Sillières, Pierre (dir.): Belo IX. La basilique, 268 p., 180 ill., 21 x 30 cm., ISBN 978-84-96820-82-1, 45€
(Casa de Velázquez, Madrid 2013)
 
Compte rendu par Roger Hanoune, Université Lille 3
(roger.hanoune@free.fr)

 
Nombre de mots : 1299 mots
Publié en ligne le 2014-03-27
Citation: Histara les comptes rendus (ISSN 2100-0700).
Lien: http://histara.sorbonne.fr/cr.php?cr=2023
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          Ce volume complète la liste des études sur les édifices publics de Baelo (Capitole, macellum, temple d’Isis) en présentant de belle manière, sous la responsabilité générale de P. Sillières, la basilique au sud du forum. La recherche archéologique y a commencé il y a plus de 40 ans : plusieurs générations de membres de la Casa de Velázquez y ont participé et l’étude architecturale a été faite en grande partie par des membres de ce qui est l’actuel Institut de recherche pour l’architecture antique du CNRS : ce n’est donc que justice si l’on rencontre très souvent, parmi tous ceux qui ont collaboré à la recherche, les noms de Patrick Le Roux d’un côté, de Jean-Louis Paillet et Claude Ney de l’autre (à ces derniers on doit un article paru en 2006 en Espagne qui est une première synthèse sur le monument).

 

          On trouve ici la présentation très claire par P. Sillières de cet édifice remarquable quant à son état de conservation (hauteur des murs, grand nombre de blocs, clarté du plan), la netteté de sa chronologie et l’intérêt des questions qu’il pose. Après une introduction (p. 1-8) consacrée à des indications rapides sur le site de Baelo, la chronologie des fouilles et les contributions des divers chercheurs, l’ouvrage comprend trois grandes parties : un chapitre 1 (p. 9-57) qui décrit les vestiges et étudie l’architecture jusqu’à offrir une restitution de l’édifice ; un chapitre 3 (p. 73-148) consacré à l’investigation archéologique et à la chronologie ; et un chapitre 4 (p. 149-215), dû à Dj. Fellague, sur le décor architectural, surtout bases et chapiteaux, qui reprend aussi l’examen de la chronologie. Deux annexes (dues à M.-P. Darblade-Audouin pour l’étude stylistique) étudient la statue de Trajan qui appartenait à la basilique (chap. 2, p. 59-71) et une statue féminine trouvée dans le niveau le plus récent (annexe p. 147-148) : ces études auraient pu être rassemblées, peut-être à la fin du volume avec le reste du mobilier. La lecture de l’ensemble est aisée, même si quelques indications qui se trouvent dans d’autres volumes de la série Belo, auxquels il est renvoyé ici, auraient pu être rappelées (par ex. les graffitis) pour que le lecteur dispose de toute la documentation ; de même, certains désaccords entre chercheurs auraient pu être éclaircis (dès la p. 1, n. 9 on est invité à lire ailleurs une autre opinion, qu’on aurait aimé connaître d’emblée).

 

          De ces pages, appuyées sur le développement des études relatives à la basilique publique romaine (édition de Vitruve, publications de nombreux bâtiments), se dégage de façon convaincante et sobre (la recherche métrologique n’a pas été poussée) l’image d’une basilique impériale assez canonique (on pourrait dire  « internationale »), d’un format un peu trapu (environ 36 x 20 m), imposé par la trame viaire d’époque augustéenne, avec un portique sur 8 x 4 colonnes d’ordre ionique reliées par des architraves en bois, autour du spatium medium, et un second niveau, dont l’escalier est en partie conservé, d’ordre composite. Les incertitudes portent tout d’abord sur la présence, plutôt probable, d’un muret de pluteum ;  puis sur la couverture : on manque d’arguments pour choisir entre la proposition de la figure 61 p. 56, culminant à 17,50 m de hauteur, et une formule plus élancée avec lanterneau ;  enfin sur l’utilisation : les banquettes sous le portique sont-elles en effet utilisées par des negotiatores, comme suggéré deux fois sans véritable base p. 33 et 219 ? Particulièrement remarquable est l’analyse des caractéristiques locales du bâtiment : matériaux de construction, type des chapiteaux, maîtrises indigènes prolongeant au milieu du Ier s. ap. J.-C. des modes tardo-républicaines ou augustéennes précoces. Quelques regrets : le beau plan d’ensemble (fig. 13 p. 15) aurait mérité d’être donné au 100e sur un dépliant ; un petit plan avec les principales cotes et altitudes aurait été utile ; par ailleurs, la fig. 7 est reprise à l’identique dans la fig. 92 ; en outre, dans la description de piles de maçonnerie, la référence à l’opus Africanum, harpé ou non, n’est jamais faite, alors que les exemples africains (à Dougga ou Bulla Regia) de non-concordance de ces piles et des colonnes du portique auraient pu être invoqués ici, ou que l’absence de fondation sous ces piles est remarquable (fig. 14 p. 16).

 

          Le chapitre 3 rend compte de la recherche archéologique qui, bien qu’elle n’ait pu que rarement atteindre les niveaux profonds, met bien en évidence la présence sous la basilique d’un autre grand édifice (probablement une première basilique augustéenne pour l’auteur) et son arasement, puis la construction de la basilique actuelle au milieu du Ier siècle (comme c’est le cas souvent ailleurs, par exemple en Gaule), sa destruction par un séisme au IIIe s. et son abandon vers 265/270 (les vues de colonnes tombées avec leurs tambours en connexion sont impressionnantes). L’enfouissement de ces vestiges sous une épaisse couche de destruction a préservé plusieurs centaines de blocs et on y lit les traces d’une réoccupation tardive (en général les IVe-Ve siècles sont évoqués, mais il y a quelques traces de céramique encore plus récentes : p. 83, A3, US 250, VIe-début VIIe s.). On est surpris néanmoins par la permanence sans modifications d’une basilique pendant deux siècles (ce n’est pas l’enseignement qu’on tire de nombreux autres exemples dans d’autres régions) ou par la modestie de son décor de sol simplement bétonné pendant toute cette période. Un épisode remarquable a dû être l’aménagement de l’espace autour de la statue de Trajan, à laquelle est consacrée une brillante étude de M.-P. Darblade-Audouin qui montre bien sa réalisation en pierre de la région de Séville, et son bricolage (corps de togatus, tête retaillée sur un Domitien) pour un résultat de belle facture, mais qui illustre bien l’importance très moyenne de la cité, mais aussi la vitalité de ses artisans.

 

          Un gros morceau de la publication est enfin l’étude des ordres par Dj. Fellague : on y trouve en détail la présentation des bases et des chapiteaux ioniques, et même des corniches modillonnaires, de l’ordre inférieur (on ne comprend pas pourquoi ces éléments d’un même ordre ne sont pas présentés à la suite), et des chapiteaux « composites inversés » (échine ionique très schématique, surmontée d’hélices et de volutes) selon l’expression de J.-L. Paillet (p. 152 en bas). Curieusement, on ne semble pas retrouver ici l’étude du chapiteau  « bloc 677 » de la colonne XIV montré par P. Sillières à la fig. 47 p. 40 (perdu ? mais la photo en est excellente). L’étude apparaît comme de grande qualité et rend bien justice à cet aspect original de la basilique qu’est l’emploi, connu à Baelo, de ces chapiteaux  « atypiques », archaïsants et finalement assez grossiers (le stuc devait peut-être jouer sur leur apparence, bien que cette couche puisse être grossière aussi : p. 176). Il est surtout intéressant de voir que les séries de bases et chapiteaux ne sont pas homogènes (certains éléments sont même sciés en deux). Se pose ici un problème de fond de l’interprétation : faut-il y voir des remplois (de la première basilique ? position de P. Sillières) ou au contraire des indices de possibles réfections partielles de l’édifice (que D. Fellag n’hésite pas à suggérer p. 215) ? On ne voit pas comment trancher à la place des fouilleurs, du moins le problème est-il clairement présenté.

 

          Reste donc un débat sur la date du décor de la basilique. Mais le grand mérite de cette belle publication d’ensemble est d’avoir fourni très honnêtement les éléments disponibles  du dossier.

 

 

Sommaire 

 

Pierre Sillières
Introduction, p. 1

 

Pierre Sillières
État des vestiges et étude architecturale du monument, p. 9

 

Aureli Àlvarez Pérez, Maria-Pia Darblade-Audoin, Anna Gutiérrez Garcia-M.
La statue de l’empereur Trajan : étude pétrographique et stylistique, p. 73

 

Pierre Sillières Archéologie et histoire du monument, p. 149

 

Djamila Fellague
Décor architectural et datation de la basilique, p. 216

 

Pierre Sillières
Conclusion générale