Sowada, K.N. & Ockinga, B.G.: Egyptian Art in the Nicholson Museum, Sydney, i-ix, 1-320, pls. 1-64 (8 col. pls) ISBN 0-9580265-1-3, 135 $
(Meditarch, Sydney 2006)

 
Compte rendu par Frédéric Payraudeau, Institut Français d’Archéologie Orientale, Le Caire
(fpayraudeau@ifao.egnet.net)

 
Nombre de mots : 1394 mots
Publié en ligne le 2008-08-21
Citation: Histara les comptes rendus (ISSN 2100-0700).
Lien: http://histara.sorbonne.fr/cr.php?cr=205
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Le Nicholson Museum, rattaché à l’Université de Sydney, possède la plus importante collection égyptologique australienne. La plupart des objets sont arrivés en Australie à l’occasion d’un voyage de Sir Charles Nicholson, un des cofondateurs de l’université en 1856/1857. L’essentiel de la collection restait encore inédite, malgré des pièces d’un intérêt artistique et historique important. Cet ouvrage collectif, dirigé par K. Sowada et B. Ockinga, présente donc la collection, dont l’histoire fait l’objet du premier article (K. Sowada), suivi de 24 autres confiés à des spécialistes internationaux pour chaque catégorie d’objets. L’essentiel des objets conservés à Sydney appartiennent aux deux derniers millénaires de la civilisation pharaonique (c. 2000-30 av. J.-C.) et, au contraire de la présente publication, nous suivrons donc l’ordre chronologique.

 

Seuls objets datés du Moyen Empire (2050-1750 av. J.-C.), les objets du mastaba µ50 d’Abydos ont été trouvés lors de fouilles australiennes en 1904 dans le cimetière Nord du site. Le lot était principalement constitué d’amulettes et de pots à khôl appartenant à deux inhumations comme le montre J. Richards (p. 225-240.)

Du Nouvel Empire, c’est la XVIIIe dynastie (c. 1540-1295) qui est le mieux représentée dans la collection Nicholson. Un fragment de relief de belle qualité, représentant le pharaon et provenant du temple de Touthmosis III à Deir el-Bahari, est présenté et remis en contexte par J. Wiercinska (p. 303-312). Les relations de l’Égypte et de Chypre sous ce même souverain sont examinées par K. Eriksson à partir du matériel trouvé dans la tombe D114 d’Abydos par les expéditions australiennes de 1899 à 1913 (p. 97-110). L’auteur souligne que si de nombreux objets chypriotes ont été trouvés sur le territoire égyptien pour cette période, les artefacts égyptiens d’avant l’époque amarnienne trouvés à Chypre sont plus que rares. R.T. Sparks présente un ensemble de céramique provenant manifestement d’un même atelier de la XVIIIe dynastie (p. 241-261). D. Aston profite de la présentation de l’oushebti d’un fonctionnaire du milieu de la même dynastie pour retracer l’évolution de ce type d’objets sur la longue durée (p. 15-26). J. van Dijk publie une originale stèle fragmentaire de terre cuite portant un hymne à Rê. Le propriétaire, Tahersetjanef, est connu par ses cônes funéraires trouvés à Thèbes (p. 295-301). Bizarrement, les trois articles consacrés à l’étude du linceul de la dame Tany sont dispersés dans l’ouvrage. L’originalité de l’objet réside, comme le montre B. Ockinga (p. 179-189), dans la présence d’une vignette illustrée et d’une vingtaine de lignes du Livre des Morts. J. Jones et D. Wise présentent quant à eux des analyses techniques du lin et des pigments utilisés pour la fabrication de cet objet, qui le placent dans un groupe d’objets similaires datables du début de la XVIIIe dynastie (p. 135-145 et 313-318).

 

D. Jeffreys présente un fragment de relief provenant de Memphis et daté de la période amarnienne. On y reconnaît les cartouches d’Aton, d’Akhenaton et de la reine Néfertiti qui y sont gravés à côté du nom d’un temple memphite d’Aton portant le nom du roi « Akhenaton » et dont la localisation devait être près du temple de Ptah, au Kom Khanzir (p. 119-133). Un torse de granodiorite appartenant à une statue de reine ou de déesse est daté de la fin de la XVIIIe dynastie par M. Eaton-Krauss, sur des critères convaincants, notamment grâce au raccord avec une tête du musée du Caire (p. 91-96).

Le seul objet de l’époque ramesside conservé à Sydney serait un fragment de faïence portant la représentation d’un chien tacheté tenu en laisse par un homme. J. Jansen compare la représentation du chien avec d’autres et fournit quelques remarques sur les différents types de chiens connus par les représentations (p. 111-117).

 

La Troisième période intermédiaire (c. 1070-650) est particulièrement bien lotie dans les collections australiennes. C’est très logiquement à A. Niwinski que revient le devoir d’étudier les fragments de cercueil du prêtre Nespaoutytaouy, daté du tout début de la XXIIe dynastie. Provenant de la Thèbes, cet objet ne se départit pas du modèle local des cercueils de la XXIe dynastie, dont il est parfaitement représentatif, avec ses figures divines et mythologiques peintes de couleurs vives sur fond jaune. Un fragment de petit cercueil en bois présenté par K. Mysliewiec et A. Kowalska pourrait aussi dater de la XXIe dynastie, mais la XXVe dynastie n’est pas à exclure (p. 165-167). Le papyrus R93, comportant le texte de la Douzième heure du Livre de l’Amdouat, est publié par S. Binder, qui donne une fine analyse des parallèles de ce témoignage des textes funéraires des XXI-XXIIes dynasties (p. 45-55). En dehors d’un exemplaire de la XVIIIe dynastie, tous les autres fragments de Livres des Morts sur papyrus ou bandelettes sont datés du premier millénaire avant J.-C. par M. Coenen qui les présente rapidement dans une étude préliminaire. On soulignera la présentation intéressante des textes sur bandelettes, négligés jusque là (p. 81-89).

G. Pinch présente un chapiteau de colonne « hathorique » provenant de Bubastis (p. 195-210), gravé du cartouche d’Osorkon II de la XXIIe dynastie (944-735 av. J.-C.). Ce faisant elle replace ce type architectural dans son contexte religieux, celui du culte des déesses dangereuses assimilées à Hathor, notamment Bastet, et propose judicieusement une date de cet ensemble de chapiteaux sous la XXIIe dynastie au détriment d’une datation sous Amenhotep III (c. 1390) proposée quelquefois.

J. H. Taylor, spécialiste reconnu des cercueils de la période dite « libyenne », étudie ensuite de manière exhaustive le magnifique cercueil de Padiashaikhet (p. 263-291). Marqué par un style en pleine transition, ce cercueil présente à la fois un « design » proche du modèle des cartonnages de la XXIIe dynastie (bélier ailé sur la poitrine, représentation des fils d’Horus et reliquaire osirien proéminent), et une intégration de textes religieux issus du Livre des Morts qui est caractéristique de l’époque suivante, la XXVe dynastie. Taylor présente quelques parallèles très intéressants de cartonnages et cercueils de cette période de transition, datables à partir de 750, et évoque les différents ateliers dont les évolutions d’abord parallèles convergent ensuite pour former le modèle du cercueil thébain en bois des XXVe et XXVIe dynasties. La décoration-type est alors dominée par les textes religieux peints en colonnes ou en lignes sous une représentation de la déesse ailée Nout, ce modèle s’imposant définitivement peu après 700 av. J.-C.

R. Morkot présente deux fragments statuaires de la XXVe dynastie (c. 750-655 av. J.-C.). La première appartiendrait selon des critères iconographiques à une divine adoratrice, mais les traces de signes sur le pilier dorsal indiquent clairement le titre de fille ou sœur de Taharqa, et surtout d’épouse royale. On ne connaît pas assez d’exemples de statues de reines koushites pour réfuter, sur des critères iconographiques, l’identification de ce fragment avec une statue de reine de la fin de la XXVe dynastie. La seconde tête appartient à une divine adoratrice Shépénoupet dans laquelle il convient de reconnaître la seconde du nom. Un autre fragment statuaire, appartenant cette fois à un haut fonctionnaire de la XXVIe dynastie, est publié par M. Müller. Il s’agit d’une tête de statue cube provenant de Deir el-Bahari.

 

J. Ray présente l’ensemble des inscriptions égyptiennes et cariennes sur stèles et ostraca de la XXVIe dynastie jusqu’à l’époque ptolémaïque (p. 211-223). On remarquera notamment la belle stèle R1141 dédiée à Osiris par Pétisis qui porte deux lignes mentionnant trois anthroponymes cariens, peut-être ceux du propriétaire, alors d’origine étrangère.

Chr. Beinlich-Seeber publie deux fragments de bois polychrome portant la représentation de scènes du Livre des Morts, dont elle montre bien qu’ils appartiennent à un cercueil datant vraisemblablement de l’époque romaine dont le propriétaire est connu par un papyrus conservé au Louvre (p 27-43). Les trois masques funéraires en plâtre présentés par K. Parlasca (p. 191-196) sont eux aussi datables de l’époque romaine d’après leur style (IIIe siècle ap. J.-C.).

Une série de petits artefacts du type amulette appartenant à la collection de l’égyptologue et spécialiste des momies G. Elliot Smith sont également conservés au Nicholson Museum. Appartenant à diverses phases des époques tardives et principalement en fritte glaçurée, ils sont présentés par V. Callender (p. 57-79).

 

Au total, l’ouvrage se révèle fort intéressant, autant par le niveau scientifique des articles que par la qualité éditoriale, notamment des nombreuses illustrations, noir et blanc comme couleur, qui rend parfaitement justice aux antiquités ainsi publiées. Il est à espérer que chaque collection égyptologique puisse faire un jour l’objet d’une aussi belle publication.