Boutantin, Céline: Les terres cuites gréco-romaines du musée égyptien de l’Agriculture, BiGen 42 (IF-1081), 1 vol., 224 p., ISBN 978-2-7247-0625-3, 25 €
(Institut français d’archéologie orientale, Le Caire 2013)
 
Compte rendu par Jean-Louis Podvin, Université du Littoral Côte d’Opale (Boulogne-sur-Mer)
(jean-louis.podvin@univ-littoral.fr)

 
Nombre de mots : 892 mots
Publié en ligne le 2014-04-16
Citation: Histara les comptes rendus (ISSN 2100-0700).
Lien: http://histara.sorbonne.fr/cr.php?cr=2059
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          Dans sa préface, Laure Pantalacci souligne l’apport des terres cuites gréco-romaines, souvent retrouvées lors de fouilles d’habitat, à la connaissance du quotidien des anciens Égyptiens. La recherche des ateliers de production est encore en cours. Même si on ne connaît l’origine géographique que de douze des cent sept pièces du musée de l’Agriculture, et si elle illustre une thématique précise, cette collection présente cependant un réel intérêt.

 

          Hassan Abd al-Rahman Khattab, spécialiste de l’agriculture égyptienne et ancien directeur du musée, réalise l’avant-propos. Il y insiste sur les différents animaux représentés sur les terres cuites, et brosse un rapide tableau des espèces attestées dans l’Antiquité. Il rappelle notamment la présence du porc, souvent minorée ; ou encore celle du dromadaire, qui ne fut pourtant utilisé qu’à l’époque gréco-romaine. Ces animaux, qu’ils soient domestiques ou sauvages, étaient souvent en relation étroite avec le monde divin.

 

          L’introduction est l’occasion d’aborder les aspects techniques. Les 107 statuettes entrées dans les collections durant la première moitié des années 1930 représentent soit des divinités protectrices, soit des animaux, ou encore des végétaux et des modèles de paniers. La plupart ont été réalisées à partir d’argile nilotique, et ont été moulées (96). Certaines ont subi des retouches à cause d’un moule trop usé ou encrassé.  Si les lieux de découverte sont multiples, seul Athribis est actuellement attesté comme lieu de production, alors qu’il en existait sans nul doute d’autres, notamment à Alexandrie, Naucratis, Memphis, Karanis, Héracléopolis Magna, Coptos et Éléphantine. Au musée égyptien de l’Agriculture, une dizaine de figurines ont une provenance connue (Karanis), dans un contexte d’habitat. Quelques éléments de datation peuvent être proposés en fonction de fouilles réalisées ailleurs. On sait ainsi que les moules bivalves sont utilisés pour les statuettes de Karanis à partir du IIe siècle, et l’on constate une simplification des formes au fil du temps. Une minorité de ces terres cuites proviennent de temples ou de bâtiments publics, beaucoup de contextes funéraires ou d’habitat. Cela semble indiquer que ce n’étaient pas des ex-voto destinés aux sanctuaires, mais des objets peut-être chargés de protéger la maison, ce qui n’empêchait pas que certains aient pu être d’abord utilisés lors de fêtes ou de processions.

 

          Le catalogue est divisé selon les quatre sections mentionnées plus haut. Les dieux constituent un groupe de douze pièces, associant une divinité à un animal, et privilégiant ainsi les divinités isiaques. Harpocrate est en tête, souvent coiffé du pschent qui le place dans la lignée de son divin père, Osiris. Cependant, certaines représentations traduisent d’importants emprunts. Harpocrate chevauche des animaux (cheval, oie bélier), on remarquera un rare document sur lequel Harpocrate tient un flambeau sur une terre cuite qui pourrait être une torche (n° 10 p. 39). Dionysos complète ces représentations divines. On a du mal à distinguer une éventuelle tête de Sarapis sur les documents 1 et 2, et à reconnaître Isis ou une isiaque sur le n° 11.

 

          Le bestiaire constitue l’essentiel des objets (n° 14-87). Ceux-ci datent essentiellement de l’époque ptolémaïque tardive et de l’époque romaine, moment d’une plus grande diversification (cheval, dromadaire, chien « de Malte »). Ce ne sont pas les mêmes animaux qui figurent sur les bronzes et sur les terres cuites, les secondes privilégiant les animaux domestiques. Il est souvent difficile de déterminer si c’est l’animal qui est figuré ou si c’est une représentation divine. Le cheval, le dromadaire et l’âne paraissent pouvoir être rattachés au premier cas, alors que le chien et le chat s’apparentent au second. Les équidés (n° 14-28) traduisent peut-être un intérêt pour les concours hippiques puisqu’on a retrouvé des hippodromes dans différents sites (Alexandrie, Memphis, Oxyrhynchos, Héracléopolis) ; les camélidés (n° 29-38), le rôle essentiel joué par cet animal dans le transport à l’époque romaine. En revanche, l’âne est peu fréquent, peut-être à cause de sa banalité et de son prix moindre (n° 39-41). Les bovins (n° 42-44) comme les ovins (n° 45-47) sont représentés par trois terres cuites, les porcs par une dizaine d’exemplaires (n° 48-57) ; les oiseaux de basse-cour, par des coqs, canards, pigeons (n° 73-78) ; les animaux sauvages, par une hyène, deux hérissons, une souris, un crocodile, un poisson, une grenouille (n° 81-87).

 

          Les éléments végétaux constituent le troisième thème. La vigne, sous la forme de grappes de raisin, se retrouve sur des terres cuites moulées ou modelées (n° 95-100). Le palmier peut être représenté directement (n° 92-94), ou sous la forme d’un bol de noix doum (n° 90-91). Le lotus est le dernier exemple (n° 88-89) ; on l’associe couramment à Harpocrate.

 

          Une série de paniers termine l’ensemble (n° 101-107). Les uns sont vides, les autres remplis de pains, de gâteaux ou de fruits. Les flancs de certains paniers sont gravés pour accentuer le réalisme et donner l’illusion de la vannerie.

 

          On notera que plusieurs de ces terres cuites sont en fait des lampes ou des éléments de luminaires (n° 77-78). Pour deux lampes en forme de tête de taureau (n° 43-44), il convient d’ajouter à la bibliographie l’étude de L. Chrzanovski, « Bullhead Lamps: an attempt at typological and chronological classification », dans D. Zhuravlev (éd.), Fire, Light and Light Equipment in the Graeco-Roman World, BAR International Series 1019, 2002, p. 13-36.

 

          L’ensemble de l’ouvrage est trilingue : français-arabe sur deux colonnes, et en annexe, à partir de la page 167, les textes en anglais (avant-propos, introduction, dieux, bestiaire, végétation).