Panella , C. (a cura di): Scavare nel centro di Roma. Storie, Uomini, Paesaggi. brossura; 16x24; ill. in bn e colori; 168 pp.; ISBN 978-88-7140-511-7; € 32,00
(Edizioni Quasar, Roma 2013)
 
Compte rendu par Clément Chillet, École française de Rome
(clementchillet@yahoo.fr)

 
Nombre de mots : 2517 mots
Publié en ligne le 2014-04-23
Citation: Histara les comptes rendus (ISSN 2100-0700).
Lien: http://histara.sorbonne.fr/cr.php?cr=1980
Lien pour commander ce livre
 
 

 

          L’ouvrage ici recensé est la présentation générale d’un « grande intervento di archeologia urbana in uno dei luoghi-simbolo della città antica e della città contemporanea » comme l’annonce, dans la présentation générale du projet (p. 7), la directrice de la publication et des fouilles, Clementina Panella. De fait, il s’agit d’une vaste opération menée depuis 1986 dans une zone bornée à l’est par le Colisée, à l’ouest par les substructions situées devant l’arc de Titus en direction du Colisée, au sud par les pentes du Palatin, au nord par les substructions du temple de Vénus et de Rome. Le chantier s’est avéré d’une complexité qui n’a eu d’égale que la richesse des résultats qu’il a produits. Cette zone regroupe, en effet, des vestiges compris entre l’Âge du fer et 1963, date de la construction d’un pavillon de billetterie de la zone archéologique (détruit… en 1964, cf., p. 26). L’ouvrage se présente comme un exposé général des résultats de cette fouille, majoritairement concentré sur les structures mises au jour. Il peut s’adresser de ce fait à un public de spécialistes des questions topographiques qui attendent une synthèse générale sur cet espace central, mais reste très abordable pour les étudiants désireux de découvrir les méthodes et les résultats potentiels d’une campagne de fouilles remarquable à bien des égards. Par ailleurs, les domaines abordés sont extrêmement variés : les archéologues, les architectes, les urbanistes, les spécialistes d’histoire économique ou religieuse, de même que les numismates y trouveront des éléments intéressants. Des publications partielles, plus précises, de certains résultats ont déjà eu lieu, qui sont mentionnées dans la bibliographie finale (p. 158-166), et l’on attend avec impatience la publication de certaines zones, ou du matériel archéologique dont il est donné un aperçu rapide dans le cadre de cet ouvrage (avec quelques éléments exceptionnels mis en valeur, comme les ornements impériaux de Maxence (?), p. 127-128 ou bien le matériel votif des VIe-IIIe siècle trouvé en position de remplissage des travaux néroniens, p. 86 sqq.) (1).

 

          L’ouvrage se présente principalement sous la forme de chapitres chronologiques, précédés par un exposé diachronique général de la zone, laquelle est close par un rapide aperçu du projet de mise en valeur urbanistique et muséographique. Le corps chronologique de l’ouvrage est consacré à une zone comprise entre la place du Colisée et les premiers vestiges situés le long du tracé actuel de la via sacra, tandis que l’avant-dernier chapitre de l’ouvrage est consacré à la zone située plus à l’ouest, le long du parcours de cette voie, et traditionnellement appelée dans la littérature archéologique « thermes d’Elagabal ». Cette dichotomie se comprend dans la mesure où, d’une part, la fouille de cette dernière zone était encore en cours au moment de l’écriture du chapitre, d’autre part, parce que cet ensemble assez unifié au pied des pentes du Palatin permet de suivre diachroniquement un petit secteur infiniment complexe depuis l’Âge du fer, jusqu’à la fin du Moyen Âge (cf. la photo de la fouille fig. 5, p. 10, et la planimétrie des structures fig. 6, p. 10). En revanche, ce parti pris éditorial empêche de toujours bien saisir l’articulation avec l’autre grande partie des fouilles à laquelle sont consacrés les chapitres précédents (zone Meta sudans-Curiae veteres), alors que la continuité est manifeste, notamment en raison du parcours de la via sacra qui ordonne toute cette zone et son articulation avec l’axe perpendiculaire (Esquilin-Cirque Maxime). De ce fait, le lecteur, dans ce chapitre, est contraint à de nombreux va-et-vient entre les figures et plans des pages précédentes, tandis que ce chapitre est lui-même moins bien documenté. On attendrait en particulier – et ce sera notre seule remarque sur l’appareil des illustrations de cet ouvrage (192 figures et 3 tables en cours de texte, faisant alterner photos, photos retravaillées, plans, reconstructions numériques) qui mérite d’être noté pour sa qualité et sa pertinence – un plan général de l’ensemble de la zone fouillée, qui lie cette zone des « thermes d’Elagabal » avec la zone précédente (le lecteur est forcé de se reporter aux marges des plans concernant l’une ou l’autre des deux zones pour en comprendre l’articulation), de même que, pour ce chapitre, des plans plus précis période par période (le premier concerne uniquement la période julio-claudienne, et tous ne concernent que la zone étroite des vestiges : l’articulation, en particulier avec la via sacra et son parcours évolutif, n’est pas directement visible).

 

          Sans reprendre l’ouvrage période par période et monument par monument, nous nous bornerons, dans ce compte rendu, à signaler les éléments les plus marquants et les plus novateurs qu’apporte cette publication.

 

          L’ouvrage attache une grande importance au réseau viaire de la zone qui a connu une remarquable stabilité. Scavare nel centro di Roma : c’est effectivement l’impression que donne la zone concernée, située au point de rencontre de plusieurs vallées (autrefois parcourues de cours d’eau) qui constituent des axes de communication équipés d’égouts de drainage depuis l’époque archaïque, et peu à peu pavés, puis bordés de constructions. Certains de ces axes (Esquilin-Cirque Maxime et Forum-vallée du Colisée i.e. parcours de la via sacra) eurent une longévité remarquable, puisqu’on les suit (dans cette étude) depuis l’époque archaïque jusqu’à la fin de l’Antiquité. L’attention portée à ce réseau se traduit par l’importance des analyses consacrées à l’articulation des différents bâtiments avec cette trame dont les phases monumentales successives sont documentées avec une certaine précision par les fouilles (même si la reconstruction architectonique, p.103-107, des deux portiques bordant la voie sacrée depuis la zone du futur arc de Titus, jusqu’au stagnum de la Domus aurea constitue plus une série d’hypothèses qu’un véritable acquis du chantier de fouilles). À cet égard, toutes les zones ont pu porter des éclairages sur l’aménagement d’une part des espaces de circulation dans les aires centrales de la Ville, sur leur articulation avec les espaces publics, d’autre part des zones privées (boutiques, domus…). Le carrefour de quatre axes autour de la fontaine de la Meta sudans, monumentalisée par Auguste, revêtit une signification particulièrement importante lors de la réorganisation de la cité par Auguste, puisque ces axes dessinaient les frontières de quatre, voire cinq, des quatorze régions augustéennes de Rome. La Meta, flanquée d’un sacellum des Lares compitales (p. 69-75), et dont la forme approchait celle du bétyle utilisé dans les cultes apolliniens, devenait ainsi un élément marquant du paysage urbain, et de son administration.

 

          Le deuxième axe de force de l’ouvrage est évidemment de présenter quelques-uns des monuments éminents du centre de Rome (même si certains ont déjà fait l’objet de publications plus détaillées), au premier lieu desquels on doit compter deux sanctuaires dont l’activité est attestée depuis l’époque archaïque. Le premier, consacré à une divinité encore inconnue, a révélé deux fosses contenant des objets votifs dont les plus anciens remontent à la seconde moitié du VIIIe siècle a.C. Ce « sanctuaire de la Velia » comme l’appellent les auteurs, conserva sans modification fondamentale sa structure bâtie dans les années 530-520 a.C., et ce jusqu’à l’incendie de Néron, quoique les puits aient été fermés, scellés et protégés depuis l’époque d’Auguste. Le second a été identifié par les auteurs aux Curiae veteres. Lui aussi de date ancienne, il fut flanqué, sous Auguste, puis sous les Julio-Claudiens d’une base portant une série de dédicaces par les musiciens officiels de Rome, lesquelles dédicaces trahissent les vicissitudes de la famille impériale (avec, par exemple, l’élimination de la plaque d’Agrippine). Le temple fut reconstruit sous Claude, après un premier incendie, ce dont témoigne une inscription retrouvée sur place : c’est là la seule attestation à ce jour de travaux dans le domaine religieux menés par Claude dans la ville de Rome. Le temple, détruit lors de l’épisode néronien, fut rebâti sous les Flaviens et resta en place sans doute jusqu’au Ve siècle, à partir duquel il pâtit des déprédations subies par les monuments de la zone. L’autre monument marquant est bien évidemment la Meta sudans dont les fouilles ont permis de retrouver l’état augustéen. Le monument ayant fait l’objet d’une première publication, nous nous permettons d’y renvoyer. Il est à noter cependant que les travaux du premier Princeps ne furent peut-être en la matière qu’une monumentalisation d’un monument (borne pomériale ?) préexistant (première moitié du Ier siècle a.C.) : même si la portée urbanistique et symbolique de cette reconstruction n’est plus à démontrer, cette découverte permet de mieux comprendre les rapports de l’urbanisme augustéen avec les lieux de la ville républicaine. Par ailleurs, cet aspect monumental ne doit pas laisser oublier : les zones commerciales, attestées à l’ouest des « thermes d’Elagabal » depuis le début du Ier siècle p.C., puis ensuite grâce à l’« horreum » d’époque hadrienne (qui a livré force traces de son utilisation quotidienne par son personnel, p. 138-140), puis sévérienne ; les zones d’habitat présentes sans doute depuis l’époque archaïque (matériel issu d’un habitat détruit par les travaux ultérieurs), jusqu’à l’époque tardo-antique (complexe balnea/domus avec un triclinium en forme de stibadium-fontaine au fonctionnement tout à fait étonnant, p. 143-150) puis médiévale (traces jusqu’au XII-XIIIe de l’habitat lié à Santa Maria Novella, construite au Xe).

 

          Le troisième point que nous voudrions souligner est l’importance de la rupture induite par l’incendie de 64 p.C. et du projet néronien qui s’en est suivi, pour, paradoxalement, y porter des nuances, c’est-à-dire pour mentionner les éléments de continuité entre l’état claudien et néronien, puis entre l’état néronien et flavien de la zone. La fouille a donné d’extraordinaires traces du grand incendie qui ravagea Rome en juillet 64 et dont le foyer se situait tout près de la zone fouillée. L’ampleur des destructions est égalée par l’importance des travaux, notamment de terrassement, qui eurent lieu par la suite. Les remblais des parties détruites ont livré un matériel important pour comprendre à la fois l’état antérieur des bâtiments (conservation de certaines inscriptions, des écroulements laissés en place…) mais aussi les techniques et les méthodes employées lors des grands travaux urbains. L’importance de l’apport ici fait est donc majeur. Même les numismates y trouveront leur compte car les remblais, datés des années 64-65, ont livré des monnaies tibériennes et claudiennes marquées de la surcharge NCAPR dont les interprétations divergent, mais dont la datation est aujourd’hui au moins fixée avant 64 p.C. et vraisemblablement à 57 (p. 95-97). Les lignes de continuité que nous voudrions mettre en valeur, par-delà les indéniables changements induits dans la trame viaire, dans la monumentalité de la zone, sont les suivantes : il semble que la zone au pied du Palatin ait conservé – au moins en un endroit – les limites espace public/privé : en effet dans l’îlot qui fermait le portique sud de la via sacra, près du croisement avec l’axe Esquilin-Cirque Maxime préservé par le projet néronien, des structures de la Maison dorée ont été mises au jour, qui prennent appui sur le mur qui séparait, avant l’incendie, la zone du temple des « Curiae veteres » de l’espace d’une vaste domus aristocratique tardo-républicaine ou augustéenne (p. 109). Cette découverte tempère l’idée habituelle d’accaparement des espaces centraux de Rome par l’empereur. Par ailleurs, l’abandon du projet néronien ne fut pas unanime ni immédiat, après l’installation des Flaviens au pouvoir. Ainsi, certaines parties du plan furent achevées par Vespasien (îlot au pied du Palatin, portiques de la via sacra, p. 119), tandis que son orientation générale fut conservée dans la trame urbaine : l’alignement du Colisée-temple de Vénus et de Rome (Hadrien) reprend, en effet, celui de l’axe créé par l’ancien stagnum, face à l’« atrium-vestibulum » du Forum.

 

          Ce volume est une très belle (même au sens typographique : la faute la plus importante que nous ayons repérée se situe dans l’inversion du sens de la coupe transversale présentée fig. 105, fig. 126) présentation générale d’une zone tout à fait importante pour comprendre l’urbanisme du centre de Rome sur la longue durée en prenant en compte les aspects urbanistiques, architecturaux, décoratifs, pragmatiques du tissu urbain.

 

 

(1) Une partie du matériel a été publiée après la parution de cet ouvrage : C. Panella et L. Sagui (éd.), Materiali e contesti, valle del Colosseo e pendici nord-orientali del Palatino, t. 1 et t. 2, Rome, Scienze e lettere, 2013. Signalons aussi, la publication assez récente, mais antérieure à ce volume, des signa imperii supposés de Maxence : C. Panella (dir.), I segni del potere, realtà e immaginario della sovranità nella Roma imperiale, Bari, Edupuglia, 2011.

(2) Voir le dossier dans Scienze dell’antichità, XIII, 2006 [2008°, p. 15-3002 ; S. Zeggio et G. Pardini, Roma-Meta sudans. I monumenti. Lo scavo. La storia, Fasti on line, 2007 : permalien : http://www.fastionline.org/docs/FOLDER-it-2007-99.pdf (en particulier, p. 9-23).

 

 

Sommaire

 

Prefazione (Aleramo Ceva Grimaldi), 5

Presentazione (Clementina Panella), 7

Parte I : Il progetto archeologico (Clementina Panella), 9

 

Parte II : Il sito, l’ambiente, i paesaggi, 17

 

Parte III : Il sistema urbano tra valle e collina : viabilità, santuari, domus (Sabina Zeggio), 27

Dalle origini all’età orientalissante, 27

L’età arcaica, 28

La prima età repubblicana, 32

La media età republicana, 45

La tarda età repubblicana, 45

 

Parte IV: La rivoluzione augistea e giulio-claudia, 49

1. Le Curiae Veteres: il tempio restaurato da Claudio e l’edicola dedicata ad Augusto e ai Giulio-Claudi (Clementina Panella), 49

1.1 Il tempio (Clementina Panella), 51

1.2 L’edicola (Clementina Panella), 54

2. La Meta sudans augustea e il compitum (Giacomo Pardini), 58

2.1 Augusto e la fontana Meta (Giacomo Pardini), 60

2.2 Il compitum (Giacomo Pardini), 69

 

Parte V : L’incendio di 64 e il cantiere della Domus Aurea, 77

1. Roma brucia (Clementina Panella), 77

2. Le opere di bonifica e il cantiere della Domus Aurea (Clementina Panella), 81

2.1. I livellamenti neroniani (Clementina Panella), 85

2.1.1 Lo scarico di materiali votivi (Antonio F. Ferrandes), 85

2.1.2 L’opera di drenaggio (Antonio F. Ferrandes), 85

2.1.3 Le monete con contromarca NCAPR (Giacomo Pardini), 95

 

Parte VI : La Domus Aurea, 99

1.La reggia nella valle e suelle pendice del Palatino e della Velia (Clementina Panella), 99

1.1 Le vie (Clementina Panella), 100

1.2 Il portico neroniano (Emanuele Brienza), 103

1.3 L’isolato del Palatino nord-orientale (Antonio F. Ferrandes), 107

1.4 L’isolato della Velia: l’atrium-vestibulum e il Colosseo (Clementina Panella), 110

1.5 Le sistemazioni intorno allo stagnum (Clementina Panella), 111

1.6 Lo stagnum (Clementina Panella), 112

 

Parte VII : Gli interventi Flavi tra trasformazione e continuità, 115

1. Topografia e propaganda (Clementina Panella), 115

2. La Meta Sudans: la riproposizione di un segno (Clementina Panella), 116

3. Il ripristino delle Curiae Veteres (Antonio F. Ferrandes), 118

 

Parte VIII : La media e tarda età imperiale (Antonio F. Ferrandes), 125

 

Parte IX : Area delle ‘terme di Elagabalo’: tre millenni di storia alle pendici del Palatino (Lucia Sagui)

1. Le più antiche presenze antropiche, 134

2. Dall’età arcaica alla media età repubblicana, 134

3. Dalla fine dell’età repubblicana all’incendio del 64, 135

4. Tra il 64 e gli inizi del II secolo, 138

5. Il complesso adrianeo, 138

6. Icomplesso severiano, 140

7. Il complesso tardoantico, 143

7.1 Datazione del complesso tardoantico, 148

7.2 Funzione del complesso tardoantico, 148

7.3 Abbandono e distruzione, 150

8. Testimonianze di età medievale, 151

9. L’età moderna, 151

 

Parte X : Il progetto di sistemazione e recupero (Raffaele Panella), 153