul-Dupuy de Toulouse, ce catalogue de près de 200 pages est centré sur l’un des rares témoins matériels issus des églises mendiantes de la ville, le Parement d’autel des Cordeliers. Sous la direction éditoriale et scientifique de l’historienne de l’art Maria Alessandra Bilotta et de Marie-Pierre Chaumet-Sarkissian, responsable du Département des arts décoratifs du Musée Paul-Dupuy, une quinzaine d’auteurs proposent un panorama de la création artistique à Toulouse dans la première moitié du XIVe siècle, sous l’impulsion des Mendiants et en relation avec des foyers plus éloignés, Avignon et Paris.

 

         Brodé d’or et de soie, illustré des principaux épisodes de la vie du Christ, d’images de saints martyrs et d’un cycle de saint François d’Assise, le Parement d’autel (264 x 87 cm) constitue l’une des pièces majeures des collections du Musée Paul-Dupuy. Conservé, au XIXe siècle, en la cathédrale Saint-Etienne, le Parement bénéficie au milieu des années 1980 d’une importante restauration qui en révèle la remarquable maîtrise technique et motive de nouvelles études à son sujet.

 

         L’ouvrage est divisé en trois sections. La première, intitulée « Les ordres mendiants », s’ouvre par une évocation circonstanciée du rôle des Mendiants dans la ville de Toulouse aux XIIIe et XIVe siècles : Michelle Fournié expose en premier lieu les modalités de l’insertion progressive des Mendiants dans l’espace urbain, la répartition et la chronologie de la construction des monastères mendiants au sein de la ville, avant de rappeler l’importance des Franciscains dans le paysage culturel et intellectuel toulousain du premier tiers du XIVe siècle puis d’évoquer quelques figures franciscaines locales particulièrement marquantes, dans des développements plus globalement consacrés à la spiritualité franciscaine, à l’œuvre morale des Franciscains de Toulouse et à l’impact puissant de ces derniers sur les élites urbaines toulousaines. Une contribution de Christian Heck apporte quant à elle un éclairage sur la spiritualité mendiante à partir de l’analyse iconographique du traité consacré à l’éducation des novices, le Libellus... auquel une notice est dédiée un peu plus loin dans l’ouvrage : l’auteur souligne la profonde originalité des vingt-deux enluminures contenues dans ce manuscrit, « véritables exégèses visuelles [dénotant que] l’art et la contemplation ne sont séparés ni dans la pensée ni dans les réalisations des ordres mendiants » (p. 34).

 

         La deuxième section du catalogue, « Le contexte artistique », débute par une présentation historique et architecturale du couvent des Cordeliers de Toulouse, dont Henri Pradalier retrace les étapes de l’implantation et donne à voir la physionomie originelle grâce aux vestiges en place comme aux sources illustrées subsistantes. L’enluminure dominicaine toulousaine du XIVe siècle est traitée par Alison Stones, qui constate que les membres de cet ordre « ne semblent pas avoir établi d’ateliers de production exclusive mais [s’être tournés vers] des ateliers locaux [...] » (p. 51) œuvrant pour une clientèle diversifiée. Michèle Pradalier-Schlumberger focalise quant à elle son attention sur le talentueux – mais mystérieux – Maître de Rieux, dont l’arrivée dans la ville peu avant le milieu du XIVe siècle fut déterminante sur les milieux artistiques toulousains : les œuvres qui lui furent commandées par le Franciscain Jean Tissandier, évêque de Rieux-Volvestre, et par Hugues de Castillon, évêque de Saint-Bertrand-de-Comminges, hissèrent la sculpture gothique toulousaine à une place prépondérante sur la scène artistique européenne des années 1350. Un essai de Sophie Cassagnes-Brouquet sur la profession de brodeur à Toulouse au Moyen Âge tardif, fondé sur l’exploitation des archives notariales du commencement du XVe siècle, ainsi qu’une contribution de Véronique Lamazou-Duplan portant sur l’usage des tentures et textiles dans la demeure toulousaine à la même période, pièces mentionnées dans les inventaires après décès contemporains, complètent ce panorama contextualisé de la production artistique régionale aux XIVe et XVe siècles. Prennent ensuite place des notices particulières rendant compte de la richesse de la création artistique en contexte mendiant dans le Sud-Ouest de la France aux XIIIe-XIVe siècles (missels et Bibles dominicains et franciscains essentiellement conservés à la Bibliothèque municipale de Toulouse, fragments d’un retable de pierre d’origine biterroise, Diptyque de Rabastens, chape brodée ayant appartenu à Saint Louis de Toulouse, chape de Saint-Dominique de Bologne, aumônière en lin du trésor de la collégiale Saint-Martin de Montpezat-de-Quercy, croix-reliquaire albigeoise).

 

         Enfin, la troisième et dernière section de l’ouvrage est pleinement consacrée au Parement d’autel des Cordeliers. La notice spécifiquement relative au Parement, établie par Marie-Pierre Chaumet-Sarkissian, est précédée de quatre contributions complémentaires. Le style et l’iconographie du Parement sont analysés par Maria Alessandra Bilotta, qui démontre les origines toulousaines de cette pièce de tissu brodé en la comparant à des œuvres contemporaines, notamment enluminées et sculptées, produites dans la même région. L’histoire de l’œuvre – maintes fois réparée – est par la suite relatée par Marie-Pierre Chaumet-Sarkissian, de la destination initiale du Parement, qui demeure problématique, à son arrivée en 1961 au Musée Paul-Dupuy de Toulouse. Tandis que Chiara Frugoni se concentre sur les thèmes iconographiques franciscains présents dans la broderie, Christine Aribaud en propose une étude technique, saluant l’extrême qualité d’une œuvre que l’on peut « attribuer [...] à un atelier de professionnels dont la localisation demeure incertaine » (p. 164).

 

         C’est ainsi toute la vie artistique de Toulouse, un siècle après la Croisade contre les Albigeois et dans un contexte économique et politique apaisé, qui est retracée à partir d’une œuvre exceptionnelle, l’un des rares chefs-d’œuvre textiles du Moyen Âge parvenus jusqu’à nous. Le mérite essentiel de cette exposition, sensible dans la structure et, bien évidemment, dans le contenu de la publication accompagnant la manifestation, est d’avoir confronté au Parement d’autel des Cordeliers des œuvres contemporaines significatives relevant de domaines artistiques différents, témoignant de la grande vivacité créatrice dans le foyer mendiant comme de l’existence de sources d’inspiration communes aux artistes. Le lecteur, amateur ou spécialiste, dispose en outre – en fin d’ouvrage – d’une conséquente bibliographie où puiser des références additionnelles afin d’étancher sa curiosité.

 

 

Table des matières :

 

- p. 11 : Préface.

- p. 13 : Présentation.

- p. 14 : Les ordres mendiants.

p. 16 : Le rôle des ordres mendiants à Toulouse à l’époque du Parement d’autel. Michelle Fournié.

p. 24 : Image et contemplation dans les ordres mendiants vers 1300 : l’iconographie mystique du Libellus dominicain de Toulouse (ms. 418). Christian Heck.

- p. 36 : Le contexte artistique.

p. 38 : Le couvent des Cordeliers. Henri Pradalier.

p. 50 : Les Dominicains et la production manuscrite à Toulouse aux environs de 1300. Alison Stones.

p. 58 : La sculpture gothique à Toulouse autour de 1340. Michèle Pradalier-Schlumberger.

p. 66 : Le métier de brodeur à Toulouse à la fin du Moyen Âge. Sophie Cassagnes-Brouquet

p. 74 : Tentures et textiles dans l’habitat civil à Toulouse aux XIVe et XVe siècles. Véronique Lamazou-Duplan

p. 86 : Notices.

- p. 124 : Le Parement d’autel du Musée Paul-Dupuy.

p. 126 : Le Parement d’autel du Musée Paul-Dupuy et son contexte artistique : analyse stylistique et iconographique. Maria Alessandra Bilotta

p. 136 : Du couvent au musée : histoire du Parement dans les collections toulousaines. Marie-Pierre Chaumet-Sarkissian

p. 142 : Franciscan Iconographic Themes in the Altar Hanging of Toulouse. An Overview. Chiara Frugoni

p. 160 : Fils, points et teinture : ressources et limites de l’étude technique. Christine Aribaud

p. 166 : Notice du Parement.

- p. 181 : Bibliographie générale.

- p. 188 : Bibliographie du Parement.