Grabowski, Jörn - Winter, Petra (Hg.): Zwischen Politik und Kunst. Die Staatlichen Museen zu Berlin in der Zeit des Nationalsozialismus. Für das Zentralarchiv – Staatliche Museen zu Berlin. (Schriften zur Geschichte der Berliner Museen, Band 2). 494 S. 94 s/w-Abb. Gb., ISBN 978-3-412-21047-2, € 49,90 [D] | € 51,30 [A]
(Böhlau Verlag, Wien, Köln, Weimar 2013)
 
Compte rendu par Clément Millon, Université de Lille III
(millon.clement@yahoo.fr)

 
Nombre de mots : 1607 mots
Publié en ligne le 2014-09-19
Citation: Histara les comptes rendus (ISSN 2100-0700).
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          Quel visiteur avisé de Berlin ne connaît pas l’importance de ses musées qui, pour être un but de visite en sont le centre urbain et régional. La ville est baignée de la Spree qui en constitue le poumon ; le Museuminsel en est le cœur culturel. Les enjeux de la vie des musées  berlinois, en tant que musées d’état, dépassent le plan artistique et sont largement politiques. Les musées peuvent être une vitrine de ce que l’époque et le pouvoir veulent mettre en avant, ici la race et la doctrine nationale-socialiste. Dans cet ouvrage collectif, les musées d’état de Berlin entreprennent pour la première fois de prendre à bras le corps leur propre histoire de façon critique. Tel est le but fixé par le directeur général des musées, lorsqu’il présente les contributions des auteurs. Le projet doit beaucoup aux responsables des archives centrales des musées : Jörn Grabowski et Petra Winter. Le premier, comme incontournable spécialiste des musées pendant la période nazie, commence par en présenter les enjeux : quel rôle ont pu jouer les musées d’état de Berlin dans le troisième Reich et quelle fut la puissance de l’intervention de l’état national-socialiste dans les structures des musées ? Grabowski fait d’abord le point sur l’étude de cette question. Il fait le constat que le problème fut posé bien tardivement. De plus, il dresse un état des lieux de la vie des musées berlinois et résume la politique globale de l’état nazi à l’égard des musées, dans le contexte de la politique culturelle. Cela est précieux pour le novice en la matière. Comment mieux l’exprimer que par cette assertion de l’historien de l’art qui a traversé toute la période, Eberhard Hanfstaengl : « Qui est mort nous appartient, et qui salue encore la lumière du jour, désire désormais se promener dans le jardin du Ministère de la propagande » (cité page 17) ?

 

         Pour autant, cette histoire, entre art et politique, pour reprendre le titre de l’ouvrage, connaît, depuis la tonitruante prise de pouvoir par les nazis jusqu’aux ruines de leur défaite, des nuances de sombres que viennent décliner les interventions des contributeurs.

 

         Jörn Grabowski évoque ainsi l’interdiction de tout ce qui est qualifié de juif dans les musées de Berlin. Il traite à la fois des restrictions de fréquentation qui touchent les visiteurs, artistes et membres du personnel, mais aussi des mesures visant les expositions qui ne doivent pas montrer d’œuvres réalisées par des juifs. A travers les pages présentées par Olaf Matthes sur le destin de la famille James Simon, on découvre le rôle assigné aux musées à l’époque : s’aligner sur les objectifs du nouvel état. Regina Freyberger et Elisabeth Rochau-Shalem offrent un éclairage proche et documenté à la fois sur les volontaires dans les musées d’état de Berlin, évoquant leur statut, leur travail et quelques-uns de leurs destins dans les années de guerre. Tilmann Wesolowski observe avec acuité les musées à travers le miroir de leurs publications. L’étude des guides de musées est surtout politique, l’auteur soulignant évidemment surtout ce qui relève de l’idéologie. Dans « Convoité et superflu », Lynn Rother s’intéresse aux aspects financiers de la vie des musées, à travers les affaires conclues par la Dresdner Bank. Hanna Strzoda, par une notice biographique portant sur Walter Hansen, évoque le rôle de surveillance politique des expositions. Cette dernière porte tant sur l’art considéré comme dégénéré que sur la promotion du régime ou encore sur la dénonciation de la culture bolchévique. Dans son article, Uwe Hartmann informe sur les conséquences du conflit armé sur les musées : la mobilisation du personnel, la protection des œuvres contre les bombardements aériens, les pillages dans les territoires occupés, la perturbation de l’ouverture des galeries, etc. Dieter Scholz rapporte comment les œuvres italiennes du passé sont présentées à Berlin, posant la question de sa place comme propagande fasciste. De la même façon que Katharina Wippermann présente le caractère hautement politique de l’exposition organisée au moment des jeux olympiques de 1936, Jörn Grabowski rappelle celui de l’exposition présentée en 1940 sur les œuvres de la guerre de libération en 1813-1815. Ces galeries font la promotion de la grande Allemagne. Jan May revient sur Eberhard Hanfstaengl pour son rôle de commissaire allemand à l’occasion des biennales de Venise dans les années 1934 et 1936. Petra Winter s’intéresse au département italien de sculpture et peintures du Kaiser-Friedrich-Museum au cours des années 1930 à 1933. Il est intéressant de voir comment les pièces et œuvres sont représentées alors. Joachim Brand fait l’histoire de la vie mouvementée de la Kunstbibliothek, entre déménagement, surveillance et persécution des juifs. Barbara Mundt s’intéresse au directeur du Schlossmuseum, Robert Schmidt, étudié en partie pour son rôle dans « Deutsche Kunst ». Dans cette revue, les historiens de l’art Friedrich Winkler et Hanfstaengl jouent également un rôle central. Cette contribution est l’occasion de mieux comprendre le fonctionnement des différents Ministères en charge des affaires culturelles. Petra Winter revient ensuite sur les difficultés rencontrées au début du troisième Reich par Ernst Heinrich Zimmermann, le directeur de la galerie de peinture, réhabilité en 1940. Hannelore Kischkewitz s’intéresse aux différents degrés de compromissions dans le musée égyptien des années 1933 à 1945, rapportant qui en sont les directeurs et certains aspects des expositions. Klaus Finneiser met quant à lui le focus sur les conséquences de la seconde guerre mondiale et en particulier le transport des collections. A travers un article portant sur Ernst Kühnel et le département musulman de 1933 à 1945, Jens Kröger se lance dans un examen des expositions d’art moyen-oriental et dans celui des études et publications comme des savants de ce domaine. Nadja Cholidis et Martin Lutz racontent quant à eux le destin du fruit des campagnes de fouilles de Tell Halaf, depuis ses prémisses en 1910 jusqu’aux destructions dans les bombardements de Berlin à la fin de la seconde guerre mondiale. Les auteurs posent de façon pertinente le problème de la présence de biens privés et publics dans ces collections. Marion Bertram a pour tâche d’éclairer sur la question importante des fouilles. Elle montre comment l’activité archéologique du musée de la préhistoire et d’histoire ancienne est le théâtre d’une lutte, entre considérations scientifiques et politiques. Markus Schindlberger traite du musée de Berlin pour les arts populaires et de ses collaborateurs, sans rien taire de l’antisémitisme, des dénonciations dont il fut le théâtre, ni oublier de montrer comment sont présentées les œuvres des anciennes colonies allemandes. Konrad Vanja et Elisabeth Tietmayer présentent de façon assez complète le musée des cultures européennes. Tandis que le premier centre son propos sur le musée d’état pour l’art populaire allemand, la seconde présente le département eurasien du musée pour les arts populaires. Ullrich Amlung signe un long article, bien documenté, sur le département « école et musée » du musée d’état pour les arts populaires allemands à Berlin et son dirigeant Adolf Reichwein. Il est intéressant de voir comment ce dernier use de pédagogie pour présenter les collections et de le suivre à travers les collections présentées de 1939 à 1944 jusqu’à son engagement contre le régime national-socialiste, qui le conduira devant le Volksgerichtshof, qui le condamnera à mort en 1944.

   

         Globalement, il faut saluer la cohérence de l’ensemble du livre. Les articles semblent avoir été sélectionnés pour traiter précisément du sujet, auquel ils apportent tous un éclairage intéressant. L’ouvrage offre des rebondissements sur ses sujets variés. S’il ne peut être exhaustif sur le sujet, il aborde l’essentiel des aspects de la vie des musées berlinois pendant la période nationale-socialiste.

 

 

Inhalt

 

Michael Eissenhauer

Grußwort, 9

 

Jörn Grabowski

Die Staatlichen Museen zu Berlin zwischen Politik und Kunst

Einführung, 11

 

Jörn Grabowski

»Versäumen Sie Ihren arischen Nachweis nicht!«

Die Staatlichen Museen zu Berlin und ihr Umgang mit Bürgern jüdischer Abkunft 1933–1939, 29

 

Olaf Matthes

»[…] wofür die Museen […] schwer verpflichtet sind und bleiben.«

Die Familie James Simon im Nationalsozialismus, 53

 

Regina Freyberger und Elisabeth Rochau-Shalem

Volontäre an den Staatlichen Museen zu Berlin 1933–1945

Ein Überblick, 67

 

Tilmann Wesolowski

Die Staatlichen Museen zu Berlin im Spiegel ihrer Publikationen, 83

 

Lynn Rother

Begehrt und entbehrlich

Die Staatlichen Museen zu Berlin und ihre Erwerbungen von der Dresdner Bank 1935 am Beispiel Lemhény, 97

 

Hanna Strzoda

Ein Feldzug gegen den »Kulturbolschewismus«

Walter Hansen als Kunstwächter bei den Staatlichen Museen zu Berlin, 113

 

Uwe Hartmann

Unter schwierigsten Umständen

Die Museen und ihre Mitarbeiter im »Kriegseinsatz«, 129

 

 

Dieter Scholz

Faschistische Bilder in der Nationalgalerie?

Italienische Gegenwartskunst in Berlin 1933–1942, 151

 

Katharina Wippermann

»Eine heitere Luft der Entspannung«

Die Ausstellung »Große Deutsche in Bildnissen ihrer Zeit« anlässlich der XI. Olympischen Spiele 1936 in Berlin, 171

 

Jan May

Eberhard Hanfstaengl als deutscher Kommissar auf der Biennale von Venedig 1934 und 1936, 185

 

Jörn Grabowski

»Eine Art von Kriegsmaßnahme der Berliner Museen«

Die Ausstellung »1813 bis 1815. Großdeutschlands Freiheitskampf« in der Nationalgalerie, 197

 

Petra Winter

»Kunstschätze – übersichtlich! «

Zur Neuordnung der italienischen Abteilungen der Skulpturensammlung und der Gemäldegalerie im Kaiser-Friedrich-Museum 1930–1933, 215

 

Joachim Brand

Gleichgeschaltet und ausquartiert

Die Kunstbibliothek 1933–1945, 233

 

Barbara Mundt

Kalendernotizen Robert Schmidts vom Herbst 1937

Der Direktor des Schlossmuseums und das Reichs- und preußische Ministerium für Wissenschaft, Erziehung und Volksbildung, 253

 

Petra Winter

Vom Kläger zum Beklagten?

Der Direktor der Gemäldegalerie Ernst Heinrich Zimmermann , 271

 

Hannelore Kischkewitz

Die Jahre 1933–1945 im Ägyptischen Museum, 287

 

Klaus Finneiser

Auslagerungen des Ägyptischen Museums in Sophienhof Der Zweite Weltkrieg und die Folgen, 303

 

Jens Kröger

Ernst Kühnel und die Islamische Abteilung 1933–1945, 317

 

Nadja Cholidis und Lutz Martin

»Hoffentlich wird ihm bald eine bessere, würdigere Aufnahmestätte zuteil […].«

Das Tell Halaf-Museum als Spielball privater und öffentlicher Interessen, 331

 

Marion Bertram

Zwischen wissenschaftlichem Engagement und politischer Taktik

Die Ausgrabungstätigkeit des Staatlichen Museums für Vor- und Frühgeschichte 1933–1945, 351

 

Markus Schindlbeck

Das Berliner Museum für Völkerkunde und seine Mitarbeiter 1933–1945, 369

 

Elisabeth Tietmeyer und Konrad Vanja

Das Museum Europäischer Kulturen und der Nationalsozialismus

Eine Geschichte der Anpassung in zwei Teilen, 387

 

Ullrich Amlung

Die Abteilung »Schule und Museum« am Staatlichen Museumfür Deutsche Volkskunde in Berlin und ihr Leiter Adolf Reichwein 1939–1944, 409

 

Anhang

Ausstellungen der Staatlichen Museen zu Berlin 1933–1943, 429

 

Kurzbiographien von Mitarbeitern der Staatlichen Museen zu Berlin, 447

 

Auswahlbibliographie, 452

 

Personenregister, 477

 

Die Autorinnen und Autoren , 487

 

Abkürzungen, 492

 

Bildnachweis, 494