Ceci, Monica (a cura di): Contesti ceramici dai Fori Imperiali. BAR International Series 2455. 173 p., ISBN 978 1 4073 1063 3
(Archaeopress, Oxford 2013)
 
Compte rendu par Ariane Bourgeois, Université Paris I (Sorbonne- Panthéon)
(ariane-bourgeois@laposte.net)

 
Nombre de mots : 2384 mots
Publié en ligne le 2013-11-27
Citation: Histara les comptes rendus (ISSN 2100-0700).
Lien: http://histara.sorbonne.fr/cr.php?cr=1976
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          Ce livre, avec 164 figures (Indice delle illustrazioni, p. 166-171) et 55 tableaux descriptifs (Indice delle tabelle, p. 172-173), continue une série de publications sur les Forums impériaux romains, commencée il y a une vingtaine d’années par deux chercheurs (qui signent ici une courte préface : Roberto Meneghini, Riccardo Santangeli Valenzani, Premessa, p. III). Des fouilles et des sondages des quarante dernières années jusqu’en 2007, dans ces lieux bien connus de tous les antiquisants, ont apporté encore du nouveau. Après un premier volume sur la céramique recueillie, publié en 2006 sous leur direction (R. Meneghini et R. Santangeli Valenzani, Roma. Lo scavo dei Fori Imperiali 1995-2000, I contesti ceramici, collection de l’École française de Rome, 365, Rome), cet ouvrage-ci avec un titre un peu différent, est sous la responsabilité de Monica Ceci, qui a signé seule l’introduction (M. Ceci, Introduzione, p. IV-V), deux des douze articles, et en a cosigné un autre. Il s’agit de mobilier provenant de fouilles récentes, parfois presque inédites, l’une menée par Nino Lamboglia en 1974-1975 sur le forum de César, le second par la Surintendance de Rome entre 1996 et 2006, sur les forums de César et Nerva et sur les Marchés de Trajan. Dans tous les cas, il s’agissait de publier les données significatives pour la datation de la stratigraphie, en excluant le très abondant mobilier résiduel issu des épais remblais accumulés plus tard au-dessus des niveaux antiques. Malgré tout, l’amplitude chronologique des articles couvre près de 2500 ans, entre la fin de la période royale et le début de la république romaine, et le XVIIIe siècle. L’énorme masse de matériel récolté est étudiée selon le système mis au point à la Crypta Balbi. Par ailleurs, une synthèse sur la céramique des forums concernés est faite dès le début (M. Ceci, Fori Imperiali : la storia di un paesaggio urbano attraverso i contesti ceramico, p. 1-9), avec des explications sur le forum de César (p. 7), le temple de la Paix (p. 7-8), les forums d’Auguste (p. 8-9) et de Trajan (p. 9). En réalité, quatre articles portent sur celui de César, trois sur celui de Nerva, un sur le temple de la Paix et enfin un autre sur les marchés de Trajan (celui d’Auguste a déjà été publié en 2010).

 

          Les différents chapitres sont rangés dans l’ordre chronologique, et certains s’intéressent plus particulièrement à une variété de poterie. Tout d’abord, la céramique «a impasto» (Marina Ricci, La ceramica d’impasto del Foro di Cesare, p. 11-23) trouvée dans des niveaux bien antérieurs au forum de César, dans un puits archaïque situé devant la façade du temple de Vénus Genitrix et jadis fouillé par N. Lamboglia. Ces milliers de petits fragments de vases modelés à la main au VIe siècle et début du Ve sont de plusieurs variétés, celle à impasto bruno (marmites, couvercles, écuelles.., parfois ornés), celles à impasto rouge ou clair ; s’y ajoutent de la céramique commune et celle à engobe des deux côtés, très rare ici.

 

          Toujours pour l’époque républicaine, une autre recherche sur une insula des marchés de Trajan a fourni du mobilier issu du niveau juste au-dessus des fondations d’un très ancien habitat aristocratique, ensuite remblayé (Daniela Tabò, I materiali rinvenuti nell’insula della salita del Grillo nell’area dei Mercati di Traiano, con premessa di Roberto Meneghini, p. 25-43). Malgré quelques intrusions tardives, les objets, en position secondaire, sont datables entre le Ve siècle et le milieu du Ier ap. J.-C., les plus nombreux en fait du Ve au IIIe, et ils témoignent d’une utilisation courante, sans rien d’exceptionnel. Outre trois statuettes (p. 42-43) et une tessère de plomb du Ier s. (p. 43), ils consistent en tessons de bucchero, de « ceramica depurata acroma e dipinta » à engobe clair ou variant de l’orange au marron ou au gris, très abondante dans tous les contextes républicains ; mentionnons également des débris attiques à figures rouges, des céramiques étrusques ou a impasto, de la céramique à vernis noir surtout des ateliers romains des « petites estampilles ». Beaucoup plus proches de nous et apportés avec les remblais, il y a trois fragments de sigillée italique, cinq de lampes, sans oublier deux tessons de majolique du XVIIe siècle - début du XVIIIe.

 

          De nouveau au forum de César, un puits fouillé en 1999 - celui des p. 11-23 l’avait été en 1977 -, a été utilisé de l’époque archaïque à celle du dictateur, avant d’être écrêté et scellé par le dallage de la nouvelle place au milieu du Ier siècle av. n. è. (Tommaso Bertoldi, Monica Ceci, Un contesto tardo-repubblicano dal Foro di Cesare, p. 45-59). Le remplissage de cette installation privée est très intéressant par la quantité de vases intacts ou archéologiquement complets, surtout de la vaisselle de table et de réserve (66 %) et des amphores, presque sans fragments résiduels, et également avec pas mal de matériaux de construction. Comme on s’y attend dans un puits à eau, on a trouvé plusieurs dizaines de cruches de fabrication locale, des IIe/ Ier siècles, mêlées à quelques ustensiles de cuisine, un peu de céramique à vernis noir, des vases à parois fines et sept lampes. Une amphore est marquée (p. 58) et il y a enfin des objets de bronze (un poids, une fibule à arc) et de plomb, des scories et quelques monnaies illisibles, beaucoup d’os travaillés (nombreux stylets pour écrire, une cuillère) ou non. Le tout aurait été jeté dans le puits au même moment au milieu du Ier siècle av. J.-C.

 

          Toujours sous un dallage qui les occulte, mais cette fois-ci sous le forum de Nerva dont le projet remontait en fait à Domitien, on a exploré des édifices privés antérieurs, publiés dans trois articles. Outre une synthèse (Daira Nocera, Adele Rinaldi, Gli interri delle strutture repubblicane del Foro di Nerva, Considerazioni sugli ambiente 1, 2 e 3, p. 87-91) sur une domus à mosaïques aux tesselles noires et blanches, pourvue des petites pièces souterraines d’une ergastule d’au moins quatre chambres, l’un concerne deux des trois secteurs fouillés. Dans le mobilier on s’est intéressé à deux séries particulières de la première moitié du Ier siècle de n. è. (Adele Rinaldi, Contesti ceramici del Foro di Nerva dagli ambiente 1 e 2. I vasi decorati a matrice in terra sigillata italica e le anfore (con appendice di Claudio Capelli), p. 61-74). À vrai dire la sigillée italienne ornée n’est présente que par neuf fragments, aux motifs surtout dionysiaques, minutieusement décrits et reproduits. Les amphores, beaucoup plus nombreuses, sont surtout italiques et vinaires. Mais les autres provinces de l’Empire en ont fourni, notamment l’Orient – et beaucoup sont rhodiennes. Elles portent parfois des timbres, des graffites et des inscriptions peintes (p. 71-73). Le dernier article présente le mobilier du troisième secteur de la même fouille, sous un autre angle (D. Nocera, Un contesto ceramico dall’ambiente 3 del Foro di Nerva, p. 75-85). Ici en effet, de grands fragments d’amphores, surtout des formes Dressel 2/4 et Dressel 20,  constituent près des deux tiers des trouvailles, fragments manifestement choisis pour leurs grandes dimensions et leur solidité. Cela nous renseigne sur la date de la structure et son abandon (le Ier siècle ap. J.-C.) et sur le but recherché par les constructeurs (de tels fragments d’amphores servaient pour le comblement, la stabilisation et le drainage du terrain, comme on en connaît beaucoup d’autres exemples dans l’Empire romain : ce souci de salubrité était d’autant plus fort que le quartier républicain de l’Argilète, en creux et très humide, était en proie au paludisme). Ces amphores confirment aussi nos connaissances sur l’activité économique de Rome au début du Haut Empire, par leur abondance et leur variété, par la diversité des produits contenus et celle des provenances depuis toutes les provinces et les régions de la riche Italie. À côté d’elles, les petits débris des vaisselles courantes de la même époque sont peu nombreux et diversifiés.

 

          Dans un autre endroit du forum de César, juste en arrière du portique qui ceinture la place du côté Nord-Ouest, existait une rangée de pièces dont onze sont encore visibles. De ces étroits et longs rectangles, à l’étage disparu, dallés de marbre blanc de Luna, la onzième taberna a été étudiée jusqu’au lit de préparation du pavement (Alessandro Delfino, Ilaria de Luca, Claudia Minniti, Massimiliano Munzi, Lo scavo di una fornace metallurgica nella taberna XI del Foro di Cesare, con appendice di Andrea Pernella, Ulderico Santamaria, Fabio Morresi, p. 93-127). On y a trouvé deux conduites creusées dans la roche à l’époque de l’installation du dallage, ensuite bouchées vers le changement d’ère. Après un long laps de temps, au Ve siècle, après spoliations des dalles, les occupants y aménagèrent une officine de travail du bronze, brièvement utilisée, avec un four. Le mobilier récolté dans les deux conduits appartient aux deux périodes principales, d’abord la seconde moitié du règne d’Auguste (p. 116 : ensemble très cohérent avec peu d’objets, comme de la sigillée italique, des parois fines, 4 lampes, de la vaisselle de table et 4 monnaies), et ensuite le Ve siècle (p. 108-115) : dépôt homogène beaucoup plus abondant, avec des sigillées claires africaines C et D, de la céramique africaine de cuisine, 2 lampes à globules, des amphores surtout africaines, de la céramique commune locale ; un grand fragment de verre gravé d’un personnage, beaucoup d’os travaillé en plaquettes sculptées, enfin 25 monnaies entre 295/296 et 410/435, énumérées p. 116-119). Le reste du matériel a permis d’étudier la faune domestique (p. 120-123) et des échantillons métalliques (p. 124-127).

 

          Enfin ces forums impériaux ont été sporadiquement occupés à des époques plus récentes. Ainsi sur celui de César, un habitat modeste consistait en cinq domus terrinee dont deux ont été fouillées (Alessandro Delfino, Contesti ceramici da due domus terrinee del Foro di Cesare, p. 129-138). De petites dimensions, rectangulaires, face à face de part et d’autre d’une rue, elles sont construites en matériaux de récupération et leur sol demeure en terre battue. Par le mobilier récolté, elles sont datables du Xe siècle - début du XIe, et leur abandon rapide doit être lié à l’insalubrité du quartier. La céramique indique deux phases avec de très nombreux fragments souvent résiduels : vaisselles à vernis sombre épais et vernissé, surtout des cruches, et des vases à liquide de couleur claire.

 

          Encore plus tard, et cette fois sur la place située devant le temple de la Paix (Stefania Fogagnolo, Contesti ceramici del XVII e del XVIII secolo nell’area dell’aula di culto del Foro della Pace, p. 139-151), un habitat date du XVIe siècle - début du XVIIe jusqu’au XVIIIe siècle. Dans ce quartier dit « alexandrin » installé dans une zone auparavant abandonnée au paludisme et spoliée depuis la fin de l’Antiquité, au sol rehaussé par les démolitions successives et devenu rural, on a utilisé de nombreuses vaisselles dont les tessons se mêlent aux fragments résiduels de l’époque romaine. Ces ustensiles tranchent avec tout ce qui précède et consistent surtout en majoliques, de formes, couleurs et motifs peints très variés. Il y a surtout des formes ouvertes, très fragmentées, principalement de fabrication locale, mais on reconnaît tout de même des importations de Toscane, et d’autres beaucoup plus rares de Ligurie, Ombrie et Romagne. À côté, il y a toujours les objets du quotidien, marmites, plats ou couvercles à vernis vitrifié, de couleurs diverses. Tout cela n’a rien de luxueux, mais reflète la vie d’une population modeste, ni riche, ni pauvre, ou bien même une ambiance conventuelle.

 

          Tous ces contextes, avec leurs énormes masses de céramiques des diverses périodes, ont été synthétisés au début du livre (supra, p. 1-9), avec de nombreux graffites qui illustrent l’histoire générale des forums impériaux et permettent de reconstituer l’histoire propre de chacun d’eux, grâce à des méthodes mathématiques complexes. On constate, sans s’en étonner beaucoup, une chute brutale dans la documentation pour le VIIe siècle, puis après une faible reprise au haut Moyen Âge, un nouveau pic d’occupation au XVIe siècle, moment de la création d’un nouveau quartier.

 

          Ce livre, avec une bibliographie très complète (Abbreviazioni bibliografiche, p. 153-165), répond donc à beaucoup de questions, par exemple sur l’évolution du cœur monumental de l’Urbs depuis ses origines jusqu’à nos jours. Beaucoup des descriptions céramiques sont très précises, mais certains manques étonnent. Par exemple, pour aider le lecteur, on cherche en vain un plan général uniformisé et orienté, pour localiser les différentes fouilles (il y a bien des plans p. 12, 26, 46, 62, 94-96, 140-141, mais ils concernent seulement tel ou tel article, et le type de dessin, l’échelle ou la direction du nord ne sont jamais les mêmes). Si les figures, dessins et tableaux sont nombreux, les profils céramiques sont à des échelles variables, parfois sur la même figure, ce qui est malcommode (p. 17-22, fig. 4-6, etc.). Et par ailleurs je regrette que les nombreuses et bonnes photos d’objets ne soient pas toujours accompagnées de leurs dimensions dans le texte ou la légende, ou d’une échelle (ainsi p. 32, 36, 37, 38, 41, etc.). Il reste que cet ouvrage rendra beaucoup de services aux archéologues et aux historiens.

 

 

 

Table des matières :

 

Meneghini Roberto, Santangeli Valenzani Riccardo, Premessa, p. III.

Ceci Monica, Introduzione, p. IV-V.

Ceci Monica, Fori Imperiali : la storia di un paesaggio urbano attraverso i contesti ceramico, p. 1-9.

Ricci Marina, La ceramica d’impasto del Foro di Cesare, p. 11-23.

Tabò Daniela, I materiali rinvenuti nell’insula della salita del Grillo nell’area dei Mercati di Traiano (con premessa di Meneghini Roberto), p. 25-43.

Bertoldi Tommaso, Ceci Monica, Un contesto tardo-repubblicano dal Foro di Cesare, p. 45-59.

Rinaldi Adele, Contesti ceramici del Foro di Nerva dagli ambiente 1 e 2. I vasi decorati a matrice in terra sigillata italica e le anfore (con appendice di Capelli Claudio), p. 61-74.

Nocera Daira, Un contesto ceramico dall’ambiente 3 del Foro di Nerva, p. 75-85.

Nocera Daira, Rinaldi Adele, Gli interri delle strutture repubblicane del Foro di Nerva, Considerazioni sugli ambiente 1, 2 e 3, p. 87-91.

Delfino Alessandro, de Luca Ilaria, Minniti Claudia, Munzi Massimiliano, Lo scavo di una fornace metallurgica nella taberna XI del Foro di Cesare (con appendice di Pernella Andrea, Santamaria Ulderico, Morresi Fabio), p. 93-127.

Delfino Alessandro, Contesti ceramici da due domus terrinee del Foro di Cesare, p. 129-138.

Fogagnolo Stefania, Contesti ceramici del XVII e del XVIII secolo nell’area dell’aula di culto del Foro della Pace, p. 139-151.

Abbreviazioni bibliografiche, p. 153-165.

Indice delle illustrazioni, p. 166-171.

Indice delle tabelle, p. 172-173.